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09/04/2007

Prison intime

Comme je l'ai souvent dit ici, le temps qui passe est pour moi un allié ; du reste ça n'a rien d'extraordinaire : la plupart des gens vous diraient la même chose, on se sent mieux au fur et à mesure qu'on viellit, en tout cas tant qu'on n'a pas atteint un âge canonique, où d'autres problèmes finissent se poser.

Ainsi, je me sens débarrassée de tout un tas de paramètres, de considérations, d'impératifs qui avaient fini par devenir de véritables boulets. J'ai appris que pour avancer dans la vie, pour trouver sa voie, pourrais-je dire si je croyais à ce genre de formules toutes faites, il faut avoir abandonné beaucoup de grands principes, de théories fumeuses et de buts suprêmes. A mesure que je vieillis, et en dépit du fait que des manifestations déplorables telles un ulcère font leur apparition, j'ai le sentiment de me dépouiller, de me défaire de l'accessoire, d'arriver mieux à toucher à l'essentiel. Je crois que j'ai gagné en liberté et en sérénité, sans regrets d'avoir dû pour cela renoncer à certains attachements.

Mais depuis quelques temps, je développe une tendance qui me fait très peur. A force de m'être protégée, défendue, isolée, et notamment des autres, je crains de m'enfermer en moi-même.

C'est une sensation très contradictoire, puisque dans le même temps, je me sens de plus en plus ouverte aux autres, plus tolérante, et plus désireuse que je ne l'ai jamais été d'être dans la vie, comprenez de participer d'une manière ou d'une autre à la vie collective. Mais je réalise aussi que cette sensibilité nouvelle confine bien souvent à la sensiblerie, et que certaines choses qui à une époque me laissaient de marbre, ont aujourd'hui le pouvoir de me faire souffrir. Je me sens parfaitement à l'aise dans l'altérité, l'empathie, l'échange, mais après coup je finis par me rendre compte que pratiquer tout cela me fait du mal, parfois. Je pense que j'ai appris à manier tous ces modes de relation dans la douleur, et que ça a profondément marqué ma manière de les vivre.

Concrètement, ça n'a pas encore vraiment de conséquences, mais je dois parfois prendre sur moi pour que ce penchant ne trouve pas d'écho dans la réalité. Régulièrement, déjà, j'abdique, je renonce à donner mon avis (aussi incroyable que ça puisse paraître) lors d'une discussion, parce que m'expliquer ou me justifier serait trop compliqué, ou stérile, ou juste fatigant. D'une façon générale, hors des occasions balisées, aller vers les autres résulte d'un effort, d'un raisonnement. J'ai le plus grand mal du monde à sortir de ma propre organisation, car ce que je peux en retirer me semble parfois moindre que les désagréments qui en découlent. Dans les périodes les moins fastes, l'idée m'effleure quelquefois de rester chez moi le samedi soir, au lieu d'aller courir après une migraine due au vin blanc, et d'écouter les éclats de voix de mes proches qui disent à l'occasion des choses qui me font dresser les cheveux sur la tête... sans que je trouve toujours la force ou l'énergie de les contredire. Sur ce point je me méfie de moi, et de mon esprit de contradiction qui, à l'inverse, me fait régulièrement partir dans des délires élucubratoires ; souvent, j'en éprouve un remords exagéré qui me tourmente pendant des jours... tout comme me ronge le constat de n'avoir rien dit, quand c'est le cas.

Finalement, la perspective de rester avec moi-même est toujours la plus reposante. Peut-être est-ce dû au fait que j'ai mis très longtemps à m'entendre avec moi-même, mais en tout cas je ne me lasse pas (encore ?) de ma propre compagnie. Ce que j'ai construit autour de ma personne, des mes envies, de mes choix, je m'y plais, et j'en suis fière, je suppose que ça ne m'encourage pas à m'en départir, même temporairement. Alors je me recroqueville, j'ai envie que le monde existe hors ma présence, que mon existence soit neutre. Ou au contraire, mes opinions deviennent des poses, des revendications purement individuelles, mais auxquelles je m'accroche avec l'énergie du désespoir, parce qu'elles représentent tellement ce que je suis, elles m'ont tellement coûté, que j'ai besoin de m'en prévaloir sans cesse, sans entendre ce qu'on peut m'y opposer. A force d'être son seul référent, on devient terriblement auto-centré... et on n'arrive plus à être soi-même autrement qu'en le criant à la face du monde, et acceptant de moins en moins que les autres fassent de même. On a l'impression d'être nié par la moindre opinion différente de la nôtre. On se réfugie en soi parce que c'est l'endroit où on se cogne le moins aux autres, et où les occasions de souffrir sont les moins fréquentes. Faire preuve de souplesse ou de faculté d'adaptation reviendrait à renoncer à être soi, alors on s'amidonne, on se rigidifie, on se cadenasse.

Il m'arrive donc, dans des élans de découragement ou de déprime, d'imaginer me laisser aller à la tentation de la solitude presque absolue. Heureusement pour moi, j'en suis pour l'instant incapable, mais j'ai peur de ne plus être, un jour, à même de lutter contre cette alternative. J'ai peur que de guerre lasse, je finisse par refuser de me confronter au monde et aux gens pour éviter d'en souffrir. J'ai conscience que ce serait me condamner à une autre souffrance, la souffrance si particulière qu'impose la solitude, et qui réside dans le fait qu'elle peut également être si apaisante et si sereine ; mais je garde à l'esprit que ce basculement est possible, et il ne se passe pas un jour sans que je doive lutter pour en repousser l'éventualité. Ou l'échéance...

Tout ça m'effraie bien sûr parce que je ne veux pas perdre les gens que j'aime, ni devenir une sorte d'ermite ou d'être asocial, ni finir par avoir le coeur sec et l'âme tiède, mais aussi parce que, comme je suis en train de le découvrir, ça m'empêche d'aller plus loin sur le chemin de l'écriture. Je ne me prends pas pour un gourou, rassurez-vous, mais je trouve que ce que je raconte ici ou là a plus d'impact sur les gens que ce que je voudrais. Dans ce cas tu n'as qu'à la fermer, me direz-vous ; je n'y arrive pas non plus, évidemment. C'est un besoin, il faut que je le fasse. Mais avant ça il faut que je m'arrange avec les conséquences que ça pourrait avoir.

C'est donc mon combat personnel du moment. Lutter pour m'extérioriser, sans blesser les autres. Parler avec eux, sans les convaincre. Avoir des convictions, sans chercher à leur donner une portée pseudo-universelle. Ecouter les autres, sans que ça vienne systématiquement remettre mon mode de vie en cause. M'exprimer librement, sans que ça devienne une leçon de morale. Arriver à sortir de moi plus souvent, sans trahir ce que je suis. J'ai le sentiment que le dialogue que j'entretiens avec moi-même est riche, mais je sais bien que rien ne remplacera jamais celui que j'ai avec les autres, car j'en ai toujours eu besoin pour ne pas stagner. A cause de ça, la perspective de devenir prisonnière de moi-même m'horrifie, tout comme me glace la perspective de me perdre. C'est une étrange dichotomie, mais je ne désespère pas d'en venir à bout.

14/01/2007

J'ai faim !

Eh ben mange ! Ahhhhh... si c'était aussi simple.

En effet, je pourrais, sans problème. Si j'avais faim à 8 h, à 13 h et à 20 h, comme tout le monde allais-je écrire. Quelque chose me souffle que ce n'est pas vrai, mais disons que cette configuration concerne quand même une majorité de gens.

Mais pas moi. Ma faim est immémoriale, sauvage, inextinguible. Et quasi-permanente : en moyenne, j'ai faim toutes les trois heures ; le jour en tout cas, pour l'instant ça ne me réveille pas encore à quatre heures du mat, ne parlez pas de malheur. J'ai toujours été comme ça, d'aussi loin que je me souvienne, et même avant, si j'en crois ma mère (et je la crois).

Attention, je ne confonds pas la faim et l'envie de manger ! Je sais parfaitement faire la différence ; ce que j'éprouve, moi, c'est de la faim : un gouffre dans l'estomac, la tête qui tourne et le manque de sucre, un vrai malaise... c'est parfois si intense que j'ai l'impression que je vais mourir si je ne mange pas dans la minute. L'envie de manger, c'est autre chose. Je me rends compte que ma faim est une telle obsession que je perds l'envie de manger... moi qui pourtant adore ça. Je suis une vraie gourmande, mais j'en arrive à un point où je n'ai plus rien envie d'avaler ; ça peut paraître paradoxal mais c'est ainsi. Pour moi, c'est un constat terrible, parce que la bonne bouffe, c'est un art de vivre. Mais le fait est là : je n'en peux plus de devoir me nourrir. Je n'ai pas envie d'être quelqu'un qui a faim en permanence, je n'ai pas envie d'être quelqu'un qui mange à tout bout de champ. Je crois que ça a un rapport avec la féminité, ou plutôt l'image qu'on s'en fait. C'est pas hyper féminin d'avoir un appétit de lutteur de sumo, ni d'avoir un fameux coup de fourchette... moi qui pourtant déteste ce genre de carcans imposés par une image de la femme totalement déconnectée de la réalité, sur ce coup-là, le bât blesse. Entre aussi en ligne de compte la culpabilité de ressentir à ce point de la faim lorsqu'on fait partie d'une société qui croule littéralement sous la bouffe...

Evidemment, j'ai cherché à comprendre. A vous, je peux bien le dire : j'ai misérablement échoué. Je ne sais pas pourquoi j'ai faim comme ça. Il existe manifestement des pelletées de théories psychologisantes sur le sujet, la plus connue étant celle qui explique qu'on mange pour combler un vide. Hyper logique. Mais quel vide ? Je ne sais pas non plus. Et sincèrement, je n'ai plus envie de chercher à savoir. Je n'ai pas envie de perdre un temps précieux pour analyser les racines psychologiques de ma faim, en admettant qu'elles existent. Je veux bien que certaines causes soient enfouies au plus profond de ma psyché, et je pense avoir conscience de la puissance des réactions somatiques... mais tout de même, éprouver une telle faim "physiologique" uniquement à cause de mécanismes à l'oeuvre dans mon inconscient... je me dis que ça ne peut pas être la seule explication. Au fond, c'est peut-être mon karma, tout simplement. J'ai besoin de manger souvent, point barre.

Non seulement je n'ai plus envie de me prendre la tête pendant des heures, à hurler "Mais pourquoi ?" devant mon frigo ouvert (en fait je fais pas des trucs comme ça, c'est juste une image), mais en plus je n'en ai plus la force. Je veux juste vivre plus simplement ma relation à la nourriture, faire la paix avec l'alimentation. Cesser d'y penser sans arrêt, ne plus considérer ça comme une croix à porter, et faire avec. Ca m'a réussi pour tout le reste, alors pourquoi pas cette fois ?

Parce que jusqu'à présent, j'ai lutté. Contre moi-même, un combat presque sans répit, avec des hauts et des bas, quelques victoires et beaucoup de défaites. Au final, je m'estime pas trop mal lotie ; vu tout ce que je suis infligé en matière de régimes, de perte et de reprise de poids, de frustration et de culpabilité, je pourrais aller plus mal. Mais aujourd'hui, ma relation avec la nourriture est devenue si conflictuelle que je n'ai qu'une envie : baisser les bras. Ca doit sembler terrible comme ça, mais je crois que c'est un grand progrès, en fait, un vrai soulagement, de penser enfin que ce combat absurde et vain va cesser.

Le déclic est récent : comme un grand nombre de mes consoeurs de famine, je viens de lire Maigrir sans régime, du Dr Zermati. J'étais curieuse de ce livre ; je n'ai pas été déçue. Je n'ai aucune propension à adhérer à un quelconque système de pensée, mais j'avoue que je suis enthousiasmée par son propos sérieux, réfléchi et déculpabilisant. Engluée jusqu'ici dans les pseudo-croyances d'une certaine orthodoxie diététique, véhiculée partout et par tous, j'ai remis beaucoup de choses à leur place, en premier lieu qu'il ne faut pas avoir peur de la faim, ni de la nourriture. Qu'il faut se nourrir selon son appétit, ni plus ni moins. Qu'il faut se défaire de ses inhibitions et de ses frustations pour se débarrasser enfin de ses tendances à la compulsion. Qu'il faut simplement considérer l'alimentation pour ce qu'elle est : un geste primaire, animal, dicté par notre corps si on prend la peine de l'écouter. Un réflexe qui doit cesser d'être à ce point mentalisé, disséqué, calculé. Un besoin qui est heureusement un des plus grands plaisirs que nous puissions éprouver.

Mon enthousiasme et mon espoir n'ont pas empêché longtemps mon scepticisme de réapparaître... tant pis, je veux essayer. Je n'ai pas d'autre solution, de toute façon. Je ne sais pas ce qui va se passer : peut-être vais-je prendre 20 kg. Ou peut-être que j'en perdrai 10 (je n'y crois pas une seconde, notez, c'était juste pour donner un exemple contradictoire). Mais ce que j'ai à gagner est bien plus précieux, je veux m'en convaincre : faire la paix avec la nourriture... pour ça, je peux faire l'effort d'accepter certains désagréments. J'en accepte déjà certains, du reste, comme réaliser que je ne ferai jamais du 38. Alors, une taille de plus ou de moins... ce ne sont jamais que des numéros sur un morceau de tissu.

Quant à la faim... je ne suis pas totalement prête à vivre avec. En la traitant moins rudement, j'espère tout de même réussir à l'apaiser. Je veux tenir compte du fait qu'elle existe, mais sans l'entretenir. Vouloir combler ce vide ne me mènerait qu'à le creuser toujours plus. De ça, je suis certaine à présent ; c'est une erreur que je ne veux plus commettre.

 

22/11/2006

Croix de bois croix de fer

C'est un des premiers préceptes moraux qu'on doit essayer de nous inculquer, non ? D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu dire qu'il ne fallait pas mentir. Personnellement, j'étais une enfant très (trop ?) obéissante, et donc je ne mentais jamais. J'avais trop peur de me faire attraper, et j'avais raison, car comme de juste, la seule fois où j'ai proféré un affreux mensonge, ça s'est vu comme le nez au milieu de la figure. S'en est suivi un terrifiant psychodrame (je l'ai vécu comme tel en tout cas) qui m'en a fait passer l'envie pour plusieurs années.

Là évidemment, je parle de gros vilains mensonges, de travestissements vicieux de la réalité destinés à tromper son petit monde et à en tirer de substantiels avantages. Parce que bon, les petites libertés que nous nous accordons TOUS avec la vérité, pour être poli ou tranquille, ça ne me traumatise pas plus que ça. Dans le fond, je préfère toujours dire la vérité, mais s'il s'agit de blesser quelqu'un juste parce qu'on n'a pas envie de sortir de chez soi, j'estime qu'il vaut mieux éviter. Je prends sur moi, puisque j'ai tendance à considérer qu'un mensonge, gros ou petit, reste moralement répréhensible, mais je me suis quand même rendue à l'évidence : la vie en société exige quelques compromis (eh oui, c'est affreux) avec sa conscience.

En revanche, je refuse catégoriquement le mensonge en ce qui concerne l'humain. Je ne veux pas mentir sur ce que je suis, je ne veux pas transiger avec ma personnalité ; une certaine honnêteté intellectuelle me semble être indispensable. A moi en tout cas, notamment si je veux dormir sur mes deux oreilles. Je ne supporte pas l'idée de donner aux gens une fausse idée de ce que je suis, et du même coup, je suis très intolérante avec les gens qui essaient de se présenter sous un jour trompeur et mensonger.

Il n'y a pas de hasard, remarquez bien : j'ai vécu pendant quatre ans avec ce qu'on pourrait appeler un mythomane (ça a l'air excitant comme ça, mais en fait ça ne ressemble pas du tout à un film américain). C'est une maladie, loin de moi l'idée de jeter la première pierre ; mais je peux vous dire que cette relation a failli me détruire. Quand quelqu'un de proche commence à mentir (tout le temps et à tout propos, de préférence), un phénomène effrayant se produit : la vérité n'existe plus. C'est comme si le mensonge emportait tout sur son passage et diluait à l'infini les bribes de vérité auxquelles se raccrocher. Qu'on croie ou non aux mensonges proférés n'a pas d'importance ; du reste, quand on s'aperçoit qu'une personne ment (très vite en général, quand c'est un réflexe irrépressible), on ne croit plus rien de ce qu'elle dit. Au début, on cherche à lui faire dire la vérité ; évidemment c'est peine perdue, car pour elle la vérité n'existe pas. Et par une sorte d'effet de contagion, la vérité disparaît pour vous aussi. On se retrouve entraîné dans une spirale de faux semblants de laquelle personne ne peut vous sortir. A part vous-même, évidemment. Avec le recul, je me dis que j'ai failli devenir folle. Et puis je me suis réveillée, et ça s'est arrêté.

Je n'étais déjà pas une grande fan du mensonge, mais depuis cet épisode je suis à la limite de l'intégrisme, je l'avoue. La moindre petite entorse à la vérité me fait tiquer, parce que j'ai toujours peur que ça cache une volonté de faire du mal. C'est très rarement le cas bien entendu, mais j'ai tout de même du mal à le supporter. J'ai besoin d'avoir des relations franches avec les autres, je déteste les gens qui enjolivent, qui transforment, qui se voilent la face. La lucidité est pour moi un but, et je crois que je demande la même chose aux gens qui m'entourent. Je crois que je préfère les relations frontales, directes ; c'est parfois douloureux, vu qu'en même temps les rapports de force me terrifient (bah oui, sinon ça serait trop simple), mais il est apparemment possible de trouver un juste milieu.

Le prix à payer est simple : il n'y a que la vérité qui blesse. Je préfère définitivement connaître la vérité et en souffrir, plutôt que de refuser de savoir le fond des choses pour me protéger. J'ai toujours le sentiment d'être prise pour une idiote lorsqu'on me ment pour m'éviter de souffrir, sans compter qu'à mon avis, la vérité finit toujours par se savoir. C'est probablement une conception très personnelle, et elle trouve vite ses limites : les autres ne la partagent que rarement... je comprends d'ailleurs, personne n'aime souffrir, c'est humain. Alors je me dis qu'il vaut mieux taire certaines choses, même si l'idée d'épargner les gens me révulse. Je n'ai de leçons à donner à personne, et chacun a le droit de préférer un silence lénifiant aux affres de la vérité. Du reste, savoir les choses ne les empêchent pas d'exister... c'est juste que je préfère savoir à quoi m'en tenir. Et inutile aussi de me faire le coup de la vérité qui n'existe pas : d'accord, tout est relatif, chacun son avis, il existe des tas d'angles sous lesquels considérer une situation, blablabla, m'enfin quand même, si on croise au restaurant une copine qui avait décliné notre invitation le jour même pour cause de grippe carabinée, on a du mal à relativiser non ?

Finalement, à bien y réfléchir... ça serait intenable, si on mentait pas de temps en temps, hein, c'est une lapalissade. Il y a déjà tellement de raisons de se battre, de se haïr, de se faire la gueule. Je ne peux pas m'empêcher de me demander si ça ne vient pas du fait que nous vivons depuis des lustres sur le mensonge, et que du coup il est impossible de reculer ; si on acceptait au contraire de faire face à la vérité et de fonctionner sur ce postulat, est-ce que ça ne serait pas plus sain ? Pas sûr, en effet, mais je trouve tout de même l'idée terriblement réjouissante.

 

 

 

23/10/2006

Miroir, mon laid miroir

Enfin, ça dépend des jours, bien sûr, on en est toutes là, je pense. Oui, j'écris "toutes", parce que j'ai quand même l'impression que le rapport à sa propre image reste bien plus compliqué pour les femmes que pour les hommes. Mais bon, je peux me tromper (si si), n'hésitez pas à me le dire.

En tout cas pour moi ça reste assez inextricable. Voilà ma théorie (oui, encore une, j'en ai des caisses) : il est IMPOSSIBLE d'avoir un regard un tant soi peu neutre sur sa propre personne (physique, s'entend, parce pour le reste ça me semble plus facile, curieusement). Je vous entends d'ici : ben oui, on sait bien que c'est pas possible, tu nous prends pour des débiles ? Pas du tout.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'on n'a pas idée à quel point ce regard peut varier. D'un jour à l'autre. D'une humeur à l'autre. D'une personne à l'autre, surtout. Je trouve cette versalité fascinante. Et désespérante, évidemment.

L'image qu'on a de soi, tout d'abord ; je suis persuadée qu'elle reste fixée par un vécu, quelles que soient ensuite les modifications réelles qu'elle subit. Par exemple, moi, j'ai toujours été dodue (dans le meilleur des cas), mais depuis deux ans je suis revenue à un poids "normal" (notez les guillemets). Eh ben rien à faire, la plupart du temps, je me vis comme une personne grosse. L'image que je pense donner est une pure construction mentale et psychologique. Je m'en rends compte, mais ça n'y change rien ; ce qui change en revanche, c'est que j'ai appris à vivre avec. Je dépense donc une énergie considérable à me dire que si les gens me regardent étrangement, ce n'est pas parce que je leur bouche la vue. Et surtout, j'arrive à me dire que si certains me qualifient de "ronde" (pour les gentils) ou de "grosse" (pour les autres, il faut hélas reconnaître que ça reste péjoratif), ils ont toujours la possibilité de regarder quelqu'un d'autre.

Tout ça est d'ailleurs très instable... il suffit parfois d'une humeur au beau fixe, d'un vêtement particulièrement seyant ou d'un regard flatteur pour se sentir subitement à son avantage. Encore que... dans le regard de l'autre, l'apparence devient vite une prison, et personnellement je préfère me fier à mon propre jugement. Plaire, pourquoi pas, mais se plaire à soi en priorité, quitte à ne plaire à personne d'autre, ce qui du reste est bien improbable, surtout lorsqu'on a une bonne image de soi. Cette image est changeante, fluctuante, forcément subjective, mais c'est la nôtre, et c'est ce qui la rend précieuse.

Jusque là, tout va bien. Là ou ça se complique, c'est que l'image qu'on a de soi modifie sensiblement l'image qu'en ont les autres, et donc leur comportement. Le rapport à l'autre étant généralement calqué sur le rapport à soi (nous sommes les misérables jouets de notre inconscient, ne l'oublions pas), les gens ont tendance à nous traiter comme nous le faisons avec nous-mêmes, sauf que c'est plus blessant. S'estimer moche, grosse ou mal foutue est une chose, se l'entendre dire, ou pire, insinuer, en est une autre. Ca fait beaucoup plus mal...

Mais là encore, ce n'est pas aussi simple. Il faudrait faire une expérience : réunir des gens (connus et inconnus) et leur poser à tous les mêmes questions sur notre physique. Je pense que la variété et la diversité des réponses seraient stupéfiantes. On a naturellement tendance à penser que l'opinion que nous avons de nous-mêmes a quelque chose d'absolu ; moi je pense que c'est totalement faux. Pour s'en persuader, il suffit de penser aux ressemblances : tata Marcelle jure ses grands dieux que vous êtes le portrait de votre père (son neveu, comme par hasard), alors que papy Raymond est persuadé que vous avez tout pris de votre mère (sa fille, est-il besoin de le préciser).

C'est la même chose pour l'image de soi, en général. Vous êtes persudée que vous avez le nez de Cyrano, mais la plupart des gens ne voient que vos jolis yeux bleus. Vous vous plaignez d'être plate comme une limande, certains admirent votre silhouette longiligne et élancée. Vous comparez votre derrière à la porte d'Aix, on vous considère comme une fille pulpeuse. Et tout ça est d'autant plus vrai des gens qui vous aiment, évidemment. La question n'est pas de vouloir systématiquement entendre des avis lénifiants ou vilement flatteurs, mais plutôt d'être valorisée par leur bienveillance et leur envie que vous vous sentiez bien dans votre peau.

Mais bien sûr, si vous restez sur une image négative de vous-même, c'est celle-là que les gens vont retenir, et vous renvoyer : c'est un sacré cercle vicieux. D'autant que lorsqu'on a une image de soi dégradée, on a tendance à chercher éperdument du réconfort dans le regard des autres. Qui ne vous renverront que votre piètre estime de vous, CQFD.

Et que dire des impitoyables canons esthétiques en vigueur ? Je trouve que c'est incroyablement difficile de se situer en-dehors de ces références. Nous sommes toutes engluées dans notre époque (du moins faut-il l'espérer, vivre comme au XIX° ça doit pas être facile tous les jours), et les caractéristiques exigées pour appartenir au cercle des belles, des jolies, des regardables, des potables, mieux vaut que je m'arrête là, sont hyper dures à atteindre. Surtout si on en a envie d'éviter l'auto-surveillance permanente, la frustration éternelle et la contrainte quotidienne. Sans compter tout l'aspect mercantile qui se cache derrière ces diktats, et qui a tendance à nous faire perdre de vue l'essentiel : ressembler à je ne sais quel top model, c'est bien beau, mais se faire plaisir, vivre comme on veut, profiter de la vie, être soi-même, quitte à être différente, ça aussi ça rend jolie non ?

Etre indulgente avec soi-même, ça rend jolie. S'accepter, ça rend jolie. S'aimer, ça rend jolie. La voilà, la vérité vraie. Et surtout, ça aide à supporter le regard des autres, ou plutôt l'idée que vous vous en faites, car il ne sera jamais aussi impitoyable que celui que vous portez sur vous-même...

 

Spéciale dédicace : à Caroline, qui, à mon humble avis, mérite de porter sur elle-même un regard bienveillant et apaisé.

08/10/2006

Un kilo de plume

Ca pèse autant qu'un kilo de plomb, oui, je sais. Et tout le problème est là.

Comme j'estime savoir à peu près qui je suis, par élimination je sais aussi qui je ne suis pas. D'ailleurs c'est comme ça que j'ai compris qui j'étais, quand j'ai fini d'épuiser toutes les fausses propositions, c'était un peu un QCM humain. Je viens d'inventer un concept là non ?

Bref. La plupart du temps, ça ne me dérange pas plus que ça de ne pas être un ange de patience ou une travailleuse acharnée (ça m'arrange, en fait), mais certains traits de personnalité me font quand même cruellement défaut.

Et parmi eux, la légèreté. Je n'ai jamais su être légère (pas de ricanements au deuxième rang, je parle au sens figuré), sauf à des moments où il n'est pas possible de faire autrement évidemment, je ne suis pas non plus du genre à déclamer du Schopenhauer en boîte de nuit. Il m'arrive régulièrement de lâcher du lest, d'être frivole, voire primesautière (je ne sais pas tellement ce que ça veut dire, mais j'aime bien ce mot), ma vie n'est pas une longue succession de messes d'enterrement non plus. Mais... souvent, je sais que j'accorde beaucoup d'importance, de gravité, à des choses pourtant anodines.

Ca peut prendre des proportions démentielles, et c'est encore aggravé par ma psychorigidité et ma tendance obsessionnelle (préparez la camisole). Le moindre détail peut devenir un véritable drame, un peu comme dans un film scientifique (j'en ai vu plein, vous pensez) où la caméra zoome petit à petit sur un microbe, ou une bactérie, enfin un truc comme ça, jusqu'à ce qu'il devienne énorme et prenne toute la place dans le champ (de la caméra, aucun rapport avec l'agriculture). D'ailleurs rien qu'à vous en parler, je sens la détresse qui monte, il n'y a qu'à voir à quel point ma manie de la parenthèse est en train de prendre le contrôle de cette note, c'est affligeant.

La moindre remarque devient une remise en question de toute ma personne. Un regard oblique est une tentative de viol. Un chuchotement révèle un complot (international, bien entendu. Je m'aperçois que j'ai oublié de vous parler de ma paranoïa). Un pantalon qui ne ferme plus me signale que j'ai atteint le seuil critique de l'obésité. Ma vie entière est une tragédie grecque.

Ca atteint des sommets dans mes relations avec les autres, comme par hasard (penser à ajouter l'autisme). J'ai toujours peur de ne pas avoir le comportement adéquat avec eux. J'ai tendance à me questionner souvent sur la nature de ce qui nous lie. Les désaccords sont difficiles à accepter, et l'éventualité de rapports de force m'anéantit, je ne les supporte pas. Je prends garde au moindre faux pas, j'ai parfois l'impression qu'il pourrait me faire perdre à jamais l'affection et l'estime des gens. Rien n'est jamais acquis... Je pense que tout ça ne transparait pas au quotidien, mais ce sont des pensées qui ne me quittent presque jamais.

Je vis les choses de façon dramatique, je n'y peux rien. Tout est prétexte à la rumination, à la mélancolie, aux regrets éternels. Je ne sais pas comment ça s'explique, je n'ai jamais vécu dans une atmosphère particulièrement pesante, enfin pas plus que la moyenne, donc j'imagine que c'est une disposition d'esprit qui m'est propre. Ah ! Mais moi aussi j'aimerais en avoir rien à faire de rien ! Je voudrais bien que rien ne soit grave ! Je préfèrerais ne donner aux choses que l'importance qu'elles méritent ! Je me damnerais pour prendre enfin la vie avec légèreté ! Mais je ne suis manifestement pas programmée pour ça.

Je pense que c'est ça qui explique ma propension à tout exagérer (oui, c'est normal que vous ne l'ayez pas notée, elle est TRES discrète). Au fond, je dois avoir besoin de cette gravité, de cette tension. Je suis quelqu'un d'excessif, il faut donc que je me nourrisse de choses consistantes, la tiédeur et la platitude m'ennuient à mourir. La légèreté n'est pas forcément compatible avec ça. C'est la seule explication que je trouve.

Heureusement (c'est le moment où je la ramène avec mon expérience), tout ça a tendance à s'aplanir avec le temps. J'apprends à vivre de façon plus simple, et à me garder de certains sentiments trop violents. Je ne serai jamais quelqu'un d'insouciant, j'en ai fait mon deuil, mais je veux arriver à me protéger des conséquences émotionnelles compliquées qui surviennent quand on prend trop les choses à coeur. J'ai longtemps eu peur que ça fasse de moi quelqu'un d'insensible, de tari, avoir le coeur sec c'est pas tellement réjouissant comme perspective ; mais je pense avoir trouvé le juste milieu entre la perpétuelle vallée de larmes et le je-m'en-foutisme béat. Ca n'est pas toujours facile, les gens ne comprennent pas forcément que vous en ayez marre d'être une éponge à émotions. Cela dit, ce sont les mêmes qui n'en peuvent plus de vos états d'âme sans fond dès qu'ils oublient de vous dire bonjour, donc je me crois autorisée à penser qu'ils sont secrètement soulagés. La gravité m'accompagne toujours, mais j'arrive à en minimiser les manifestations ; c'est un bon compromis, parce que même si la légèreté reste un idéal, elle m'effraye un peu. C'est un état d'esprit tellement contradictoire avec mon moi profond, que j'aurais peur qu'il me dénature. Me perdre est la chose qui me terrifie le plus...

Et puis le bon côté des choses, c'est que ça m'oblige à la dérision ; pour pouvoir supporter le poids de mes affects, je me tourne vers la rigolade, qui du coup devient aussi une affaire sérieuse, on ne plaisante pas avec l'humour. Je ne recule jamais devant une blague, même foireuse, à mon sens ça n'est jamais déplacé. Parfois je me dis que c'est tout ce qui nous reste, la possibilité de rire de tout, tout le temps, et surtout de nous-mêmes. C'est ce qui fait de nous des êtres humains, pour plagier Rabelais qui disait beaucoup plus simplement que le rire est le propre de l'homme.

La physique est implacable, un kilo de plume sera donc toujours aussi lourd qu'un kilo de plomb ; mais comme l'âme humaine, elle, est fuyante et trompeuse, un kilo de plume aura décidément toujours l'air plus léger.


Spéciale dédicace : à ma mère, pour qui cet aspect de moi est probablement assez obscur, malgré le fait qu'elle me connaisse évidemment très bien. Je suis heureuse de penser que depuis quelques temps, mes mots et ses yeux nous rapprochent l'une de l'autre.


24/09/2006

Temps de choses à faire

Oui je sais, je suis pas super forte en jeu de mots. Saint Calembour, venez-moi en aide !

L'été est fini. Ca faisait déjà un moment, répondront les sarcastiques ; quoiqu'il en soit, ça m'est égal, je déteste la chaleur, et je suis soulagée que la température moyenne retrouve un niveau raisonnable (inférieur à 22°, à partir de 23 je suffoque).

Ce que marque pour moi l'arrivée de l'automne, c'est une fois de plus le signe du temps qui passe, qui fuit, qui court (le premier qui ajoute "qui nous rend sérieux" me copiera 100 fois "je ne regarderai plus le concert des Enfoirés en boucle", compris ?). Le temps contre qui si longtemps je me suis battue, et qui est aujourd'hui mon meilleur allié. Je suppose que la plupart des gens de plus de 30 ans se disent la même chose... d'autant plus si comme moi, on se sent de mieux en mieux au fur et à mesure que les années passent.

A 20 ans je suis tombée sur une citation de Paul Nizan, dont j'ai su immédiatement je le trouverai de plus en plus juste : "J'avais 20 ans, je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie". Ca résume exactement mon sentiment par rapport au temps qui passe.

Plus jeune, le temps était pour moi une menace ; je pensais avoir tellement de choses à accomplir, dans un délai tellement court et rigide, que j'en oubliais de vivre. Les fameux objectifs que je me laissais imposer par d'autres m'obsédaient, je me sentais obligée de les atteindre le plus vite possible pour enfin... pour enfin quoi ? Je ne le saurai jamais, et je ne le regrette pas.

La façon dont je suis faite ne m'a permis d'accomplir aucun de ces défis, probablement parce que je ne le voulais pas ; je crois qu'au bout d'un moment, j'ai décidé de laisser courir le temps, de me laisser porter par lui. J'ai découvert avec stupeur que j'en retirais un intense sentiment de libération ; sans cette épée de Damoclès, beaucoup de choses devenaient possibles, subitement et sans explication. Vouloir retenir le temps n'avait pour résultat que de le faire fuir encore plus vite. D'une façon générale, lâcher prise est un soulagement incroyable.

Les années m'ont aussi apporté ce qu'on pourrait appeler un semblant de sérénité ; très longtemps j'ai été immature, incertaine, influençable, ballottée d'une incertitude à l'autre ; je me cherchais tellement que cette quête m'empêchait de me voir telle que j'étais. J'avais le regard levé vers d'improbables "modèles", je ne comprenais pas que c'était en moi que je découvrirais qui j'étais. Le temps passé à me retrouver au bout de ces impasses m'a beaucoup appris, et m'a aidée à me recentrer sur moi-même, à me trouver une cohérence, à me détacher de certains idéaux. J'ai eu 20 ans, et ce n'était définitivement pas le plus bel âge de ma vie. A 30 ans passés, je ne sais pas où se situe l'apogée, ni même s'il y en a une, mais je considère l'avenir avec calme, et sans angoisse. Le temps me porte au lieu de me freiner... j'aime toujours autant regarder en arrière, mais ce qui s'ouvre devant moi ne m'effraie plus.

Aujourd'hui je ressens toujours le temps qui passe avec une grande acuité ; les années qui défilent ne me laissent jamais indifférente, mais j'ai accepté cet état de fait, et surtout je n'essaie plus d'évaluer l'hypothétique "valeur" de ma vie à l'aune de ce que j'ai fait du temps. J'ai vécu, voilà ce que j'ai fait. Je crois que c'est la meilleure manière, en tout cas la plus humaine, d'occuper le temps. Car je n'ai pas non plus envie d'être passive face à lui ; le temps a sa vie propre, élastique, saccadée ou morne ; pour vivre avec, on n'est pas obligé de courir après en permanence, on peut s'en accomoder, ou être à contre-temps, mais au final une certaine harmonie entre la vie et le temps est possible.

Parfois la vie qui coule se rappelle à moi de façon plus formelle : certains délais professionnels restent stressants, même si on a envie de les tenir. Mais faire les choses au dernier moment n'est plus une perspective qui m'inquiète, au contraire, l'urgence est pour moi un état fécond (non, je ne suis pas enceinte, rassurez-vous). A certains moments aussi, l'inconsolable nostalgie de l'enfance me prend à la gorge ; c'est étrange d'ailleurs, l'enfance n'est pas nécessairement un temps heureux (surtout quand on ressemble à Chucky, poupée de sang), ce qui me fait dire que c'est la simple peur de la mort qui refait surface sous cette forme.

Car tout est là, n'est-ce pas ? Il faut croire que nous tenons follement à notre vie, pour avoir si peur qu'elle se termine. Parce qu'on peut bien raconter tout ce qu'on veut, on peut bien être courageux, lucide, résigné, ça reste quand même une perspective délicate à envisager.

"Vulnerant omnes, ultima necat" (oui j'ai fait du latin) : ça veut dire "Toutes blessent, la dernière tue", et ça parle des heures. J'aime beaucoup cette définition un tantinet (!) pessimiste, mais je regrette qu'elle ne précise pas que certaines rendent heureux ; la fuite du temps est inéluctable, et c'est à mes yeux une raison suffisante pour ne plus vouloir considérer le temps comme un ennemi.


Spéciale dédicace : à Hélène, à qui ces derniers jours le temps a dû sembler bien long, et qui dans les semaines à venir, le trouvera probablement aussi court que moi.

06/09/2006

Un plus un égale deux

Oui, je me doute bien que vous le saviez déjà ; évidemment mon propos n’est pas mathématique (quelle horreur ! Pourquoi pas parler d’informatique tant qu’on y est), mais il consiste à me demander dans quelle mesure le couple a une existence réelle.

Inutile de pousser les hauts cris, je sais qu’il existe des gens heureux et épanouis en couple, j’en ai même vu de mes yeux, c’est dire ; ce que je pense, c’est que pour réussir ce tour de force, il faut être doté de qualités inestimables, qu’au final j’ai bien peur de ne pas posséder. Je crois que je ne suis pas faite pour le couple. Je crois que je suis incapable d’accomplir les prouesses nécessaires à sa réussite (si tant est qu’une entité aussi floue puisse -ou doive- en être une), prouesses que d’autres arrivent manifestement à réaliser sans une plainte.

Déjà, depuis quelques temps, je suis révoltée par le fait que se caser semble être un but suprême aux yeux des gens. Au premier abord, les gens normaux (mariés, pacsés, concubinés, enfantisés, maison-créditisés, entre autres) hochent doctement la tête devant vos arguments : oui, tu as raison d’en profiter, tu vis comme tu veux, tu as des amis, tu n’as pas de comptes à rendre, quelle chance ! Pour un peu vous verriez poindre une lueur d’envie dans leurs yeux (alors que vous contenez difficilement votre compassion pour la vie qu’ils ont choisie) ; mais à un moment ou à un autre, ils ne peuvent pas s’en empêcher, c’est plus fort qu’eux ! Ils finissent par vous glisser : et puis tu as tout le temps de te caser (comme une vieille valise dans un coffre bondé ?), tu finiras par trouver quelqu’un de bien !

Ou pas !!! Mourrez-vous d’envie de leur hurler. Non parce qu’en fait c’est pas sûr, il faut se rendre à l’évidence. Une espèce de sagesse populaire veut qu’on finisse toujours par entendre les voix de la raison, du mariage et des enfants, mais soyons lucide, pourquoi tout le monde serait-il fait pour cette vie ? Qui l’a dit ? Qu’il se dénonce !

D’abord il faut en avoir envie, c’est tout bête mais c’est quand même primordial, que je sache. Certaines personnes semblent l’avoir totalement perdu de vue dans leur parcours, éperdues qu’elles sont de trouver chaussure à leur pied. A écouter certaines filles (oui, j’ai nettement l’impression que ça touche plutôt les filles, ce genre de comportement), on a l’impression d’une course au meilleur rapport qualité-prix ; ça me fait systématiquement penser au premier jour des soldes, quand des hordes hystériques se précipitent en rampant sous les rideaux de fer des magasins, avant de s’étriper pour le pull de leurs rêves. Avec les mecs, c’est un peu pareil : c’est à qui aura le plus gentil, le plus riche, le plus beau et le moins emmerdant.

J’exagère un peu, c’est vrai, je ne veux stigmatiser personne, mais cette attitude consumériste vis-à-vis du couple me hérisse. En plus ça me semble suicidaire, à mon avis c’est la meilleure façon de se planter ; ça peut être tellement autre chose... c’est déjà assez dur comme ça, pour en plus considérer le couple comme un must have de plus dans une vie où on a déjà tant d’impératifs. L’amour, c’est quand même autre chose que du decorum social non ? En tout cas, moi, je ne peux pas me résoudre à le voir comme ça. Je ne cours pas après, car ça n’est pas un but.

Alors bien sûr, parfois, c’est l’amour vrai. Ca existe, si si. Mais quand on l’éprouve, il faut le vivre. Ailleurs que dans ses rêves... pour moi, c’est là que ça se corse. Mon expérience me fait dire que ma conception de l’amour ne s’accorde pas avec la réalité de la vie. La moindre concession m’apparaît déjà comme une tâche, j’ai très vite le sentiment d’être dans le calcul, et je déteste le calcul. J’abhorre l’idée de manipuler les gens. Quand on vit une relation qui dure, arrive fatalement un moment où on a envie d’infléchir la manière de penser ou d’agir de l’autre, et sans même s’en apercevoir on a tendance à le manipuler. Souvent ça génère de la souffrance, chez soi et chez l’autre, et la perte de pas mal d’illusions. On s’installe dans une autre vision du couple... c’est inévitable, et totalement humain. Moi non plus je n’y échappe pas, et c’est pour ça que je m’en protège. Je ne suis pas sûre de vouloir me soumettre à cette évolution pourtant naturelle. J’admire les gens qui y arrivent, et qui gardent leurs sentiments intacts...

Je dois être trop entière, je ne vois que ça. Au fond je dois rêver de fusion totale, de compréhension muette et instinctive, de mourir la main dans la main, tout ça. Dieu du ciel, je suis fleur bleue, c’est affreux ! Enfin, certains jours, mais la plupart du temps, je pense surtout que dans un couple, on est toujours deux, et que parfois, c’est insupportable, ce rapport si humain, si intime et si permanent. Je pense que le rapport avec soi est infiniment plus simple, plus gratifiant et moins douloureux. Je pense que je suis autiste ?

Du coup, j’en suis venue à me dire tout bêtement que ce n’était pas mon truc, le couple. C’est incroyable comme ça ressemble à une énormité, dit comme ça, mais après tout pourquoi serait-on plus doué pour ça, que pour le crochet ou la lutte gréco-romaine ? Est-ce que la vie est irrémédiablement vaine parce qu’on est célibataire dans l’âme ? Pourquoi ne serait-ce nécessairement qu’un état transitoire vers le sésame de la vie de couple ?

Que de belles et vaines paroles, n’est-ce pas ? La seule certitude, et si rassurante, c’est qu’on ne choisit pas son destin amoureux, et que quand ça vous tombe dessus, il y a certains principes qu’on s’empresse d’oublier... en ce qui me concerne, je crois pouvoir dire sereinement que c’est pas demain la veille, mais je ne me sens pas totalement à l’abri. D’ailleurs je me demande si c’est réellement souhaitable... je veux bien avoir un coeur de pierre, mais il y a quand même des limites.



12/08/2006

Couper les ponts

Pourquoi est-ce si difficile ? Pourquoi le ressentir comme une trahison quand on sait très bien que ça n'en est pas une ? Pourquoi s'acharner à vouloir sauver ce qui, de toute façon, n'a pas besoin de l'être... puisque si profondément ancré dans tout mon être.

Il n'y a que le temps qui guérisse, je suis la première à le claironner (surtout quand je n'ai rien de mieux à offrir comme consolation...) ; le temps qui a passé, depuis quelques mois, a été mon allié, je le sais ; cependant le fil est toujours là, qui me tire vers un lendemain qui n'existe pas... au moment de le couper, je m'en sens tellement incapable que je reste terrassée...

Je déteste écrire quand je ne vais pas bien, mais cette fois c'est irrépressible... ce samedi soir gris et morne, ma vie me semble être un désert de pierre...


Mais ça va passer, je me connais ! Tout me passe... même ça, il faudra bien. Et pour que ça passe, j'ai déjà un programme en béton pour la soirée : je vais rejoindre de chers amis pour visionner des épisodes de DH, en me gavant de pizza et de glace. L'effet risque d'être foudroyant... enfin, au moins sur mon tour de taille.

Et puis, depuis quelques jours, je sens mon indignation remonter en flèche ; je devrais donc arriver à vous livrer bientôt une magnifique note de râlage en bonne et due forme : ça faisait longtemps, non ?

05/08/2006

Ne rien vouloir

La vie est mal faite, c'est bien connu. Mais des fois, non.

C'est fou comme on se croit obligé d'avoir des objectifs dans la vie. Depuis la petite enfance, on se fait bourrer le crâne par toutes sortes de gens qui nous expliquent qu'il faut se fixer des buts, s'y tenir, et mettre tout en oeuvre pour les atteindre. Pour moi, ce genre de conseils, c'est carrément du flan.

D'abord j'ai souvent eu l'impression que les efforts consentis sont largement supérieurs au bénéfice qu'on peut en retirer. Ca vient probablement du fait que je suis la reine des feignasses ; quand j'entends le mot effort, j'ai immédiatement envie d'aller me coucher. Je crois que je préfère la forme au fond : en gros, je suis attachée à la façon dont je fais les choses, plutôt qu'aux choses elles-mêmes ; je me dis qu'au final, je n'aurai peut-être rien construit (bien que je m'en contrefoute), mais qu'au moins j'aurai vécu à ma manière. Et ma manière, c'est d'éviter de crouler sous les contraintes diverses et variées, de profiter de tous les plaisirs que veut bien m'offrir la vie, de faire mon train-train tranquillement, sans emmerder personne si possible, et en faisant en sorte que personne ne m'emmerde. Mine de rien, c'est pas tous les jours facile.

Ensuite, j'ai toujours eu du mal à savoir ce que je voulais dans la vie ; en revanche ce dont je ne voulais à aucun prix a rapidement été très clair. Le problème, c'est que je me suis aperçue que pour obtenir des choses susceptibles de me faire envie, il fallait en passer par des chemins sur lesquels je ne voulais surtout pas m'aventurer. Trop cher payé. Je trouve que c'est le cas pour une grande partie des objectifs que l'on peut se fixer dans la vie.

Evidemment j'admets que ce n'est pas une posture très courageuse. Si j'étais totalement honnête, je dirais même que la peur de l'échec a tendance à me paralyser. Comme le reste, j'essaie de l'assumer, en premier lieu pour moi-même, mais aussi à la face du monde. Car cette attitude a pour conséquence de vous refuser l'entrée dans les quelques petites cases que la société nous propose. Soyons clair, je ne me prends pas pour Che Guevara ; même si les moules sociaux en vigueur sont inconfortables, on reste quand même très loin des castes indiennes ou de la pyramide sociale du Moyen-Age. Je pense être quelqu'un de conformiste, mais le regard intrigué et inquisiteur des gens qui ne parviennent pas à me "cerner" ne me dérange plus depuis belle lurette. Je dirais même qu'il m'amuse, la plupart du temps, et qu'il m'arrive d'en jouer. Mais pas trop, faire ma mystérieuse je trouve que ça devient assez vite pathétique.

Donc, dans le désordre : je ne veux pas d'enfants, ni de la vie de famille qui va avec, si c'est pour ne plus dormir pendant 20 ans (voire plus en cas de dépendance affective pathologique), culpabiliser en permanence, angoisser jusqu'à la folie, courir après le temps et fondre en larmes parce que le petit dernier ne fait pas son rot ; je ne veux pas de vie commune pour partager les comptes en banque, les factures, les placements et l'haleine du matin (désolée, pas glam) ; je ne veux pas me battre pour décrocher le job de ma life (qui n'existe pas) en écrasant tous ceux qui se dressent sur mon passage, en oubliant de vivre, en ne jurant que par l'argent et la promotion sociale, ça me fait horreur ; je ne veux pas baver des litres de salive devant une choucroute en pensant à mon tour de taille (que je ne connais pas et que je ne veux pas connaître), je veux juste la manger, j'adore la choucroute ; je ne veux pas mettre en oeuvre des plans diaboliques pour plaire aux hommes, dans l'espoir insensé de me caser, je suis comme je suis et ceux qui m'aiment prendront le train ; ce que je veux, c'est juste me plaire un peu quand je jette un dernier coup d'oeil au miroir le matin avant de partir, et éventuellement me farder à outrance le samedi soir pour faire délirer mes copains homos ; je ne veux pas systématiquement adopter le comportement qu'on attend de moi, sous peine de perdre ma propre estime. Au final, j'aurai peut-être le sentiment que ma vie a été vaine (quoique je pense que toutes les vies le sont, à part éventuellement celle de Gandhi, de Jean Jaurès ou de Pierre Desproges), mais de toute façon, j'emporterai rien au paradis, où je n'irai pas, en plus, j'ai trop péché ma bonne dame.

Ca a l'air affreux comme ça, mais en fait c'est plutôt bien, je me sens très à l'aise dans ce qui ressemble pourtant à du renoncement. D'autre part, j'arrive à comprendre que les gens aient des objectifs, que les moyens à mettre en oeuvre ne les rebutent pas, et qu'ils acceptent les mauvais côtés de la vie qu'ils ont choisie. Chacun sa vie, encore une fois... la mienne consiste à me lever le matin, à me coucher le soir, et à prendre tout ce qui peut arriver de bon entre les deux. Parfois il arrive des choses horribles (bon, rarement quand même, je ne suis pas Cosette), parfois il arrive pas grand-chose, parfois il se passe des trucs merveilleux. Et ça me va bien comme ça.

J'en suis d'autant plus satisfaite quand il arrive des événements totalement imprévus, follement réjouissants et hyper bons pour mon ego (déjà hypertrophié, je sais, j'en ai jamais assez) ; dans ces moments, je rigole en douce à la pensée du nombre de fois où j'ai entendu : "Si tu attends sans rien faire, ça va pas te tomber tout cuit dans le bec !". Eh ben des fois, si. Pas assez souvent, d'accord, mais une fois de temps en temps, c'est incroyablement gratifiant, de voir se réaliser un vieux rêve sans qu'on ait rien demandé, juste parce qu'on s'est montrée plus ouverte, qu'on a laissé venir les choses, et qu'on a eu la chance de rencontrer des gens avec qui l'empathie et la réciprocité sont sans limite. Je n'ai pas assez de vocabulaire pour exprimer l'immensité de ma gratitude.

Ca ne m'empêche pas d'éprouver une admiration sans bornes pour les gens qui persévèrent, s'échinent et s'acharnent des années durant à la poursuite de leur rêve ou de leur but ; je les admire d'autant plus que je suis totalement incapable d'accomplir un dixième des efforts qu'ils déploient. Ne rien vouloir, c'est une attitude bien terne en comparaison, mais elle a des conséquences surprenantes et enchanteresses...




24/07/2006

Mea maxima culpa

J'ai passé tant d'années à me flageller, à me fustiger et à m'accuser de tous les maux de la terre que je pourrais quasiment pondre une thèse sur le sujet. Mais bon, comme j'ai ma vie à vivre, je préfère en parler ici, c'est plus rapide, et il faut moins travailler, c'est toujours ça de pris. J'en profite pour exprimer ma profonde admiration aux gens qui se consacrent à la recherche et à l'étude, il doit falloir tant d'abnégation et de persévérance que moi, j'abandonnerais avant même d'avoir commencé.

Maintenant que j'ai satisfait mon vice de la digression, je peux entrer dans le vif du sujet. Je ne sais pas quoi à ça tient, le fait d'avoir éprouvé cette culpabilité, intense, permanente et destructrice, pendant tant d'années. Ca a trait à pas mal de choses enfouies, que je ne suis pas certaine de vouloir déterrer. J'en arrive à me dire que vouloir en chercher les racines ne sert à rien, car ce n'est pas ça qui m'a aidée à m'en débarrasser. J'ai cru longtemps que le simple fait de comprendre certains rouages psychologiques suffisait pour parvenir à les déjouer ; aujourd'hui je n'en suis plus du tout sûre, et à vrai dire je pense même le contraire : ce qui est bienfaisant, c'est d'arriver à vivre avec, tout simplement. Ca paraît bête, mais ça reste un long chemin.

Pour moi, il en a été ainsi de la culpabilité. La première fois que je me rappelle avoir éprouvé ce sentiment... eh ben je m'en rappelle pas, tellement c'est immémorial, ancré au plus profond de mon être. A la maternité, je devais déjà me sentir coupable d'être née. Il faut dire que dès ma plus petite enfance, j'ai eu le sentiment d'avoir été investie de tant d'espoirs, d'attentes, d'exigences... c'est facile d'accuser ses parents ; j'ai fait ma crise d'adolescence très tard, mais elle est bel et bien terminée, donc je préfère ne pas m'aventurer dans cette direction. Je préfère me dire que c'est ma façon de cristalliser ces ressentis qui a renforcé ma culpabilité.

Toujours est-il que je me rendais responsable de tout et n'importe quoi. Ca allait des engueulades de mes parents aux rébellions de ma soeur, de ma propension à la rondouillardise à ma timidité maladive, de ma paresse à mon "anormalité" par rapport aux filles de mon âge. J'en arrivais toujours à me dire que c'était de ma faute, sans bien sûr jamais rien y pouvoir ; c'est d'ailleurs en ça que la culpabilité est un affreux cercle vicieux, comme elle est infondée, on ne peut pas lutter contre. Alors on tourne et on retourne les choses dans son esprit. Et pire que tout, on prête le flanc. On tend la joue droite (ou gauche, je sais pas, jamais lu la Bible). Pour continuer à se torturer, on a presque besoin que les autres, à leur tour, vous accusent. Ce qui, hélas, ne manque pas d'arriver, c'est tellement pratique d'avoir sous la main quelqu'un qui veut bien être responsable de la mauvaise humeur de votre patron, du mauvais temps ou de la réélection de George Bush. La boucle est bouclée.

Et puis un jour, va savoir pourquoi, on réalise que ce n'est plus possible, qu'il faut que ça s'arrête, qu'on se détruit. D'abord on ne peut pas avoir de relations durables avec les autres dans ce type de fonctionnement, parce qu'on finit par détester tout le monde, parce qu'on a l'impression que les autres sont toujours nocifs. De fait, souvent ils le sont, puisqu'on finit par attirer les pires nuisibles que la Terre ait porté. Et puis on se rend compte qu'on s'est enfermé dans ce schéma au point de le faire valoir comme excuse : oui, c'est vrai, j'ai fait ça, je ne me suis pas rendue compte que ce n'était pas bien, de toute façon je me sens toujours coupable. On perd la notion du bien et du mal (oui, je suis manichéenne, ne me poussez pas, je pourrais bien arriver à en être fière !). On pense à tous les moments de joie gâchés par l'aiguillon de la culpabilité. On pense au sentiment de liberté qu'on éprouverait si ça s'arrêtait. Et surtout, on finit par se dire : "La faim dans le monde, c'est pas moi, les pogroms russes du 19° siècle, c'est pas moi, la mère Michel qui a perdu son chat, tiens c'est pas moi non plus !"

Et voilà. Progressivement, ça s'estompe. On reprend possession de soi-même. On apprend à reconnaître ses VRAIS torts (enfin, pas toujours, mais je m'applique, je fais des progrès visibles à l'oeil nu !). On garde sa mauvaise foi légendaire, mais on refuse de tendre la perche, ou de chercher le bâton pour se faire battre. Plutôt que coupable, on apprend à être responsable. C'est beaucoup plus gratifiant, et ça n'exonère pas de certaines fautes, puisque tout le monde en fait : vraiment, la responsabilité, c'est de la culpabilité positive, débarrassée du non-amour de soi. Ca fait un bien fou. Ca aide à prendre du recul sur les choses, et à profiter de la vie. C'est une libération incroyable...

Il y a des arrière-goûts de revenez-y, notez, mais ça ne dure jamais bien longtemps. Dès que l'alerte se déclenche, on sait comment faire : en parler directement à la personne concernée (qui en général tombe quasiment de sa chaise sous l'effet de la stupéfaction), penser plutôt aux bonnes choses que l'on fait, se rappeler le petit enfer qu'on s'était créé à force de culpabiliser. Ca calme à tous les coups !

Récemment divers événements m'ont fait repenser à ce sentiment qui appartient pour moi au passé... à l'époque où je l'éprouvais, je pensais bien sûr être la seule, et de ça aussi je me rendais coupable, vous en reprendrez bien une petite couche ; aujourd'hui que je m'en suis extirpée, je réalise que beaucoup y sont encore englués... je me sens impuissante, quand je vois les mécanismes qui broient les personnalités. Ce qui me terrifie le plus, c'est que la société, et les quelques modèles cadenassés qu'elle propose, sont le plus souvent à l'origine de ce sentiment délétère. Plus que jamais, j'ai envie d'être dans la vie, de vivre avec mes semblables ; mais plus que jamais, je me demande comment faire pour parvenir à être simplement soi-même, à s'accepter tel que l'on est, pour un peu que l'on soit un tantinet différent de son voisin... c'est certainement plus facile qu'il y a cinquante ans, mais au vu des dernières évolutions, il faudrait prendre garde à ne pas régresser ; sous couvert d'unité ou d'égalité, le monde actuel me semble bien enclin à montrer d'un doigt accusateur quiconque fait montre d'un minimum d'originalité, de décalage, ou même simplement de franchise... il y aurait presque de quoi se sentir coupable d'exister, et ça, personne ne devrait le tolérer.