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13/12/2006

Doryphore

Je ne suis pas sûre que tout le monde connaisse la signification de cette apostrophe... dans le Sud, on l'utilise pour désigner les touristes. Je ne vous fais pas de dessin, le connotation est légèrement péjorative.

Voyager, ça n'a jamais fait partie de mes rêves ; d'abord, c'est fatigant, c'est long, c'est assez pénible en fait ; et ensuite ça nécessite de la préparation, de la persévérance, c'est un projet de longue haleine finalement, et ça, comme vous le savez déjà, ça suffit à me faire fuir. Et puis c'est pas dans ma nature, je suis une casanière, les horizons lointains ne m'ont jamais fait fantasmer.

Ces considérations sont valables pour de longs et lointains voyages bien sûr ; s'il s'agit d'aller passer une semaine sur la Costa Brava, c'est nettement plus simple, quand on y pense. Mais justement, ce genre de séjours me révulse ; l'idée d'aller me poser dans une station balnéaire bondée, moche et bétonnée me donne envie de ne plus jamais prendre de congés. Le tourisme de masse m'insupporte, non pas parce que je suis une élitiste prétentieuse, mais parce qu'il sous-tend toute une conception des relations entre les pays occidentaux et le reste du monde, une conception que je récuse et que je refuse. Mais bon, on va pas reparler de politique, le terrain est miné. De toute façon, je n'ai aucune envie de me retrouver à l'autre bout du monde avec les mêmes personnes que celles que je croise quand je sors de chez moi ; je n'ai aucune envie de courir après les horaires pour ne pas rater la visite d'un enième monument ; je n'ai aucune envie de manger un petit déjeuner continental (jamais compris cette expression) au buffet d'un hôtel international ; je n'ai aucune envie d'être bloquée dans un "club" avec des animateurs insupportables et le moindre bled à 50 bornes ; je n'ai aucune envie de prendre des paysages magnifiques pour ma petite plage privée ; et je n'ai aucune envie que la vie de populations entières dépende de la disponibilité des places sur un vol charter.

Mal barrée au niveau des voyages, donc. Comme tout le monde j'ai eu l'occasion d'aller ici et là en Europe ; adolescente, j'ai vécu à Perpignan (eh oui, moi-même j'ai du mal à y croire), je connais donc pas mal l'Espagne, c'est un pays que j'adore ; évidemment je n'ai pas coupé à l'inévitable voyage linguistique du lycée : j'ai donc été expédiée dans la banlieue de Londres pour quelques jours, dont je me rappelle surtout la nourriture incroyablement infecte (je suis lamentable, j'avoue). Rien d'extraordinaire à signaler. Jusqu'en 2004, en tout cas.

Voilà presque deux ans, pour les fêtes, je suis allée rejoindre, avec des êtres chers, ma soeur et son mec partis en Asie du Sud-Est pour cinq mois, avec pour tout bagage leur sac à dos et leurs rêves. Personnellement, je n'en suis toujours pas revenue qu'on puisse entreprendre un tel périple, rien que d'y penser je suis exténuée. Il s'est d'ailleurs avéré que c'était tout sauf des vacances, et malgré les excellents souvenirs, il leur reste aussi (surtout ?) des moments de galère intense et d'extrême fatigue. Un peu l'opposé du Club Med, en fait. Bref, finalement ravie à l'idée de faire un tel voyage dans des conditions qui sortent de l'ordinaire, j'ai acheté un stock de crème solaire, de répulsif anti-moustiques, et un sac à dos. Bangkok, tiens-toi prête, j'arrive !

Alors d'abord, l'avion. Je n'épilogue pas, vous savez déjà ce que j'en pense. J'en ai pris pour 11 heures à l'aller et 13 heures au retour, avec une escale naturellement, ce qui, si vous comptez bien, double le nombre d'atterrissages et de décollages. Outre la peur, il faut aussi se coltiner l'emmerdement sans fond propre à ce moyen de transport diabolique. Pour faire patienter (ou dormir) les passagers, le personnel de bord vous gave de nourritures toutes aussi délicieuses les unes que les autres, c'est bien connu. Je crois que je n'ai jamais autant mangé en si peu de temps, alors que je n'ai pas ce qu'on pourrait appeler un appétit d'oiseau. Bref, nous voilà en vue de la Thaïlande, on ajuste le temps de se ressaisir pour ne pas rouler en sortant de l'avion, tant nous sommes gavés.

Ce qui choque en premier, c'est la lumière. Orange, voilée, une vraie promesse d'Orient. Ce qui choque en second, c'est la température polaire à l'intérieur de l'aéroport : manifestement le climatisation est considérée comme un don de Bouddha, j'ai eu mal à la gorge pendant dix jours, alors qu'il faisait en moyenne 25 degrés, cherchez l'erreur. Enfin, je ne vais pas commencer à râler, j'ai passé dix jours merveilleux, fanstastiques, inoubliables, malgré tous les menus désagréments que je redoutais, et qui sont survenus, sans que ça ait la moindre importance. Dix jours c'est trop court, j'ai bien conscience de n'avoir vu que la surface de ce pays magique, mais ça m'a suffi pour être enchantée par ces paysages, par ces gens, par cette ambiance.

Le souvenir le plus prégnant est celui de zénitude. Je ne saurais pas l'expliquer, les gens sont détendus, fatalistes, détachés. A aucun moment je n'ai ressenti un prémice d'agressivité. La gentillesse et le sourire des Thaïs sont loin d'être une légende ; on comprendrait pourtant qu'envahis de touristes occidentaux à longueur de temps, ils perdent parfois patience. Eh ben non, pas leur genre, ils hochent la tête et continuent à sourire. En se moquant intérieurement de nous, du moins je l'espère.

Après Bangkok, et l'ambiance à la fois touristique et authentique de Khao San Road, Sukhothaï, plus reculée, plus rurale mais tout aussi magnifique ; enfin la plage, bien sûr, sur une petite ile du golfe de Siam, dans des bungalows à dix mètres de la mer. Les gens toujours, leur sourire, mais aussi les petits déjeuners (pas du tout continentaux !) sur la plage et les soirées au bord de l'eau, à boire une sorte de rhum frelaté qui à lui seul, discrédite totalement la légitimité de l'existence de l'alcool. Les rires, les moments partagés, les instants de ras-le-bol, les coups de soleil, les geckos, les pannes d'eau chaude, le snorkeling, la croisière pour touristes sur la Chao Phraya, le café soluble presque froid, les minibus déglingués, le réveillon du nouvel an et une séance de karaoké memorable avec une famille thaïlandaise déchaînée, la succulente cuisine thaï, les cigarettes à 2 francs le paquet, les sauts dans l'eau tiède depuis le ponton, les temples, les enfants rieurs, les moines, les contrefaçons de tout ce qui peut se vendre (same same but cheap), les banana cakes, la ballade à dos d'éléphant, les picks-up, la joie, le bonheur, la tristesse de devoir repartir. La vie.

Et le tsunami, aussi. La chance a voulu que nous soyons loin des côtes touchées. Au départ on n'a rien compris, le JT en thaï c'est pas facile facile ; et puis on a fini par appeler en France, et les réactions hystériques de nos proches nous ont fait comprendre l'ampleur des dégâts. Et la bêtise des médias aussi, qui ont tant insisté sur les victimes en Thaïlande pour la simple et bonne raison que beaucoup étaient occidentales, et sans prendre la précaution de dire qu'un faible pourcentage des côtes était touché. Evidemment il n'est pas question de minimiser, si tant est que ce soit possible, l'immensité de ce cataclysme, simplement de présenter les choses de façon honnête. A mon sens c'est très révélateur de l'ethnocentrisme et du sensationnalisme de l'information... mais aujourd'hui, quand je repense à tout ça, je m'en veux de mon insouciance à ce moment.

Je crois que toute ma vie j'aurai envie de retourner en Asie. Pourtant, je me sens rarement aussi mal à l'aise que dans mon statut de touriste. Je n'ai pas réussi à me départir de ma méfiance envers mon propre comportement. La peur de choquer, de vexer, de m'imposer, toujours. La répugnance à avoir une attitude condescendante, à agir comme un colon, ou un être supérieur. La surprise devant l'occidentalisation de ce pays à la culture si riche, les sourires des gens devant nos pantalons thaïs, alors qu'ils portent des faux Levi's et des tee-shirts Coca-Cola. Cette sensation de décalage total, d'insondable fossé culturel. L'impossibilité manifeste de trouver un état d'esprit commun avec l'âme asiatique. L'impression aussi, bien sûr, que je suis la seule à me poser ce genre de questions... pour les Thaïs, comme pour tant d'autres, le tourisme est une économie à part entière, accueillie comme une manne par des gens fascinés par l'Occident, par la société de consommation, par le matérialisme. Dans un pays qu'on sent si profondément spirituel, rien d'autre à faire que de le regretter...

Mais je ne suis personne pour juger. Le simple fait d'y passer quelques jours bénis, je l'ai déjà vécu comme une ingérence, alors que j'aurais voulu être transparente. Evidemment c'est impossible ; avant même d'atterrir à Roissy, j'en ai eu une preuve éclatante. En transit à l'aéroport d'Abu Dhabi, j'errais, vaguement somnolente, dans les boutiques de duty-free, quand la vendeuse d'une parfumerie arrive vers moi avec un sourire avenant, et me dit dans un français parfait "Puis-je vous aider Madame ?" (non ce n'est pas le Madame qui me choque, on m'appelle Madame depuis que j'ai 15 ans, je m'y suis habituée). Stupéfaite, j'ai réalisé que j'avais une tronche de Française. D'un seul coup d'oeil (exercé, d'accord, mais quand même), cette fille a calculé que j'étais française. J'en suis toujours pas revenue.

Non, décidément, je n'aime pas être une touriste. Je n'aime pas aller dans un pays étranger en emportant avec moi toutes mes références culturelles, historiques, économiques, et physiques manifestement. La seule chose qui pourrait me réconforter, c'est qu'aller dépenser de l'argent dans un endroit qui en manque, c'est toujours mieux que d'engraisser toutes les World Company qui nous vendent leur soupe ; mais au fond même ça, ça me dérange. Je n'ai pas envie qu'on dépende de moi, même à l'autre bout du monde, dans un endroit où je n'aspire pourtant qu'à revenir.

06/12/2006

Comme d'habitude

Je ne vais pas encore vous bassiner avec mon ancienne adoration pour Michel Sardou, ne soyez pas inquiets (d'autant que cette chanson a été d'abord interprétée par Claude François, remettons les choses à leur place). Non, c'est juste que ces derniers temps, je réfléchis pas mal à mes habitudes.

Du coup, j'ai eu envie d'être un peu sérieuse ; les jugements à l'emporte-pièce, c'est gentil deux minutes, mais il y a des moments où il faut savoir s'incliner devant la science : j'ai donc ouvert mon dictionnaire. Qui donne deux définitions distinctes du mot habitude :

 

-disposition, acquise par la répétition, à agir fréquemment de la même façon : bon ben là c'est plutôt clair, on a tout bien compris ;

 

-capacité, aptitude acquise par la répétition des mêmes actions : ah ah ! vous la voyez la nuance ? Bon d'accord, elle est ténue, mais elle existe.

 

Comme je l'ai déjà évoqué dans ce post, mon amour immodéré pour la routine et son cortège d'habitudes a souvent tendance à m'effrayer. Je m'accroche au quotidien à une foule de détails plus insignifiants les uns que les autres, probablement parce que ça me rassure. C'est une attitude extrêmement énervante, d'abord parce qu'elle me donne parfois l'impression d'avoir un âge canonique, et ensuite parce que je me dis que j'accorde de l'importance à des choses totalement vaines.

Mais dernièrement, j'ai réalisé que certaines de ces habitudes avaient disparu, sans que je l'aie cherché, et sans que je m'en aperçoive vraiment, d'ailleurs. Autant le dire tout net, j'étais estomaquée. Comment peut-on avoir eu l'impression tenace que sa vie tient à la couleur assortie des serviettes de toilette, et réaliser soudain qu'au fond, on s'en contrefout ? J'avais peine à y croire. Je suis quasiment construite autour de ces détails, qui m'aident à vivre finalement, et tout d'un coup ils disparaissent sans aucune conséquence. C'est à la fois gratifiant et angoissant ; gratifiant car je me suis sentie rudement plus maline que la routine, et angoissant car ça renvoie à l'impossible permanence de notre cadre de vie. Rien ne dure, en gros.

L'habitude est fourbe, voilà ce que j'en dis. Et surtout, l'esprit humain est supérieur à la force du quotidien. Vous direz ce que vous voudrez, mais moi ça me rassure. Il faut dire qu'on nous bassine depuis qu'on est gamin : prends l'habitude de faire comme ça... attention à ne pas attraper (un peu comme une maladie honteuse) cette sale habitude... Le monde entier s'accorde à dire que les enfants, dès leur naissance, sont pétris d'habitudes, qu'ils en ont désespérément besoin. En fait l'habitude serait une sorte de caractéristique innée. Mouais... moi j'ai plutôt l'impression que ce sont les parents qui inculquent immédiatement leurs propres habitudes à leurs enfants. Qui ensuitent, ces ingrats, se créent les leurs. Pour les refiler à leurs mioches, bref, on va pas refaire l'histoire du monde.

Alors on s'en fait une montagne, on se dit qu'on ne pourra JAMAIS se passer de certaines choses. Mais en fait, si, on peut (on doit ?). Et on ne s'en porte pas plus mal. D'autant qu'il nous en reste plein d'autres, des habitudes ; une a tendance à chasser l'autre. La solution, c'est peut-être d'en changer souvent. Je pense que quand on vit seul, c'est une résolution difficile à tenir, car personne n'est là pour vous faire remarquer que vous êtes cinglé de poser votre cendrier à exactement trois centimètres de votre paquet de cigarettes. Et si d'aventure quelqu'un se risque à émettre un doute quant à votre santé mentale, il ne le fait qu'une fois, demandez à mes amis.

En tout cas, ces derniers temps, je sens frémir en moi le vent de la révolte contre les habitudes. Dont acte : pour une fois, je n'écrirai pas un billet de dix kilomètres. Je vous laisse, l'heure sacro-sainte de mon dîner approche. C'est pas gagné..

28/11/2006

Cordon gris

Depuis que je fréquente assidument la blogosphère, je suis toujours aussi stupéfaite devant le nombre de blogs culinaires qui jalonnent mes pérégrinations. La seule explication plausible à laquelle je suis arrivée, c'est que les gens adorent cuisiner, et aussi manger bien sûr, sinon ce serait pas drôle.

Je passe donc pas mal de temps devant ces photos appétissantes, retenant à grand peine le filet de bave qui me vient au coin des lèvres (la classe) avec quelque part un pointe de culpabilité (comme toujours au sujet de la nourriture), car si j'adore manger, j'ai horreur de cuisiner. En soi, ça n'a rien de particulièrement sidérant, mais dans mon cas, ça pose quand même quelques questions.

Il se trouve que j'ai grandi derrière un piano (pas l'instrument de musique ; c'est le nom qu'on donne à un fourneau dans une cuisine). Mes parents ont acheté leur premier restaurant lorque j'avais huit ans, et la majeure partie de mon enfance s'est donc déroulée entre un bar et une cuisine. C'était mon père le cuisinier, et bien entendu mes goûts culinaires sont marqués à jamais par sa maestria. Il m'a transmis son amour des bonnes choses, sa connaissance des produits et de leur histoire, et j'ai le sentiment d'avoir hérité de lui un véritable art de vivre à ce sujet. Evidemment, il m'a aussi légué sa propension à prendre trois kilos à la seule vue d'une tranche de jambon, mais c'est un autre problème. Pour ça et pour le reste, je ne lui en veux plus depuis qu'il est au paradis des bons vivants (je crois au paradis quand ça m'arrange, vous l'aurez remarqué).

Quant à ma mère, en revanche, sa nullité culinaire confine au sublime. Elle est la seule personne de ma connaissance à avoir réussi à faire cuire de la pâte feuilletée industrielle sans qu'elle ne lève d'un millimètre, entre autres exploits ; le clou de son oeuvre reste malgré tout d'avoir confectionné un klug. Oui oui, le même gâteau que celui de M. Preskovic dans Le Père Noël est une ordure. A la base, ce devait être un apfelstrudel (quelle idée aussi de vouloir faire un truc pareil), mais à la sortie du four ça ressemblait purement et simplement à une bûche de bois mort, tellement dure qu'on a eu du mal à la couper. Heureusement l'intérieur ne dégageait pas la même odeur que le gâteau du film, sans quoi nous aurions dû immédiatement nous mettre, ma soeur et moi, sous la protection des services sociaux. Bref, ma génitrice est à elle seule un danger pour la gastronomie française (mais c'est pas grave Maman, tu as plein d'autres qualités !).

Comme la vie est une chienne, mes aptitudes culinaires me viennent essentiellement de mon côté maternel. Jusqu'à une époque, je me suis bercée de douces illusions quant au fait d'arriver un jour à faire de mes mains un plat comestible. Puis j'ai brusquement compris que cet espoir était totalement vain, et j'ai donc arrêté de gâcher de la nourriture à qui mieux mieux. Dans l'intervalle, j'ai quand même commis quelques mémorables tentatives cuisinières, dont certains de mes proches se rappellent avec délice (parce que ça les fait hurler de rire, entendons-nous bien).

J'ai d'abord fait les fautes classiques des inaptes culinaires : démarrer la cuisson des pâtes à l'eau froide, et obtenir ainsi un magnifique pâté géant de spaghetti trop cuits et impossibles à désolidariser ; vouloir faire monter un soufflé de 2 kg dans un mini-four, pour finir par me régaler d'un appareil (oui je connais des termes techniques quand même) au fromage à moitié cru et tiède ; penser qu'on peut faire cuire directement une tarte lourdement chargée de fruits sans préalablement cuire la pâte à blanc ; bref, que du classique, et si encore aujourd'hui je reste désespérément sous-douée en cuisine, j'ai tout de même dépassé le stade d'ignare totale.

Mon chef d'oeuvre fut grandiose. Je ne sais pas ce qui m'a pris ce jour-là, mais je me suis mis en tête de faire une galette des rois. Pour l'Epiphanie, donc. Ca devait me sembler révolutionnaire, parce qu'il faut savoir que dans le Sud-Ouest, on mange traditionnellement à cette occasion non pas une galette à la frangipane, mais ce qu'on appelle une coque, une sorte de brioche moelleuse et fondante délicieusement parfumée à la fleur d'oranger, et parsemée de tendres fruits confits (ah ben oui, je sais pas cuisiner, mais je sais parler de bouffe, hein !). Quoiqu'il en soit, j'avais décidé de faire une galette, mais une simple frangipane a dû me sembler indigne de mes ambitions gastronomiques, puisque j'ai choisi de confectionner une galette des rois au chocolat.

Il fallait donc faire une frangipane au chocolat (jusque-là rien d'insurmontable), mais surtout une pâte feuilletée au chocolat. Et qui dit pâte feuilletée au chocolat, dit pâte feuilletée. Tout court. Enfin, façon de parler, ça prend quasiment trois jours de tourer une pâte feuilletée, je ne vous apprends rien (si ? bienvenue au club). Mais n'écoutant que mon courage, ma vanité et ma gourmandise, j'ai repoussé vaillamment tous ces prétendus obstacles et me suis lancée à l'assaut de la pâte feuilletée. Au chocolat.

Là, il n'existe plus de métaphores pour décrire le désastre. D'abord ma pâte feuilletée n'était évidemment pas tourée correctement, le chocolat ne s'était pas amalgamé entièrement au beurre, c'était hyper mal barré. J'ai tout de même fini par enfourner cette maudite galette, dans un mini-four bien sûr (je ne crois pas avoir jamais possédé un four de taille normale. Ca doit être freudien). Le problème, c'est que j'ai posé la merveille pâtissière directement sur la grille du four, et au fur et à mesure de la cuisson (ou plutôt de la tentative de cuisson), la galette a lentement fondu, se répandant généreusement et visqueusement sur la résistance du four, jusqu'à n'être plus qu'une informe et immonde masse gélatineuse et puante.

Résultat des courses : des ingrédients gâchés alors que les enfants d'Afrique meurent de faim, un orgueil en charpie, un four qui a cocotté le chocolat brûlé pendant des semaines (vous avez déjà essayé de nettoyer un mini-four ?), et la naissance d'une sorte de légende autour de mon indigence culinaire. Entretenue vigoureusement par ma mère, qui voyait là une confirmation de la prédominance de ses gênes dans mon inaptitude (ça va chercher loin, la nourriture, croyez-moi).

Pendant un temps, j'ai arrêté les frais. J'ai connu des épisodes de zèle culinaire, notamment quand j'étais en couple (et au chômage, ça occupe de faire à manger), et j'ai même réussi à faire deux trois trucs pas totalement dégueu. Depuis que je vis seule en revanche, mes activités se limitent à la cuisson des pâtes (à l'eau bouillante, donc) et au mélange de la sauce en bocal. Inutile de me huer, il existe d'excellentes sauces toutes prêtes, en tout cas mille fois meilleures que celles que je serais capable de mitonner. J'ai un peu abdiqué, j'avoue. Je crois que j'ai renoncé à l'espoir d'égaler un jour mon papa, qui reste à mes yeux le meilleur cuisinier du monde, et qui m'a pourtant appris la façon de faire les choses, de choisir les aliments, de les accorder. C'est ça le pire, je possède toutes les bases théoriques ! Mais faire la cuisine m'emmerde prodigieusement. C'est long, c'est salissant, on se coupe, on se brûle (oui j'ai deux mains gauches), après il faut faire plein de vaisselle, et avec tout ça on n'est même pas sûr que ça soit mangeable. Je laisse ça à ceux qui savent et qui sont légion, si j'en crois la quantité de blogs culinaires. Je vous admire profondément, sachez-le !

Comment fais-je quand je reçois des amis, me direz-vous ? Eh bien c'est simple, je n'en reçois pas. Ou alors ma soeur, qui me fait mourir de rire même quand elle se moque de moi, ce qui ne la glorifie pas d'ailleurs, puisqu'elle, elle cuisine très bien. Ah ! Comme c'est mesquin de mépriser les pauvres inadaptés culinaires ! Je ne te félicite pas. Non, le mieux, c'est encore d'aller au resto, si c'est pas bon on peut allègrement démolir le cuisinier, c'est pas Dieu possible de cuisiner aussi mal, tout de même !

 

22/11/2006

Croix de bois croix de fer

C'est un des premiers préceptes moraux qu'on doit essayer de nous inculquer, non ? D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu dire qu'il ne fallait pas mentir. Personnellement, j'étais une enfant très (trop ?) obéissante, et donc je ne mentais jamais. J'avais trop peur de me faire attraper, et j'avais raison, car comme de juste, la seule fois où j'ai proféré un affreux mensonge, ça s'est vu comme le nez au milieu de la figure. S'en est suivi un terrifiant psychodrame (je l'ai vécu comme tel en tout cas) qui m'en a fait passer l'envie pour plusieurs années.

Là évidemment, je parle de gros vilains mensonges, de travestissements vicieux de la réalité destinés à tromper son petit monde et à en tirer de substantiels avantages. Parce que bon, les petites libertés que nous nous accordons TOUS avec la vérité, pour être poli ou tranquille, ça ne me traumatise pas plus que ça. Dans le fond, je préfère toujours dire la vérité, mais s'il s'agit de blesser quelqu'un juste parce qu'on n'a pas envie de sortir de chez soi, j'estime qu'il vaut mieux éviter. Je prends sur moi, puisque j'ai tendance à considérer qu'un mensonge, gros ou petit, reste moralement répréhensible, mais je me suis quand même rendue à l'évidence : la vie en société exige quelques compromis (eh oui, c'est affreux) avec sa conscience.

En revanche, je refuse catégoriquement le mensonge en ce qui concerne l'humain. Je ne veux pas mentir sur ce que je suis, je ne veux pas transiger avec ma personnalité ; une certaine honnêteté intellectuelle me semble être indispensable. A moi en tout cas, notamment si je veux dormir sur mes deux oreilles. Je ne supporte pas l'idée de donner aux gens une fausse idée de ce que je suis, et du même coup, je suis très intolérante avec les gens qui essaient de se présenter sous un jour trompeur et mensonger.

Il n'y a pas de hasard, remarquez bien : j'ai vécu pendant quatre ans avec ce qu'on pourrait appeler un mythomane (ça a l'air excitant comme ça, mais en fait ça ne ressemble pas du tout à un film américain). C'est une maladie, loin de moi l'idée de jeter la première pierre ; mais je peux vous dire que cette relation a failli me détruire. Quand quelqu'un de proche commence à mentir (tout le temps et à tout propos, de préférence), un phénomène effrayant se produit : la vérité n'existe plus. C'est comme si le mensonge emportait tout sur son passage et diluait à l'infini les bribes de vérité auxquelles se raccrocher. Qu'on croie ou non aux mensonges proférés n'a pas d'importance ; du reste, quand on s'aperçoit qu'une personne ment (très vite en général, quand c'est un réflexe irrépressible), on ne croit plus rien de ce qu'elle dit. Au début, on cherche à lui faire dire la vérité ; évidemment c'est peine perdue, car pour elle la vérité n'existe pas. Et par une sorte d'effet de contagion, la vérité disparaît pour vous aussi. On se retrouve entraîné dans une spirale de faux semblants de laquelle personne ne peut vous sortir. A part vous-même, évidemment. Avec le recul, je me dis que j'ai failli devenir folle. Et puis je me suis réveillée, et ça s'est arrêté.

Je n'étais déjà pas une grande fan du mensonge, mais depuis cet épisode je suis à la limite de l'intégrisme, je l'avoue. La moindre petite entorse à la vérité me fait tiquer, parce que j'ai toujours peur que ça cache une volonté de faire du mal. C'est très rarement le cas bien entendu, mais j'ai tout de même du mal à le supporter. J'ai besoin d'avoir des relations franches avec les autres, je déteste les gens qui enjolivent, qui transforment, qui se voilent la face. La lucidité est pour moi un but, et je crois que je demande la même chose aux gens qui m'entourent. Je crois que je préfère les relations frontales, directes ; c'est parfois douloureux, vu qu'en même temps les rapports de force me terrifient (bah oui, sinon ça serait trop simple), mais il est apparemment possible de trouver un juste milieu.

Le prix à payer est simple : il n'y a que la vérité qui blesse. Je préfère définitivement connaître la vérité et en souffrir, plutôt que de refuser de savoir le fond des choses pour me protéger. J'ai toujours le sentiment d'être prise pour une idiote lorsqu'on me ment pour m'éviter de souffrir, sans compter qu'à mon avis, la vérité finit toujours par se savoir. C'est probablement une conception très personnelle, et elle trouve vite ses limites : les autres ne la partagent que rarement... je comprends d'ailleurs, personne n'aime souffrir, c'est humain. Alors je me dis qu'il vaut mieux taire certaines choses, même si l'idée d'épargner les gens me révulse. Je n'ai de leçons à donner à personne, et chacun a le droit de préférer un silence lénifiant aux affres de la vérité. Du reste, savoir les choses ne les empêchent pas d'exister... c'est juste que je préfère savoir à quoi m'en tenir. Et inutile aussi de me faire le coup de la vérité qui n'existe pas : d'accord, tout est relatif, chacun son avis, il existe des tas d'angles sous lesquels considérer une situation, blablabla, m'enfin quand même, si on croise au restaurant une copine qui avait décliné notre invitation le jour même pour cause de grippe carabinée, on a du mal à relativiser non ?

Finalement, à bien y réfléchir... ça serait intenable, si on mentait pas de temps en temps, hein, c'est une lapalissade. Il y a déjà tellement de raisons de se battre, de se haïr, de se faire la gueule. Je ne peux pas m'empêcher de me demander si ça ne vient pas du fait que nous vivons depuis des lustres sur le mensonge, et que du coup il est impossible de reculer ; si on acceptait au contraire de faire face à la vérité et de fonctionner sur ce postulat, est-ce que ça ne serait pas plus sain ? Pas sûr, en effet, mais je trouve tout de même l'idée terriblement réjouissante.

 

 

 

12/11/2006

La fée Romone

Je le trouve très drôle, ce jeu de mots ; normal, il est pas de moi. Je ne me souviens absolument pas de la personne qui a un jour sorti cette expression. Je me rappelle en revanche que ça faisait partie d'une longue liste de blagues avec le mot " fée ", je vous épargne les exemples, certains étaient trrrrès vulgaires. Bref, qui que tu sois, hommage à ton sens du calembour.

Les phéromones, vous voyez ce que c'est ? Moi je n'en ai qu'une vague idée, mais évidemment c'est pas ça qui m'empêche d'en penser quelque chose. En gros, il s'agit de substances secrétées par notre corps, qui ne sont détectables qu'inconsciemment par les autres. Donc les gens autour de vous captent vos phéromones, mais ils ne s'en rendent pas compte.

C'est bien malheureux, d'ailleurs, puisqu'il apparaît que les phéromones régissent un grand nombre de nos comportements, les comportements inter personnels en tout cas. Manifestement, elles indiquent aux autres la façon dont nous les percevons, et donc les renseignent sur la conduite à tenir envers nous. Les détails techniques m'échappent bien sûr complètement, neuro-transmetteurs bidule chouette, on n'est pas en cours de sciences nat, aucun intérêt.

Ben moi, tout ça, je trouve que c'est du flan. Je ne peux pas prétendre me soustraire totalement à mon animalité, mais faudrait voir à pas nous prendre non plus pour des babouins en rut.

Parce qu'évidemment, les phéromones sont particulièrement actives en matière d'attirance physique, et, disons-le tout net, d'amour. Le seul fait qu'on veuille mettre ce sentiment en équation me hérisse ; je m'en voudrais de contester des théories scientifiques établies (puisque je n'ai pas l'ombre du début des capacités intellectuelles pour le faire), mais franchement, vouloir nous persuader qu'on s'est maqué avec Untel à cause de son odeur subliminale, ça me donne envie de hurler.

Alors d'accord, ça joue. Mais c'est tellement autre chose... je n'ai pas l'impression d'être particulièrement cérébrale, mais tout de même, être réduite à des flux corporels lors de cette alchimie qu'est la rencontre amoureuse, je ne peux pas l'accepter. Et pour cause : je suis la preuve vivante que les phéromones ne sont pas forcément nécessaires pour tomber amoureux. Je n'ai pas envie d'entrer dans les détails, croyez-moi sur parole : pas besoin de renifler inconsciemment ce que dégage quelqu'un pour éprouver de l'amour. Du vrai.

Et quand bien même ce serait le cas : devrait-on pour autant accepter cet état de fait ? Est-ce qu'on ne devrait pas plutôt chercher à y échapper ? Pas possible, me direz-vous. En effet, vous répondrai-je. Ca me détruit encore plus de devoir me rendre à l'évidence... je n'ai aucune envie de m'y résoudre, ça me REVOLTE d'être à ce point soumise à la biologie.

Et encore, ça s'arrêterait là ! Mais non, les théories sur le déterminisme amoureux fleurissent en permanence. Le plus inquiétant, ce n'est pas qu'elle existent, mais bien que personne ne semble s'en offusquer. Personnellement, celles qui me désespèrent le plus, ce sont celles sur la fonction sociale du couple (notez le subtil glissement de l'amour au couple, les sociologues n'ont vraiment pas l'air de faire la différence, ce qui est déjà très révélateur à mon sens). Donc, la formation d'un couple est motivée par l'amour (mais on passe là-dessus très vite, pas intéressant, trop banal), mais aussi (et surtout ?) par les affinités sociales, culturelles et économiques des deux individus concernés. Tellement romantique que Roméo et Juliette, à côté, c'est un manuel de mécanique.

Pour schématiser (oui, j'aime toujours autant ça), on ne se marie qu'à l'intérieur d'une même classe sociale. Ca s'appelle l'endogamie, et c'est Marx qui doit bien rigoler. Ca, c'est ce que des études très sérieuses révèlent ; encore une fois, impossible de contester. Mais possible de hurler, par contre. Je suis atterrée. Et en même temps évidemment, je ne peux que comprendre... quand je pense à tout ça, une citation de Jean Anouilh me revient immanquablement à l'esprit : " Il y a l'amour, et puis il y a la vie, son ennemie ". L'amour, c'est bien beau, mais s'il est trop difficile de le vivre, il ne veut plus rien dire. Les gens ne considèrent que ce qui est réalisé. La nature humaine est ainsi faite.

Donc pour réaliser leur amour, les jeunes tourtereaux se choisissent d'une part grâce à leurs phéromones, ces petites particules fourbes, et d'autre part selon leur appartenance à un même groupe social. Il faut reconnaître que c'est plus simple, et plus rassurant. Et moins risqué. Le prince et la bergère, aux chiottes. Ou alors le prince est vraiment très riche, et la bergère a de très gros seins, comme les couples pipole qui s'étalent à la une des magazines. Mais là, je l'affirme catégoriquement, il n'est plus question d'amour, ni même de couple.

Heureusement, tout ça n'empêche pas les victimes de ces mécanismes sournois d'être heureuses ensemble. Ou en tout cas, d'y trouver leur compte. Je ne peux que m'en réjouir, mais décidément je ne peux pas accepter l'idée d'être un jour à leur place. Moi, ce ne sont pas mes phéromones ou ma place dans la société qui me jouent des tours, mais c'est encore une fois mon orgueil. Finalement, je ne suis pas persuadée que ce soit mieux.

 

Spéciale dédicace : à CherryOnTheCake, qui à me lire doit être horrifiée par ma vision de la biologie. Rassure-toi, j'admets que je suis AUSSI un animal, mais c'est pas de gaieté de coeur...

05/11/2006

J'ai toujours raison

Vous en doutiez ?

Non mais je ne plaisante pas du tout, là. Je suis totalement persuadée d'avoir toujours raison. Enfin, pour moi. Parce que pour les autres évidemment, c'est une autre histoire, et c'est bien sûr là que ça devient intéressant.

Comme je suis quelqu'un de particulièrement péremptoire, j'ai une tendance naturelle à penser que mon opinion est valable pour tout le monde. Je crois d'ailleurs que c'est pour contrecarrer ce fâcheux penchant que j'ai sous-titré mon blog de la sorte, c'est un exemple typique de la méthode Coué. J'essaie férocement de me persuader que ce que je pense n'est pas une vérité fondatrice. Je suis atrocement présomptueuse, à présent je ne peux plus vous le cacher.

Quand cet orgueil démesuré ne concerne que moi-même, ça ne pose pas de véritable problème ; au contraire, c'est plutôt un atout : je fais ce que je veux comme je l'ai décidé, foutez-moi donc la paix, et passez votre chemin si ça ne vous plaît pas. Ca ne m'empêche pas non plus d'aimer discuter de certains de mes avis, mais j'avoue, c'est vraiment pour le fun, car à chaque fois une petite voix me dit qu'à la fin de la discussion chacun se retranchera dans son camp, en se disant qu'il n'en pense pas moins. Enfin, moi en tout cas, je me dis ça, sans pour autant bouder mon plaisir, puisque j'adore refaire le monde.

Mais il y a des situations où cette inflexibilité devient pénible. Lorsque parfois j'écoute un proche m'exposer un problème ou une situation délicate, je me mords les joues jusqu'au sang pour ne pas lui hurler : " Mais c'est ça qu'il faut faire, ça saute aux yeux voyons !!! ". Ca me semble parfois tellement évident, j'ai du mal à comprendre que les autres ne le voient pas aussi. Du coup je ne sais jamais quoi dire, j'ai trop peur d'être catégorique. Sans compter que de toute façon, l'idée d'influencer les gens me révulse, probablement parce que j'ai horreur qu'on essaie de m'influencer. Je refuse d'avoir du " pouvoir " sur les gens, c'est vraiment une perspective qui m'est insupportable. Même si bien sûr c'est inévitable. Puisque j'ai toujours raison.

Là je plaisantais, bien entendu ; cela dit ça donne une assez bonne idée des noeuds que je me fais au cerveau. Bref. La plupart du temps, les gens qui viennent vous confier leurs soucis n'attendent pas particulièrement un conseil ou une réponse, mais plutôt de l'écoute, donc ce que vous dites n'a pas une réelle importance à mon avis, l'essentiel étant de savoir faire preuve d'écoute et d'intérêt.

Quand il s'agit de discussions d'ordre plus général, la situation devient vite intenable. J'ai tellement de mal à supporter les conflits et les rapports de force que j'abandonne souvent la partie. Mais j'en arrive toujours à la même interrogation : pourquoi suis-je si persuadée d'avoir raison, de connaître de bons arguments, d'avoir l'impression de me trouver face à de telles évidences, alors que l'autre en est à des années lumière ? Et pourquoi deux points de vue, parmi d'autres, semblent-ils toujours si irréconciliables ? Je parle pourtant avec quelqu'un qui est culturellement, socialement et temporellement proche de moi (oui je suis très sectaire, je ne parle qu'à des gens qui me ressemblent), mais les idées qui fondent mes opinions lui semblent totalement étrangères. Ou négligeables. Ou utopiques, ce qui a le don de déclencher ma fureur. Utopiste ! est devenu une insulte, je n'arrive pas à m'y faire.

Rien que de très banal, finalement. La vie est pleine de tous ces désaccords, ces disputes, ces malentendus. Il paraît que c'est bénéfique ; c'est sûr que le consensus mou ça fait rêver personne... encore faudrait-il que ce consensus soit fondé sur ce que je pense être vrai pour me convenir, ce qui me renvoit à mon problème précédent : le refus de peser sur l'opinion des gens. Misère, on va pas s'en sortir...

Mais il faut bien faire avec. Je garde farouchement mon avis et mes idées, je ne peux pas faire autrement de toute façon. J'essaie aussi de les faire valoir quand ça me semble possible et raisonnable. Et si ça s'avère inutile et conflictuel, je les garde pour moi, en me disant que ça ne passionne pas les gens de toute façon. Ce à quoi je voudrais parvenir, malgré tout, c'est à me départir de la certitude, dans certains cas, que mon avis est manifestement le seul à être valable. Parce que ça me ramène évitablement à l'idée que chaque personne sur cette terre pense la même chose, depuis que le monde est monde. Et aussi parce que les conséquences de ces modes de pensée antagonistes sont parfois terrifiants. Si c'est pour devenir méchante, fielleuse ou cruelle, je préfère encore avoir tort.

 

29/10/2006

Paris, encore

Je suis à Paris depuis hier. Comme toujours cette ville m’envoûte d’être si proche et si lointaine, si familière et si étrange, tout et son contraire. Paris est un monde…

A chaque séjour des souvenirs affleurent, des souvenirs de la vie que j’y ai vécue fugacement, des souvenirs des gens que j’y ai rencontrés, ceux que je vois et que je verrai, et ceux que je ne verrai plus. Je n’arrive pas à en concevoir de regrets, juste une douleur lancinante qui finit par me tenir compagnie. Je vis avec elle, autour d’elle, je la connais, et elle me rassure. Elle me fait sentir vivante, et curieusement j’en éprouve beaucoup de reconnaissance.

Mais ce n’est pas sur ça que j’ai envie de m’attarder… cette ville a tant à m’offrir. Je prends tout, goulûment, je ne veux pas choisir ; j’ai la chance de venir ici en touriste, je n’ai donc pas à me préoccuper des mauvais côtés. Et puis chaque venue est l’occasion de rencontres rares, que je serre contre mon cœur quand parfois le cafard me ronge.

C'est un sentiment d’exil aussi, c’est être loin de chez soi, loin de ses gens. C’est comprendre que revenir vivre ici serait les laisser. Perspective enchanteresse et insupportable. Une autre vie, dont le choix ne me sera pas offert. C’est ainsi…

A Paris, la nostalgie qui ne me quitte que rarement est toutefois vite distraite par le tourbillon dans lequel j’entre avec bonheur quand j’y arrive. Des rendez-vous, des projets, et l’imprévu de chaque seconde. Comme le calme étourdissant de cette après-midi pluvieuse dans un appartement de fond de cour, qui semble venir apaiser le tumulte et l’agitation d’une soirée si inédite pour moi. Encore une fois, la chaleur et le bonheur éprouvés, quand j’appréhendais la froideur et la distance. A chaque fois je m’en veux de ne pas faire plus confiance aux gens. A chaque fois je me promets de m’améliorer.

Il m’est impossible d’évoquer tous les sentiments contradictoires qui m’habitent lorsque je reviens ici. Tout ce que je sais, c’est que cette contradiction est féconde. J’ai besoin de ces allers et retours pour avancer. Plus que jamais, je sais que je reviendrai à Paris, et plus que jamais je sais que ce sera pour mieux en repartir.

 

 

23/10/2006

Miroir, mon laid miroir

Enfin, ça dépend des jours, bien sûr, on en est toutes là, je pense. Oui, j'écris "toutes", parce que j'ai quand même l'impression que le rapport à sa propre image reste bien plus compliqué pour les femmes que pour les hommes. Mais bon, je peux me tromper (si si), n'hésitez pas à me le dire.

En tout cas pour moi ça reste assez inextricable. Voilà ma théorie (oui, encore une, j'en ai des caisses) : il est IMPOSSIBLE d'avoir un regard un tant soi peu neutre sur sa propre personne (physique, s'entend, parce pour le reste ça me semble plus facile, curieusement). Je vous entends d'ici : ben oui, on sait bien que c'est pas possible, tu nous prends pour des débiles ? Pas du tout.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'on n'a pas idée à quel point ce regard peut varier. D'un jour à l'autre. D'une humeur à l'autre. D'une personne à l'autre, surtout. Je trouve cette versalité fascinante. Et désespérante, évidemment.

L'image qu'on a de soi, tout d'abord ; je suis persuadée qu'elle reste fixée par un vécu, quelles que soient ensuite les modifications réelles qu'elle subit. Par exemple, moi, j'ai toujours été dodue (dans le meilleur des cas), mais depuis deux ans je suis revenue à un poids "normal" (notez les guillemets). Eh ben rien à faire, la plupart du temps, je me vis comme une personne grosse. L'image que je pense donner est une pure construction mentale et psychologique. Je m'en rends compte, mais ça n'y change rien ; ce qui change en revanche, c'est que j'ai appris à vivre avec. Je dépense donc une énergie considérable à me dire que si les gens me regardent étrangement, ce n'est pas parce que je leur bouche la vue. Et surtout, j'arrive à me dire que si certains me qualifient de "ronde" (pour les gentils) ou de "grosse" (pour les autres, il faut hélas reconnaître que ça reste péjoratif), ils ont toujours la possibilité de regarder quelqu'un d'autre.

Tout ça est d'ailleurs très instable... il suffit parfois d'une humeur au beau fixe, d'un vêtement particulièrement seyant ou d'un regard flatteur pour se sentir subitement à son avantage. Encore que... dans le regard de l'autre, l'apparence devient vite une prison, et personnellement je préfère me fier à mon propre jugement. Plaire, pourquoi pas, mais se plaire à soi en priorité, quitte à ne plaire à personne d'autre, ce qui du reste est bien improbable, surtout lorsqu'on a une bonne image de soi. Cette image est changeante, fluctuante, forcément subjective, mais c'est la nôtre, et c'est ce qui la rend précieuse.

Jusque là, tout va bien. Là ou ça se complique, c'est que l'image qu'on a de soi modifie sensiblement l'image qu'en ont les autres, et donc leur comportement. Le rapport à l'autre étant généralement calqué sur le rapport à soi (nous sommes les misérables jouets de notre inconscient, ne l'oublions pas), les gens ont tendance à nous traiter comme nous le faisons avec nous-mêmes, sauf que c'est plus blessant. S'estimer moche, grosse ou mal foutue est une chose, se l'entendre dire, ou pire, insinuer, en est une autre. Ca fait beaucoup plus mal...

Mais là encore, ce n'est pas aussi simple. Il faudrait faire une expérience : réunir des gens (connus et inconnus) et leur poser à tous les mêmes questions sur notre physique. Je pense que la variété et la diversité des réponses seraient stupéfiantes. On a naturellement tendance à penser que l'opinion que nous avons de nous-mêmes a quelque chose d'absolu ; moi je pense que c'est totalement faux. Pour s'en persuader, il suffit de penser aux ressemblances : tata Marcelle jure ses grands dieux que vous êtes le portrait de votre père (son neveu, comme par hasard), alors que papy Raymond est persuadé que vous avez tout pris de votre mère (sa fille, est-il besoin de le préciser).

C'est la même chose pour l'image de soi, en général. Vous êtes persudée que vous avez le nez de Cyrano, mais la plupart des gens ne voient que vos jolis yeux bleus. Vous vous plaignez d'être plate comme une limande, certains admirent votre silhouette longiligne et élancée. Vous comparez votre derrière à la porte d'Aix, on vous considère comme une fille pulpeuse. Et tout ça est d'autant plus vrai des gens qui vous aiment, évidemment. La question n'est pas de vouloir systématiquement entendre des avis lénifiants ou vilement flatteurs, mais plutôt d'être valorisée par leur bienveillance et leur envie que vous vous sentiez bien dans votre peau.

Mais bien sûr, si vous restez sur une image négative de vous-même, c'est celle-là que les gens vont retenir, et vous renvoyer : c'est un sacré cercle vicieux. D'autant que lorsqu'on a une image de soi dégradée, on a tendance à chercher éperdument du réconfort dans le regard des autres. Qui ne vous renverront que votre piètre estime de vous, CQFD.

Et que dire des impitoyables canons esthétiques en vigueur ? Je trouve que c'est incroyablement difficile de se situer en-dehors de ces références. Nous sommes toutes engluées dans notre époque (du moins faut-il l'espérer, vivre comme au XIX° ça doit pas être facile tous les jours), et les caractéristiques exigées pour appartenir au cercle des belles, des jolies, des regardables, des potables, mieux vaut que je m'arrête là, sont hyper dures à atteindre. Surtout si on en a envie d'éviter l'auto-surveillance permanente, la frustration éternelle et la contrainte quotidienne. Sans compter tout l'aspect mercantile qui se cache derrière ces diktats, et qui a tendance à nous faire perdre de vue l'essentiel : ressembler à je ne sais quel top model, c'est bien beau, mais se faire plaisir, vivre comme on veut, profiter de la vie, être soi-même, quitte à être différente, ça aussi ça rend jolie non ?

Etre indulgente avec soi-même, ça rend jolie. S'accepter, ça rend jolie. S'aimer, ça rend jolie. La voilà, la vérité vraie. Et surtout, ça aide à supporter le regard des autres, ou plutôt l'idée que vous vous en faites, car il ne sera jamais aussi impitoyable que celui que vous portez sur vous-même...

 

Spéciale dédicace : à Caroline, qui, à mon humble avis, mérite de porter sur elle-même un regard bienveillant et apaisé.

18/10/2006

Telle est la question

Alors d'habitude, c'est vraiment pas mon truc, les questionnaires : trop réducteurs, trop simplistes, trop puérils. Mais vu qu'on en rencontre deux à la minute sur la blogosphère, c'était fatal, il fallait bien qu'il y en ait un qui me tape dans l'oeil un jour ! De toute façon je crois que je suis dans une phase de profonde évolution, j'ai même créé des catégories, dis donc. J'ai toujours juré mes grands dieux que je ne le ferais pas, à cause de ma psychorigidité évidemment : dans quoi classer ça ? Oh mais ça irait dans deux catégories ! Ah ça fait longtemps que j'ai rien posté dans celle-là ! Et celle-ci, elle est toute vide par rapport aux autres, il va falloir appeler Amnesty International ! Etc etc (non je ne me risque plus à l'écrire en toutes lettres).

Bref, dans la vie, rien n'est gravé dans le marbre, ça tombe bien, j'en ai pas sous la main. Donc, un questionnaire, et advienne que pourra !

1)Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne:

" Du côté bougon, la différence de rapidité de l'éveil est donc tout aussi difficile à endurer que pour celui ou celle qui doit faire face à la mine renfrognée." Le livre c'est Premier matin, de Jean-Claude Kauffmann. Je l'avais acheté pendant ma formation en documentation, pour faire un résumé je crois. Je l'ai survolé, c'est amusant et révélateur ; l'auteur fait de la micro-sociologie, c'est-à-dire qu'il étudie les menus faits et gestes des gens, leurs habitudes. Mais on ne peut pas dire que ce genre de lecture me passionne, la sociologie c'est aussi (entre autres bien sûr !!!) une façon de légitimer certains préjugés. Bref, ce n'est pas du tout caractéristique de ma bibliothèque : par exemple, quelques volumes plus loin, je serais tombée sur ma collec' de Martine (à la plage, à la fête des fleurs, petite maman...), et là, vous auriez vu mon vrai visage.

2)Sans vérifier, quelle heure est-il?

19h.

3)Vérifiez:

19h03. J'ai une horloge dans le ventre, d'ailleurs parfois je m'en passerais bien.

4)Que portez-vous?

Un chemisier bleu clair brodé (ça a pas l'air comme ça mais c'est très joli), un pantalon thaï noir tout pourri (je l'ai mis en arrivant chez moi, je ne sors pas comme ça dans la rue !) et de magnifiques chaussons rose fuchsia, assortis à mon intérieur à dominante violette et rose bonbon. Et j'ai aussi mes lunettes, puisque j'enlève mes lentilles en arrivant chez moi.


5)Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?

Le blog de mariaba, c'est là que j'ai vilement piqué ce questionnaire ! Merci mariaba !

6)Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?

Mon ordinateur est bien silencieux en comparaison du bruit de la circulation, du portail du parking et du chien de ma voisine. Cela dit, je peux m'estimer heureuse, depuis 5 jours aucun élément de mon humble demeure n'a attenté à ma vie.

7)Quand êtes-vous sortie la dernière fois, qu'avez-vous fait ?

Ben je suis allée bosser, tiens ! Ce matin, à 8 heures, je me suis faufilée avec délice dans les embouteillages toulousains, j'ai insulté mon quota habituel d'automobilistes, et je suis arrivée au bureau en pestant contre le vent cataclysmique qui souffle depuis trois jours. J'étais bien contente de rentrer tout à l'heure, donc.

8)Avez-vous rêvé cette nuit ?

Bien sûr, tout le monde rêve toutes les nuits. En général je ne m'en rappelle jamais, sauf quand c'est des mauvais rêves. Et je n'ai pas envie de parler du dernier en date. A une époque, je me suis furieusement intéressée à l'interprétation des rêves. Bon, j'étais lycéenne, donc jeune et innocente, c'est la seule excuse que je me trouve.

9)Quand avez-vous ri la dernière fois ?

Il y a quelques minutes, devant mon écran, à la lecture d'un de mes blogs préférés. Et aussi plein de fois dans la journée, en me moquant de mes collègues de bureau. Oui, je sais, c'est mal.

10)Qu'y a t'il sur les murs de la pièce où vous êtes?

Des photos des gens que j'aime, un peu partout, datant de diverses époques, et si possible sans moi dessus, je suis la personne la moins photogénique du monde, donc je déteste me voir en photo, j'ai toujours l'impression que ça n'est pas moi. Un tableau représentant un ange qui joue de la guitare ; dit comme ça, ça doit paraître légèrement surréaliste, mais en fait pas du tout, il a l'air de trouver ça très naturel de jouer du banjo. Un miroir que j'ai fait avec mes mains : on pourrait croire qu'il date de mes années de maternelle, que nenni, je l'ai fait il y a deux ans, non vous n'avez pas le droit de rire. Et partout autour, une espèce de revêtement quadrillé qui a été blanc, mais qui maintenant l'est un peu moins, à cause des millions de cigarettes que je fume en écrivant toutes ces fariboles.

11)Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?

Des cheveux.

Non, je déconne. Je sais pas, un appartement probablement. Je saurais pas quoi faire de tout cet argent. Ca me fait peur le pognon, j'ai l'impression qu'on ne peut pas avoir des relations saines avec les gens quand on est vraiment très riche. Cela dit, c'est une éventualité qui ne me guette guère ! Mais si jamais, je crois que j'essaierais de réaliser un vieux rêve : acheter le petit manoir situé au-dessus de la vigne de Montmartre (spéciale dédicace à Julie).

12)Quel est le dernier film que vous ayez vu ?

Le diable s'habille en Prada. Avec des rencontres de blog, on a passé un bon moment ! Le propos du film ne m'a pas passionnée, mais évidemment Meryl Streep était incroyable, et le film était très distrayant. Ah ben tiens, si j'étais millionnaire, je m'habillerais chez Chanel, comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ?

13)Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?

Ben déjà, j'ai vu des gens, parmi lesquels un certain nombre de fous furieux, forcément. Ah si ! En rentrant du bureau j'ai vu un mec qui roulait avec une voiture accidentée, il n'avait plus de pneus du côté droit, donc il roulait carrément sur ses jantes, à toute blinde en plus. J'ai halluciné.

14)Que pensez-vous de ce questionnaire ?

Qu'il est drôle, et que même si c'est pas mon truc de répondre à des questionnaires, là j'avais envie, au péril de ma crédibilité bloguesque. Là par contre, vous avez le droit de rire.

15)Dites-nous quelque chose de vous que ne savons pas encore :

Sur moi ? Oh ben des tas de trucs, je tiens à garder une vie privée si ça vous fait rien ! Allez, un super scoop : j'ai un souffle au coeur (spéciale dédicace à ma soeur).

16)Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?

Etant donné qu'il est de plus en plus improbable que je devienne mère un jour, vu que ça ne me démange pas férocement, je suis un peu coincée. D'autant que si enfant il y a avait, y'aurait aussi un homme dans le coup, donc il aurait (éventuellement) son mot à dire. Donc je vais juste donner mon prénom féminin préféré : Orane. Je crois que c'est à cause de l'actrice Orane Demazis (qui jouait notamment dans la trilogie marseillaise de Pagnol), je la trouve sublimement belle.

17)Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ?

Même préambule... Sacha. Mais là, si je vous dis pourquoi, je vais être obligée de vous dire mon prénom (non ce n'est pas Guitry), et j'ai pas envie, je préfère jouer les fausses mystérieuses.

18)Avez-vous déjà pensé à vivre à l'étranger ?

Vaguement oui, mais très vite j'ai pensé au pain frais au petit déj, aux entrecôtes grillées, et au vrai café. Et aussi aux gens que j'aime bien sûr, je ne pense pas qu'à manger, malgré les apparences. Le seul vrai voyage lointain que j'aie fait, c'était en Thaïlande : un pays merveilleux, des gens adorables, de la nourriture (!) délicieuse, 15 jours magiques. Mais bon, c'était pas la France. Je suis indécrottable. Même les choses que je déteste le plus dans ce pays finiraient par me manquer. Et la barrière de la langue ! La difficulté de se comprendre sans malentendus ! A y penser je frissonne d'horreur, Hollywood m'attendra encore un peu.

19)Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?

Je ne crois ni en Dieu ni au paradis. Et du reste, je suis pas sûre que j'aurais envie qu'on me parle alors que je viens d'y passer, et surtout pas un vieux barbu qui la ramène avec sa science. De toute façon, je ne crois pas non plus à la survie de l'âme, donc même si on me parlait, j'entendrais pas, hein ! Ne vous formalisez pas, tout le monde voit midi, Dieu, Bouddha ou Elvis à sa porte ; quant à moi, la spiritualité est une sphère qui m'est totalement étrangère, je dois être désespérément matérialiste.

20)Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?

Si j'ai droit qu'à un truc c'est pas drôle ! Ah ben si finalement : tout. Je changerais à peu près tout. Ou plutôt, je ne garderais que l'essentiel : les relations humaines, ce sont elles qui font le sel de la vie, et tout le reste n'est là que pour le decorum. Enfin, j'aimerais.

21)Aimez-vous danser ?

Non. En fait je crois que ce sont les autres qui n'aiment pas que je danse, je suis une injure vivante au sens du rythme. Je ne danse que quand je suis passablement ivre. Et le lendemain, j'ai un peu honte (d'avoir dansé, pas d'avoir été ivre).

22)Georges Bush ?

Je serais vulgaire, joker. De toute façon j'en pense autant de mal que tout le monde, inutile d'en rajouter.

23)Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?

Je ne regarde pas la télévision, je l'écoute : ma télé est installée sur mon ordi, mais comme je fais TOUJOURS quelque chose sur mon ordi, je ne vois pas les images. Et du coup, j'entends encore plus les conneries proférées (un sacré paquet donc) par les pseudo-journalistes et les animateurs à deux balles. En général, je suis branchée sur Canal +, à l'heure de l'émission de Denisot (j'ai une excuse, j'ai un GROS faible pour Michel Denisot depuis 1984, époque mythique, tout ça). Après, j'éteinds définitivement cette poubelle de notre culture (copyright Hélène), et je vais bouquiner, ça me donne l'impression d'être intelligente. De toute façon je supporte plus d'être assise à regarder un truc sans rien faire, alors que j'ai été une couch potato de la pire espèce, quand j'étais jeune.

24)Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?

Qui voudra bien, je ne veux embêter personne.

15/10/2006

Piège à loup

Vous en avez déjà vu un ? Bon, moi non plus, mais j'imagine. J'imagine d'autant mieux que souvent, j'ai l'impression que mon appartement n'est qu'un immense piège à loup.

Déjà, je vis dans un immeuble hyper bruyant, à mon idée les murs sont en papier à cigarette. C'est souvent le cas dans les immeubles récents, me direz-vous, mais je crois franchement que chez moi, ça bat des records. En fait ce sont les gens qui sont de véritables specimen : j'ai une voisine hystérique (mais au sens médical du terme hein, elle relève clairement de la psychiatrie) qui fait régulièrement des crises hallucinantes avec grognements, cris de bête et pleurs à fendre l'âme ; à chaque fois je suis à deux doigts d'appeler le Samu Psychiatrique, mais comme je ne le fais pas je dois me rendre coupable de non-assistance à personne en danger.

Mon voisin du dessus, quant à lui, n'est pas mieux loti, puisque son passe-temps favori est manifestement la pétanque en appartement, et à 11 heures du soir de préférence ; là aussi, j'ai renoncé à faire appel aux services sociaux, ils sont déjà très occupés. Tout comme les services vétérinaires, qui ne sont probablement pas au courant de l'existence d'un pauvre chien dans un minuscule carré de jardin en bas de chez moi, qui n'en sort jamais et qui hurle à la mort toute la sainte journée (et la nuit aussi bien sûr) parce qu'il veut revoir sa Normandie. Ajoutez à ça le fait que la fenêtre de mon salon donne directement sur l'entrée du parking de Melrose Place, et vous aurez une assez bonne idée de la situation.

Bon, avec tout ça j'arrive quand même à dormir, je suppose que je dois m'estimer heureuse. Je suis très contente de vivre là, mon appart est malgré tout très agréable, et qui plus est je paie trois francs (ou guère plus) de loyer, que demande le peuple, surtout par les temps qui courent ma bonne dame, si ça continue faudra aller faire des passes pour pouvoir louer un cagibi. Ce qui ne n'empêche pas d'être poursuivie par des problèmes récurrents d'intendance, qui me donnent parfois l'impression d'être victime d'une étrange malédiction domestique.

Chez moi le sol est recouvert d'une espèce de faux parquet, le genre de truc aussi bon marché que du lino, mais qui est censé faire plus chic ; je vous rassure, ça me donne pas vraiment le sentiment d'habiter à Versailles, mais bon, apparemment ce revêtement doit être à la mode, ou alors c'est une fin de stock, enfin peu importe. Le problème, c'est qu'il a été hyper mal posé et qu'au fil du temps, les lattes se sont déplacées, au point de laisser apparaître des espaces vacants à certains endroits. Oui, telle que vous me voyez, j'ai des trous dans mon parquet. Je vous laisse imaginer la note de classe et d'élégance que ça confère à mon séjour. Mon propriétaire est bien venu réparer ça l'an dernier, mais le pauvre homme ne doit pas être le bricoleur du siècle, car quelques semaines plus tard, le plancher a recommencé à vivre sa vie... quand j'ai constaté que les trous réapparaissaient, j'ai cru un instant être victime de trolls du plancher, ou de mauvais esprits du parterre, bref j'ai eu un instant de fureur et d'abattement mêlés. Mais je ne me suis pas laissée décourager ! J'ai vaillamment rappelé mon propriétaire. Je l'attends toujours. Et en attendant, je fais gaffe de pas marcher sur les trous, non par superstition mais parce que ça me fait trébucher, manquerait plus que je m'assomme en tombant la tête la première sur un meuble contondant.

A part cette caractéristique exotique, j'ai eu droit comme tout le monde à mon lot d'avaries dues aux objets qui se rebellent : lavabo qui se fêle (oui oui, qui se FELE) subitement, et inondation consécutive du placard juste au-dessous ; radiateur qui tombe en panne début janvier, par moins 2°, alors que je revenais d'un voyage sous les Tropiques (j'en frissonne de froid et d'horreur rien qu'à y penser) ; divers problèmes d'installation ou de maintenance de la ligne téléphonique, me privant pendant tout un week-end de ma connection internet, au risque de perdre le peu de santé mentale qui me reste ; blague d'un petit malin qui a réussi à bloquer l'ouverture du parking, grâce à quoi j'ai cru devenir dingue en voyant que je ne pouvais plus en sortir ; bref, rien d'extraordinaire, que du quotidien pénible, dont il vaut mieux rire évidemment.

Mais depuis trois jours, je suis inquiète. Je crois que la malédiction de l'appartement est en passe de contaminer mes meubles. Vendredi matin, 7 h 30, le réveil sonne. Je commence à esquisser une reptation laborieuse pour empêcher Michel Delpech de beugler son ode aux oies sauvages (oui j'écoute Radio Nostalgie, oui j'assume !!!), et là ! Eh bien oui, c'est le drame. Un craquement sonore et déchirant se fait entendre, et je tombe brutalement d'un cran vers le sol. Encore dans les limbes du sommeil (la tête dans le cul donc), je pense tout de suite au pire : la catastrophe naturelle, le séisme, le Big One (je suis en train de lire les Chroniques de San Francisco). N'écoutant que mon courage, je me redresse pour m'enfuir à la cave, et là je retombe encore plus brutalement vers le sol, dans un bruit de tonnerre. Je finis par atteindre l'interrupteur, et là tout s'éclaire : l'explication était là, sous mes yeux. Mon sommier part en cerise. Un montant métallique s'est tout bonnement dessoudé, m'entraînant dans une chute vertigineuse, et qui sait, potentiellement mortelle. Pour mon amour propre, en tout cas.

J'étais ébaubie. Je reconnais peser un poids légèrement supérieur à la moyenne, pour une femme en tout cas (et puis je me pèse plus, rappelez-vous), mais tout de même ! Si c'était un sommier destiné à ne supporter que le poids d'un enfant, il aurait fallu le préciser à l'achat non ? J'ai fini par me dire qu'il devait dater de Mathusalem, mais évidemment pas moyen de me rappeler du moment où je l'ai acheté. Qu'ai-je donc fait pour mériter ça ? Le mystère ne sera jamais élucidé, je le crains.

Ce qui s'ensuit n'est bien entendu qu'une suite pénible de corvées... totalement rétive à l'idée de ne passer qu'une seule nuit dans mon canapé, ce qui reviendrait peu ou prou à dormir par terre, il a fallu que je mette en place un plan d'action imparable. Donc, j'ai appelé ma mère. Elle est rudement gentille, ma mère. Elle est allée à ma place (ben oui, je travaille, je pouvais pas y aller) acquérir un nouveau sommier, et m'a aidée à le transporter chez moi, à la place du tas de ferraille et de lattes en charpie qui jonchait ma chambre. Une vraie vision de cauchemar, un chantier de démolition, ça ressemblait quasiment à l'appartement d'un mec célibataire, c'est pour dire.

Me voilà donc avec un sommier tout neuf, mais pleine d'appréhension face à mon avenir domestique. Quel sera donc le prochain cataclysme d'intérieur qui me tombera sur le coin du nez ? Quand je rentre chez moi, j'ai toujours un peu peur (j'avais déjà peur avant bien sûr, que Jack l'Eventreur m'attende sous mon lit avec un couteau entre les dents). J'ai l'impression que mon appart me déteste. Du coup, je suis gentille avec lui, on sait jamais. Je n'ai jamais cru que les objets aient une âme, mais là quand même, je me demande bien ce que j'ai pu leur faire.