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08/10/2006

Un kilo de plume

Ca pèse autant qu'un kilo de plomb, oui, je sais. Et tout le problème est là.

Comme j'estime savoir à peu près qui je suis, par élimination je sais aussi qui je ne suis pas. D'ailleurs c'est comme ça que j'ai compris qui j'étais, quand j'ai fini d'épuiser toutes les fausses propositions, c'était un peu un QCM humain. Je viens d'inventer un concept là non ?

Bref. La plupart du temps, ça ne me dérange pas plus que ça de ne pas être un ange de patience ou une travailleuse acharnée (ça m'arrange, en fait), mais certains traits de personnalité me font quand même cruellement défaut.

Et parmi eux, la légèreté. Je n'ai jamais su être légère (pas de ricanements au deuxième rang, je parle au sens figuré), sauf à des moments où il n'est pas possible de faire autrement évidemment, je ne suis pas non plus du genre à déclamer du Schopenhauer en boîte de nuit. Il m'arrive régulièrement de lâcher du lest, d'être frivole, voire primesautière (je ne sais pas tellement ce que ça veut dire, mais j'aime bien ce mot), ma vie n'est pas une longue succession de messes d'enterrement non plus. Mais... souvent, je sais que j'accorde beaucoup d'importance, de gravité, à des choses pourtant anodines.

Ca peut prendre des proportions démentielles, et c'est encore aggravé par ma psychorigidité et ma tendance obsessionnelle (préparez la camisole). Le moindre détail peut devenir un véritable drame, un peu comme dans un film scientifique (j'en ai vu plein, vous pensez) où la caméra zoome petit à petit sur un microbe, ou une bactérie, enfin un truc comme ça, jusqu'à ce qu'il devienne énorme et prenne toute la place dans le champ (de la caméra, aucun rapport avec l'agriculture). D'ailleurs rien qu'à vous en parler, je sens la détresse qui monte, il n'y a qu'à voir à quel point ma manie de la parenthèse est en train de prendre le contrôle de cette note, c'est affligeant.

La moindre remarque devient une remise en question de toute ma personne. Un regard oblique est une tentative de viol. Un chuchotement révèle un complot (international, bien entendu. Je m'aperçois que j'ai oublié de vous parler de ma paranoïa). Un pantalon qui ne ferme plus me signale que j'ai atteint le seuil critique de l'obésité. Ma vie entière est une tragédie grecque.

Ca atteint des sommets dans mes relations avec les autres, comme par hasard (penser à ajouter l'autisme). J'ai toujours peur de ne pas avoir le comportement adéquat avec eux. J'ai tendance à me questionner souvent sur la nature de ce qui nous lie. Les désaccords sont difficiles à accepter, et l'éventualité de rapports de force m'anéantit, je ne les supporte pas. Je prends garde au moindre faux pas, j'ai parfois l'impression qu'il pourrait me faire perdre à jamais l'affection et l'estime des gens. Rien n'est jamais acquis... Je pense que tout ça ne transparait pas au quotidien, mais ce sont des pensées qui ne me quittent presque jamais.

Je vis les choses de façon dramatique, je n'y peux rien. Tout est prétexte à la rumination, à la mélancolie, aux regrets éternels. Je ne sais pas comment ça s'explique, je n'ai jamais vécu dans une atmosphère particulièrement pesante, enfin pas plus que la moyenne, donc j'imagine que c'est une disposition d'esprit qui m'est propre. Ah ! Mais moi aussi j'aimerais en avoir rien à faire de rien ! Je voudrais bien que rien ne soit grave ! Je préfèrerais ne donner aux choses que l'importance qu'elles méritent ! Je me damnerais pour prendre enfin la vie avec légèreté ! Mais je ne suis manifestement pas programmée pour ça.

Je pense que c'est ça qui explique ma propension à tout exagérer (oui, c'est normal que vous ne l'ayez pas notée, elle est TRES discrète). Au fond, je dois avoir besoin de cette gravité, de cette tension. Je suis quelqu'un d'excessif, il faut donc que je me nourrisse de choses consistantes, la tiédeur et la platitude m'ennuient à mourir. La légèreté n'est pas forcément compatible avec ça. C'est la seule explication que je trouve.

Heureusement (c'est le moment où je la ramène avec mon expérience), tout ça a tendance à s'aplanir avec le temps. J'apprends à vivre de façon plus simple, et à me garder de certains sentiments trop violents. Je ne serai jamais quelqu'un d'insouciant, j'en ai fait mon deuil, mais je veux arriver à me protéger des conséquences émotionnelles compliquées qui surviennent quand on prend trop les choses à coeur. J'ai longtemps eu peur que ça fasse de moi quelqu'un d'insensible, de tari, avoir le coeur sec c'est pas tellement réjouissant comme perspective ; mais je pense avoir trouvé le juste milieu entre la perpétuelle vallée de larmes et le je-m'en-foutisme béat. Ca n'est pas toujours facile, les gens ne comprennent pas forcément que vous en ayez marre d'être une éponge à émotions. Cela dit, ce sont les mêmes qui n'en peuvent plus de vos états d'âme sans fond dès qu'ils oublient de vous dire bonjour, donc je me crois autorisée à penser qu'ils sont secrètement soulagés. La gravité m'accompagne toujours, mais j'arrive à en minimiser les manifestations ; c'est un bon compromis, parce que même si la légèreté reste un idéal, elle m'effraye un peu. C'est un état d'esprit tellement contradictoire avec mon moi profond, que j'aurais peur qu'il me dénature. Me perdre est la chose qui me terrifie le plus...

Et puis le bon côté des choses, c'est que ça m'oblige à la dérision ; pour pouvoir supporter le poids de mes affects, je me tourne vers la rigolade, qui du coup devient aussi une affaire sérieuse, on ne plaisante pas avec l'humour. Je ne recule jamais devant une blague, même foireuse, à mon sens ça n'est jamais déplacé. Parfois je me dis que c'est tout ce qui nous reste, la possibilité de rire de tout, tout le temps, et surtout de nous-mêmes. C'est ce qui fait de nous des êtres humains, pour plagier Rabelais qui disait beaucoup plus simplement que le rire est le propre de l'homme.

La physique est implacable, un kilo de plume sera donc toujours aussi lourd qu'un kilo de plomb ; mais comme l'âme humaine, elle, est fuyante et trompeuse, un kilo de plume aura décidément toujours l'air plus léger.


Spéciale dédicace : à ma mère, pour qui cet aspect de moi est probablement assez obscur, malgré le fait qu'elle me connaisse évidemment très bien. Je suis heureuse de penser que depuis quelques temps, mes mots et ses yeux nous rapprochent l'une de l'autre.


03/10/2006

Ici Kiev

Ca fait longtemps que je ne vous ai pas raconté ma vie, et comme parfois le hasard fait bien les choses, il m'arrive justement un truc hallucinant, et donc totalement digne d'être exposé ici.
Hier je me réveille avec un mal de dos affreux, complètement bloquée. En fait je ne suis jamais malade, donc quand ça m'arrive je suis immédiatement à l'article de la mort ; j'ai longtemps cru être résistante à la douleur, mais je réalise que c'est juste parce que je n'en éprouve presque jamais. Et donc, quand c'est le cas, je ne suis plus qu'une loque à deux doigts d'y passer, c'est lamentable.
Bref, j'ai attendu un peu de voir si ça se calmait ; l'autre conséquence de ma santé de fer, c'est je DETESTE prendre des médicaments, et bien sûr aller chez le médecin. J'entretiens des relations très tendues avec les médecins, normal, on ne se connaît pas beaucoup eux et moi. Vous savez ce que c'est, on n'a jamais vraiment eu l'occasion de parler, de se comprendre, alors on fonde nos opinions sur des on-dit, des a priori, l'incommunicabilité moderne, c'est vraiment terrible.
Notez, j'ai aussi des raisons valables de détester les médecins, comme je l'ai déjà exposé ici : traiter les patients comme des numéros, ne rien écouter à ce qu'ils racontent et les assommer des saloperies chimiques qui rendent les labos encore plus riches et puissants, comme ça ils peuvent toujours refuser de soigner à bon prix les enfants d'Afrique, faire attendre les gens pendant des heures (oui, heures au pluriel) dans des salles d'attente pleines de miasmes et de virus, comme ça les gens reviennent indéfiniment les voir, et cætera, et cætera (non je ne sais pas comment on fait l'e dans l'a, désolée. Et si, maintenant je sais, youpi !!!). J'en suis venue à estimer que ce sont les médecins qui rendent les gens malades, à force de nous gaver de médicaments on n'a plus aucune défense naturelle, total au premier coup de vent on attrape la grippe espagnole, bravo les progrès de la science.
En plus, d'une façon générale, ils s'estiment infiniment supérieurs à vous, misérables vermisseaux qui n'avez jamais disséqué un cadavre, et donc ils se permettent de penser qu'ils savent mieux que vous ce qui est bon pour votre petite personne. C'est intolérable. La semaine dernière, j'ai passé l'inénarrable visite médicale obligatoire au travail ; l'an dernier, on ne sait pourquoi, la médecin avait décidé de me faire passer un test sur ma consommation d'alcool (alors que j'ai pas le nez rouge ni rien, allez comprendre). Au vu de mes réponses, pourtant banales, elle m'a fait tout un sermon sur les dangers de l'alcoolisation excessive (merci, vraiment, j'étais pas au courant), en sous-entendant que j'en étais victime. J'étais stupéfaite, alors parce que je bois plus de trois verres le samedi soir, l'alcoolisme me guette ? On croit rêver. J'étais furax, et j'ai bien sûr superbement ignoré ses conseils mielleux, genre alterner alcool et eau, n'importe quoi : si on boit un verre de flotte entre deux de Tariquet, ce vin diabolique semble encore plus mauvais, pas question. Du coup quand j'y suis revenue, la semaine dernière (dites-moi si je vais trop vite), on m'a refilé mon dossier en attendant mon tour, et là je repère le fameux test ! Non mais elle me piste, c'est pas vrai ! Je me suis préparée mentalement à ses attaques sournoises, mais je n'ai pas eu besoin de faire d'efforts : quand elle a constaté que je refusais mordicus de me peser (oui je me pèse plus, c'est comme ça, la vie est plus belle sans balance), elle a pris peur et m'a laissée partir sans demander son reste. Non mais !
Bon, j'avais décidé de ne pas dire du mal des médecins, c'est raté. J'essaie quand même, vous disais-je, de ne pas trop céder à ma mauvaise foi abyssale : les médecins sont aussi des gens formidables, et parfois on est bien content de les trouver.
Justement. Encore faut-il en dégoter un. Hier après-midi donc, je finis par me sauver du bureau, le souffle presque coupé par la douleur (oui, je sais, c'est poignant, d'ailleurs je me faisais quasiment pitié à moi-même), pour aller voir un des dignes représentants de ce corps de métier. J'ai erré la moitié de l'après-midi à la recherche d'un d'entre eux, en éliminant bien sûr ceux qui ne consultent que sur rendez-vous (30%), ceux où il y a plus de 5 personnes avant moi (50%) et ceux qui m'ont clairement fait comprendre que je les emmerdais, malgré les efforts de ma chère mère pour me pistonner entre deux patients (15%). Oui, j'ai fait des stats et tout. Bref, les 5% restant ont réussi à échapper à ma vigilance. J'aurais dû appeler SOS Médecins, me direz-vous ; j'aurais attendu aussi longtemps, voire plus, à moins de faire un infarctus ils mettent trois plombes à arriver, trop débordés. J'étais tellement désemparée que pendant quelques secondes j'ai regretté de ne pas avoir de mari (pourquoi ? mystère) ; j'ai tout de suite pensé à ce que ça serait si LUI, il était malade, et ça m'a calmée de suite. Après un passage dans deux pharmacies (quand même), j'ai fini par rentrer chez moi en possession d'Ibuprofène, et d'un décrispant pour sportifs endoloris, ultime offense de la médecine moderne à l'encontre de ma personne. 
Ca n'a guère amélioré mon état ; j'ai donc refusé d'admettre ma défaite, et suis repartie à l'assaut d'un cabinet médical ce matin-même. Et là, gloire à la science, Hosannah au plus haut des cieux, youpee tra la la et merci la vie : je suis tombée sur un médecin, un vrai. A deux pas de chez moi, il était là, sous mon nez, et je ne l'avais jamais vu, incroyable. Il a été super gentil, m'a écoutée raconter mon grand malheur, m'a fait une ordonnance minimale et non une tartine interminable de molécules fourbes. Il a même essayé de savoir comment ça m'était arrivé, c'est extraordinaire : "Vous avez fait des efforts physiques ?", me demande-t-il ; "C'est pas mon genre", lui réponds-je. Il a eu l'air de trouver ça drôle, un MEDECIN !!! Le seul sur terre, à n'en pas douter.
On a même discuté, dis donc. Voyant qu'il me prescrivait des génériques, je l'ai chaleureusement félicité ; il m'a demandé pourquoi je trouvais ça bien, et je lui ai servi ma diatribe contre les labos, tout ça. Là il me dit qu'il a travaillé dans l'humanitaire en Afrique dans les années 70, et que maintenant il refuse de recevoir les visiteurs médicaux car il ne veut pas risquer de se faire corrompre à coup de séminaire aux Seychelles, voire par le biais de stylos publicitaires, tout fait ventre. Là j'avoue, j'en étais presque à enjamber le bureau pour lui rouler une pelle, mais j'avais trop mal au dos, et puis il avait une alliance, je ne suis pas une briseuse de ménage.
Tout ça pour en arriver à quoi, finalement ? Ah oui : je me suis rendue compte qu'en allant aux urgences, j'aurais vu un médecin plus rapidement. Voilà où on en est dans ce pays : il faut être malade sur rendez-vous, comme m'a justement fait remarquer une de mes collègues. J'en reviens toujours pas d'avoir passé des heures à hanter la ville de ma présence boitillante et larmoyante, en ayant l'outrecuidance de penser que j'allais trouver un docteur pour me soigner.  A un moment je me suis dit qu'en sortant de ma bagnole j'avais dû tomber dans une faille spatio-temporelle, et me retrouver en Ukraine au 19° siècle. Et encore, j'ai bien conscience de faire partie des privilégiés, mais je frémis à l'idée de ce que doivent être les souffrances des gens marginalisés ou défavorisés. Je trouve ça scandaleux.
Maintenant, je suis censée me reposer, vu que c'est à peu près la seule solution à mon problème, à part me cachetonner comme une dingue (ce que je fais aussi, je suis décidément trop douillette. Et comme je ne prends jamais de médicaments, ça marche à mort, je me sens même légèrement euphorique. Quelle horreur, je suis shootée). On verra pour le repos, je suis incapable de rester allongée bien longtemps, à part pour lire, dormir, ou faire des choses que la pudeur m'interdit d'évoquer ici ; en attendant, je brave héroïquement l'atroce main de fer qui me broie l'échine pour venir témoigner de la triste réalité sanitaire. Telle que vous me voyez, je suis tordue sur ma chaise, le visage déformé par un affreux rictus de souffrance (si j'exagère dites-le moi), mais je résiste vaillamment afin de vous alerter de cet état de fait déplorable, dont vous êtes sans doute déjà au courant, mais tant pis, j'avais envie de le dire.
Sur ce je vous laisse, il ne faut pas que je reste trop longtemps assise, ordre du médecin.
EDIT :  Ma soeur, qui elle, a fait des études de lettres, me signale que et coetera s'écrit en fait et cAetera. Je suis déshonorée pour toujours, je ne comprends pas comment j'ai pu ne pas m'en apercevoir ; je ne SUPPORTE pas de faire des fautes d'orthographe, ça me donne envie de mourir. Donc maintenant, en plus d'avoir mal au dos, je suis à deux doigts de me coller la tête dans le four ;-) Enfin, je vais plutôt corriger, hein, ça semble plus mesuré comme réaction.

28/09/2006

PCM

Je viens d'inventer un acronyme, je ne suis pas peu fière.

Mais que peut-il bien vouloir dire ??? Vous êtes prêts ? Il signifie Politique de la Couille Molle. Eh oui. Vous comprenez donc que j'aie voulu l'abréger, dans la louable intention d'épargner vos chastes yeux, mais aussi parce que c'est long à écrire.

Je tiens à préciser d'emblée qu'il ne faut y voir aucune tentative d'apologie du machisme triomphant ou de la phallocratie bête et méchante, c'est juste que ça dit bien ce que ça veut dire.

Le sujet est épineux, vous vous en doutez, et il le sera de plus en plus à mesure que nous nous approcherons du printemps prochain, donc autant en parler tout de suite ; de toute façon ça fait longtemps que j'ai envie d'aborder ce sujet. Un vent de révolte et de mauvaise foi va donc souffler sur ce blog, ce sera très sain d'ailleurs, à force d'écrire des choses sentimentalo-pseudo-philosophiques, j'allais finir par me prendre au sérieux, manquerait plus que ça.

La PCM se définit par une propension de nos chers gouvernants à ne prendre que des décisions en demi-teinte, mi-figue mi-raisin, entre chien et loup, j't'en passe et des pas mûres. Alors bien sûr, nous sommes en démocratie (enfin, il paraît), il faut que tout le monde soit un peu content, et que surtout il y en ait un minimum qui ait les nerfs, sinon qui va nous réélire, hein ? Bon, je voulais éviter de tomber directement dans le cynisme, c'est un peu foutu, mais c'est pas grave, je vais me rattraper.

Or donc, gouverner c'est choisir, comme le disait Mistinguett (ah non pardon, ça c'est dans une chanson de Dalida). Normalement, quand on a des responsabilités politiques, tout ça, il faut faire des choix, et faire des choix ça implique faire des heureux, mais aussi faire des mécontents, puisqu'évidemment, le consensus général sur une décision politique nationale est une denrée rare. Alors bien sûr, faire des heureux, c'est super chouette, et ça fait autant d'électeurs potentiels, jusque-là, tout va bien. Le problème, ce sont les mécontents, qui sont vraiment très en colère, qui font la grève en empêchant les heureux d'aller travailler (ils devraient donc être encore plus heureux, mais par un mystère que je ne m'explique pas, ça ne se passe pas comme ça), et qui surtout ne voteront plus pour le méchant gouvernement.

Bon. Les hommes politiques ne sont pas tous d'immondes salopards, vraiment je m'applique à le penser, ne m'entraînez pas sur cette pente dangereuse. Disons qu'ils ont quand même tendance à vouloir garder le pouvoir une fois qu'ils l'ont acquis. Le pouvoir et les privilèges exorbitants qui y sont attachés rendent fou, ça, j'en suis convaincue. Et du coup, les gouvernants deviennent singulièrement prudents, pour rester polie, devant les décisions à prendre.

Ils prennent donc de pseudo-décisions, souvent nommées dans le jargon politique des "mesurettes". Un petit peu, mais pas trop, à moitié à gauche, à moitié à droite et beaucoup au milieu, on hésite, on sait pas, la Bourse fait la gueule, le cours de la patate rose a chuté, on annonce un cyclone en Picardie, la rentrée sera chaude, Noël au balcon, Pâques en avril, attendons, ce n'est pas le moment. Ca nous fait pas beaucoup avancer, tout ça.

Moi je pense que la réalité, c'est ce qu'on en fait, du moins, j'espère. Loin de moi l'idée de souhaiter l'application d'idées extrêmistes (ou d'idées qui font mine d'être modérées, mais qui sont plus extrêmistes que les pires extrêmes, je tiens pour acquis qu'il n'est point besoin d'expliciter), mais tout de même, à hésiter, à tergiverser, à ne pas prendre son courage à deux mains, on en arrive à faire que des semi-mécontents, et aucun heureux. Evidemment, en ne prenant que des décisions molles et informes pour ne choquer personne, on ne fait rien du tout, et le bon peuple, cet ingrat, est grognon.

Hélas ! Les électeurs ont la mémoire courte, et un choix restreint au deuxième tour, donc les gouvernants qui appliquent la PCM sont régulièrement réélus. Ou pas, et dans ce cas ils sont remplacés par leurs adversaires, qui après deux-trois annonces de réformes tonitruantes, se rabattent sur la solution de facilité à mesure que les élections se rapprochent : re-PCM.

Il y a une foule d'illustrations concrètes à la PCM ; curieusement, celles qui me viennent à l'esprit concernent la sécurité routière, c'est encore ma phobie des bagnoles qui m'égare. Depuis quelques années fleurissent sous mes roues de faux ronds-points qui ont la particularité d'être quasiment plats, genre trois galets collés sur la chaussée, manière de dire il faut faire le tour. A chaque fois que j'en croise un, je suis saisie d'une colère noire (j'avoue qu'il ne m'en faut pas beaucoup) : ou il y a un rond-point, ou il n'y en a pas, merde ! Mais pourquoi faire un semblant de moitié d'ébauche de rond-point ??? Résultat : certains téméraires roulent allègrement sur le rond-point, coupant dangereusement la route aux pauvres conducteurs respectueux du code de la route, qui eux contournent le faux rond-point, et on frôle le carambolage carabiné. C'est lamentable.

Et encore, si ça s'arrêtait là... mais non, la PCM touche à des domaines autrement plus importants, ce serait trop beau. Quand ça concerne la politique nationale ou économique, c'est un véritable cataclysme. Souvent, ça se traduit par la propension à privilégier les intérêts de ceux qui le sont déjà (privilégiés, donc) ; ben tiens, pas bêtes, ce sont eux qui votent le plus, c'est bien connu, on va quand même pas faire plaisir aux SDF, pas de domicile = pas de carte d'électeur, aucun intérêt tu penses ! Non, décidons plutôt de baisser l'impôt sur les sociétés, le MEDEF sera content, et on fera passer la pilule en déclarant chez PPDA que ça va créer des emplois. Très drôle, vraiment quelle bonne blague.

Et puis il existe des choses auxquelles personnes ne peut toucher, sous peine de tollé général. Notez, le tollé général, ça me plaît plutôt, comme idée, mais le fait de ne pas pouvoir s'attaquer à certaines survivances des temps féodaux (parfaitement) parce qu'il est trop dangereux de se mettre à dos des corporations, c'est pas ma vision de la politique, et je ne pense pas pêcher par excès d'utopie sur ce coup-là.

Il y a aussi la PCM sous couvert de la loi, qui a trouvé ces derniers temps un exemple étincelant avec l'affaire des pauvres sans-papiers, examinés sous toutes les coutures pour juger s'ils étaient dignes de rester dans notre noble patrie. C'est débile : soit on les régularise tous (oui ! oui ! oui ! ou plutôt, on n'a qu'à décréter que plus personne n'a besoin de papiers pour garder sa dignité, on est des êtres humains, pas des numéros que je sache), soit on n'en régularise aucun, et on se prépare à une guerre totale avec le tiers-monde, qui revendique justement sa part du gâteau...

Ben oui, mais c'est la loi, et puis il faut être réaliste, on ne peut pas héberger toute la misère du monde, bla bla bla... la loi est manifestement elle aussi une LCM, à mon sens, et la misère du monde, elle existe déjà chez nous, donc on ferait bien de s'en occuper de façon globale, non ? Quant au réalisme, c'est un argument qui ne tient pas, la politique, à la base, c'est justement fait pour changer la réalité... en tout cas pour la rendre plus vivable. Mais bien sûr, quand les politiques au pouvoir ne veulent fâcher ni les électeurs potentiels, ni les multinationales qui président à la destinée du monde civilisé, on est mal barré pour changer la vie !

Faut pas rêver, me dis-je souvent quand je pense à tout ça... et pourtant, il suffirait de vouloir, et d'assumer les conséquences de VRAIES décisions. Quitte à faire des mécontents, on aurait au moins fait quelque chose. Comme je suis pessimiste, je finis par en arriver à la conclusion que la situation n'est pas encore assez dramatique, et que les gens ont trop peur de perdre ce qu'ils ont, moi la première, pour accepter une politique radicale. Et puis je me dis aussi que je dois être de la graine de dictateur, car après tout, PCM ou pas, ce sont les électeurs qui décident... ça aussi, je m'efforce de le croire, parce que si ce dernier rempart lâche, je ne suis pas sûre de pouvoir continuer lontemps à affirmer que je suis démocrate.



24/09/2006

Temps de choses à faire

Oui je sais, je suis pas super forte en jeu de mots. Saint Calembour, venez-moi en aide !

L'été est fini. Ca faisait déjà un moment, répondront les sarcastiques ; quoiqu'il en soit, ça m'est égal, je déteste la chaleur, et je suis soulagée que la température moyenne retrouve un niveau raisonnable (inférieur à 22°, à partir de 23 je suffoque).

Ce que marque pour moi l'arrivée de l'automne, c'est une fois de plus le signe du temps qui passe, qui fuit, qui court (le premier qui ajoute "qui nous rend sérieux" me copiera 100 fois "je ne regarderai plus le concert des Enfoirés en boucle", compris ?). Le temps contre qui si longtemps je me suis battue, et qui est aujourd'hui mon meilleur allié. Je suppose que la plupart des gens de plus de 30 ans se disent la même chose... d'autant plus si comme moi, on se sent de mieux en mieux au fur et à mesure que les années passent.

A 20 ans je suis tombée sur une citation de Paul Nizan, dont j'ai su immédiatement je le trouverai de plus en plus juste : "J'avais 20 ans, je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie". Ca résume exactement mon sentiment par rapport au temps qui passe.

Plus jeune, le temps était pour moi une menace ; je pensais avoir tellement de choses à accomplir, dans un délai tellement court et rigide, que j'en oubliais de vivre. Les fameux objectifs que je me laissais imposer par d'autres m'obsédaient, je me sentais obligée de les atteindre le plus vite possible pour enfin... pour enfin quoi ? Je ne le saurai jamais, et je ne le regrette pas.

La façon dont je suis faite ne m'a permis d'accomplir aucun de ces défis, probablement parce que je ne le voulais pas ; je crois qu'au bout d'un moment, j'ai décidé de laisser courir le temps, de me laisser porter par lui. J'ai découvert avec stupeur que j'en retirais un intense sentiment de libération ; sans cette épée de Damoclès, beaucoup de choses devenaient possibles, subitement et sans explication. Vouloir retenir le temps n'avait pour résultat que de le faire fuir encore plus vite. D'une façon générale, lâcher prise est un soulagement incroyable.

Les années m'ont aussi apporté ce qu'on pourrait appeler un semblant de sérénité ; très longtemps j'ai été immature, incertaine, influençable, ballottée d'une incertitude à l'autre ; je me cherchais tellement que cette quête m'empêchait de me voir telle que j'étais. J'avais le regard levé vers d'improbables "modèles", je ne comprenais pas que c'était en moi que je découvrirais qui j'étais. Le temps passé à me retrouver au bout de ces impasses m'a beaucoup appris, et m'a aidée à me recentrer sur moi-même, à me trouver une cohérence, à me détacher de certains idéaux. J'ai eu 20 ans, et ce n'était définitivement pas le plus bel âge de ma vie. A 30 ans passés, je ne sais pas où se situe l'apogée, ni même s'il y en a une, mais je considère l'avenir avec calme, et sans angoisse. Le temps me porte au lieu de me freiner... j'aime toujours autant regarder en arrière, mais ce qui s'ouvre devant moi ne m'effraie plus.

Aujourd'hui je ressens toujours le temps qui passe avec une grande acuité ; les années qui défilent ne me laissent jamais indifférente, mais j'ai accepté cet état de fait, et surtout je n'essaie plus d'évaluer l'hypothétique "valeur" de ma vie à l'aune de ce que j'ai fait du temps. J'ai vécu, voilà ce que j'ai fait. Je crois que c'est la meilleure manière, en tout cas la plus humaine, d'occuper le temps. Car je n'ai pas non plus envie d'être passive face à lui ; le temps a sa vie propre, élastique, saccadée ou morne ; pour vivre avec, on n'est pas obligé de courir après en permanence, on peut s'en accomoder, ou être à contre-temps, mais au final une certaine harmonie entre la vie et le temps est possible.

Parfois la vie qui coule se rappelle à moi de façon plus formelle : certains délais professionnels restent stressants, même si on a envie de les tenir. Mais faire les choses au dernier moment n'est plus une perspective qui m'inquiète, au contraire, l'urgence est pour moi un état fécond (non, je ne suis pas enceinte, rassurez-vous). A certains moments aussi, l'inconsolable nostalgie de l'enfance me prend à la gorge ; c'est étrange d'ailleurs, l'enfance n'est pas nécessairement un temps heureux (surtout quand on ressemble à Chucky, poupée de sang), ce qui me fait dire que c'est la simple peur de la mort qui refait surface sous cette forme.

Car tout est là, n'est-ce pas ? Il faut croire que nous tenons follement à notre vie, pour avoir si peur qu'elle se termine. Parce qu'on peut bien raconter tout ce qu'on veut, on peut bien être courageux, lucide, résigné, ça reste quand même une perspective délicate à envisager.

"Vulnerant omnes, ultima necat" (oui j'ai fait du latin) : ça veut dire "Toutes blessent, la dernière tue", et ça parle des heures. J'aime beaucoup cette définition un tantinet (!) pessimiste, mais je regrette qu'elle ne précise pas que certaines rendent heureux ; la fuite du temps est inéluctable, et c'est à mes yeux une raison suffisante pour ne plus vouloir considérer le temps comme un ennemi.


Spéciale dédicace : à Hélène, à qui ces derniers jours le temps a dû sembler bien long, et qui dans les semaines à venir, le trouvera probablement aussi court que moi.

20/09/2006

Post inhabituel

Oui mais j'ai une excellente raison : vous tenir informé(e)s de la situation du blog d'Hélène.

Depuis quelques jours l'accès y est impossible : manifestement, c'est son hébergeur, Mabulle, qui a planté de A à Z, et qui doit pédaler dans la semoule pour que tout rentre dans l'ordre.

Je sais pas vous, mais moi plus de 3 jours sans un billet d'Hélène, ça s'apparente à de la torture psychologique, genre une assiette de choucroute derrière une vitre blindée. Je crois pouvoir dire qu'Hélène a terriblement hâte de retrouver son blog également, et que quand ça sera le cas elle se déchaînera de plus belle pour nous faire rire et réfléchir, dans ce style qui n'appartient qu'à elle.

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, comme disait Buster Keaton. Ah non, c'était pas lui.

Sinon, une petite digression (quand même, restons fidèle à nos principes) : moi j'ai un peu la flemme là, mais je finirai bien par trouver un sujet sur lequel m'étaler. Ca va venir, je sais pas quand mais un de ces quatre. Je déteste me forcer, donc je préfère rester muette, mais ça ne saurait durer, vous pensez bien !

Edit du samedi 23 septembre : a y est, ça remarche !!!! Toutes chez Hélène, viiiiiite ! Une semaine, on manquait vraiment d'oxygène... 

12/09/2006

Merci

Je croyais pas que ce serait comme ça, d’avoir un blog. A vrai dire, je n’imaginais pas grand-chose ; l’envie d’écrire me taraudait depuis si longtemps que j’ai décidé de m’y mettre grâce à ce support, tout simplement. A ce moment la blogosphère était pour moi un continent inconnu, et je n’avais aucune idée de ce qui pouvait bien s’y passer.

Il me semble que depuis un siècle s’est écoulé... je me suis plongée avec bonheur dans cet univers, et chaque jour il me surprend et me comble un peu plus. Je suis d’une nature pessimiste et méfiante (en fait je suis une vraie sorcière), mais ce que j’ai vécu grâce à mon blog, et à ceux des autres, et à vous tous, me ferait presque changer d’avis sur la nature humaine !

Evidemment le tableau n’est pas systématiquement idyllique ; je ne vous apprends rien en vous disant qu’il y a des cons partout, et ceux que je croise de temps en temps ici et là me laissent quand même pantoise ; cela dit, je reste convaincue que la blogosphère est un moyen formidable pour rassembler les gens, pour leur montrer que d’autres personnes pensent comme eux, pour les faire rire, rêver ou réfléchir, pour les faire sortir de leur coquille, pour leur donner une occasion de s’exprimer. C’est ça, au fond, le plus important, s’exprimer, et en ça les blogs sont un outil formidable, et à mon sens un des derniers espaces de libre expression. C’est pas rien non ?

Selon une étude récente (dont je n’ai pas les références car j’ai la flemme de les chercher), les liens créés sur le net ne se font jamais au détriment de ceux déjà existants ; ils sont complémentaires, et n’empêchent absolument pas de continuer à mener une vie sociale "normale". Les affinités qui naissent sur la blogosphère sont simplement un nouveau moyen de communiquer et d’échanger ; l’expérience que j’en ai me fait dire que ce sont des affinités profondes et sincères, car au lieu de se baser sur une première impression physique (à laquelle personne ne peut se soustraire, tout le monde s’est un jour dit "sa tête me revient pas", c’est humain), elles se fondent au contraire sur des idées communes, des convictions partagées, et tout un tas de petits détails qui font tilt. C’est là une des magies de l’expression écrite...

Peu importe le fond, tous les sujets ont un intérêt pourvu qu’on veuille bien prendre la peine de s’y pencher. La discussion qui s’engage ensuite est surprenante de richesse, de diversité et de surprise. Les désaccords existent bien sûr, mais ils sont la pupart du temps exprimés de manière constructive et civilisée. Et quand ce n’est pas le cas... chacun sait ce qu’il lui reste à faire ! Moi en tout cas je le sais, car j’estime que la liberté d’expression s’arrête au seuil de l’insulte, de l’aigreur et du sarcasme.

Mais de toute façon ça reste marginal, et ça ne fait que souligner encore plus tous les bons côtés... en fait c’est de ça que je veux vous parler. Je veux juste vous dire merci. Merci de me lire, merci de m’apprécier, merci de me donner votre avis, merci d’abonder dans mon sens, merci de ne pas être d’accord, merci d’apporter de la nuance, merci de partager votre expérience, merci de faire rire, merci de me faire réfléchir grâce à vos commentaires. Au début de ce blog, quand j’avais trois lecteurs et demi par jour, ça me rendait déjà heureuse, mais depuis qu’Hélène a généreusement parlé de moi, je ne saurais exprimer à quel point le retour que j’en ai est gratifiant. Je suis du reste persuadée que bon nombre de mes lecteurs viennent ici au moins autant pour lire vos commentaires, que pour me lire moi, et je trouve ça formidable.

Et tant qu’on est dans l’ambiance remise de prix, merci à vous, auteures et auteurs de blogs que je lis religieusement chaque jour. Je trouve plus de matière dans vos écrits que dans n’importe quel journal ou revue que je ne lis pas. Vous êtes les journalistes de la vraie vie, toujours à l’assaut des idées reçues et des carcans qui nous emprisonnent, toujours prêts à exprimer une juste et saine indignation, toujours prompts à partager vos bons plans, toujours à l’écoute.

Ca parait bien ronflant tout ça, la vie n’est pas si rose, mais j’avais envie de le dire. J’ai le sentiment d’avoir progressé en tant qu’être humain depuis que je raconte ma vie sur cet espace ; tout d’abord ça m’a permis de me recentrer sur moi-même, de trouver pas mal de cohérence dans mon fouillis intérieur, et surtout j’apprends sans cesse à travers vos témoignages et vos réactions. Jamais je ne me suis sentie aussi ouverte aux autres, et j’en éprouve beaucoup de reconnaissance.

 

EDIT : Et vous qui me lisez sans rien dire, ça vaut aussi pour vous, je sais que vous en pensez pas moins !!! Merci... 

06/09/2006

Un plus un égale deux

Oui, je me doute bien que vous le saviez déjà ; évidemment mon propos n’est pas mathématique (quelle horreur ! Pourquoi pas parler d’informatique tant qu’on y est), mais il consiste à me demander dans quelle mesure le couple a une existence réelle.

Inutile de pousser les hauts cris, je sais qu’il existe des gens heureux et épanouis en couple, j’en ai même vu de mes yeux, c’est dire ; ce que je pense, c’est que pour réussir ce tour de force, il faut être doté de qualités inestimables, qu’au final j’ai bien peur de ne pas posséder. Je crois que je ne suis pas faite pour le couple. Je crois que je suis incapable d’accomplir les prouesses nécessaires à sa réussite (si tant est qu’une entité aussi floue puisse -ou doive- en être une), prouesses que d’autres arrivent manifestement à réaliser sans une plainte.

Déjà, depuis quelques temps, je suis révoltée par le fait que se caser semble être un but suprême aux yeux des gens. Au premier abord, les gens normaux (mariés, pacsés, concubinés, enfantisés, maison-créditisés, entre autres) hochent doctement la tête devant vos arguments : oui, tu as raison d’en profiter, tu vis comme tu veux, tu as des amis, tu n’as pas de comptes à rendre, quelle chance ! Pour un peu vous verriez poindre une lueur d’envie dans leurs yeux (alors que vous contenez difficilement votre compassion pour la vie qu’ils ont choisie) ; mais à un moment ou à un autre, ils ne peuvent pas s’en empêcher, c’est plus fort qu’eux ! Ils finissent par vous glisser : et puis tu as tout le temps de te caser (comme une vieille valise dans un coffre bondé ?), tu finiras par trouver quelqu’un de bien !

Ou pas !!! Mourrez-vous d’envie de leur hurler. Non parce qu’en fait c’est pas sûr, il faut se rendre à l’évidence. Une espèce de sagesse populaire veut qu’on finisse toujours par entendre les voix de la raison, du mariage et des enfants, mais soyons lucide, pourquoi tout le monde serait-il fait pour cette vie ? Qui l’a dit ? Qu’il se dénonce !

D’abord il faut en avoir envie, c’est tout bête mais c’est quand même primordial, que je sache. Certaines personnes semblent l’avoir totalement perdu de vue dans leur parcours, éperdues qu’elles sont de trouver chaussure à leur pied. A écouter certaines filles (oui, j’ai nettement l’impression que ça touche plutôt les filles, ce genre de comportement), on a l’impression d’une course au meilleur rapport qualité-prix ; ça me fait systématiquement penser au premier jour des soldes, quand des hordes hystériques se précipitent en rampant sous les rideaux de fer des magasins, avant de s’étriper pour le pull de leurs rêves. Avec les mecs, c’est un peu pareil : c’est à qui aura le plus gentil, le plus riche, le plus beau et le moins emmerdant.

J’exagère un peu, c’est vrai, je ne veux stigmatiser personne, mais cette attitude consumériste vis-à-vis du couple me hérisse. En plus ça me semble suicidaire, à mon avis c’est la meilleure façon de se planter ; ça peut être tellement autre chose... c’est déjà assez dur comme ça, pour en plus considérer le couple comme un must have de plus dans une vie où on a déjà tant d’impératifs. L’amour, c’est quand même autre chose que du decorum social non ? En tout cas, moi, je ne peux pas me résoudre à le voir comme ça. Je ne cours pas après, car ça n’est pas un but.

Alors bien sûr, parfois, c’est l’amour vrai. Ca existe, si si. Mais quand on l’éprouve, il faut le vivre. Ailleurs que dans ses rêves... pour moi, c’est là que ça se corse. Mon expérience me fait dire que ma conception de l’amour ne s’accorde pas avec la réalité de la vie. La moindre concession m’apparaît déjà comme une tâche, j’ai très vite le sentiment d’être dans le calcul, et je déteste le calcul. J’abhorre l’idée de manipuler les gens. Quand on vit une relation qui dure, arrive fatalement un moment où on a envie d’infléchir la manière de penser ou d’agir de l’autre, et sans même s’en apercevoir on a tendance à le manipuler. Souvent ça génère de la souffrance, chez soi et chez l’autre, et la perte de pas mal d’illusions. On s’installe dans une autre vision du couple... c’est inévitable, et totalement humain. Moi non plus je n’y échappe pas, et c’est pour ça que je m’en protège. Je ne suis pas sûre de vouloir me soumettre à cette évolution pourtant naturelle. J’admire les gens qui y arrivent, et qui gardent leurs sentiments intacts...

Je dois être trop entière, je ne vois que ça. Au fond je dois rêver de fusion totale, de compréhension muette et instinctive, de mourir la main dans la main, tout ça. Dieu du ciel, je suis fleur bleue, c’est affreux ! Enfin, certains jours, mais la plupart du temps, je pense surtout que dans un couple, on est toujours deux, et que parfois, c’est insupportable, ce rapport si humain, si intime et si permanent. Je pense que le rapport avec soi est infiniment plus simple, plus gratifiant et moins douloureux. Je pense que je suis autiste ?

Du coup, j’en suis venue à me dire tout bêtement que ce n’était pas mon truc, le couple. C’est incroyable comme ça ressemble à une énormité, dit comme ça, mais après tout pourquoi serait-on plus doué pour ça, que pour le crochet ou la lutte gréco-romaine ? Est-ce que la vie est irrémédiablement vaine parce qu’on est célibataire dans l’âme ? Pourquoi ne serait-ce nécessairement qu’un état transitoire vers le sésame de la vie de couple ?

Que de belles et vaines paroles, n’est-ce pas ? La seule certitude, et si rassurante, c’est qu’on ne choisit pas son destin amoureux, et que quand ça vous tombe dessus, il y a certains principes qu’on s’empresse d’oublier... en ce qui me concerne, je crois pouvoir dire sereinement que c’est pas demain la veille, mais je ne me sens pas totalement à l’abri. D’ailleurs je me demande si c’est réellement souhaitable... je veux bien avoir un coeur de pierre, mais il y a quand même des limites.



31/08/2006

Une brève histoire de cheveux

Je fais ce que je veux avec mes cheveux, ça vous dit quelque chose non ? Ben moi, ce sont mes cheveux qui font tout ce qu'ils veulent avec moi. Y compris me pousser au suicide, entendons-nous bien.

Comme à peu près tout le monde, j'entretiens des rapports fluctuants avec mon corps ; mais avec mes cheveux en revanche, c'est la guerre totale depuis 32 ans et demi. J'en suis arrivée à une conclusion terrifiante : mes tifs me haïssent. Oui, je sais, c'est incroyable, mais il n'y a pas d'autre explication.

Pourtant, ça n'avait pas trop mal commencé. Quand je suis née, j'étais raisonnablement chauve, ou tout comme, ce qui, si j'ai bien compris, est le cas de la majorité des nouveaux-nés. Cela dit, je connais une exception notable en la personne de ma soeur (oui, encore elle, mais elle est ma référence capillaire, c'est pour ça), qui elle, est venue au monde avec autant de cheveux que j'en ai à présent. Une invraisemblable tignasse tellement noire qu'elle en avait des reflets bleus, ma mère était limite à l'abandonner sur les marches d'une église (faut dire qu'elle est blonde aux yeux bleus, elle a dû penser que ça ne pouvait pas être son enfant). Bref, moi j'étais normale, trois poils sur le caillou.

Pendant ma petite enfance, j'avais des tresses. J'ignore pourquoi d'ailleurs, quelle idée étrange quand on y réfléchit bien ; je rêvais déjà du brushing triomphant de Victoria Principal, donc j'étais frustrée avec mes nattes. Faut dire que dans l'ensemble j'avais une drôle de tête, sur certaines photos je fais même un peu peur. Ma soeur (je vous avais prévenus) en a dégotté une où elle me trouve une ressemblance troublante avec Chucky, poupée de sang ; à mon avis elle est jalouse de mes taches de rousseur et de mon regard pénétrant.

Enfin, période tresses, ça allait encore. Vint un moment où j'ai dû décider qu'une telle coiffure était indigne de ma personne, et là je suis passée à la queue de cheval. Le grand bond en avant, quoi. Hélas, il fallut très vite me rendre à l'évidence : mes cheveux attachés avaient à peu près le volume d'un fagotin de haricots verts (vous savez l'accompagnement ridicule du restaurant, avec un petit morceau de lard autour ? La classe). Le désenchantement fut brutal. J'étais mal barrée pour le championnat de boule afro.

Au collège je me prenais pour une femme, donc je me suis fait couper les cheveux. Ca aurait pu s'arrêter là, hélas j'ai poussé le vice jusqu'à quémander une permanente, espérant des boucles cascadantes, mais me retrouvant en fait avec un casque de mamie, qui me donnait un faux air de Gloria Lasso (mais en moins brune, et en plus jeune). Loin de me laisser décourager par cette peu glorieuse (hi hi) ressemblance, j'ai persisté la majeure partie de mon adolescence, toujours à la recherche du volume mousseux des héroïnes de Dallas, dans la frisette en tous genres, je vous épargne les détails, ce serait trop cruel pour mon ego. Sans compter bien sûr les errements divers en matière de look, je n’insiste pas, on est toutes passées par là, surtout quand on a été ado pendant les années 80.

La longue quête de la sérénité capillaire n'en était qu'à ses balbutiements. J'ai bataillé pendant des années, totalement désemparée, à la recherche d'une façon radicale de donner à mes queues de rat un aspect présentable. A un moment, je me suis arrêtée sur un simple carré, qui avait l'avantage de m'aller pas trop mal. Mais l'impérieuse nécessité du brushing a vaincu ma fragile patience. De plus, la brûlure quotidienne du séchoir semblait déplaire souverainement à mes cheveux, qui s'atrophiaient à vue d'oeil.

Je suis repassée par une période de court, puis mes cheveux ont semblé reprendre un peu de vigueur, et ils ont naturellement évolué vers un mi-long souple et plutôt joli. Le problème c'est qu'à l'époque je m'étais mise en tête d'être rousse (ça devait être à la mode non ? sais plus), mais comme je n'osais pas le orange flashy, j'avais transigé avec une espèce de brun rouge qui me donnait vingt ans de plus, comme si j'avais besoin de ça. Les couleurs, ça aussi c'est toute une histoire ! Si j'avais su j'aurais jamais commencé, je n'ai jamais retrouvé les jolis reflets miel que j'avais étant plus jeune ; une fois que j'ai commencé à me teindre les cheveux, ils n'ont plus jamais eu leur couleur originelle. Je préfère ne pas savoir ce qu'ils mettent dans leurs produits pour qu'un tel phénomène soit possible.

Bref, vous l'avez compris, je suis passée par toutes les turpitudes pour être enfin satisfaite de mes cheveux. Rien à faire, ils se refusaient à toute concession, ils étaient toujours rachitiques, mous et plats. J'étais désespérée. Je détestais les coiffeurs (et les coiffeuses, encore plus même) : soit ils me regardaient avec une commisération intense, genre "va plutôt t'acheter une perruque", soit ils se mettaient en tête de me faire une super-coupe-destructurée-qui-se-coiffe-toute-seule, mais qui nécessite bien sûr de revenir les voir deux fois par semaine, hors de question. Je passe sur celles et ceux qui ont une coupe mi-afro mi-rase, dans un superbe camaïeu de fuchsia, et qui les fait ressembler à un cacatoès qui vient de prendre le jus. En général, ce sont eux qui semblent très désireux de vous faire la même coiffure. Merci bien, jusque là j'ai échappé à Sainte Anne, j'espère continuer.

J'en étais là de mes pérégrinations (un mi-long pas trop pourri, donc), quand soudain, suite à des soucis scabreux qui n'ont qu'un faible intérêt, mes cheveux ont commencé à tomber à la vitesse de la lumière. Une fois les premières frayeurs passées, et les illusions envolées (faut pas se leurrer, la plupart du temps, les cheveux qui sont tombés ne repoussent pas, même avec toutes les poudres de Perlinpimpin dont on vous vante les incroyables mérites), il a fallu prendre une décision drastique. Voilà qui explique ma coupe de GI actuelle.

Ben oui, plus mes cheveux sont courts, moins on voit que j'en ai pas beaucoup. Ca paraît contradictoire, mais c'est comme ça. Rassurez-vous, j'en ai encore un nombre respectable, j'en suis pas non plus réduite à rabattre ceux de l'arrière vers l'avant ; non, c'est juste que j'ai les cheveux très fins et pas très fournis. Ca m'empêche pas de vivre, notez, c'est juste un constat. C'est même devenu une sorte de running gag dans mon cercle d'amis qui, voyant que j'étais la première à me moquer de mes tifs, s'y sont mis gaiement, faisant mine de se cotiser pour m'acheter une perruque, donc, ou de s’inquiéter de savoir si je n’étais pas atteinte d’une longue et cruelle maladie.

Je m'y suis faite, honnêtement les cheveux très courts me vont bien. Et puis je suis tranquille comme Baptiste : pas de brushing, pas de laque, pas de coiffure compliquée (pas de coiffure du tout en fait !), pas de cheveux dans les yeux (j'ai une sainte horreur d'avoir les cheveux dans les yeux), pas de cheveux dans le cou (idem), bref l'impression de pas avoir de cheveux du tout. C'est ça en fait la solution : pas de cheveux. C'est tout comme, et j'ai enfin trouvé la paix capillaire. Il était temps, j'ai failli devenir dingue. Et puis avec le temps, je me rends compte que je développe un penchant naturel pour le dépouillement, avec lequel ma coiffure est en cohérence finalement. J'ai aussi dépassé le souci d'un éventuel manque de féminité des cheveux courts, c'est un débat d'arrière garde non ?

Je ne vais pas vous mentir, j'ai quand même des phases de refus de la réalité : quand je vois dans la rue une fille avec une crinière opulente flottant négligemment au vent, j'ai parfois une envie irraisonnée de lui sauter dessus pour la scalper, pour ensuite de me faire greffer son cuir chevelu sur la tête. Avec un chirurgien esthétique suffisamment véreux, ça pourrait se faire non ? Encore faudrait-il trouver 50 000 balles pour ses émoluments, cela dit. Je passe aussi par des cycles de radicalité, et là je me dis que je vais me faire raser la boule une bonne fois pour toutes. Tant qu'à avoir peu de cheveux, autant ne pas en avoir du tout, je déteste la demi-mesure. Mais bon, je ne franchis jamais le pas : d'abord il faut un crâne parfait pour ça, et à tâtons le mien a plutôt l'air de ressembler à un terrain de cross ; et puis de toute façon je n'assumerais pas, socialement c'est hyper dur d'être une femme chauve. Surtout chauve volontaire. Encore un coup à passer pour une cinglée. Pour ça aussi, plus facile d'être un mec : depuis que c'est furieusement tendance, tous les semi-chauves honteux trouvent enfin leur compte.

Alors je me suis résignée, une fois de plus... J’ai fait le deuil d’une crinière de lionne, tout le monde ne peut pas être Tina Turner ; peu de cheveux j'ai, d'autres atouts je possède (petit scarabée). Je crains un peu l'avenir, quand même, j'aimerais bien garder le peu de cheveux qui me restent, alors je suis gentille avec eux, je ne les brusque pas, tout ça. Je bichonne mon petit court châtain clair des familles. Plus de couleur, plus de permanente, plus de brushing. Je ne vous ferai plus de mal, restez avec moi !!!!

Inutile de vous dire à quel point je suis scandalisée quand je vois des filles qui maltraitent leurs beaux cheveaux frisés, qui veulent les avoir lisses à tout prix, et qui leur font donc souffrir mille morts pour venir à bout de leur volume. Ok, on n'est jamais contente de ce qu'on a, mais ça me fait mal au coeur de voir ça. De temps en temps je suis tentée de leur proposer mon duvet de bébé à la place, feraient moins les malines tiens ! Je vous en supplie, gardez vos beaux cheveux pleins de ressort et de souplesse !

Il faut croire quand même que ma lutte à mort contre mes propres cheveux n'a pas été un épouvantable fiasco, puisqu'au final je me retrouve avec une coupe plutôt jolie, et l'âme en paix quant à l'apparence de ma tignasse. Au moins mon odyssée capillaire m'aura convaincue d'une chose : il est totalement vain de vouloir lutter contre sa nature...


26/08/2006

Un samedi soir comme les autres

Ca doit faire plus d’un an que je ne me suis pas retrouvée chez moi, seule, un samedi soir. C’est une sensation extrêmement étrange.

Ca ne me dérange pas plus que ça, de faire une pause ; je suis tranquille, la ville est calme, ça sent un peu la fin de l’été... c’est un moment particulier, fin août...

Malgré tout je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ce qui se passerait en ce moment si ce samedi était comme les autres...

En début de soirée je mets la dernière touche à mon apparence ; les soirs de sortie, j’ai souvent l’impression que c’est un masque (rassurez-vous j’y vais mollo, je ressemble pas non plus à Mado la niçoise). Ca fait partie du rituel, maquillage et parfumage vaguement outranciers et décolleté de fille de joie, et puis ça m’amuse. C’est aussi une sorte de "dû" pour les gens que je rejoins, ils s’attendent à me voir comme ça. Un jour il faudrait que j’essaie de me pointer avec ma tête de saut du lit, pour voir s’ils me jetteraient des pierres. Non, ils n’iraient pas jusque-là, mais ils seraient un peu scandalisés quand même. Je suis heureuse de me farder pour eux, et puis ce n’est qu’une façade. En général je suis pimpante comme un sapin de Noël ; je parfais le tout avec mon arme fatale, mon sac doré à 800 dollars (enfin si on considère que le dollar a la même valeur que la roupie), je saute dans ma voiture, du moins tant qu’elle ne m’a pas explosé au visage, et me voilà partie pour l’aventure.

La soirée commence généralement par un apéro en terrasse, qui a invariablement lieu dans le même bar, on fait tellement partie du décor qu’on appelle le patron Maman. On s’attable bruyamment, on se bise, on se sourit, et on commence déjà à égréner des perfidies, sur nous, sur les autres clients, sur les gens qui passent. Oui, dire du mal, c’est pas bien, mais qu’est-ce que c’est drôle ! Et puis il y a forcément quelqu’un pour se moquer de nous dans son coin, alors autant prendre de l’avance non ?

Les bouteilles se succèdent et se vident, des bouteilles d’un vin blanc du coin qui est furieusement à la mode depuis quelques temps ; il a l’inconvénient majeur de donner des migraines spectaculaires au réveil, je crois que même la cuite à la sangria est plus douce, c’est pour dire ; d’ailleurs comme je vous aime bien, je vous donne le nom de ce breuvage démoniaque pour que vous puissiez fuir en courant si jamais vous croisez sa route : le Tariquet. N’en buvez pas ! Jamais.

Mais moi j’en bois, entraînée que je suis par ma troupe qui s’en délecte ; j’ai à peine le temps de gémir sur la casquette en plomb qui m’attend le lendemain matin, que déjà l’atmosphère se réchauffe... le niveau sonore augmente, les gestes se délient, les yeux sourient, les éclats de rire explosent. Oubliée la promesse de migraine, la joie d’être là s’impose toute entière ; comme souvent je pense que j’ai de la chance d’être entourée par ces garçons si beaux et si drôles, qui savent m’aimer comme je suis ; je jette un oeil à ma droite, ou ma gauche, et j’aperçois Petite Soeur qui rit avec eux. Je suis délicieusement bien, j’éprouve intensément le sentiment d’être exactement à ma place, bref, un truc qui ressemble à s’y méprendre à du bonheur s’immisce peu à peu en moi.

Entre temps toutes les nouvelles (et les ragots !) de la semaine ont été échangés ; boire, c’est bien beau, mais il faut penser à se sustenter. En général on se dirige vers un restau quelconque, non sans avoir bataillé rageusement jusqu’à ce que tout le monde tombe d’accord sur l’endroit : moi j’aime pas le fromage on va pas dans une pizzéria, moi il faut que je mange de la viande le végétarien c’est hors de question, moi j’ai envie de frites allons à Flunch (naaan je déconne), moi je suis au régime je rentre chez moi puisque c’est comme ça, moi j’ai pas faim je veux continuer à manger du vin, j’en passe et des pas mûres. Généralement je me mords les joues pour ne pas hurler "Pendant ce temps les enfants d’Afrique continuent à mourir de faim", de toute façon je m’en tape d’où on va, j’aime tout, c’est ça mon problème.

On finit par atterrir à table ; la variante régulière c’est qu’on soit accueillis généreusement chez de chers amis à jardin-piscine, et qu’on dîne voluptueusement sous les arbres au bord de l’eau silencieuse et rutilante. Un peu le rêve, quoi. L’alcool continue à abonder, autant le dire tout net, on commence à avoir un sacré coup dans le nez. Les esprits s’enflamment, quand on est ivre on devient sentimental... parfois je leur dis que je les aime, parce que je suis saoûle mais surtout parce que c’est vrai ; souvent on refait le monde, on n’est pas très originaux finalement ; ou alors on peaufine notre projet de maison de retraite collective, on s’imagine vieux, dans des fauteuils roulants, mais toujours au bord d’une piscine, et toujours ensemble. La vie est belle.

Pour moi c’est le moment critique ; plus ça va, moins je tiens le choc ! La fatigue me gagne souvent, et puis j’ai envie d’être seule soudain, envie de silence, de paix... Alors je les laisse à leur joie, sans regret puisque je l’ai partagée. Parfois j’arrive quand même à résister, et je suis le mouvement dans ses pérégrinations nocturnes. Nous arrivons dans une boîte, pathétique comme toutes les boîtes, mais quand on a envie de s’amuser, on s’amuse n’importe où ; encore de l’alcool, ce n’est vraiment pas raisonnable mais c’est bon... on se disperse un peu, on rencontre des gens, encore des bises et des sourires, mais plus flous cette fois... quand j’ai vraiment abusé du gin tonic, je pousse même le vice jusqu’à aller danser sur un remix lamentable de Madonna ou Mylène Farmer (aucun cliché ne nous sera donc épargné !) au milieu de splendides éphèbes torse nu qui se roulent des pelles langoureuses sur une estrade. Au bout de quelques minutes, le chaleur hallucinante finit par me pousser à nouveau vers le bar...

Mais là il faut vraiment partir, trop de gens, trop de bruit, trop sommeil... je m’éclipse, souvent la première ; eux dureront sûrement jusqu’au petit matin. Moi je refuse, me coucher au son des oiseaux qui recommencent à chanter, c’est une des choses les plus affreuses que je connaisse, je ne sais pas pourquoi mais ça me donne envie de mourir...

Enfin j’arrive chez moi, comme on rentrerait au pays après un interminable voyage ; j’ai le coeur rempli d’amour et d’un peu de mélancolie... je me débarrasse des stigmates de la soirée sous une douche fraîche, et je vais enfin me coucher, pour mieux rêver d’autres moments si intenses et si plein d’humanité... parfois je me relève en trombe pour prendre un Doliprane : c’est pas tout ça, mais qui c’est qui va se taper un mal de crâne d’enfer demain matin ?


Spéciale dédicace : à vous qui êtes à mes côtés lors de ces fabuleux moments... et pendant les autres aussi ; je chéris tous ces instants passés ensemble, ceux que j’ai décrits, et ceux qui se passent autrement, ou ailleurs. Merci...

22/08/2006

Sister sister

Attention, ce post est d’un sentimentalisme dégoulinant, Barbara Cartland, à côté, c’est Schopenhauer. Le sujet est le suivant : ma petite merveille, ma petite soeur...

La première chose qui me vienne à l'esprit, c'est la chanson de Michel Le Forestier (si, il s'appelle Michel, écoutez Bénabar, vous verrez bien) : on choisit pas sa famille... ben moi, si j'avais pu choisir, ça aurait été elle quand même.

Penser à ma soeur m'évoque irrésistiblement la première fois où j'ai éprouvé de l'amour, consciemment en tout cas. J'avais six ans, et elle était là, minuscule, mais déjà pleine de ce caractère qui est incontestablement son plus grand charme. Je me sentais soudain importante, responsable... c'est toujours le cas, il faut bien l'avouer. A mon corps défendant... on ne perd pas si facilement ses vieilles habitudes. Toutes ces heures passées à m'occuper d'elle, à la surveiller, à la protéger... mon plus vieux rôle, probablement celui que j'accepte le plus volontiers.

Et puis l'enfance a été rude... six ans, c'est beaucoup, on ne s'est pas toujours comprises. Elle a toujours fait ce qu'elle voulait, comme elle voulait, quand je me mettais des tas de barrières, d'obligations, que sa liberté faisait voler en éclats. Elle était insolente, vive, fuyante, farouchement indépendante. Elle l'est toujours, je ne l'ai pas toujours été.

Un jour la vie nous a accordé une trêve, et laissé nos routes se rejoindre. Je crois pouvoir dire que jamais elles ne se sont plus séparées. Des vents et des marées sont venus, mais nous étions debout sur la digue, ensemble, main dans la main. Et quand la mer est calme nous jouons sur le sable en riant, comme à l'époque bénie où nous avions à peine conscience de nous-mêmes.

Elle était une enfant magnifique, elle est devenue une femme d'une beauté piquante. Son intelligence acérée et sa curiosité spirituelle en font une personne d'une conversation passionnante. Elle aime les livres et le bon vin, la fête et la réflexion. Elle est tout et son contraire. Ses convictions profondes vivent à l’épreuve de la réalité, elle est utopiste au sens le plus noble du terme.

Elle tient par-dessus tout à être elle-même. Elle n'a jamais laissé personne la contraindre. La moindre tentative a été déjouée, au prix parfois de certaines désillusions. Elle l'a accepté de bonne grâce, quand on est si douée on ne peut être que bonne perdante. Elle a cette souplesse, cette faculté d'adaptation aux situations qui me font cruellement défaut... on se ressemble jusque dans nos différences. Sans elle je ne serais jamais arrivée à être ce que je suis.

Elle dirait probablement la même chose de moi... et au fond ça me gêne ; j’ai parfois peur de l’influence que j’ai sur elle, je ne veux pas qu’elle soit comme moi, je ne suis pas un exemple. J’aimerais tant qu’elle se garde de la dureté, du désenchantement... je prie pour qu’elle ait toujours ce grain de folie qui n’appartient qu’à elle, qu’elle continue à chérir ses rêves, qu’elle sache se dérober jusqu’au bout aux gens qui l’attendent farouchement au tournant, dans une de ces fabuleuses réparties pleines de gouaille dont elle a le secret... le mot "humour" a été inventé pour elle. Comme elle ne lui trouve pas de limites, certains s’en offusquent... elle se moque d’eux une dernière fois avant de les laisser à leurs préventions ridicules. Elle est sans pitié, car elle sait qu’épargner les gens, ce n’est pas les aimer.

C’est étrange et doux de parler d’elle ; nous nous connaissons si bien, et si instinctivement... que parfois nous négligeons de dire certaines choses. Rien ne nous y oblige ; c’est donc un pur plaisir que d’écrire ces quelques mots. Ce n’est pas un portrait, car pour la cerner il faudrait l’équivalent de plusieurs tomes d’encyclopédie ; c’est juste un luxe que je m’offre, le luxe de pouvoir esquisser d’un trait léger les contours d’une personne pour qui mon amour est sans bornes.