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29/06/2006

Etre une femme

Quand j'étais jeune, j'adorais Michel Sardou. Oui, je sais, ça paraît complètement dingue, mais c'est vrai. En vieillissant, j'ai bien sûr gagné en sagesse et en bon goût (bien sûr), j'ai donc pris mes distances avec l'oeuvre (?) de ce chanteur ; cependant, quand cette chanson résonne, plus souvent qu'on ne pourrait le croire, dans un bar obscur et moite aux dernières heures de la nuit, une sorte de frénésie incontrôlable s'empare de mes pieds, de mes bras, de ma voix, bref de mon corps tout entier qui, dans une véritable transe, se met à danser (si on peut appeler ça comme ça) et à hululer ces paroles. Je vis le truc, tu vois ? Il faut dire qu'en général j'ai un petit coup dans le nez à cette heure-là, ça doit aider.


Enfin c'est pas du tout le sujet (avouez que vous avez eu peur), le but c'est de parler de féminité. Ou de féminitude. Du fait d'être une femme.

C'est pour moi une interrogation ancienne, bien entendu ; peut-être pas si ancienne que pour la moyenne des filles, quand j'y réfléchis ; je crois que je me suis posé la question plus tard... j'ai longtemps été ce qu'il est convenu d'appeler un "garçon manqué" (peut-il exister une expression plus infâme ?), et puis soudain, d'un coup, j'ai eu des nénés et envie de me maquiller. J'ai pas du tout senti la transition entre ces deux états de fait, donc j'ai pas eu le temps de réfléchir entre temps, il fallait d'abord que je me débrouille concrètement avec ça.

Et puis, peu à peu, l'idée que je me fais de la féminité s'est esquissée ; elle a varié selon les époques et les événements, jusqu'à acquérir une complexité et une richesse tout à fait satisfaisantes ; de la même façon que j'ai horreur d'entrer dans un moule, de me conformer à une identité ou de me cantonner à un rôle, je déteste que ma condition de femme me réduise, ou me limite. C'est peut-être pour ça que je rechigne parfois à me définir en tant que femme, j'estime être en premier lieu un être humain ; c'est pour cette même raison que je déclare ne pas être féministe ; et enfin c'est probablement à cause de ça que j'ai si peu d'amiEs.

Je ne me suis jamais vraiment bien entendue avec les filles. Je les ai souvent trouvées mesquines, serviles, minaudantes, jalouses, capricieuses. Terriblement femelles. Avec le recul je me dis que c'est incroyable ; à l'adolescence j'ai dû cristalliser ces impressions jusqu'à fuir les amitiés féminines, ce n'est pas possible autrement. Je me sentais différente, et dès que j'en ai eu l'occasion j'ai pris le large et suis allée voir ailleurs si l'amitié était plus verte. Elle l'était...

J'ai donc évolué avec très peu de filles autour de moi, à quelques exceptions près : une tendre amie d'enfance, que je revois régulièrement, et qui a une vie si diamétralement opposée à la mienne que les rencontres sont forcément enrichissantes ; une copine formidable rencontrée il y a quelques années, mais que je vois peu, ce qui nous permet sans doute d'éviter bien des dissensions ; et puis bien sûr il y a ma chère petite soeur, mais là c'est pas pareil, ce qui existe entre nous est d'une telle évidence...

J'ai toujours eu conscience de "manquer" de copines, mais paradoxalement ça ne m'a jamais manqué ; j'ai dû développer tant de préjugés que ça m'a probablement poussée à éviter soigneusement toute ébauche d'amitié féminine. Je me trouvais quand même un peu bête d'être aussi rigide sur la question, mais ça n'allait pas plus loin.

Mais depuis quelques mois, tout ça est en train de changer. D'abord, le fait de tâter de la vie de bureau m'a fait subitement rencontrer beaucoup de filles, dont un certain nombre m'ont radicalement plu, justement parce qu'elles étaient les contre-exemple vivants de mes conceptions. Bon, j'avais déjà travaillé avec des nanas, évidemment, mais cette fois-là, ça a été différent, peut-être tout simplement parce que j'y étais prête, et ça m'a fait réfléchir ; tout comme m'ont fait réfléchir des discussions avec un être cher à mon coeur, fasciné par la force et la profondeur des amitiés féminines.

Et puis surtout il y a vous, les filles qui me lisez et me faites le plaisir de laisser vos impressions. Dans votre immense majorité, vous êtes là grâce à Hélène, que je ne remercierai jamais assez pour ça, et pour me donner envie de changer complètement d'avis sur les femmes. Maintenant, je sais qu'il existe des filles simples, drôles, gentilles et franches, et qui le sont les unes avec les autres. Ca peut paraître inouï, mais jusqu'ici je n'étais pas sûre que ça puisse être possible. Je suis positivement ravie qu'en fait, ça le soit. Et que les échanges que nous avons soient si gratifiants. Ce qui ne doit bien sûr pas empêcher les garçons de participer ! Ca me manquerait.

Tout ça pour dire (eh oui, c'était une digression. Mais primordiale !) que ça me ramène une fois de plus à m'interroger sur la féminité, et à me dire que décidément, c'est une notion pleine de sens et de paradoxes. A penser que ça ne devrait pas être un sujet. A être agacée de reconnaître que ça en est bien un. A l'époque (bien lointaine !) où je considérais encore la distinction homme/femme comme purement physiologique, je situais ma féminité dans mon ventre, sans doute parce que je commençais à être attirée par l'éventualité de la maternité. Je suppose que comme moi, pas mal de filles ont dû penser qu'elles deviendraient femme en même temps que mère... ça me semble à des années-lumière aujourd'hui...

Les années ont passé, et avec elles, le désir, et de toute façon l'éventualité, d'être mère, ce n'est définitivement pas mon karma ; pour autant je ne pouvais pas renoncer à ma féminité ; je me suis donc tournée vers d'autres pistes. J'ai exploré ma féminité plastique. Elle s'est révélée bien vaine, même si j'y suis toujours extrêmement attentive ; à vrai dire elle s'est même retournée contre moi, et je me suis juré qu'on ne m'y reprendrait plus. L'apparence peut devenir une telle prison, je n'avais pas envie de m'y laisser enfermer... elle me semble indispensable dans un souci de respect des autres et de soi-même, et de plaisir de se sentir jolie, les bons jours, mais j'avais envie d'aller plus loin...

A écrire tout ça, je réalise que j'ai beaucoup réfléchi au sujet, finalement. J'y ai réfléchi d'un point de vue strictement individuel d'ailleurs, comme je l'ai déjà dit les communautés me hérissent, je n'ai pas particulièrement envie de me trouver des points communs avec quelqu'un uniquement parce que ce quelqu'un est aussi une femme ; et puis personne ne m'avait rien demandé, je suis bien consciente de ne pas être Simone de Beauvoir, même si je suis totalement d'accord avec elle lorsqu'elle dit : "On ne nait pas femme, on le devient". Je crois qu'aujourd'hui, ma féminité siège essentiellement dans mon cerveau. Que je le veuille ou non, mon esprit est féminin, moi qui suis pourtant dotée de capacités considérées comme masculines (pas de panique ! le sens de l'orientation, le fait de ne jamais pleurer, la résistance à l'alcool, ce genre de préjugés débiles). C'est mon esprit, mon cheminement, mon vécu, qui ont fait de moi une femme, et qui m'ont aidée à m'accepter en tant que telle, à en être fière (encore !), à en être heureuse, en dehors de toute comparaison. Et c'est peut-être ça, la clé de la féminité, ce paradoxe : accepter de se définir en excluant la sempiternelle référence masculine. Que je sache les hommes ne se définissent pas grâce à leurs différences avec le sexe féminin ; non, ils se définissent par rapport à la taille de leur bagnole, qui comme chacun sait est un commode substitut phallique ! (bon ben ça va, on peut rigoler un peu quand même).

Moi en tout cas, j'aime bien cette idée, être juste une personne, et ne pas me laisser arrêter par le fait d'être une femme. Ca me permet d'envisager les relations avec les hommes sous un jour plus serein (et Dieu sait que j'en ai besoin), et d'assumer ma féminité dans ce qu'elle a de plus féminin quand le coeur m'en dit. Je fais ce que je veux. J'ai le droit. Je suis un être humain. Du coup, aujourd'hui, je vis ma féminité de façon apaisée ; et voilà justement que la féminité des autres m'apparaît sous un jour totalement nouveau... si j'étais optimiste, je dirais que la boucle est bouclée.


25/06/2006

Ma vie la nuit

Hier soir, il m'est arrivé un truc incroyable : je me suis couchée à 1 heure du mat'. Dit comme ça, ça n'a l'air de rien, mais ça faisait une paire que je n'étais allée au lit aussi tôt un samedi soir. Bah oui, j'étais fatiguée. Il faut dire que la soirée de vendredi avait été éprouvante : papoter, s'esclaffer et siroter du champagne au bord d'une piscine jusqu'au milieu de la nuit, franchement c'est trop dur. Oui, je fais la maline, je suis chez moi, je fais ce que je veux (merci Alain Chabat. Je réalise que j'ai oublié de citer les Nuls dans mes magnifiques listes, je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai dû tomber dans un trou spatio-temporel).

Enfin c'est pas le sujet : après l'indignation outrée mais juste, la nécessaire fierté de ce que l'on est, je suis dans la période je raconte ma vie qui n'intéresse que moi ; à la base, ce n'était pas du tout le but de ce blog (plus ça va plus je déteste ce mot, il faut que j'en invente un autre d'urgence. Help), mais comme j'aime bien me laisser porter (au sens figuré, parce qu'au sens propre ça prend longtemps avant de trouver quelqu'un qui y arrive ; il y aurait bien le Géant Vert, mais je vous rappelle qu'il n'existe pas), je cède sans scrupules à la tentation bassement triviale de l'autobiographie (un bien grand mot quand même. Ca y est, voilà que ma toxicomanie de la parenthèse me reprend. C'est une catastrophe. Promis, je vais essayer d'arrêter).

Or donc je me suis aperçue d'un oubli fatal dans le récit de ma vie professionnelle sans pieds ni tête (je ne suis pas un chien, donc je ne dis pas "sans queue ni tête". Ca me reprend déjà, je crois que je vais devoir arracher les touches parenthèses de mon clavier). Ca doit venir du fait que je retiens plus facilement les choses négatives ; et il se trouve justement que l'épisode que j'ai oublié de relater est un des seuls (le seul, en fait, soyons lucides) où je me suis amusée en travaillant.

Voilà l'affaire : j'ai été la propriétaire d'un bar. De nuit. Mais si. Avec mon nom sur les papiers et tout. Je n'ai qu'une chose à dire : ne le faites jamais. En tout cas pas si vous ignorez que les recettes DOIVENT être supérieures aux dépenses.

Mais hormis l'aspect financier, qui pour moi a été un fiasco total puisque je suis aussi douée en gestion qu'en physique quantique, c'était un peu l'éclate quand même, du moins la plupart du temps. C'est arrivé à un des innombrables moments où je ne savais que faire de ma pauvre vie ballottée entre des entretiens d'embauche assassins et des périodes d'essai à l'issue négative ; je me suis dit : "puisque c'est comme ça, je vais monter ma propre affaire, je n'aurai plus de comptes à rendre à personne". C'était oublier mon banquier, mon comptable, mes fournisseurs, le fisc, mes parents (désespérés, comme d'hab'), le saint patron des bistroquets et ma mauvaise conscience. J'étais jeune et insouciante.

A cette époque, je sortais beaucoup, je découvrais le milieu gay duquel je ne suis plus jamais sortie : confortable, drôle, chatoyant, spirituel et propice au décolletés plongeants sans risque de mains baladeuses et plus même si pas d'affinités. Le bonheur... j'ai donc racheté, avec l'aide généreuse de mes parents, toujours eux ! , un petit bistrot que j'ai fait repeindre en rouge et violet ; j'ai accroché aux murs des trucs dorés, un rainbow flag, et j'ai décrété que c'était un bar gay.

Et ça a plutôt pas mal marché, enfin surtout au début. J'avais enrôlé des amis, trop heureux de goûter à la vie enivrante de barman ; on était en famille, finalement. Je jouais avec bonheur mon rôle de tenancière : robes (décolletées, donc) du soir du lundi au dimanche, chaussures incroyables à talons de 10 cm, et maquillée comme un camion volé. La nuit, tout le monde joue un rôle (un peu comme le jour quand j'y pense, mais généralement pas le même), et j'ai endossé celui-ci avec volupté, ravie de cette légèreté, de cette frivolité, et de tout ce champagne. J'ai passé des soirées extraordinaires ; sans forfanterie aucune (tu penses), je crois que moi, ou le personnage que je représentais, ou peut-être les deux, plaisaient aux gens. Je faisais plein de blagues, j'étais un peu précieuse et un peu vulgaire à la fois, je riais très fort et je connaissais par coeur toutes les chansons de Dalida : une vraie caricature. Cela dit, il y avait des moments où ça devenait pénible, en fait je frisais quasiment la schizophrénie, j'avais peur de me perdre, d'oublier qui j'étais. Quand ça prenait un tour trop angoissant, j'allais m'enfermer dans les toilettes pour que personne ne me regarde, au moins pendant quelques minutes. Mais bon, au bout d'un moment il fallait bien sortir, des fois qu'on croie que j'étais tombée dans le trou. Sans compter que j'ai échappé de peu à l'alcoolisme, il faut sacrément écluser quand on fait ce métier, et puis de toute façon je n'avais pas à me forcer ; mais j'ai finalement réussi à revenir à une consommation relativement modérée, avec des souvenirs délirants d'aventures rocambolesques sous gin tonic. Pour clore le chapitre, il faudra que je raconte tout ça, mais une autre fois, sinon ce post va faire douze pages.

L'essentiel de cette vie était quand même génial ; la nuit, tout le monde est beau, tout le monde s'aime, tout le monde rit. En tout cas c'est valable pour la nuit gay, parce que la nuit hétéro ça fait un moment que j'ai arrêté. Je me demande même si j'ai commencé un jour d'ailleurs : trop de filles (= trop de concurrence, oui je suis mesquine), trop de mains au cul, trop de chansons de Nirvana, trop de premier degré (décolleté plongeant = voulez-vous coucher avec moi ce soir). Ou alors j'ai pas dû fréquenter les bons endroits. Quoiqu'il en soit je me sentais (et encore maintenant) merveilleusement à ma place ; lire dans les yeux de garçons magnifiques "tu es la femme que j'aurais voulu être", ça peut paraître mièvre, mais c'est extrêmement gratifiant ; et à côté de tout ça, balayer les verres cassés à 5 h du matin en pensant qu'on a rendez-vous chez le comptable à 10 heures, ce n'était franchement pas un problème.

Non, ce qui a été un vrai problème, c'est justement que je m'amusais un peu trop ; j'en oubliais que j'étais censée gagner ma vie. Syndrôme de la pauvre petite fille riche, c'est pathétique. Moi qui pourtant avais été élevée dans le respect du travail et le goût de la réussite, j'étais la honte de la famille (non sans une légère pincée de fierté, mauvais esprit oblige). Avoir une responsabilité financière sur le dos, c'est pas évident, surtout lorsqu'on se rend compte qu'on est manifestement incapable de l'assumer ; même avec l'esprit de contradiction, ça reste un échec. En plus, j'étais à l'époque affligée d'un funeste parasite ambulant que nous appellerons Jérôme pour la commodité des lecteurs, et aussi parce que c'est son prénom ; il ne m'aidait vraiment pas beaucoup, à part pour vider les bouteilles, mais comme j'y arrivais très bien toute seule, ça comptait pas. Mais je ne veux pas me chercher d'excuses, c'était mon bar, et il a fini par péricliter, suite à une gestion pour le moins fantaisiste, et à des événements personnels qui m'ont soudain rendu la fête odieuse. La nuit, les gens veulent partager votre joie, pas votre détresse, elle leur rappelle leur propre tristesse, qu'ils sont justement venus tenter d'oublier...

Retour à la réalité... ça n'a pas été facile, mais pas dramatique non plus ; je me suis peu à peu réhabituée à me lever à l'heure à laquelle je me couchais, et à manger autre part que sur un coin de bar ; mon mode de vie en avait pris un coup, et même si la vie diurne est nettement moins glamour (surtout derrière un bureau dans une banque), je suis satisfaite d'y être retournée, je n'aurais pas pu tenir le choc beaucoup plus longtemps en vivant de façon si décalée. Je me suis tellement amusée que j'ai bien sûr gardé le goût de la fête, mais de l'autre côté du comptoir, et seulement le week-end. Et c'est bien mieux comme ça ; au fond je suis affreusement conformiste...



22/06/2006

Profil atypique

En voilà une belle expression qu'elle veut rien dire, vous trouvez pas ?


Au premier degré, c'est limite insultant, ça sous-entend quasiment que vous n'avez pas forme humaine ; au second degré... eh ben c'est pas beaucoup plus brillant : au mieux, c'est parce qu'on sait pas quoi dire d'autre à votre sujet, au pire, c'est qu'on hésite entre dangereux asocial totalement instable et doux rêveur frappadingue inadapté à la réalité. Choisissez votre camp !


Je ne me souviens pas avoir jamais entendu ce qualificatif appliqué à mon propre cas, en général ça ne se dit que quand vous avez le dos tourné ; en revanche je pourrais jurer sur la Bible (enfin, si j'en avais une) qu'il a été prononcé à l'issue de 90% des entretiens d'embauche que j'ai subis. Oui, subir, et encore le mot n'est pas assez fort.


Aujourd'hui j'ai arrêté de me poser des questions sur mon parcours professionnel, passé ou futur ; le travail, c'est pas ma vie, donc je ne veux pas me prendre le chou pour si peu ; mais quand même, quand j'y pense, il m'évoque irrésistiblement la schizophrénie. Le problème, c'est que je ne sais pas ce que recouvre exactement ce terme barbare, mais parler sans savoir, ça ne me fait pas peur, une chance sur deux de tomber juste après tout.


Tout ça pour dire que c'est du grand n'importe quoi. Je ne suis pas sûre d'avoir saisi toutes les raisons qui ont fait que ça s'est passé comme ça, mais j'ai quand même quelques idées générales. A l'école, j'avais ce qu'on appelle des facilités. Bien. La scolarité classique se déroule, seul hic (sauf que moi je trouve que c'est plutôt un atout), je ne suis pas une « scientifique ». Pas grave, je décide (plus ou moins) de me diriger vers une voie réputée "prestigieuse", du moins pour les pauvres tâches qui ne savent pas résoudre une équation au treizième degré en cinq sec. Eh oui, il faut que je vous l'avoue, j'ai fait Sciences Po. Oui j'ai honte, oui je me repens, mais bon, c'était il y a longtemps, et même pas à Paris alors ! Pardonnée ?


Donc j'arrive dans cette vénérable institution, où les premiers mots du vieux croulant censé accueillir les bleus sont : "Vous êtes l'élite de la nation". Sans blague, texto. Quinze ans après, j'en suis toujours pas revenue. Le pire, c'est qu'à l'époque, on y a cru. Enfin, certains ont dû y croire dur comme fer, ceux qui à présent sont directeur de cabinet (de ministre), sous-préfet des Hauts-de-Seine ou consultant pour la World Company ; c'est pas pour faire la maline, mais moi j'étais déjà sceptique. Le vrai problème en fait, c'est que je m'étais engagée là-dedans sans aucune idée de ce qui suivrait. Je n'ai JAMAIS eu de vocation (à part hôtesse de l'air, mais c'était avant de prendre l'avion, or j'ai atrocement peur de l'avion. Dommage), tout ce qui m'intéressait, c'était lire, détester mes parents et fumer des clopes en cachette. J'étais une adolescente délicieuse. Bref je m'en foutais de ce que je ferais quand je serais grande, je me disais que ça viendrait tout seul, même l'argent ça ne me posait pas question : mes parents avaient un niveau de vie confortable, je devais penser que ce serait pareil pour moi, par on ne sait quel atavisme mystérieux.


Evidemment, ça ne s'est pas du tout passé de cette façon. Les cours de l'IEP, pour la plupart, étaient passionnants, mais contrairement au lycée il fallait travailler. J'aimais déjà pas ça, travailler. J'ai donc ramé comme une malade pour décrocher mon diplôme. J'en pouvais déjà plus des syndicats étudiants affiliés au RPR, et au PS tant qu'on y est, pas de jaloux, des heures de bachôtage et des exams qui tombent pile à l'arrivée des beaux jours. Je n'étais pas plus avancée sur la carrière que je voulais embrasser (vu que c'était pas une carrière que je voulais embrasser) ; je commençais déjà à subodorer ce qu'Alexandre Jardin, rescapé de Sciences Po, a très bien résumé ainsi : "Je pensais qu'on s'y forgeait des destins, or on n'y prépare que des carrières" . C'est aussi à ce moment qu'est né mon profond dégoût de la politique, du moins de l'idée qu'on s'en fait aujourd'hui, et qui me semble infiniment éloignée de son sens originel. L'idée de travailler pour l'Etat me faisait horreur (c'est toujours le cas, mais un peu moins), donc pas question de passer des concours ; mes parents étaient au fond du trou, et mes camarades de promo me considéraient comme une extra-terrestre. J'en étais d'ailleurs assez fière, pensez ! Et pour se diriger vers le privé, il fallait continuer.


Contre toute logique, j'ai donc rempilé pour la maîtrise ; là je suis carrément partie en sucette, j'ai dû aller trois fois en cours, j'ai arrêté en cours d'année, et je me suis dit "Maintenant, il faut que tu bosses". Seulement voilà, mes qualifications (si on peut appeler ça comme ça) étaient soit trop élevées soit pas assez, et la galère a commencé.


Pendant dix ans j'ai misérablement végété dans le commerce. J'ai tout fait : en boutique, en bagnole, à Paris, en province, vendeuse, pseudo-responsable, les fringues, les parfumeries, les épiceries fines et tout le tralala. Maintenant que c'est fini, je peux le dire : c'était affreux. Abominable, abject, insupportable, inhumain, mortifère. J'ai souffert, moi qui vous parle. Bon, pas autant que si j'étais née en Somalie, mais j'en en ai ch... des ronds de chapeaux quand même. Il a fallu supporter les hordes d'emmerdeurs congénitaux qui se pressent aux portes des magasins dès l'ouverture, les directeurs régionaux qui vous menacent du bûcher en place de Grève parce qu'il vous manque dix balles pour faire votre objectif mensuel, et les horaires rocambolesques inhérents à ce métier maudit. Il y avait des aspects positifs bien sûr, mais au bout d'un moment on les occulte totalement. C'est d'autant plus curieux que je viens d'une famille de commerçants, donc je connaissais déjà les circonstances ; mais rien à faire, c'était devenu intenable.


Là j'ai dit stop. Ca tombait bien, je venais de perdre mon emploi. J'ai réfléchi un peu, j'en ai conclu que j'avais toujours pas de vocation, à part le Nobel de littérature, mais que ce n'était pas particulièrement bien engagé ; que je n'avais décidément aucune ambition, l'appât du gain ne me motivait même plus, c'est vrai quoi, le pognon, c'est surfait , le pouvoir, c'est immonde ; que je ne voulais pas tirer des plans sur la comète, trop peur que ça échoue, trop difficile, trop long, aucune persévérance. Donc j'ai décidé de faire un truc qui me plaisait vaguement : j'ai fait une formation de documentaliste, en un an, avec d'autres paumés du parcours professionnel comme moi. Ca a été très vivifiant, très stimulant, ça avait un rapport avec les livres, l'écriture, le rangement, et j'ai enfin appris à faire marcher un ordinateur (oui je savais déjà un peu, mais là ça a été le grand bond technologique en avant). Je savais plus ou moins pertinemment que ce n'était pas ça qui allait m'aider à trouver le job de ma life, mais c'est normal, il n'existe pas : j'ai appris à accepter l'idée que jamais personne ne voudrait me payer pour faire les choses que j'aime faire. Ainsi va la vie...


Ainsi que vous le devinez, aujourd'hui je ne suis pas du tout documentaliste ; à la fin de ma formation, un cher ami m'a honteusement pistonnée pour faire un remplacement dans sa boîte, la filiale bancaire d'un grand groupe de distribution. Oui j'ai honte, oui je me repens. Mais il faut bien que je me paie mes gin tonic du samedi soir, je n'ai pas de mari milliardaire, et pas de mari pauvre non plus d'ailleurs. J'essaie de ne pas trop penser aux tenants et aux aboutissants des agissements de l'entreprise qui me fait l'extrême honneur de m'employer, dans des tâches assez ingrates, certes, mais reposantes. Je n'y suis pas malheureuse, pas stressée, pas maltraitée, et rien que ça je trouve que c'est complètement dingue. Je suis éternellement reconnaissante à la personne qui m'a recommandée (puisque c'est comme ça qu'on dit), et je compte bien m'accrocher à mon CDD comme une moule à son rocher, pour qu'il se transforme en CDI.


Longtemps, en me retournant sur ce chemin cahotique, j'ai eu un cuisant sentiment d'échec, surtout lorsque je revoyais, à l'occasion, mes anciens camarades de promo ; mais depuis, nos rencontres ont cessé, je pense qu'ils ne me trouvent pas assez fréquentable... ils ont certainement raison ; aujourd'hui, je n'ai plus la même vision des choses. J'ai appris plein de choses, j'ai fait de mon mieux, mais ça n'a pas marché comme pour les autres parce que quelque chose clochait : je ne voulais pas jouer le jeu. Maintenant je pense juste que ça m'honore, même si je ne suis pas plus avancée. Je n'y peux rien, je n'ai pas choisi d'être comme ça, je ne veux pas non plus le revendiquer et jouer les rebelles de bonne famille, mais j'ai décidé de ne plus m'en mortifier. Ma vraie vie existe ailleurs qu'entre 9 h et 18 h. Elle est riche, intense, épanouissante. Je n'ai pas de regrets. J'aurais pu finir sous-préfet des Hauts-de-Seine. J'ai eu chaud.

18/06/2006

Fierté(s)

Fini de râler. Ca fait plusieurs posts que je vocifère, que je la ramène, que je proteste, où va le monde ma pauv' dame, c'était mieux avant et tout le tintouin ; ça suffit. Mon quota de scandalisation a largement dépassé la zone rouge, donc là il faut que je me calme, parce que je me connais, si je continue comme ça d'étouffer d'indignation toutes les trente secondes, je risque l'embolie cérébrale. Avouez que ce serait trop bête.

Non, maintenant, j'ai envie de penser positivement, et de penser à l'avenir, car si on peut mourir demain, on peut aussi tenir le coup jusqu'à la semaine prochaine, allez savoir, moi, plus rien ne m'étonne. Alors ça tombe bien, mon week-end a été truffé de choses positives et avenirisantes. Pour me faire passer ma colère sur tous ces mots vides de sens qu'on entend partout, je suis allée écouter des vrais gens, qui disent de vrais mots, écrits par de vrais auteurs. Ca s'appelle le Marathon des Mots, ça se passait dans notre bonne ville de Toulouse (pour une fois qu'il s'y passe quelque chose), et c'était formidable.

En fait c'est un festival sur trois jours et demi, où plein de comédiens, chanteurs et écrivains viennent lire de merveilleux textes dans des endroits privilégiés. Le programme de mon week-end étant déjà chargé, je n'ai pu assister qu'à quatre de ces lectures, mais elles m'ont remplie de joie, de plaisir et de ce sentiment enivrant d'être intelligente. L'intérêt de la chose réside bien sûr dans le talent des lecteurs, qui portent véritablement ces mots, qui leur donnent leur vrai sens et leur vraie place, qui savent en souligner toutes les connotations, qui les replacent dans leur contexte pour aider l'auditoire à mieux comprendre leur portée. La cerise sur la forêt noire a été une interprétation de certains slams de Grand Corps Malade par lui-même, dans un splendide cloître de la vieille ville à l'acoustique parfaite, un moment d'une humanité et d'une intensité rares... tellement bien que j'en ai même ressenti une impression de communion avec le reste du public, moi à qui pourtant ce genre de sensation reste la plupart du temps étranger.... magique, je vous dis ! J'en suis ressortie émerveillée, une fois de plus, parce tout que l'on peut éprouver au contact des mots, et fière d'être capable de l'éprouver, et confiante dans le fait que le futur me réservait certainement d'autres moments de cette qualité...

C'est donc transportée par ces expériences que je me suis rendue samedi après-midi au défilé de la Gay Pride, accompagnée de soeurette, retrouver nos plus chers amis. Sous un soleil de plomb évidemment, le cortège a suivi son chemin, au rythme des sons synthétiques, dans une ambiance follement gaie (oui d'accord, un peu facile) ; être plus royaliste que le roi, c'est pas tellement ma tasse de thé, et de toute façon la notion de communauté me hérisse, mais être là, au milieu de couples de femmes à poussette (avec un enfant dedans), de demi-dieux torse nu et de travestis improbables, c'était si galvanisant, si énergisant, si tonique, qu'appartenir ou non à cette communauté n'était plus du tout la question qui se posait ; j'étais simplement fière de marcher avec eux, pleine d'espoir dans un avenir meilleur pour leurs conditions d'existence, pour leur reconnaissance par une société plus prude et hypocrite que jamais ; je regardais d'un oeil neuf les garçons qui m'accompagnaient ; tout ce que j'étais capable de penser se résumait à peu de mots... je vous aime, je vous aime parce que vous êtes beaux, parce que vous êtes tristes et drôles, parce que vous avez choisi de rire de vos souffrances, parce que vous arrivez à survivre même après avoir entendu les pires horreurs, je vous aime dans votre démesure, votre extravagance, votre follitude ; je vous aime parce que je peux difficilement concevoir d'hommes plus virils, malgré tout... je vous aime dans vos contradictions, dans votre sens de la théâtralité, dans la mise en scène de vous-même à laquelle vous excellez... je vous aime parce que vous n'êtes pas normaux, je vous aime parce que vous êtes comme moi... la preuve, je pousse même la ressemblance jusqu'à préférer moi aussi les garçons... je vous aime aussi parce que parfois je ne vous aime pas, quand vous parlez de cul pendant des heures avec un vocabulaire à faire rougir tous les soldats du monde depuis la nuit des temps, quand vous êtes à l'occasion plus phallocrate que le dernier des hétéros (sauf toi JC, bien sûr), et aussi parce que sans même vous en apercevoir vous m'enfermez quelquefois dans un rôle étroit et aliénant... je vous aime enfin parce que vous êtes tous différents, que vous échappez à toute tentative de généralisation, que votre population est aussi bigarrée que celle du monde entier...

Voilà, pour ça et pour tout le reste, fière j'étais de marcher à leurs côtés, moi qui déteste les manifestations ; fière de faire partie des leurs, de compter dans leur vie. Un peu moins fière quand même quelques heures plus tard, au sortir d'une soirée mémorable où l'eau n'a servi que pour faire du café (Frankiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie) ; j'ai dansé pendant des heures au milieu de tous mes garçons, c'est dire si j'étais saoûle, je ne danse jamais à moins de deux grammes d'alcool par litre de sang ; on a parlé, bu et beaucoup ri, comme à chacune de nos rencontres, mais celle d'hier soir se teintait d'une signification particulière, celle de la fierté d'être ce que l'on est...

Inutile donc de décrire l'état dans lequel j'étais lorsque j'ai dû émerger d'un sommeil comateux aux aurores (9h30) après 4 heures de sommeil et des poussières, car bien sûr il a fallu que tombe aujourd'hui le dimanche choisi par ma famille (ou ce qu'il en reste) pour fêter les 80 ans de mon auguste grand-père. Après les agapes sus-citées, on pouvait s'attendre au pire, d'autant que la réunion de famille du dimanche midi est une tradition révolue chez nous, suite à divers événements ; en plus du délabrement physique il fallait donc ajouter la difficulté d'avoir à faire des efforts pour être urbaine et convenable avec des gens qu'on a vus pour la dernière fois deux ans auparavant ; reprendre les choses où on les a laissées, oublier un temps les conflits, les rancoeurs, les regrets ; accepter de raconter un peu sa vie, d'entendre celle des autres, d'écouter patiemment leurs opinions, même et surtout si on ne les partage pas. D'une façon générale je déteste me forcer, une partie non négligeable de mes comportements est dictée par la volonté d'éviter les contraintes, mais là, c'était pas pareil, c'était l'anniversaire de mon pépé. Et j'y suis arrivée ! J'ai fait bonne figure, je ne suis pas partie sitôt le café avalé, j'ai été bien gentille. Et j'ai même trouvé que ça en valait la peine, il y a des occasions où il faut accepter de s'effacer derrière des circonstances particulières. A présent chacun est reparti vers sa vie, mais il me reste la fierté du devoir accompli, et le sourire de mon grand-père.


En conclusion, c'est bien joli de râler, mais on peut pas faire que ça non plus, c'est trop délétère. Le temps vient alors de se tourner vers des considérations plus rassurantes, pour aborder ce qui nous reste de vie avec le sourire aux lèvres et l'espoir au coeur. Décidément mon week-end est tombé à point nommé, pour gommer les ondes négatives et me redonner l'envie d'être fière de moi, fière de mes idées, fière du monde auquel j'appartiens, même s'il est souvent sordide et cruel. C'est important, la fierté. Il faut, par dessus tout, et contre le reste du monde donc, être fier de ce que l'on est.


14/06/2006

Les mots pour ne pas le dire

Les mots sont tellement galvaudés. J'ai souvent l'impression que plus rien ne veut rien dire ; on use de tant de circonvolutions, périphrases et autres métaphores que le sens est étouffé.

Forcément je me sens un peu gonflée d'écrire un truc pareil, vu que ma façon de m'exprimer est relativement enrobée ; mais moi bien sûr, j'ai l'impression de le faire à bon escient, donc ça ne compte pas.

En fait il y a deux situations particulières où ça me gêne, et quand parfois elles se rejoignent c'est le pompon, j'ai envie soit de partir en courant, soit de vociférer : « Tu peux pas dire les choses clairement ??? ». Il va de soi que je ne fais généralement ni l'un ni l'autre, je suis aussi lâche que bien élevée.

D'abord il y a tous les cas où on essaie de me vendre un truc ; pour faire simple, la pub. Ah, la publicité... à elle seule cette activité bassement triviale est en train de révolutionner la langue française, à côté les académiciens sont des vaches espagnoles. Pour s'apercevoir des énormités qu'essaient de nous faire gober les héritiers de Jacques Séguéla, il faut lire les slogans en dehors du contexte, c'est vraiment croustillant ; Philippe Vandel avait fait un bouquin là-dessus il y a quelques années, en le lisant je me souviens nettement m'être roulée par terre. Depuis, je refais souvent le même exercice pendant les réclames...

Des exemples ? D'accord : les pubs pour les organismes de crédit, dont le slogan est généralement un truc comme « Vivez vos rêves » ; ben oui, si ton rêve c'est de finir en taule parce trois boulots à plein temps ça suffisait plus pour payer les 25% d'intérêt, c'est sûr, tu peux y aller chez Bofidis ! Un grand classique, les charlataneries en tout genre pour perdre 3 kg (et en reprendre 35 après, soutiens-moi Hélène !) qui veulent nous persuader que « C'est si simple d'être mince ! » ; oui, c'est très simple quand on est un top-model dont le contrat de pub stipule qu'elle ne doit pas avaler plus de trois pommes et quatre yaourts par semaine, le tout pour la modique somme de huit milliards de dollars (il faut quand même qu'elle puisse se payer pas mal de cocaïne pour se couper la faim, qu'est-ce que vous croyez ?). Les déodorants aussi, j'aime bien : efficaces 48 h !!!!! Ah bon ? Votre fréquence de douchage est supérieure à 48 h ? Eh ben déo ou pas, je vous interdis de m'approcher, non mais ! Ca fourmille aussi dans les spots pour les avatars des nouvelles technologies, écrans plats et autres LCD ; là rien de précis ne me vient à l'esprit, mais en gros ils tentent de nous faire gober que ces indispensables appareils vont nous propulser vers un autre monde, voyage voyage et compagnie ; ben moi, quand j'allume ma télé pour les infos et que je vois la tronche de Pujadas, j'ai pas précisément l'impression d'être à Bora Bora. Mais bon, les goûts et les couleurs...

Le pire dans tout ça, c'est que souvent ça marche... au fond de nous, on sait très bien que c'est du flan, mais on peut pas s'empêcher, il faut qu'on achète pour voir ! C'est dire si le pouvoir des mots est immense, même (surtout ?) quand ils ne veulent plus rien dire... pour en finir avec la vente, il me faut quand même parler des moments où on en est amené à se vendre. Eh oui. Les entretiens d'embauche. Une certaine idée de l'enfer. La foire au mensonge à bon compte. Une lutte à mort, le couteau sous la gorge. Parfaitement. A la question : « Quelle est votre motivation pour ce poste ? », je me suis juré qu'un jour je répondrai : « Ne pas avoir une meute d'huissiers en furie devant ma porte à la fin du mois ». Vous croyez qu'ils en penseraient quoi les recruteurs ? Peut-être qu'eux aussi ils en ont marre des trucs formatés genre « Evoluer dans ma carrière en mettant mes compétences et mon expérience au service d'une société innovante et en pleine expansion ». Dans la colonne « Qualités », à la place de « Dynamique (qui bouge tout le temps ?), rigoureuse (comme l'hiver ?) et motivée (comme le refus ?) », si on mettait plutôt « Ponctuelle, jamais malade et bosseuse », ça serait pas plus convaincant ? Moi je dis que ça se tente.

L'autre situation où la vacuité vertigineuse des mots me tue, c'est plus délicat, car ça touche au politiquement correct. Il s'agit des mots de la chose, justement. Je précise que je ne suis pas particulièrement à l'aise pour parler de sexe, en fait je suis très vieille France, limite prude, mais bon, un chat un chat quand même ! La première fois que ma gynéco m'a demandé « Vous avez eu des rapports récemment ? », j'ai immédiatement pensé au sketch de notre regretté Elie Kakou où il joue un instit intraitable qui menace d'envoyer ses élèves chez le directeur... des rapports ! Non mais c'est quoi ce mot, on n'est pas en cours d'éducation sexuelle en 4°B du collège Jules Ferry ! On est des adultes !

Cela dit si je redémarre sur les docteurs, il y en a pour un moment ; récemment une gynécologue (une autre) m'a doctement asséné : « Le vagin est une cavité virtuelle ». Ah bon ? Ben on doit pas avoir le même alors ! Non mais n'importe quoi. A 60 € la consultation, elle a peut-être pensé qu'une pointe de métaphysique ferait passer la pilule (!), mais merci, si je veux lire la critique de la raison pure, j'irai pas chez le médecin, mais à la bibliothèque.

Et encore, j'en passe sous silence, je ne peux pas tout écrire non plus, j'ai une réputation à tenir ! Mais le summum, c'est quand la pub et la bagatelle sont associées. On atteint des sommets de tartufferie enviés par nos plus brillants orateurs politiques. Il y a un an à peu près, était diffusé sur nos écrans un spot vantant les mérites d'un produit d'hygiène intime (cette expression me donne envie de me rouler dans la boue, ça doit être freudien). Donc bien sûr, une nana (squelettique, évidemment, si tu pèses plus de 40 kg tu peux bien avoir le popotin sale, ça changera rien) à oilpé nous explique douceureusement qu'elle n'utilise plus que Trucmuche pour prendre soin de son intimité. T'appelles ça comme ça toi ? Vous vous imaginez penser soudain, dans les rayons du supermarché « Tiens, il faut que j'achète un flacon de Machin pour prendre soin de mon intimité » ? Mais où va-t-on ? A chaque fois que la pub passait, je me surprenais à souhaiter de toutes mes forces qu'à la place de ce mot abscons (une contraction très pratique de absurde et con), elle en utilise un autre, tellement plus simple, tellement plus vrai, tellement plus réel... pas vulgaire, pas dégradant, juste un mot que les vrais gens disent dans la vraie vie... j'avais l'impression que si ça arrivait, l'espace d'un instant, le monde serait un peu moins laid... c'est aller chercher bien loin la beauté, je vous l'accorde, mais pour moi ce genre de dérives est symptômatique.

Encore une fois, je trouve qu'on nage en plein paradoxe : on utilise des formules de plus en plus alambiquées, pour dire des choses de moins en moins vraies. Ca me mine. Et là encore, j'ai pas parlé de choses graves... si on fait pareil avec les discours de nos dirigeants, les publications du FMI ou les articles des Echos (spéciale dédicace à ma voisine), on est pris par l'envie soudaine d'aller vivre en haut d'un baobab en pleine forêt amazonienne. Enfin, moi ça me fait ça en tout cas. Mais c'est pas possible, dans ma cabane au Brésil, il n'y aurait pas de télé pour se bidonner devant les pubs débiles...

11/06/2006

Risque zéro

Il y a dans ce bas monde une foultitude de choses qui me révoltent ; rien de bien original finalement. Là où j'ai l'impression de me démarquer (et j'adore ça, me démarquer, vous l'aviez sûrement noté), c'est que ma capacité d'indignation semble croître à mesure que je vieillis. Or il semblerait qu'habituellement, ce soit le contraire qui se produit ; si j'en crois ce qu'on m'a appris (et on me l'a appris dans une vénérable institution, donc c'est forcément vrai), les velléités de rebellion de la moyenne des gens s'émoussent au gré du temps qui passe, et aussi suivant la courbe ascendante de leur niveau de vie ; mais je ne vais pas me lancer là-dessus, c'est dimanche, il fait beau, et il faut que je fasse du vélo ; si je commence à disserter sur le pognon, je n'aurais plus assez d'énergie, même pour pédaler sur du plat.

Quoiqu'il en soit, je ne suis pas concernée par cet état de fait, probablement parce qu'il me manque encore quelques cents (j'ai horreur de ce mot, ça me donne l'impression d'être américaine) pour atteindre mon premier million (y compris de francs) ; je suis donc fortement encline à me sentir outragée par la moindre peccadille, diraient les mauvaises langues, ou par des événements proprement scandaleux, corrigerais-je drapée dans ma dignité. De toute façon je trouve les gens beaucoup trop résignés ; même si ce n'est pas suivi d'actions concrètes, un peu de révolte, c'est toujours bon à prendre.

Ces derniers temps se dessine une tendance qui me hérisse : le risque zéro. On voudrait nous faire croire que toute activité humaine peut exister, débarrassée de tous ses dangers intrinsèques. Les exemples fourmillent, et au premier rang la vie tout court : la psychose autour des maladies, des épidémies et de la mort dans d'atroces souffrances est telle que les précautions prises pour éviter ça frisent le ridicule. Mais enfin, c'est pas une surprise, on va tous mourir un jour ! Alors oui, d'accord, si possible en bonne santé, le plus tard possible et pendant son sommeil, mais peut-être aussi dans des circonstances plus pénibles... c'est comme ça, et il vaudrait peut-être mieux apprendre à l'accepter que de perdre de précieux moments de vie à se surprotéger, à s'épargner, à s'économiser, parce qu' à ce train-là on finira par ne plus rien tolérer. On ne pourra plus mettre un orteil dehors sans attraper le croup. On sera obligé de porter un masque à oxygène pour faire des ballades à la campagne (vous vous rendez compte, tous ces animaux qui produisent des gaz à effet de serre), et de prendre des anti-dépresseurs avant même d'entrer dans la vie active, en prévision de la tyrannie, du harcèlement et de la pression qui y règnent. Ce n'est pas une solution, et en plus ça enrichit les labos pharmaceutiques, qui s'empressent de redistribuer cette manne à leurs actionnaires plutôt que de sauver les enfants d'Afrique, faut-il le rappeler. Tout ça pour quoi ? Pour mourir le plus vieux possible. Je n'arrive pas à comprendre, peut-être parce que je suis relativement jeune ; mais une population de 80 ans d'âge moyen, je vois pas très bien l'intérêt.

Ca, c'est pour l'idée générale, ça se décline bien sûr à toutes les sauces : la sécurité routière (moi je m'en fous, je roule à vélo), le tabagisme passif (je fume comme un sapeur, c'est du tabagisme actif), la vaccination à tout-va (bientôt on va être vacciné contre la réflexion, vous allez voir), l'hygiénisme ridicule auquel on est astreint, même dans son environnement habituel (je vois pas comment je pourrais m'intoxiquer avec mes propres microbes), j't'en passe et des pas mûres. Et ça commence dès la naissance : il n'y a qu'à voir les impératifs et autres diktats dont on bourre le crâne des jeunes mères, avant même qu'elles accouchent, et qui doivent en cauchemarder toutes les nuits que leur enfant ne soit embastillé dès son troisième anniversaire par des sbires du petit Nicolas. Comment ça, ils étaient en rupture de Ritaline à la pharmacie d'en bas ? C'est pas une excuse... en taule !!!

Je pourrais en trouver des tonnes... le paradoxe dans cette histoire, c'est qu'il me semble qu'on en oublie de se préoccuper des choses vraiment risquées. Ce serait fait exprès que ça m'étonnerait qu'à moitié, d'ailleurs ; mais bon, la théorie du complot, ça va bien deux minutes, donc je n'épiloguerai pas. En tout cas, pendant qu'on est obnubilé par notre taux de cholestérol, le nombre de points sur notre permis de conduire ou le niveau de notre bouteille d'eau de Javel, au moins, on ne pense pas à contester la soi-disant infaillibilité des systèmes de sécurité des centrales nucléaires, la légitimité de l'existence de la sphère financière, ou le fait qu'on continue à piller, à exploiter et à tyranniser le tiers-monde pour faire perdurer un mode de vie absurde et voué à imploser sous le poids de ses propres contradictions.

Je crois que j'ai le cerveau qui commence à fumer, il faut que je fasse gaffe, j'ai pas d'extincteur chez moi (rigolez pas, c'est en passe de devenir obligatoire) ; loin de moi l'idée de nier tous les effets bénéfiques des progrès de la médecine ou de la prévention routière, encore plus loin la volonté de me poser en donneuse de leçons, parce que je ne suis pas plus maline que la moyenne, moi aussi je cède parfois à cette paranoïa ; mais j'essaie quand même de prendre du recul. La vie EST risquée, puisqu'elle se termine par la mort, mais c'est aussi ce qui en fait le prix. Je crois qu'il ne faut pas se tromper de danger. Je crois que le plus gros risque, c'est qu'il n'y en ait pas.

05/06/2006

Maillot jaune

Que ce soit bien clair : je hais le sport, et il me le rend bien. A la réflexion, je me demande même si ce n'est pas lui qui a commencé, parce qu'à la base j'avais rien contre ; mais nos premières rencontres ont été calamiteuses, et la grande saga de la haine mutuelle est née. Je déteste faire du sport, évidemment, et je déteste le sport d'une façon générale, notamment tel qu'il s'étale sur nos écrans et dans les colonnes des journaux. A la limite, j'accorde de l'indulgence à l'athlétisme, parce que c'est un truc de puristes j'ai l'impression, et surtout pour baver pendant des heures devant la plastique hallucinante des demi-dieux qui le pratiquent. Il y aurait bien aussi le cas particulier de rugby, Sud-Ouest oblige, mais c'est en train de devenir pire que le foot pour l'aspect financier, et la nouvelle génération de joueurs donne une image qui à mon avis est totalement contraire à l'esprit de ce sport, notamment en posant pour des calendriers à côté desquels Gai Pied pourrait passer pour un missel de 1938. Si vous vouliez être acteur porno, y'avait pas besoin d'un ballon ovale.

Bref, c'est pas la question ; bon gré mal gré, il faut que je me rende à l'évidence : je suis rouillée, ankylosée, verrouillée, toute coincée de partout, si ça continue je ne pourrais même plus passer l'aspirateur ; sans parler de mes capacités respiratoires, parfois je me demande si je n'ai pas contracté la mucoviscidose. Je ne serai jamais une championne olympique, mais il faut quand même que je m'entretienne un minimum. La mort dans l'âme, j'ai examiné diverses possibilités :

 

La piscine : j'adore nager, je me sens très à l'aise dans l'eau ; les obstacles sont ailleurs : épilation permanente, démaquillage préalable obligatoire, lentilles de contact prohibées, port d'un bonnet hideux, yeux de lapin russe. En fait la seule solution serait d'aller à la pistoche le week-end, au réveil et à tâtons, avant le shampooing et le maquillage. Et encore, le problème pileux resterait entier : je n'ai pas encore trouvé la solution miracle pour être parfaitement nette 365 jours par an.

Le club de gym : ça va pas bien la tête ? Je ne vais tout de même pas m'infliger des souffrances atroces au milieu de radasses en collants fluos venues exhiber leurs 28 kg en se plaignant de leurs bourrelets (où ça les bourrelets ? Autour du cerveau peut-être ?), et de gym queens s'admirant dans tous les miroirs disponibles, profitant de l'occasion pour faire leur marché de chair fraîche. De toute façon, je ne peux pas faire de step, j'ai les rotules déformées.

Le foot : ce n'est pas un sport, c'est un commerce. Et puis les sports collectifs me hérissent, comme disait Brassens, à plus de quatre, on est une bande de cons ; ça ne s'applique pas nécessairement à toutes les situations, mais je trouve ça particulièrement adapté aux équipes de sportifs en tout genre. Donc pas non plus de basket, de hand-ball, de bobsleigh ou de curling (je n'ai bien sûr jamais envisagé d'en faire, mais j'avais très envie de parler de ces deux sports particulièrement ridicules).

Le tennis : pas possible, je posséde une paire de seins ; regardez bien les joueuses de tennis, aucune n'en a. Et puis je porte très mal la minijupe.

Le jogging : alors là, c'est un aller simple pour le funérarium. D'abord je ne sais pas courir, et ensuite j'ai tellement peu de souffle qu'au bout de 12 mètres je m'écroule, littéralement au bord de l'apoplexie. Non, décidément, je préfère continuer à fumer un paquet par jour.

 

Bref, les possibilités qui s'offrent à moi sont drastiquement limitées. J'ai donc fini par me rabattre sur le bon vieux vélo. Il y a deux ans, le vélo m'a beaucoup aidée pendant un de mes nombreux régimes, un de ceux qui a marché en tout cas ; je possédais un magnifique spécimen mauve irisé (mais si) tellement rutilant qu'on a bien sûr fini par me le chouraver sans vergogne. J'ai donc racheté il y a quelques semaines un nouvel engin, beaucoup plus banal cette fois-ci, mais joli quand même ; j'ai pris la précaution d'acquérir aussi un antivol qui pourrait être efficace sur la fusée Ariane ; ce n'est pas que je croie furieusement aux vertus de la propriété privée, mais bon, il faut être pragmatique, je ne vais pas non plus en racheter un tous les matins.

J'A-DO-RE faire du vélo. Je trouve presque ça reposant. En ville, il faut choisir ses itinéraires, sinon on a vite l'impression de pédaler sur l'autoroute, mais dans des coins pas trop fréquentés, c'est super agréable, on découvre les choses sous un autre angle. Tant que ça reste sur du plat, tout va bien. Mais la nature étant d'une fourberie sans bornes, parfois il y a des côtes.

Hier dimanche, par un soleil radieux et une température supérieure à 15° (pas trop tôt), j'ai entrepris de partir chez un couple d'amis heureux propriétaires d'une piscine (et d'une maison aussi, juste à côté de la piscine). Comme il faut bien que j'amortisse mon achat, et qu'en semaine je ne trouve pas le temps de faire du vélo, j'ai décidé de m'y rendre en pédalant. Seulement voilà, ces charmants garçons ont la bonne idée d'habiter en haut d'une sorte de colline (je ne sais pas si on peut dire colline pour la ville). J'ai donc concocté un itinéraire diabolique censé m'éviter au maximum les côtes trop raides.

A l'aller, ça n'a déjà pas été évident ; sur la fin, je me suis retrouvée devant une rue si pentue que je me croyais à Montmartre, mais bon, faut pas rêver, j'étais à Toulouse. Je commençais à faiblir sérieusement ; j'ai donc ravalé ce qui me restait de fierté, et je suis descendue de mon vélo, le poussant à pied jusqu'en haut de la côte. Je vous épargne les commentaires désobligeants et les remarques d'une perfidie stupéfiante qui ont accompagné mon arrivée au bras de ma bicyclette.

Bien. Nous voilà au moment de repartir. En désespoir de cause, je choisis un autre chemin. Pendant un moment, ça se passe à peu près bien ; mais fatalement je finis par me retrouver face à une nouvelle côte. Mais c'est pas possible, elles s'étaient toutes donné rendez-vous ou quoi ??? J'étais au fond du trou, avant même de commencer à la gravir. Qu'à cela ne tienne, je rassemble le peu de courage qui me reste, et je m'attaque à l'ascension. Et là, stupeur sans nom, mutisme surpris, au bout de quelques mètres je m'aperçois que je n'arrive plus à avancer d'un centimètre. J'ai quasiment réussi l'exploit de reculer en continuant à pédaler, je songe à contacter le Guinnes Book, c'est dire. J'ai essayé pourtant ; pas moyen, le sur-place pur et simple. Très vite, sous le coup de l'effort surhumain, j'ai eu le sentiment qu'on m'avait injecté du napalm dans les cuisses tellement je peinais ; pendant quelques secondes j'ai caressé le fol espoir que ce puissant défoliant ferait disparaître mes cuisses, au moins en partie ; mais bien sûr, en arrivant elles étaient toujours là, comme par hasard. Craignant terriblement de péter du coeur, je suis à nouveau descendue de mon vélo (j'entendais presque les quolibets de la foule) pour finir la côte à pied.

J'ai fini ma route à toute vitesse (ben oui, après la montée, il y a eu la descente, j'ai eu l'impression de faire du deltaplane tellement c'était grisant) et je suis arrivée chez moi écumante, rageuse et suant comme jamais. Heureusement que je n'avais pas de mascara, sinon je me la jouais Pandi Panda, petit ourson de Chine. Tout ça pour même pas profiter de la piscine, elle était tellement froide que je m'attendais à voir surgir à tout moment une famille de pingouins.

Voilà, ce n'était qu'un épisode de ma triste et vaine relation avec l'effort physique. Il y en aurait bien quelques autres, mais je trouve que j'ai assez malmené mon amour propre pour aujourd'hui. Je me doutais depuis pas mal de temps que je ne gagnerais jamais le Tour de France, mais l'humiliation reste intense. Contre vents et marées, je continuerai à faire du vélo, mais uniquement sur du plat. Je devrais peut-être envisager l'exil en Belgique, il paraît que les frites y sont délicieuses.


02/06/2006

Politesse du désespoir

De temps à autre, quand vraiment j'ai rien d'autre à faire, ou qu'un doute soudain sur le sens de la vie m'assaille (n'importe quoi... je sais bien que la vie n'a aucun sens), je relis certains de mes billets sur ce blog. Ca doit paraître atrocement prétentieux, mais ça me rassure ; et puis d'une façon générale, j'adore relire, presque autant que j'aime lire, ça c'est encore un coup de ma personnalité obsessionnelle et compulsive. Et psychorigide, j'ai failli oublier. Je suis bonne pour l'asile. Mais c'est un autre problème.

A la relecture de certaines notes donc, et à la lumière de discussions avec mes proches sur ce même sujet, il apparaît que l'image que je renvoie de moi est déplorable ; j'aurais l'air d'une quasi-désespérée qui n'attend que la cerise qui fait déborder le gâteau (copyright !!!!! Dave mon chéri) pour choisir entre la corde et le four. Eh bien il n'en est rien. Je déborde de gaieté et de joie de vivre.

Inutile de hausser les sourcils, bande de sceptiques, c'est la pure vérité. Tous les gens qui me côtoyent vous le confirmeraient, je suis tordante, toujours l'oeil qui frise et la blague au coin des lèvres. Je soupçonne les gens de ne m'inviter à leurs soirées que pour distraire l'assistance, contre quelques coupes de champagne (frappé, s'il vous plaît). Nous avons tous un rôle, et celui-là me pèse parfois d'ailleurs, mais je m'y plie de si bonne grâce que je serais vraiment de mauvaise foi (et ça, ça m'étonnerait !!!) si j'essayais de le renier. Donc même si cet emploi est parfois lourd, je l'occupe avec bonheur, d'autant plus qu'il n'est pas le seul. Je ne suis pas seulement ça, de la même façon que je ne suis pas seulement la fille qui déverse ici ses doutes et sa mélancolie. Je suis plein de personnes à la fois, et ça me va bien comme ça.

Tout ça pour dire que ma vie est agréable, et parfois même légère (ah, si seulement moi aussi je pouvais l'être...). En tout cas beaucoup plus vivable que celle des enfants d'Afrique, des fans de tuning ou des sosies de Britney Spears, dans le désordre et sans volonté de comparaison, bien sûr. Et je crois qu'elle l'est parce que j'ai décidé qu'elle le serait, parce que si je ne l'avais pas décidé, personne ne l'aurait fait à ma place (en tout cas aucun volontaire n'a levé la main). Et surtout, la vie aurait été insupportable. Je me serais détestée. J'aurais semé la tristesse autour de moi. J'aurais rendu les gens malheureux. Je n'aurais pas su comment protéger ceux que j'aime, parce que je n'aurais pas cru que ce soit possible, alors que maintenant je sais que ça l'est... mais je ne suis pas sûre que moi, j'y serais arrivée. Et le fait de rendre les gens tristes, ça m'aurait encore plus détruite.

Et voilà, je recommence !!!! Mais c'est pas possible, empêchez-moi ! C'est exactement pour ça qu'en société je débite des absurdités à n'en plus finir, parce que sinon je dirais des trucs pareils, et les plus folles nuits se transformeraient en veillées funèbres !!! Juste milieu, adieu...

Heureusement, il n'en est rien ; le meilleur antidote à la lucidité étant l'humour (enfin, à mon avis), je le pratique sans retenue, et d'abord envers moi-même, ça m'empêche souvent de sombrer dans le pathétique le plus obscur. Et quand même aussi avec les autres, surtout ceux que j'aime ; en général je ne me moque que des gens que j'aime, ouvertement je veux dire, parce que je me moque aussi abondamment de ceux que je n'aime pas, mais seulement quand ils ont le dos tourné. Oui, je sais, c'est fourbe. Mais ça fait du bien. Et c'est un juste retour des choses, puisque où que vous soyez, et quelque soit le moment, il y a toujours quelqu'un pour se moquer de vous aussi, je vous rassure !

Voilà, je ne suis pas fière de grand-chose dans la vie, il n'y a vraiment pas de quoi, puisque je n'ai inventé ni le vaccin contre la petite vérole (j'étais pas née), ni les frites à 0% de matière grasse (ça ne serait pas aussi bon de toute façon), ni la psychothérapie qui marche à tous les coups (mais ça personne ne l'inventera jamais, donc pas de regrets) ; mais de ça au moins, je suis fière, être devenue ce que je suis malgré toutes mes casseroles. Elles ne sont pas plus graves que celles de la moyenne des gens, mais la souffrance, la détresse et la solitude que j'en ai ressenti auraient pu m'achever. Faut croire que j'ai la peau dure.

31/05/2006

Dilution

Alors ça c'est vraiment un truc que je n'arrive pas à comprendre. Je pense plutôt bien me connaître, mais il y a encore des aspects de moi que je ne parviens pas à cerner.

Je m'explique : j'ai l'impression que l'amour me fait m'oublier totalement. Attention, là je parle du petit amour banal, les histoires pas très glorieuses, celles qui laissent un goût amer. Parce que l'amour vrai, le grand le beau le seul l'unique (je devrais déposer un copyright à l'INPI non ?), ça me fait pas du tout ça ! Non, cet amour-là, il me rend meilleure.

Mais bref, le petit amour à deux balles, lui, il me rend conne. Eh oui. C'est affreux. Quand je pense aux renoncements, aux compromissions, aux trahisons avec moi-même par lesquelles je suis passée pour les yeux (même pas beaux) de certains garçons avec qui j'ai vécu des choses, je frémis d'horreur et d'incompréhension.

Sans que je m'en aperçoive (ou parce que je n'ai pas voulu m'en apercevoir), au début de ces quelques histoires, j'ai abandonné sans même qu'on me le demande mes envies, mes principes (et Dieu sait si j'en ai !), mes goûts, mes habitudes, pour me fondre dans une nouvelle et monstrueuse identité : le nous. Le nous peut certainement être bien vécu, du moins faut-il l'espérer ; mais pas par moi, et surtout pas quand l'autre participant en reste au je. On peut même pas l'accuser en plus, lui il a rien demandé ! Donc il continue à vivre sa vie à peu près comme il l'entend, et toi (enfin, moi en tout cas) tu continues à te plier à des impératifs qui n'existent que dans ta tête, pour préserver une relation qui au final ne cassait pas trois pattes à un canard. A chaque fois (il n'y en pas eu cinquante non plus cela dit), j'ai eu l'impression de me diluer, de me perdre dans cette mystérieuse entité qu'est le couple.

Peut-être que je pense inconsciemment qu'il faut que je fasse des efforts pour qu'on m'aime. C'est étrange parce que consciemment je ne le pense pas, ceux qui m'aiment, tant mieux (qu'ils prennent le train ou l'avion, peu importe), et ceux qui m'aiment pas, tant pis, même si parfois c'est dur à accepter. Il y a aussi des cas où c'est plutôt réjouissant d'ailleurs. Peut-être que j'ai le sentiment que tout repose sur mes épaules, que c'est moi qui suis capable d'assumer la relation, et là ça ressemblerait dangereusement à de l'orgueil, comme qui dirait.

Ou alors ça vient du fait que JE le vis mal, et pas d'autres. Autour de moi (mais pas tout près quand même) il y a des gens que ça n'a pas l'air de gêner de ne former qu'une seule et même personne avec leur moitié d'orange. Je suis partagée, puisque je l'ai vécu, mais aussi terrifiée qu'on puisse l'accepter, parfois depuis de nombreuses années. C'est tellement important de ne pas s'oublier. J'ai besoin de me sentir être une personne distincte. J'ai besoin d'espace. J'ai besoin d'être moi, et pour ça je n'ai besoin de personne d'autre, puisque donc ça m'en empêche.

Là où ça devient problématique (oui d'accord, ça l'était déjà un peu), c'est que ça va être super dur de replonger. J'essaie de ne pas devenir trop dure, trop rigide. Avec les gens que j'aime, je pense arriver à rester tendre, malgré tout... sûrement parce que j'arrive à me protéger, à préserver mon individualité, et donc à me sentir en pleine possession de mes facultés émotionnelles et intellectuelles... mais si un (charmant, drôle et intelligent, si possible) jeune homme repointe un jour le bout de son nez, je ne peux pas jurer que je redeviendrai pas instantanément stupide...

27/05/2006

Blogrolls (en anglais dans le texte)

J'A-DO-RE faire des listes. J'ai toujours adoré ça ; c'est à se demander pourquoi j'ai attendu si longtemps avant de faire celles qui s'étalent à présent à droite et à gauche de ce texte...

En fait, au moment de créer ce blog, je me suis dit pompeusement que j'avais envie qu'il n'y ait que des mots dessus. J'aime les mots, à la folie. Je considère cet espace comme un exercice de forme plus que de fond (c'est pas très clair si ?). Mais bon, faut pas se leurrer, si on écrit, c'est pour être lu, et donc pour partager un minimum de choses. Donc, au fur et à mesure que m'arrivaient les retours, la plupart du temps extrêmement gratifiants, des gens qui prennent le temps de me lire, j'ai eu envie de partager avec eux -avec vous !- certains de mes goûts, de mes passions, de mes idoles. Ca reste forcément incomplet, anecdotique et non représentatif mais voilà, c'est fait. Je me suis épatée toute seule, parce qu'étant donné mon intrinsèque incapacité informatique, c'était pas gagné !!!


Spéciale dédicace : à Hélène, qui m'a adressé une avalanche de compliments que je ne suis pas certaine de mériter... l'expérience a été violente, parce qu'être soudainement exposée, ça a des conséquences un peu extrêmes, que mon ego a eu du mal à assumer... mais l'empathie et le sentiment de partage que j'ai ressentis en valaient largement la peine ! Merci Hélène, de tout coeur, et aussi à vous qui m'avez lue, appréciée, et qui l'avez fait savoir...

J'allais oublier : merci aussi à tous ceux qui ne l'ont pas fait savoir ! pour faire souvent partie des silencieux dans ce genre de situation, je sais que vous n'en pensez pas moins... cette fois j'arrête, la taille de mes chevilles devient digne de celles d'un éléphant....