Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/05/2007

Jamais contente

Râler tout le temps, c'est pas très constructif, c'est vrai. Cela dit, être sempiternellement satisfaite, on peut pas dire que ça fasse beaucoup avancer non plus. Quoiqu'il en soit, je me classe naturellement et sans aucun effort dans le camp des jamais contents.

Et il se trouve qu'en ce moment, des tas de petites agaceries viennent alimenter la longue cohorte de mes sujets de récrimination. Le point commun à tout ce qui me fait râler, c'est l'instabilité insupportable à laquelle sont soumis des phénomènes très banals. Tellement banals que la plupart du temps, il ne nous vient même pas à l'esprit de nous en plaindre, mais ma névrose de protestation trouve toujours de quoi s'auto-alimenter.

Tout d'abord, la vaste et épineuse question capillaire. Si vous lisez ce blog depuis un certain temps, vous savez déjà que je suis la personne qui a le moins de cheveux au monde. En tout cas je l'étais, et je faisais avec, étant donné que je n'étais pas assez riche pour tenter les implants, ni même pour m'acheter une perruque (c'est hyper cher, les perruques). Or, depuis quelques temps, suite à une mystérieuse mutation hormonale (non, je ne suis pas devenue un homme), mes cheveux sont revenus en force sur mon crâne. A la base, c'est une bonne nouvelle ; non que je compte un jour ressembler à Bettina Rheims, mais tout de même, j'aime autant ne plus être capable de compter mes tifs. Le problème évidemment, c'est que cette profusion nouvelle commence à me courir. Déjà, quand on a les cheveux courts, on est obligé d'aller chez le coiffeur très régulièrement, mais si en plus votre tignasse reprend de la vigueur au point de vous donner l'impression d'avoir une boule afro (il ne m'en faut pas beaucoup, je l'admets), c'est le drame. Habituée à vivre comme si j'étais chauve, je me retrouve soudain avec pleins de petits cheveux de partout, une masse de tifs sur le sommet de la tête, et toujours aussi peu envie d'aller chez le coiffeur tous les mois. Je recule systématiquement l'échéance, et je me transforme donc au fil des jours en créature hirsute avec des cheveux dans les yeux, ce qui pour moi représente une certaine idée de l'enfer. Après avoir examiné la situation sous tous les angles, j'en suis arrivée à une conclusion implacable : il faudrait que les êtres humains soient pourvus, à l'arrière du crâne par exemple, d'un bouton on-off commandant la pousse des cheveux. Réfléchissez deux minutes, ce serait le pied, non ? Et inutile de me dire que ce n'est pas possible, si c'est susceptible de rapporter du pognon, tout est possible. Je songe donc très sérieusement à faire part de ma suggestion géniale à Floréal, je suis sûre qu'ils seraient ravis. Et j'ajoute que le même système devrait être disponible pour les ongles, vu que je suis limite à couper les miens avec une tronçonneuse.

D'une façon générale, le changement incessant me fatigue et m'irrite, j'ai besoin d'un environnement stable, calme et linéaire. Et tempéré. C'est dire si en ce moment, les caprices de la météo me portent sur le système. Je ne supporte pas la chaleur, mais pas le froid non plus ; je hais la pluie, mais pas autant que le vent ; et surtout, j'ai horreur que le temps tourne aussi facilement qu'il le fait en ce moment. A l'heure où j'écris ces lignes, il a plu tout le week-end, et je n'arrive pas à laisser la fenêtre ouverte tant l'air qui entre dans la pièce est frigorifiant. Je rappelle à toutes fins utiles que nous sommes le 28 mai, et que la semaine dernière, j'ai failli mourir d'une hyperthermie foudroyante puisqu'il a fait 30° pendant trois jours. Alors je sais, il faut qu'il pleuve pour éviter la sécheresse, il ne faut pas qu'il fasse trop chaud parce que c'est mauvais signe pour le réchauffement de la planète, mais moi je demande juste que le temps soit un peu plus constant, pour ne plus perdre 20 degrés d'une semaine à l'autre. J'estime que ce voeu est tout à fait raisonnable, et qu'il devrait se matérialiser sous la forme d'un régulateur météo, un système ingénieux qui permettrait de régler le temps, selon la saison bien sûr, et en évitant tous ces changements brusques et traumatisants pour ma petite personne. Je propose donc un ciel légèrement couvert et une quinzaine de degrés d'octobre à avril, et un beau soleil avec 22° maximum le reste du temps. C'est vrai que normalement il y a quatre saisons, mais de toute façon elles sont devenues totalement théoriques, donc autant en avoir deux seulement, et bien différenciées.

Et puis il faudrait aussi que les voitures (la mienne, en particulier) arrêtent d'être en panne à tout bout de champ, ça me ferait des vacances. Depuis que j'ai failli brûler vive dans ma bagnole l'été dernier, je suis poursuivie par les problèmes mécaniques. Le dernier en date, c'est que le moteur de mon tas de boue continue à tourner lorsqu'on coupe le contact. Sans blague, c'est parfaitement vrai, ça ressemble un peu à un roman de Stephen King, mais c'est la pure réalité. On va voir ce que vont en dire les spécialistes qui vont s'oocuper de cet étrange avarie... Et puis les feux-stop ont décidé de ne plus marcher, ce qui a donné lieu à une hilarante séance de changement d'ampoules avec un ami qui lui, a la chance de s'y connaître en voitures. Et puis on m'a piqué mon antenne, aussi. Bref, si mon véhicule pouvait rester intact pendant plus de trois semaines, ça serait franchement pas de refus. J'ai donc une suggestion à faire aux constructeurs automobiles : fabriquez donc des voitures qui ne tombent pas en panne, et munis d'une antenne non amovible tant que vous y êtes. Une fois qu'elles sont trop usées, elles deviennent inutilisables et basta, on en rachète une autre. Parce que bon, devoir les amener au garage trois fois par mois, ça coûte tellement cher qu'on se demande si vous feriez pas exprès, hein. Ca serait nettement plus rentable, pour les conducteurs en tout cas, de se payer un nouveau modèle au premier problème, c'est dire. En revanche, pour les industriels, ça risque d'être moins intéressant d'un point de vue financier, du coup j'ai bien peur que mon idée de génie ne soit jamais retenue.

Une idée reçue très répandue veut que le sel de la vie réside dans le changement, l'évolution, les surprises. Mmmoui, moi je veux bien, mais trop de surprise tue la surprise. Moi, je veux de la constance, de l'équilibre, du rassurant. Je veux que les Twix s'appellent à nouveau des Raider, qu'il neige à Noël, et que le Tang existe toujours (non, je déconne, c'était vraiment infâme le Tang). J'en ai marre que tout change tout le temps, de la météo à ma taille de vêtements, du goût des yaourts au nom des pays, de la longueur de mes ongles au prix du kilo de patates. Ou alors, puisque que tout doit changer tout le temps, au moins, que ça change vraiment. Que ça serve à quelque chose, tous ces chamboulements incessants. Que je râle pour une bonne raison !

Vous ne comprenez pas ? Je crois que moi non plus... je dois avoir besoin de vacances.

 

 

12/03/2007

Lettre ouverte à Monsieur V.

Moi qui adore les dictons, je vais vous citer un de mes préférés : "Il ne faut pas être plus royaliste que le roi". Non, faut pas (d'ailleurs faut pas être royaliste tout court, mais bon, c'est une autre histoire), mais parfois, on peut pas s'empêcher, c'est viscéral. N'être pas concerné au premier chef ne doit pas amoindrir le propos, et au fond, peut-être que ça le renforce... dans le sens où on ne prêche pas pour sa paroisse. Je vous avais prévenus, je suis hyper forte en proverbes.

Or donc, Christian V. (oui, je suis couarde, je crains les requêtes de Big Google et les procès en diffamation) est un député du Nord qui présente pour principale caractéristique d'être violemment homophobe. Evidemment il récuse ce qualificatif, pour être homophobe, encore faut-il reconnaître l'existence des homosexuels, ce qui ne semble pas être le cas de Monsieur V. Car selon lui, l'homosexualité n'a pas de légitimité sociale, ni même biologique. C'est son propos : l'homosexualité est une menace pour la survie de l'espèce humaine. Rien que ça.

La polémique suscitée par les propos de Monsieur V. date un peu, on me pardonnera de ne pas coller à l'actualité. Toute cette histoire m'est revenue à l'esprit après un documentaire diffusé par Arte mi-février, et sur lequel Cely a fait un excellent post. Tout d'un coup toute cette injustice, toute cette haine, tout cet ostracisme m'est revenu en pleine face comme une vague géante sur une digue un jour de tempête. Et tout d'un coup j'ai eu envie de balayer ces positions nauséabondes d'un revers de main, comme on essaie d'éloigner une grosse mouche bleue qui tourne autour des restes d'un bon repas.

Je voudrais pas dire, Monsieur V., mais l'homosexualité existe depuis que le monde est monde, et n'a jamais empêché l'humanité de perdurer, ni de perpétrer depuis des millénaires des tueries, des génocides, des marées noires et des réactionnaires à poil dur. Je voudrais vous dire, Monsieur V., qu'un jour plus ou moins lointain je vais mourir, tout comme vous, et qu'à ce moment-là nous ne pourrons plus rien pour les gens venant après nous, et qui sûrement préfèreraient ne pas naître plutôt que d'avoir les mêmes idées que vous. Je voudrais tellement, Monsieur V., que vous compreniez qu'aucun homosexuel ne vous demande de le devenir. A vrai dire, je pense qu'ils prient tous pour que vous restiez hétéro. Je voudrais que vous arrêtiez, Monsieur V., d'utiliser l'homosexualité comme un épouvantail à moineaux, en arguant que si elle devient un modèle de société le monde court à sa perte. Je voudrais que vous sachiez, Monsieur V., que personne n'a besoin de correspondre à un modèle social pour être heureux. Je voudrais que vous ressentiez, Monsieur V., l'épanouissement et la plénitude qu'on peut atteindre lorsqu'enfin on vit comme on veut. Pour un peu, je vous le souhaiterais, Monsieur V.... mais mon humanisme à moi ne va pas jusqu'au masochisme. Je sais simplement que vous ne le méritez pas, pour la bonne raison que vous voulez empêcher des gens d'atteindre ce nirvana.

Et tant que j'y suis, je voudrais exprimer mon ébaubissement devant le fait qu'on mène des recherches scientifiques (sérieuses et tout) sur les causes de l'homosexualité. Sous couvert bien sûr de dédouaner les pauvres déviants, c'est pas leur faute monsieur le Juge, c'est dans leurs gênes. Jusqu'où se voilera-t-on la face pour essayer de ne pas voir que c'est prêter le flanc aux pires desseins normalisateurs ? Pourquoi ne comprend-on pas que c'est comme ça qu'on légitime l'anormalité ? Pourquoi appeler au secours la sacro-sainte Science devant un sujet purement individuel, qui défie tous les déterminismes sociaux ou familiaux ? Jusqu'à quel point peut-on affirmer que ces recherches n'ont pas pour but de soigner, et finalement d'éradiquer cette terrible perversion ? Et enfin, sait-on simplement POURQUOI on s'interroge sur les sources d'un mode de vie qui n'engage que des êtres consentants qui en seraient pleinement heureux, si l'insupportable carcan de la société n'était pas là pour les inciter à culpabiliser, voire à mettre fin à leur vie, pour certains d'entre eux qui ne sont même pas encore sortis de l'adolescence ?

Comme je le disais il y a presque un an, nous faisons tous partie d'une minorité. A ce titre, nous sommes tous victimes un jour ou l'autre de discrimination. Personnellement, la minorité la plus visible à laquelle j'appartiens est celle des femmes ; ça m'a valu pas mal de déboires, mais jamais on n'a cherché à savoir pourquoi j'en étais une, ni sous quelles conditions mon mode de vie serait inoffensif pour les enfants des autres. Frères et soeurs homosexuel(le)s, jamais je ne connaitrai la profondeur de votre détresse devant cette haine, cette hypocrisie, ce torrent conformiste et moralisateur, mais mon empathie envers vous est fondatrice de ma personnalité. J'aimerais pouvoir faire plus que vous dire que tous les Monsieur V. de la terre sont aussi mes ennemis.

 

05/02/2007

La forme et le fond

Et inversement, bien entendu.

Je suis mortellement fatiguée de cette confusion que j'ai l'impression de percevoir partout. Il me semble que les gens mélangent tout, ne font absolument pas la part des choses entre ces deux aspects pourtant si différents.

Ce qui m'ulcère le plus, c'est que la forme prend manifestement une importance démesurée par rapport au fond. Là où ça saute aux yeux, c'est évidemment dans le grand cirque à la consommation. Un beau jour, les marketeux de tout poil ont dû se dire qu'il y en avait marre de l'innovation et de l'inventivité, et ils ont commencé à essayer de nous fourguer des vieilleries antédiluviennes (je fais des pléonasmes si je veux) en les parant de l'éclat du neuf grâce à de grossiers subterfuges de présentation. Sont ainsi nés les packagings à l'unité, les "nouvelle formule", "recette inédite", "édition limitée", que sais-je encore. Ils auraient eu tort de se priver, ça marche très bien, et moi qui vous parle je suis la première à tomber dans l'attrape-couillon. Force est de constater que c'en est un, puisqu'une fois le pot aux roses découvert, on se retrouve face à son bon vieux potage en brique/Orangina/culotte en coton/lessive polluante des familles. La conclusion est claire : on s'est aveuglément fié à des apparences aguicheuses pour finalement hériter du même sempiternel contenu. Ca s'appelle du commerce, je n'épiloguerai pas.

Alors quand ça se limite à ce secteur, passe encore, au fond, on commence à avoir l'habitude de se faire arnaquer par la World Company. Mais ce serait trop beau, le mal ronge peu à peu des tas d'autres domaines.

Mais oui, quand on y pense, on assiste partout au triomphe des apparences sur la réalité des choses. Le débat politique est creux, les questions de société se règlent sur des préjugés moyenâgeux, les relations humaines se fondent sur le premier regard. Partout, toujours, du vent, du vide, du néant, de la vacuité. C'est tellement plus facile, de se contenter de ce qu'on voit sans chercher à comprendre. C'est tellement plus efficace, de se fier aux apparences et de ne surtout pas vouloir aller au-delà. Ca fait vendre tellement plus de papier, de faire des gros titres sur un fait divers isolé plutôt que d'en analyser les tenants et les aboutissants. C'est tellement moins fatigant, de cataloguer quelqu'un en cinq sec plutôt que d'apprendre à le connaître et à le comprendre...

Notre vie entière est conditionnée par la forme. En théorie elle ne devrait pas être antinomique avec le fond, mais complémentaire au contraire, mais il reste si peu de place pour la nuance qu'au bout du compte on ne retient comme critère que les apparences. Et derrière, plus grand-chose à voir, plus le temps de creuser, pas assez rentable de s'attarder. On zappe.

Je ne suis pas en train de dire qu'il faut passer sa vie plongé dans l'oeuvre de Spinoza, ou que nous avons le devoir moral de chercher midi à quatorze heures au sujet de la moindre broutille, mais je pense qu'il existe un juste milieu. Que nous restera-t-il si on se désintéresse du contenu ? Que deviendrons-nous si nous nous laissons emprisonner par l'image, par la surface des choses ? Nous serons nous-mêmes des images, des semblants d'êtres humains, des ventres mous, des décervelés et des sans-coeur.

Vouloir aller au fond des choses, c'est se remettre en question, car pour toucher à l'essentiel il faut regarder profondément en soi. C'est sûrement pour ça que c'est difficile, et que nul n'est tenu à le faire systématiquement. Mais cette tendance à ne prendre en compte que la forme m'horripile, et elle m'inquiète. J'ai peur de me retrouver dans un monde factice, où plus rien n'a de sens ni de valeur, où chacun pourra faire valoir son droit sur sa bonne mine, où la charité ne sera que télégénique, où la beauté sera un sésame universel, où la sincérité ne sera qu'un argument de vente, où chacun sera susceptible d'être cloué au pilori au moindre soupçon de faux pas. Même si j'y participe, puisqu'on ne peut échapper à son époque, ce monde me révulse.

J'ai eu longtemps le même genre d'interrogations au sujet de la fin et des moyens, qu'à mon sens pas mal de gens confondent aussi. J'en suis arrivée à la conclusion que pour moi, la fin ne justifie jamais les moyens, que le but est accessoire et que seul le chemin compte. Je ne peux pas affirmer la même chose à propos du fond et de la forme, car comme tout le monde je suis attachée aux apparences, et je sais que malgré tout elles ont une incidence sur le contenu. Mais le sens dans lequel l'équilibre bascule ne me semble vraiment pas de bon augure.

 

PS : j'ai pas fait exprès, ça doit être freudien, mais il se trouve que je digresse à qui mieux mieux sur ce sujet (et sur d'autres, heureusement) dans un interview que m'a gentiment proposé Joëlle ( merci !!!!!) pour son convivial et généreux site Bookmates. D'habitude je ne dis jamais quand on parle de moi (oui, c'est parce qu'on parle jamais de moi, merci de ne pas me le faire remarquer), mais là c'est mon premier interview et je suis fière comme un bar-tabac, c'est pour ça ;-)

12/11/2006

La fée Romone

Je le trouve très drôle, ce jeu de mots ; normal, il est pas de moi. Je ne me souviens absolument pas de la personne qui a un jour sorti cette expression. Je me rappelle en revanche que ça faisait partie d'une longue liste de blagues avec le mot " fée ", je vous épargne les exemples, certains étaient trrrrès vulgaires. Bref, qui que tu sois, hommage à ton sens du calembour.

Les phéromones, vous voyez ce que c'est ? Moi je n'en ai qu'une vague idée, mais évidemment c'est pas ça qui m'empêche d'en penser quelque chose. En gros, il s'agit de substances secrétées par notre corps, qui ne sont détectables qu'inconsciemment par les autres. Donc les gens autour de vous captent vos phéromones, mais ils ne s'en rendent pas compte.

C'est bien malheureux, d'ailleurs, puisqu'il apparaît que les phéromones régissent un grand nombre de nos comportements, les comportements inter personnels en tout cas. Manifestement, elles indiquent aux autres la façon dont nous les percevons, et donc les renseignent sur la conduite à tenir envers nous. Les détails techniques m'échappent bien sûr complètement, neuro-transmetteurs bidule chouette, on n'est pas en cours de sciences nat, aucun intérêt.

Ben moi, tout ça, je trouve que c'est du flan. Je ne peux pas prétendre me soustraire totalement à mon animalité, mais faudrait voir à pas nous prendre non plus pour des babouins en rut.

Parce qu'évidemment, les phéromones sont particulièrement actives en matière d'attirance physique, et, disons-le tout net, d'amour. Le seul fait qu'on veuille mettre ce sentiment en équation me hérisse ; je m'en voudrais de contester des théories scientifiques établies (puisque je n'ai pas l'ombre du début des capacités intellectuelles pour le faire), mais franchement, vouloir nous persuader qu'on s'est maqué avec Untel à cause de son odeur subliminale, ça me donne envie de hurler.

Alors d'accord, ça joue. Mais c'est tellement autre chose... je n'ai pas l'impression d'être particulièrement cérébrale, mais tout de même, être réduite à des flux corporels lors de cette alchimie qu'est la rencontre amoureuse, je ne peux pas l'accepter. Et pour cause : je suis la preuve vivante que les phéromones ne sont pas forcément nécessaires pour tomber amoureux. Je n'ai pas envie d'entrer dans les détails, croyez-moi sur parole : pas besoin de renifler inconsciemment ce que dégage quelqu'un pour éprouver de l'amour. Du vrai.

Et quand bien même ce serait le cas : devrait-on pour autant accepter cet état de fait ? Est-ce qu'on ne devrait pas plutôt chercher à y échapper ? Pas possible, me direz-vous. En effet, vous répondrai-je. Ca me détruit encore plus de devoir me rendre à l'évidence... je n'ai aucune envie de m'y résoudre, ça me REVOLTE d'être à ce point soumise à la biologie.

Et encore, ça s'arrêterait là ! Mais non, les théories sur le déterminisme amoureux fleurissent en permanence. Le plus inquiétant, ce n'est pas qu'elle existent, mais bien que personne ne semble s'en offusquer. Personnellement, celles qui me désespèrent le plus, ce sont celles sur la fonction sociale du couple (notez le subtil glissement de l'amour au couple, les sociologues n'ont vraiment pas l'air de faire la différence, ce qui est déjà très révélateur à mon sens). Donc, la formation d'un couple est motivée par l'amour (mais on passe là-dessus très vite, pas intéressant, trop banal), mais aussi (et surtout ?) par les affinités sociales, culturelles et économiques des deux individus concernés. Tellement romantique que Roméo et Juliette, à côté, c'est un manuel de mécanique.

Pour schématiser (oui, j'aime toujours autant ça), on ne se marie qu'à l'intérieur d'une même classe sociale. Ca s'appelle l'endogamie, et c'est Marx qui doit bien rigoler. Ca, c'est ce que des études très sérieuses révèlent ; encore une fois, impossible de contester. Mais possible de hurler, par contre. Je suis atterrée. Et en même temps évidemment, je ne peux que comprendre... quand je pense à tout ça, une citation de Jean Anouilh me revient immanquablement à l'esprit : " Il y a l'amour, et puis il y a la vie, son ennemie ". L'amour, c'est bien beau, mais s'il est trop difficile de le vivre, il ne veut plus rien dire. Les gens ne considèrent que ce qui est réalisé. La nature humaine est ainsi faite.

Donc pour réaliser leur amour, les jeunes tourtereaux se choisissent d'une part grâce à leurs phéromones, ces petites particules fourbes, et d'autre part selon leur appartenance à un même groupe social. Il faut reconnaître que c'est plus simple, et plus rassurant. Et moins risqué. Le prince et la bergère, aux chiottes. Ou alors le prince est vraiment très riche, et la bergère a de très gros seins, comme les couples pipole qui s'étalent à la une des magazines. Mais là, je l'affirme catégoriquement, il n'est plus question d'amour, ni même de couple.

Heureusement, tout ça n'empêche pas les victimes de ces mécanismes sournois d'être heureuses ensemble. Ou en tout cas, d'y trouver leur compte. Je ne peux que m'en réjouir, mais décidément je ne peux pas accepter l'idée d'être un jour à leur place. Moi, ce ne sont pas mes phéromones ou ma place dans la société qui me jouent des tours, mais c'est encore une fois mon orgueil. Finalement, je ne suis pas persuadée que ce soit mieux.

 

Spéciale dédicace : à CherryOnTheCake, qui à me lire doit être horrifiée par ma vision de la biologie. Rassure-toi, j'admets que je suis AUSSI un animal, mais c'est pas de gaieté de coeur...

03/10/2006

Ici Kiev

Ca fait longtemps que je ne vous ai pas raconté ma vie, et comme parfois le hasard fait bien les choses, il m'arrive justement un truc hallucinant, et donc totalement digne d'être exposé ici.
Hier je me réveille avec un mal de dos affreux, complètement bloquée. En fait je ne suis jamais malade, donc quand ça m'arrive je suis immédiatement à l'article de la mort ; j'ai longtemps cru être résistante à la douleur, mais je réalise que c'est juste parce que je n'en éprouve presque jamais. Et donc, quand c'est le cas, je ne suis plus qu'une loque à deux doigts d'y passer, c'est lamentable.
Bref, j'ai attendu un peu de voir si ça se calmait ; l'autre conséquence de ma santé de fer, c'est je DETESTE prendre des médicaments, et bien sûr aller chez le médecin. J'entretiens des relations très tendues avec les médecins, normal, on ne se connaît pas beaucoup eux et moi. Vous savez ce que c'est, on n'a jamais vraiment eu l'occasion de parler, de se comprendre, alors on fonde nos opinions sur des on-dit, des a priori, l'incommunicabilité moderne, c'est vraiment terrible.
Notez, j'ai aussi des raisons valables de détester les médecins, comme je l'ai déjà exposé ici : traiter les patients comme des numéros, ne rien écouter à ce qu'ils racontent et les assommer des saloperies chimiques qui rendent les labos encore plus riches et puissants, comme ça ils peuvent toujours refuser de soigner à bon prix les enfants d'Afrique, faire attendre les gens pendant des heures (oui, heures au pluriel) dans des salles d'attente pleines de miasmes et de virus, comme ça les gens reviennent indéfiniment les voir, et cætera, et cætera (non je ne sais pas comment on fait l'e dans l'a, désolée. Et si, maintenant je sais, youpi !!!). J'en suis venue à estimer que ce sont les médecins qui rendent les gens malades, à force de nous gaver de médicaments on n'a plus aucune défense naturelle, total au premier coup de vent on attrape la grippe espagnole, bravo les progrès de la science.
En plus, d'une façon générale, ils s'estiment infiniment supérieurs à vous, misérables vermisseaux qui n'avez jamais disséqué un cadavre, et donc ils se permettent de penser qu'ils savent mieux que vous ce qui est bon pour votre petite personne. C'est intolérable. La semaine dernière, j'ai passé l'inénarrable visite médicale obligatoire au travail ; l'an dernier, on ne sait pourquoi, la médecin avait décidé de me faire passer un test sur ma consommation d'alcool (alors que j'ai pas le nez rouge ni rien, allez comprendre). Au vu de mes réponses, pourtant banales, elle m'a fait tout un sermon sur les dangers de l'alcoolisation excessive (merci, vraiment, j'étais pas au courant), en sous-entendant que j'en étais victime. J'étais stupéfaite, alors parce que je bois plus de trois verres le samedi soir, l'alcoolisme me guette ? On croit rêver. J'étais furax, et j'ai bien sûr superbement ignoré ses conseils mielleux, genre alterner alcool et eau, n'importe quoi : si on boit un verre de flotte entre deux de Tariquet, ce vin diabolique semble encore plus mauvais, pas question. Du coup quand j'y suis revenue, la semaine dernière (dites-moi si je vais trop vite), on m'a refilé mon dossier en attendant mon tour, et là je repère le fameux test ! Non mais elle me piste, c'est pas vrai ! Je me suis préparée mentalement à ses attaques sournoises, mais je n'ai pas eu besoin de faire d'efforts : quand elle a constaté que je refusais mordicus de me peser (oui je me pèse plus, c'est comme ça, la vie est plus belle sans balance), elle a pris peur et m'a laissée partir sans demander son reste. Non mais !
Bon, j'avais décidé de ne pas dire du mal des médecins, c'est raté. J'essaie quand même, vous disais-je, de ne pas trop céder à ma mauvaise foi abyssale : les médecins sont aussi des gens formidables, et parfois on est bien content de les trouver.
Justement. Encore faut-il en dégoter un. Hier après-midi donc, je finis par me sauver du bureau, le souffle presque coupé par la douleur (oui, je sais, c'est poignant, d'ailleurs je me faisais quasiment pitié à moi-même), pour aller voir un des dignes représentants de ce corps de métier. J'ai erré la moitié de l'après-midi à la recherche d'un d'entre eux, en éliminant bien sûr ceux qui ne consultent que sur rendez-vous (30%), ceux où il y a plus de 5 personnes avant moi (50%) et ceux qui m'ont clairement fait comprendre que je les emmerdais, malgré les efforts de ma chère mère pour me pistonner entre deux patients (15%). Oui, j'ai fait des stats et tout. Bref, les 5% restant ont réussi à échapper à ma vigilance. J'aurais dû appeler SOS Médecins, me direz-vous ; j'aurais attendu aussi longtemps, voire plus, à moins de faire un infarctus ils mettent trois plombes à arriver, trop débordés. J'étais tellement désemparée que pendant quelques secondes j'ai regretté de ne pas avoir de mari (pourquoi ? mystère) ; j'ai tout de suite pensé à ce que ça serait si LUI, il était malade, et ça m'a calmée de suite. Après un passage dans deux pharmacies (quand même), j'ai fini par rentrer chez moi en possession d'Ibuprofène, et d'un décrispant pour sportifs endoloris, ultime offense de la médecine moderne à l'encontre de ma personne. 
Ca n'a guère amélioré mon état ; j'ai donc refusé d'admettre ma défaite, et suis repartie à l'assaut d'un cabinet médical ce matin-même. Et là, gloire à la science, Hosannah au plus haut des cieux, youpee tra la la et merci la vie : je suis tombée sur un médecin, un vrai. A deux pas de chez moi, il était là, sous mon nez, et je ne l'avais jamais vu, incroyable. Il a été super gentil, m'a écoutée raconter mon grand malheur, m'a fait une ordonnance minimale et non une tartine interminable de molécules fourbes. Il a même essayé de savoir comment ça m'était arrivé, c'est extraordinaire : "Vous avez fait des efforts physiques ?", me demande-t-il ; "C'est pas mon genre", lui réponds-je. Il a eu l'air de trouver ça drôle, un MEDECIN !!! Le seul sur terre, à n'en pas douter.
On a même discuté, dis donc. Voyant qu'il me prescrivait des génériques, je l'ai chaleureusement félicité ; il m'a demandé pourquoi je trouvais ça bien, et je lui ai servi ma diatribe contre les labos, tout ça. Là il me dit qu'il a travaillé dans l'humanitaire en Afrique dans les années 70, et que maintenant il refuse de recevoir les visiteurs médicaux car il ne veut pas risquer de se faire corrompre à coup de séminaire aux Seychelles, voire par le biais de stylos publicitaires, tout fait ventre. Là j'avoue, j'en étais presque à enjamber le bureau pour lui rouler une pelle, mais j'avais trop mal au dos, et puis il avait une alliance, je ne suis pas une briseuse de ménage.
Tout ça pour en arriver à quoi, finalement ? Ah oui : je me suis rendue compte qu'en allant aux urgences, j'aurais vu un médecin plus rapidement. Voilà où on en est dans ce pays : il faut être malade sur rendez-vous, comme m'a justement fait remarquer une de mes collègues. J'en reviens toujours pas d'avoir passé des heures à hanter la ville de ma présence boitillante et larmoyante, en ayant l'outrecuidance de penser que j'allais trouver un docteur pour me soigner.  A un moment je me suis dit qu'en sortant de ma bagnole j'avais dû tomber dans une faille spatio-temporelle, et me retrouver en Ukraine au 19° siècle. Et encore, j'ai bien conscience de faire partie des privilégiés, mais je frémis à l'idée de ce que doivent être les souffrances des gens marginalisés ou défavorisés. Je trouve ça scandaleux.
Maintenant, je suis censée me reposer, vu que c'est à peu près la seule solution à mon problème, à part me cachetonner comme une dingue (ce que je fais aussi, je suis décidément trop douillette. Et comme je ne prends jamais de médicaments, ça marche à mort, je me sens même légèrement euphorique. Quelle horreur, je suis shootée). On verra pour le repos, je suis incapable de rester allongée bien longtemps, à part pour lire, dormir, ou faire des choses que la pudeur m'interdit d'évoquer ici ; en attendant, je brave héroïquement l'atroce main de fer qui me broie l'échine pour venir témoigner de la triste réalité sanitaire. Telle que vous me voyez, je suis tordue sur ma chaise, le visage déformé par un affreux rictus de souffrance (si j'exagère dites-le moi), mais je résiste vaillamment afin de vous alerter de cet état de fait déplorable, dont vous êtes sans doute déjà au courant, mais tant pis, j'avais envie de le dire.
Sur ce je vous laisse, il ne faut pas que je reste trop longtemps assise, ordre du médecin.
EDIT :  Ma soeur, qui elle, a fait des études de lettres, me signale que et coetera s'écrit en fait et cAetera. Je suis déshonorée pour toujours, je ne comprends pas comment j'ai pu ne pas m'en apercevoir ; je ne SUPPORTE pas de faire des fautes d'orthographe, ça me donne envie de mourir. Donc maintenant, en plus d'avoir mal au dos, je suis à deux doigts de me coller la tête dans le four ;-) Enfin, je vais plutôt corriger, hein, ça semble plus mesuré comme réaction.

28/09/2006

PCM

Je viens d'inventer un acronyme, je ne suis pas peu fière.

Mais que peut-il bien vouloir dire ??? Vous êtes prêts ? Il signifie Politique de la Couille Molle. Eh oui. Vous comprenez donc que j'aie voulu l'abréger, dans la louable intention d'épargner vos chastes yeux, mais aussi parce que c'est long à écrire.

Je tiens à préciser d'emblée qu'il ne faut y voir aucune tentative d'apologie du machisme triomphant ou de la phallocratie bête et méchante, c'est juste que ça dit bien ce que ça veut dire.

Le sujet est épineux, vous vous en doutez, et il le sera de plus en plus à mesure que nous nous approcherons du printemps prochain, donc autant en parler tout de suite ; de toute façon ça fait longtemps que j'ai envie d'aborder ce sujet. Un vent de révolte et de mauvaise foi va donc souffler sur ce blog, ce sera très sain d'ailleurs, à force d'écrire des choses sentimentalo-pseudo-philosophiques, j'allais finir par me prendre au sérieux, manquerait plus que ça.

La PCM se définit par une propension de nos chers gouvernants à ne prendre que des décisions en demi-teinte, mi-figue mi-raisin, entre chien et loup, j't'en passe et des pas mûres. Alors bien sûr, nous sommes en démocratie (enfin, il paraît), il faut que tout le monde soit un peu content, et que surtout il y en ait un minimum qui ait les nerfs, sinon qui va nous réélire, hein ? Bon, je voulais éviter de tomber directement dans le cynisme, c'est un peu foutu, mais c'est pas grave, je vais me rattraper.

Or donc, gouverner c'est choisir, comme le disait Mistinguett (ah non pardon, ça c'est dans une chanson de Dalida). Normalement, quand on a des responsabilités politiques, tout ça, il faut faire des choix, et faire des choix ça implique faire des heureux, mais aussi faire des mécontents, puisqu'évidemment, le consensus général sur une décision politique nationale est une denrée rare. Alors bien sûr, faire des heureux, c'est super chouette, et ça fait autant d'électeurs potentiels, jusque-là, tout va bien. Le problème, ce sont les mécontents, qui sont vraiment très en colère, qui font la grève en empêchant les heureux d'aller travailler (ils devraient donc être encore plus heureux, mais par un mystère que je ne m'explique pas, ça ne se passe pas comme ça), et qui surtout ne voteront plus pour le méchant gouvernement.

Bon. Les hommes politiques ne sont pas tous d'immondes salopards, vraiment je m'applique à le penser, ne m'entraînez pas sur cette pente dangereuse. Disons qu'ils ont quand même tendance à vouloir garder le pouvoir une fois qu'ils l'ont acquis. Le pouvoir et les privilèges exorbitants qui y sont attachés rendent fou, ça, j'en suis convaincue. Et du coup, les gouvernants deviennent singulièrement prudents, pour rester polie, devant les décisions à prendre.

Ils prennent donc de pseudo-décisions, souvent nommées dans le jargon politique des "mesurettes". Un petit peu, mais pas trop, à moitié à gauche, à moitié à droite et beaucoup au milieu, on hésite, on sait pas, la Bourse fait la gueule, le cours de la patate rose a chuté, on annonce un cyclone en Picardie, la rentrée sera chaude, Noël au balcon, Pâques en avril, attendons, ce n'est pas le moment. Ca nous fait pas beaucoup avancer, tout ça.

Moi je pense que la réalité, c'est ce qu'on en fait, du moins, j'espère. Loin de moi l'idée de souhaiter l'application d'idées extrêmistes (ou d'idées qui font mine d'être modérées, mais qui sont plus extrêmistes que les pires extrêmes, je tiens pour acquis qu'il n'est point besoin d'expliciter), mais tout de même, à hésiter, à tergiverser, à ne pas prendre son courage à deux mains, on en arrive à faire que des semi-mécontents, et aucun heureux. Evidemment, en ne prenant que des décisions molles et informes pour ne choquer personne, on ne fait rien du tout, et le bon peuple, cet ingrat, est grognon.

Hélas ! Les électeurs ont la mémoire courte, et un choix restreint au deuxième tour, donc les gouvernants qui appliquent la PCM sont régulièrement réélus. Ou pas, et dans ce cas ils sont remplacés par leurs adversaires, qui après deux-trois annonces de réformes tonitruantes, se rabattent sur la solution de facilité à mesure que les élections se rapprochent : re-PCM.

Il y a une foule d'illustrations concrètes à la PCM ; curieusement, celles qui me viennent à l'esprit concernent la sécurité routière, c'est encore ma phobie des bagnoles qui m'égare. Depuis quelques années fleurissent sous mes roues de faux ronds-points qui ont la particularité d'être quasiment plats, genre trois galets collés sur la chaussée, manière de dire il faut faire le tour. A chaque fois que j'en croise un, je suis saisie d'une colère noire (j'avoue qu'il ne m'en faut pas beaucoup) : ou il y a un rond-point, ou il n'y en a pas, merde ! Mais pourquoi faire un semblant de moitié d'ébauche de rond-point ??? Résultat : certains téméraires roulent allègrement sur le rond-point, coupant dangereusement la route aux pauvres conducteurs respectueux du code de la route, qui eux contournent le faux rond-point, et on frôle le carambolage carabiné. C'est lamentable.

Et encore, si ça s'arrêtait là... mais non, la PCM touche à des domaines autrement plus importants, ce serait trop beau. Quand ça concerne la politique nationale ou économique, c'est un véritable cataclysme. Souvent, ça se traduit par la propension à privilégier les intérêts de ceux qui le sont déjà (privilégiés, donc) ; ben tiens, pas bêtes, ce sont eux qui votent le plus, c'est bien connu, on va quand même pas faire plaisir aux SDF, pas de domicile = pas de carte d'électeur, aucun intérêt tu penses ! Non, décidons plutôt de baisser l'impôt sur les sociétés, le MEDEF sera content, et on fera passer la pilule en déclarant chez PPDA que ça va créer des emplois. Très drôle, vraiment quelle bonne blague.

Et puis il existe des choses auxquelles personnes ne peut toucher, sous peine de tollé général. Notez, le tollé général, ça me plaît plutôt, comme idée, mais le fait de ne pas pouvoir s'attaquer à certaines survivances des temps féodaux (parfaitement) parce qu'il est trop dangereux de se mettre à dos des corporations, c'est pas ma vision de la politique, et je ne pense pas pêcher par excès d'utopie sur ce coup-là.

Il y a aussi la PCM sous couvert de la loi, qui a trouvé ces derniers temps un exemple étincelant avec l'affaire des pauvres sans-papiers, examinés sous toutes les coutures pour juger s'ils étaient dignes de rester dans notre noble patrie. C'est débile : soit on les régularise tous (oui ! oui ! oui ! ou plutôt, on n'a qu'à décréter que plus personne n'a besoin de papiers pour garder sa dignité, on est des êtres humains, pas des numéros que je sache), soit on n'en régularise aucun, et on se prépare à une guerre totale avec le tiers-monde, qui revendique justement sa part du gâteau...

Ben oui, mais c'est la loi, et puis il faut être réaliste, on ne peut pas héberger toute la misère du monde, bla bla bla... la loi est manifestement elle aussi une LCM, à mon sens, et la misère du monde, elle existe déjà chez nous, donc on ferait bien de s'en occuper de façon globale, non ? Quant au réalisme, c'est un argument qui ne tient pas, la politique, à la base, c'est justement fait pour changer la réalité... en tout cas pour la rendre plus vivable. Mais bien sûr, quand les politiques au pouvoir ne veulent fâcher ni les électeurs potentiels, ni les multinationales qui président à la destinée du monde civilisé, on est mal barré pour changer la vie !

Faut pas rêver, me dis-je souvent quand je pense à tout ça... et pourtant, il suffirait de vouloir, et d'assumer les conséquences de VRAIES décisions. Quitte à faire des mécontents, on aurait au moins fait quelque chose. Comme je suis pessimiste, je finis par en arriver à la conclusion que la situation n'est pas encore assez dramatique, et que les gens ont trop peur de perdre ce qu'ils ont, moi la première, pour accepter une politique radicale. Et puis je me dis aussi que je dois être de la graine de dictateur, car après tout, PCM ou pas, ce sont les électeurs qui décident... ça aussi, je m'efforce de le croire, parce que si ce dernier rempart lâche, je ne suis pas sûre de pouvoir continuer lontemps à affirmer que je suis démocrate.



03/07/2006

Du pain et des jeux

Je demande instamment à Alinéa de m'excuser d'employer le titre d'une de ses catégories (enfin, traduit quand même !), parce que je ne lui ai pas tellement demandé la permission ; mais ça résume si parfaitement ce que je veux exprimer que je n'ai pas résisté.

Si mes informations sont bonnes (et elles le sont), la Flûte du Monde a commencé depuis trois longues semaines. Ca fait donc plus de 21 jours que ça enfle, que ça monte, que ça menace d'exploser : vous n'y couperez pas plus longtemps, il faut que ça sorte avant que je ne ne chope un redoutable ulcère. Ou la cascapiane (c'est un mot toulousain pour décrire une maladie mystérieuse et néammoins mortelle), bref n'importe quelle pathologie pouvant avoir des origines psychosomatiques (donc à peu près toutes les maladies si l'on en croit nos bons docteurs, totalement désemparés à l'idée de ne pouvoir s'offrir la dernière Jaguar s'ils prennent le temps de chercher les véritables causes. Enfin, c'est une autre histoire). Et puis il y a aussi une autre raison à ma colère : je m'en veux. Affreusement. On n'est jamais autant en colère que contre soi-même, disait Jayne Mansfield. Ah non, c'était pas elle. Bref, voilà l'histoire : j'ai sacrifié à des rites barbares sous l'emprise de diverses substances alcoolisées. Oui j'ai honte, oui je me repens.

Samedi soir, je me suis rendue à une soirée en plein air organisée pour la féria d'un village de la banlieue toulousaine. Evidemment, j'ai hésité, vu que je n'ai pas de passion débordante pour les assassins de taureaux, mais minée par la peur de me faire une fois de plus traiter par mes amis de dangereuse intégriste, de dogmatique inflexible et d'emmerdeuse patentée, et attirée aussi, il faut bien le dire, par la perspective d'une fête qui s'annonçait mémorable, j'ai cédé et j'y suis allée, en me répétant intérieurement : « non je ne cautionne pas, non je ne cautionne pas, non je ne cautionne pas ». Notez la louable intention. J'ajoute au passage que cette opinion n'engage que moi, bien entendu, et qu'elle ne m'empêche absolument pas d'aimer tendrement certains aficionados (fa moi piacere, un commento in italiano per favore !)

Globalement, ça s'est bien passé. J'irai même jusqu'à dire que je me suis amusée comme une folle. Je nuancerai quand même en précisant que j'ai échappé de peu à l'amputation des deux pieds : il fallait crapahuter pendant une demi-heure avant d'arriver à l'endroit en question ; à l'aller, c'était déjà pénible, mais supportable ; au retour, suite à des déplacements d'une bodega à l'autre et à des trémoussements endiablés, j'avais l'impression hallucinante qu'on m'enfonçait des aiguilles chauffées à blanc sous la plante des pieds ; chaque pas m'arrachait un gémissement de souffrance, c'était poignant, Zola à côté c'est Mary Poppins. Et voilà que je recommence à vous raconter ma vie, c'est pas ça le sujet !

Le truc, c'est que non contente de célébrer la corrida, j'ai dû en plus subir la retransmission du match de pied-ballon. Pas moyen d'y échapper, il y avait un écran géant tous les deux mètres. Dès le début, j'ai donc résolu, la mort dans l'âme, de boire pour oublier toutes ces compromissions insupportables ; mais bizarrement, l'alcool ingéré a eu un effet pervers d'une fourberie sidérante, puisqu'à la fin de la partie de baballe je me suis surprise à chanter avec la foule : "la, la la, la, la, lalalalala, la la, la la..." (ad lib). Oui j'ai honte, oui je me repens. Le lendemain, lorsque ce cuisant souvenir a refait surface, j'ai bien essayé de me trouver des excuses, mais à part le fait que cette chanson était un monument du disco AVANT d'être sournoisement détournée par des hooligans (une excuse particulièrement lamentable donc), je n'ai rien trouvé pour m'absoudre de mon péché mortel.

Comme je l'ai déjà dit dans un précédent post sur mes exploits cyclistes, je hais le sport, notamment le foot. D'abord je trouve que c'est un sport de tricheurs, ils sont toujours à faire semblant de tomber et d'avoir mal pour grapiller un penalty, non mais quel manque d'amour propre. En plus je trouve ça d'un ennnui mortel, il ne se passe jamais rien, et moi, me taper 90 minutes de rasage intégral (sponsorisé par Gillette, en plus) dans l'espoir infime et souvent vain de voir un but, merci bien, je préfère lire le dictionnaire. Je le hais d'autant plus quand il se transforme en quelque chose qui n'a plus grand-chose à voir avec la pratique sportive, si on exclut le fait de porter des shorts en nylon. Le foot en particulier me semble totalement perverti, par l'argent bien sûr, par la starification des joueurs, par le fait qu'il ne soit plus qu'un rouage dans l'industrie de la publicité et du sponsoring. J'ai le sentiment qu'il ne sert plus qu'à brasser des milliards, en vendant et revendant des footballeurs censés être géniaux d'un club à l'autre (bien qu'on soit assez loin de l'esclavagisme au vu de leurs émoluments), et en enrichissant des hommes d'affaires qui ensuite, se mettent en tête de devenir hommes politiques. Ou le contraire, les exemples pullulent dans les deux sens.

Je le hais d'autant plus quand il devient un argument politique. Samedi soir, en plaisantant, un ami m'a dit : "Tu vas voir que si la France gagne cette Coupe du Monde, Notre Président va trouver le moyen de se faire réélire". Sur le coup, ça nous a bien fait rire, mais on se demande quand même jusqu'à quel point ça peut rester une blague. En guise d'écho, j'ai lu aujourd'hui qu'un candidat à la mairie de Madrid promettait à ses électeurs la venue dans leur club de foot d'un joueur dont j'ai oublié le nom, arguant qu'il l'avait déjà convaincu, et qu'il ne leur restait plus qu'à voter pour lui. Ca c'est de la promesse électorale ! Sarkozy n'a qu'à bien se tenir, apparemment il a trouvé son maître ! C'est ça que je déteste le plus dans la mise en scène sportive (car c'est une mise en scène), c'est cette façon qu'ont les politiques et les médias (eh oui, toujours les mêmes !) de la récupérer pour détourner les gens des vraies préoccupations. C'est tellement pratique de faire remonter une côte de popularité devenue quasi inexistante en allant féliciter les footeux dans les vestiaires, ou de doubler l'audience du JT en consacrant 20 minutes à l'entraînement stakhanoviste des athlètes. Ce divertissement-là me semble bien dangereux, parce que tellement agréable et euphorisant pour les millions de gens qui aiment réellement le sport, et qui en oublient avec bonheur, comme on les comprend, les problèmes innombrables auxquels nous sommes tous confrontés... regardez donc, après un bon dîner entre amis, les Dieux du stade accomplir leurs pseudo-exploits, et vous oublierez les stocks options de Noël Forgeard, l'expulsion inhumaine des enfants sans papiers et le mariage-uniquement-dicté-par-l'amour de Ségolène Royal... enfin, ne parlons plus de politique, on va finir par s'engueuler, c'est classique.

Evidemment, ça n'est qu'une façon de voir les choses, je vais peut-être bien me faire tomber dessus à bras raccourcis ; mais ça me fait du bien de l'avoir dit... panem et circenses, ils avaient déjà tout compris nos ancêtres les Romains. Parfois je me dis qu'on n'a plus rien inventé depuis... à part bien sûr le suffrage universel.

14/06/2006

Les mots pour ne pas le dire

Les mots sont tellement galvaudés. J'ai souvent l'impression que plus rien ne veut rien dire ; on use de tant de circonvolutions, périphrases et autres métaphores que le sens est étouffé.

Forcément je me sens un peu gonflée d'écrire un truc pareil, vu que ma façon de m'exprimer est relativement enrobée ; mais moi bien sûr, j'ai l'impression de le faire à bon escient, donc ça ne compte pas.

En fait il y a deux situations particulières où ça me gêne, et quand parfois elles se rejoignent c'est le pompon, j'ai envie soit de partir en courant, soit de vociférer : « Tu peux pas dire les choses clairement ??? ». Il va de soi que je ne fais généralement ni l'un ni l'autre, je suis aussi lâche que bien élevée.

D'abord il y a tous les cas où on essaie de me vendre un truc ; pour faire simple, la pub. Ah, la publicité... à elle seule cette activité bassement triviale est en train de révolutionner la langue française, à côté les académiciens sont des vaches espagnoles. Pour s'apercevoir des énormités qu'essaient de nous faire gober les héritiers de Jacques Séguéla, il faut lire les slogans en dehors du contexte, c'est vraiment croustillant ; Philippe Vandel avait fait un bouquin là-dessus il y a quelques années, en le lisant je me souviens nettement m'être roulée par terre. Depuis, je refais souvent le même exercice pendant les réclames...

Des exemples ? D'accord : les pubs pour les organismes de crédit, dont le slogan est généralement un truc comme « Vivez vos rêves » ; ben oui, si ton rêve c'est de finir en taule parce trois boulots à plein temps ça suffisait plus pour payer les 25% d'intérêt, c'est sûr, tu peux y aller chez Bofidis ! Un grand classique, les charlataneries en tout genre pour perdre 3 kg (et en reprendre 35 après, soutiens-moi Hélène !) qui veulent nous persuader que « C'est si simple d'être mince ! » ; oui, c'est très simple quand on est un top-model dont le contrat de pub stipule qu'elle ne doit pas avaler plus de trois pommes et quatre yaourts par semaine, le tout pour la modique somme de huit milliards de dollars (il faut quand même qu'elle puisse se payer pas mal de cocaïne pour se couper la faim, qu'est-ce que vous croyez ?). Les déodorants aussi, j'aime bien : efficaces 48 h !!!!! Ah bon ? Votre fréquence de douchage est supérieure à 48 h ? Eh ben déo ou pas, je vous interdis de m'approcher, non mais ! Ca fourmille aussi dans les spots pour les avatars des nouvelles technologies, écrans plats et autres LCD ; là rien de précis ne me vient à l'esprit, mais en gros ils tentent de nous faire gober que ces indispensables appareils vont nous propulser vers un autre monde, voyage voyage et compagnie ; ben moi, quand j'allume ma télé pour les infos et que je vois la tronche de Pujadas, j'ai pas précisément l'impression d'être à Bora Bora. Mais bon, les goûts et les couleurs...

Le pire dans tout ça, c'est que souvent ça marche... au fond de nous, on sait très bien que c'est du flan, mais on peut pas s'empêcher, il faut qu'on achète pour voir ! C'est dire si le pouvoir des mots est immense, même (surtout ?) quand ils ne veulent plus rien dire... pour en finir avec la vente, il me faut quand même parler des moments où on en est amené à se vendre. Eh oui. Les entretiens d'embauche. Une certaine idée de l'enfer. La foire au mensonge à bon compte. Une lutte à mort, le couteau sous la gorge. Parfaitement. A la question : « Quelle est votre motivation pour ce poste ? », je me suis juré qu'un jour je répondrai : « Ne pas avoir une meute d'huissiers en furie devant ma porte à la fin du mois ». Vous croyez qu'ils en penseraient quoi les recruteurs ? Peut-être qu'eux aussi ils en ont marre des trucs formatés genre « Evoluer dans ma carrière en mettant mes compétences et mon expérience au service d'une société innovante et en pleine expansion ». Dans la colonne « Qualités », à la place de « Dynamique (qui bouge tout le temps ?), rigoureuse (comme l'hiver ?) et motivée (comme le refus ?) », si on mettait plutôt « Ponctuelle, jamais malade et bosseuse », ça serait pas plus convaincant ? Moi je dis que ça se tente.

L'autre situation où la vacuité vertigineuse des mots me tue, c'est plus délicat, car ça touche au politiquement correct. Il s'agit des mots de la chose, justement. Je précise que je ne suis pas particulièrement à l'aise pour parler de sexe, en fait je suis très vieille France, limite prude, mais bon, un chat un chat quand même ! La première fois que ma gynéco m'a demandé « Vous avez eu des rapports récemment ? », j'ai immédiatement pensé au sketch de notre regretté Elie Kakou où il joue un instit intraitable qui menace d'envoyer ses élèves chez le directeur... des rapports ! Non mais c'est quoi ce mot, on n'est pas en cours d'éducation sexuelle en 4°B du collège Jules Ferry ! On est des adultes !

Cela dit si je redémarre sur les docteurs, il y en a pour un moment ; récemment une gynécologue (une autre) m'a doctement asséné : « Le vagin est une cavité virtuelle ». Ah bon ? Ben on doit pas avoir le même alors ! Non mais n'importe quoi. A 60 € la consultation, elle a peut-être pensé qu'une pointe de métaphysique ferait passer la pilule (!), mais merci, si je veux lire la critique de la raison pure, j'irai pas chez le médecin, mais à la bibliothèque.

Et encore, j'en passe sous silence, je ne peux pas tout écrire non plus, j'ai une réputation à tenir ! Mais le summum, c'est quand la pub et la bagatelle sont associées. On atteint des sommets de tartufferie enviés par nos plus brillants orateurs politiques. Il y a un an à peu près, était diffusé sur nos écrans un spot vantant les mérites d'un produit d'hygiène intime (cette expression me donne envie de me rouler dans la boue, ça doit être freudien). Donc bien sûr, une nana (squelettique, évidemment, si tu pèses plus de 40 kg tu peux bien avoir le popotin sale, ça changera rien) à oilpé nous explique douceureusement qu'elle n'utilise plus que Trucmuche pour prendre soin de son intimité. T'appelles ça comme ça toi ? Vous vous imaginez penser soudain, dans les rayons du supermarché « Tiens, il faut que j'achète un flacon de Machin pour prendre soin de mon intimité » ? Mais où va-t-on ? A chaque fois que la pub passait, je me surprenais à souhaiter de toutes mes forces qu'à la place de ce mot abscons (une contraction très pratique de absurde et con), elle en utilise un autre, tellement plus simple, tellement plus vrai, tellement plus réel... pas vulgaire, pas dégradant, juste un mot que les vrais gens disent dans la vraie vie... j'avais l'impression que si ça arrivait, l'espace d'un instant, le monde serait un peu moins laid... c'est aller chercher bien loin la beauté, je vous l'accorde, mais pour moi ce genre de dérives est symptômatique.

Encore une fois, je trouve qu'on nage en plein paradoxe : on utilise des formules de plus en plus alambiquées, pour dire des choses de moins en moins vraies. Ca me mine. Et là encore, j'ai pas parlé de choses graves... si on fait pareil avec les discours de nos dirigeants, les publications du FMI ou les articles des Echos (spéciale dédicace à ma voisine), on est pris par l'envie soudaine d'aller vivre en haut d'un baobab en pleine forêt amazonienne. Enfin, moi ça me fait ça en tout cas. Mais c'est pas possible, dans ma cabane au Brésil, il n'y aurait pas de télé pour se bidonner devant les pubs débiles...

11/06/2006

Risque zéro

Il y a dans ce bas monde une foultitude de choses qui me révoltent ; rien de bien original finalement. Là où j'ai l'impression de me démarquer (et j'adore ça, me démarquer, vous l'aviez sûrement noté), c'est que ma capacité d'indignation semble croître à mesure que je vieillis. Or il semblerait qu'habituellement, ce soit le contraire qui se produit ; si j'en crois ce qu'on m'a appris (et on me l'a appris dans une vénérable institution, donc c'est forcément vrai), les velléités de rebellion de la moyenne des gens s'émoussent au gré du temps qui passe, et aussi suivant la courbe ascendante de leur niveau de vie ; mais je ne vais pas me lancer là-dessus, c'est dimanche, il fait beau, et il faut que je fasse du vélo ; si je commence à disserter sur le pognon, je n'aurais plus assez d'énergie, même pour pédaler sur du plat.

Quoiqu'il en soit, je ne suis pas concernée par cet état de fait, probablement parce qu'il me manque encore quelques cents (j'ai horreur de ce mot, ça me donne l'impression d'être américaine) pour atteindre mon premier million (y compris de francs) ; je suis donc fortement encline à me sentir outragée par la moindre peccadille, diraient les mauvaises langues, ou par des événements proprement scandaleux, corrigerais-je drapée dans ma dignité. De toute façon je trouve les gens beaucoup trop résignés ; même si ce n'est pas suivi d'actions concrètes, un peu de révolte, c'est toujours bon à prendre.

Ces derniers temps se dessine une tendance qui me hérisse : le risque zéro. On voudrait nous faire croire que toute activité humaine peut exister, débarrassée de tous ses dangers intrinsèques. Les exemples fourmillent, et au premier rang la vie tout court : la psychose autour des maladies, des épidémies et de la mort dans d'atroces souffrances est telle que les précautions prises pour éviter ça frisent le ridicule. Mais enfin, c'est pas une surprise, on va tous mourir un jour ! Alors oui, d'accord, si possible en bonne santé, le plus tard possible et pendant son sommeil, mais peut-être aussi dans des circonstances plus pénibles... c'est comme ça, et il vaudrait peut-être mieux apprendre à l'accepter que de perdre de précieux moments de vie à se surprotéger, à s'épargner, à s'économiser, parce qu' à ce train-là on finira par ne plus rien tolérer. On ne pourra plus mettre un orteil dehors sans attraper le croup. On sera obligé de porter un masque à oxygène pour faire des ballades à la campagne (vous vous rendez compte, tous ces animaux qui produisent des gaz à effet de serre), et de prendre des anti-dépresseurs avant même d'entrer dans la vie active, en prévision de la tyrannie, du harcèlement et de la pression qui y règnent. Ce n'est pas une solution, et en plus ça enrichit les labos pharmaceutiques, qui s'empressent de redistribuer cette manne à leurs actionnaires plutôt que de sauver les enfants d'Afrique, faut-il le rappeler. Tout ça pour quoi ? Pour mourir le plus vieux possible. Je n'arrive pas à comprendre, peut-être parce que je suis relativement jeune ; mais une population de 80 ans d'âge moyen, je vois pas très bien l'intérêt.

Ca, c'est pour l'idée générale, ça se décline bien sûr à toutes les sauces : la sécurité routière (moi je m'en fous, je roule à vélo), le tabagisme passif (je fume comme un sapeur, c'est du tabagisme actif), la vaccination à tout-va (bientôt on va être vacciné contre la réflexion, vous allez voir), l'hygiénisme ridicule auquel on est astreint, même dans son environnement habituel (je vois pas comment je pourrais m'intoxiquer avec mes propres microbes), j't'en passe et des pas mûres. Et ça commence dès la naissance : il n'y a qu'à voir les impératifs et autres diktats dont on bourre le crâne des jeunes mères, avant même qu'elles accouchent, et qui doivent en cauchemarder toutes les nuits que leur enfant ne soit embastillé dès son troisième anniversaire par des sbires du petit Nicolas. Comment ça, ils étaient en rupture de Ritaline à la pharmacie d'en bas ? C'est pas une excuse... en taule !!!

Je pourrais en trouver des tonnes... le paradoxe dans cette histoire, c'est qu'il me semble qu'on en oublie de se préoccuper des choses vraiment risquées. Ce serait fait exprès que ça m'étonnerait qu'à moitié, d'ailleurs ; mais bon, la théorie du complot, ça va bien deux minutes, donc je n'épiloguerai pas. En tout cas, pendant qu'on est obnubilé par notre taux de cholestérol, le nombre de points sur notre permis de conduire ou le niveau de notre bouteille d'eau de Javel, au moins, on ne pense pas à contester la soi-disant infaillibilité des systèmes de sécurité des centrales nucléaires, la légitimité de l'existence de la sphère financière, ou le fait qu'on continue à piller, à exploiter et à tyranniser le tiers-monde pour faire perdurer un mode de vie absurde et voué à imploser sous le poids de ses propres contradictions.

Je crois que j'ai le cerveau qui commence à fumer, il faut que je fasse gaffe, j'ai pas d'extincteur chez moi (rigolez pas, c'est en passe de devenir obligatoire) ; loin de moi l'idée de nier tous les effets bénéfiques des progrès de la médecine ou de la prévention routière, encore plus loin la volonté de me poser en donneuse de leçons, parce que je ne suis pas plus maline que la moyenne, moi aussi je cède parfois à cette paranoïa ; mais j'essaie quand même de prendre du recul. La vie EST risquée, puisqu'elle se termine par la mort, mais c'est aussi ce qui en fait le prix. Je crois qu'il ne faut pas se tromper de danger. Je crois que le plus gros risque, c'est qu'il n'y en ait pas.

03/05/2006

Technicien, tête de chien

J'en peux plus des techniciens. Quelqu'ils soient. Cette condescendance, ce mépris affiché, cette morgue envers nous qui avons commis l'impardonnable erreur d'apprendre à lire et à écrire plutôt qu'à réparer un ordinateur.

Car bien sûr, mon courroux est essentiellement dirigé vers cette espèce étrange d'homo technicus : les informaticiens.... rien qu'à écrire le mot, je frissonne d'horreur. Malgré les apparences, les informaticiens ne sont des pas êtres humains comme les autres (pas comme moi en tout cas). L'informaticien sait. Il détient le savoir technologique ultime de notre époque troublée. Et qui détient le savoir détient le pouvoir, comme disait Maurice Chevalier. Ah non, c'était pas lui.

Bref, la compétence quasi-magique (même à ses propres yeux, dans certains cas) de maintenir en l'état des machines sans qui le monde s'écroulerait en quelques secondes le rend insupportable de suffisance et d'arrogance. Il prend les pauvres utilisateurs pour des sous-hommes, et ponctue ses interventions (fréquentes, hélas, qu'est-ce que ça peut être en panne un ordinateur ! Magouilles et compagnie tout ça !) de commentaires désobligeants, voire sarcastiques, sur votre façon de vous servir de l'engin, et sur votre incapacité quasi-génétique à vous dépatouiller d'un inoffensif petit message d'erreur. Ca alors ! Incroyable, le monde entier n'est pas informaticien !!!! Que fait donc la police ?

Mais la nuisibilité de l'informaticien ne s'arrête pas là. Oh que non, ce serait trop beau. En plus de son attitude anti-sociale, l'informaticien fait montre d'une redoutable incompétence. Oui, j'ose ! Je l'affirme, la moitié du temps, il ne sait pas plus que vous et moi ce qui se trame dans le bide de ces foutues machines. Alors il trafique deux trois trucs, ou alors vous serine à chaque panne : « Reboote ton micro », incantation païenne aussi inquiétante que mystérieuse. Et là, comme il n'y a pas de justice, un miracle se produit et le problème disparaît.... ( pardon, sans accent, disparait !). Et de toute façon, si ça ne marche pas, il a TOUJOURS une explication toute prête :

  • avoue, tu as téléchargé un .exe !!!! (tu peux parler français stp ?)
  • à force de visiter des sites bizarres, ça devait arriver, tu as chopé un virus (ah je me disais aussi, j'ai les ganglions enflés)
  • tu as trop de fenêtres ouvertes en même temps (excuse-moi, j'essaie de bosser si ça te fait rien).

Et l'excuse ultime :

  • C'est encore un problème avec ces saloperies de profils itinérants Windows !!! A mort Bilou !!! (ok, mais laissez-lui le temps de me coucher sur son testament).

Donc je résume : un problème informatique se présente. Déjà, c'est énervant. POURQUOI ? Qu'avez-vous fait de mal ? Dieu vous en veut-il ? Avez-vous regardé la finale des célébrités dans la jungle jusqu'à la fin ? Ca restera une énigme. Qu'à cela ne tienne, vous composez le numéro du service informatique ; un de ses funestes éléments vous répond, et vous écoute distraitement exposer votre souci. Invariablement, sa réponse est « Reboote ton micro ». Depuis le temps, vous avez enfin compris ce que ça veut dire : éteins et rallume ton ordi. Mais bon, en français courant, ça fait pas assez pro, tu vois. Vous vous exécutez, plein d'espoir et de bonne volonté. Mais que nenni ! Ca ne résoud rien. La mort dans l'âme, l'informaticien vous dit qu'il va directement passer dans votre bureau, avec une infinie lassitude dans la voix ; c'est vrai quoi, devoir faire ce pour quoi il est payé, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres ! Une trentaine de minutes plus tard (dans le meilleur des cas), il arrive en traînant des pieds, l'oeil goguenard et la remarque perfide au bord des lèvres (regardez bien sa bouche la prochaine fois, vous distinguerez la dite remarque prête à sortir). Il se met à bidouiller la machine, à refaire les trucs que vous avez déjà fait avant de vous résoudre à l'appeler au secours, mais là, bien sûr, comme la vie est une chienne, CA MARCHE !!! Oui, je sais, ça semble incroyable, mais c'est ainsi. L'informaticien se distingue du commun des mortels par le fluide magique qui lui sert à réussir là où les autres ont échoué, en faisant exactement les mêmes choses. Scrogneugneu. Je me demande comment ils détectent la présence de ce fluide, pendant les examens d'informatique.

Vous voilà donc réduit une fois de plus à votre triste condition de généraliste (par opposition à technicien, bien sûr), la tête pleine de références historiques, de théories philosophiques et de citations de Paul Nizan. Que des trucs qui servent à rien, c'est bien connu...

Il faut avoir de la compassion pour les techniciens... peut-être ne connaîtront-ils jamais la beauté et l'infinitude de toutes ces connaissances abstraites, si irréductibles à des 0 et des 1. Techniciens, informaticiens, mes frères, je ne vous hais point ! Je désespère seulement de vous comprendre...

J'ai failli devenir grandiloquente là non ? Alors j'arrête... je sais que ce ne sont que généralités... exceptions à ce portrait, manifestez-vous, je brûle d'être certaine de votre existence !