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16/02/2007

PNC aux portes

Rien qu'à l'écrire, j'en frissonne d'horreur... je m'envole demain pour Paris ; en conséquence, j'ai depuis deux jours l'estomac retourné par l'angoisse, et un rictus de panique déforme les nobles traits de mon visage. A l'heure où je vous parle, j'ai à ma disposition un confortable stock de Tranxène et de whisky douze ans d'âge.

Nan, je déconne, j'abomine les médicaments et je n'aime que le gin (et la vodka. Et le champagne. Et le Côtes de Nuits. Bref, passons). Je vais donc être obligée de surmonter avec la grandeur d'âme qui me caractérise mes peurs les plus enfouies pour arriver à monter dans cet appareil en métal qui pèse mille milliards de tonnes et qui parvient A CHAQUE FOIS à ne pas s'écraser comme une bouse. Ce serait pas la joie d'être saine et sauve, ma mauvaise foi en souffrirait presque !

En fait je suis surtout surexcitée comme une enfant de six ans qui vient de recevoir la confirmation de son inscription au club Barbie (faites-moi penser à écrire un billet sur l'enfance dans les années 80, je suis sûre que ça peut être hilarant), puisque demain je foulerai l'auguste sol de la Capitale. Et que vont s'ensuivre d'enivrants moments avec des gens que j'aime...

Alors le clou de ces quelques jours sera sans conteste LA soirée du mercredi 21. Sur une idée d'Hélène, qui nous a y associées, Caro et moi, ce sera l'occasion de fêter la sortie de nos bouquins mais surtout de passer un quelques heures à papoter et à rire, avec vous si le coeur vous en dit ! On espère que vous viendrez nous voir, n'ayez pas peur, on ne mord pas, on n'a pas l'alcool méchant, on est super sympa comme filles ! Les festivités ont lieu dans un bar du 18°, Ginette de la Côte d'Azur (ce qui me donnera l'occasion de demander aux tenanciers pourquoi diable ils ont appelé leur rade comme ça). Pour être plus précis, nous allons investir les sous-sols de l'établissement ; renseignements pris il n'y a pas de back-room, c'est donc ouvert à tout public.

Ne partez pas, je plaisantais ! Les garçons sont donc conviés également, disais-je, dans un endroit super mimi sur lequel vous pouvez en savoir plus ici. Tout ça se trouve 101 rue de Caulaincourt, métro Lamarck Caulaincourt (oui, cette station diabolique où on risque l'embolie pulmonaire si on s'avise d'emprunter les escaliers ; foncez sur l'ascenseur sans hésitation). Ca commence à 19 h, et ça finit quand le dernier s'en va. Personnellement je reprends l'avion le lendemain à 6h20 (du matin, vous avez bien lu), je me verrai donc dans l'obligation de me coucher avant 3 h du mat, et avant 3 grammes d'alcool dans le sang, y'a vraiment pas de justice.

Bon, vous avez tout bien noté ? Pour celles et ceux qui voudraient plus de détails, je vous invite à lire le post d'Hélène, elle explique beaucoup mieux que moi. Du reste j'ai ma valise à faire, je suis obligée de vous laisser, en espérant ardemment vous voir mercredi !

11/02/2007

Ca sent le printemps

Façon de parler évidemment, pour l'instant c'est encore très clairement l'hiver. Mais tout de même... ça frémit, ça frissonne, ça commence à pointer le bout de son nez.

En fait je me suis fait la réflexion en voyant ce matin une affiche pour un magazine féminin titrant "Spécial minceur" ; c'est mon premier de l'année, je me demande si je devrais pas faire un voeu ? En passant devant le kiosque je me suis prise à rêver qu'à la place de cette sempiternelle et malhonnête accroche, il y ait un jour écrit en gros "Spécial prise de poids". Oyez oyez mesdames et mesdemoiselles, toutes nos recettes infaillibles pour prendre 5 kg en dix jours, et surtout ne pas les reperdre !!! Ca serait drôle non ? Et tellement moins mensonger que les promesses remâchées d'une année sur l'autre... mais non, ça continue inlassablement, il faut bien rentrer dans son maillot hein, c'est quand même pas lui qui va s'adapter à vous, il manquerait plus que les objets se conforment aux attentes des humains et pas le contraire, où irait le monde, je vous le demande. La presse s'obstine donc à vouloir nous faire rentrer dans les précieuses petites cases marketing savamment concoctées par la World Company, je m'arrête là je vais m'énerver.

Et puis je vois aussi depuis quelques jours une magnifique pub pour une marque de cosmétiques, Liérac pour ne pas la citer, montrant la photo d'une jeune fille en maillot de bain en train de sauter joyeusement en l'air, censée vanter les mérites d'une crème amincissante. Ah, la crème amincissante, la plus grosse escroquerie commerciale depuis la vente des indulgences, j'en rigole rien que d'y penser. Bref, le slogan de cette campagne c'est peu ou prou "Affirmez votre féminité", et c'est ça qui m'a interpelée : là, les pubards l'avouent carrément, si tu n'es pas mince, tu n'es pas une femme. Car bien entendu le mannequin sur la photo est d'une minceur extraterrestre (et en partie photoshopesque, mais ça n'excuse rien). Donc, soyez-en convaincue, si vous n'avez pas des cuisses de grenouille, les côtes apparentes et la clavicule saillante, vous n'appartenez pas au sexe féminin. Est-ce à dire que vous êtes un homme ? Ne vous réjouissez pas si vite, que nenni ! Vous n'avez pas non plus de magnifiques abdominaux, la mâchoire carrée et voilée d'une virile barbe de trois jours, vous ne pouvez donc pas vous enorgueillir d'être un mâle. Mais qu'êtes-vous donc alors... personnellement je n'ai pas trouvé la réponse.

(A ce stade je me dois de m'excuser platement auprès de Caro et Hélène, je marche outrageusement sur leurs plates-bandes, oui j'ai honte.)

Malgré le fait que l'hiver va encore durer un bon mois (et quatre mois à Paris, il ne peut pas y avoir que des avantages à vivre dans notre sublimissime capitale), les boutiques de fringues regorgent déjà d'articles estivaux, nous encourageant imprudemment à abandonner nos passe-montagne et nos moufles en thermolactyl. Je comprends cette frénésie, les vendeuses doivent être tellement soulagées par la fin des soldes qu'elles se croient presque à Acapulco. Je comprends surtout que le rythme des saisons est en train d'être bouleversé par des impératifs d'écoulement rapide des stocks ; puisque Noël commence depuis quelques années mi-octobre, l'été pourrait bien commencer à la Saint Valentin, après tout y'a pas de raison. De toute façon, avec Sputnik et El Niño (évidemment je ne sais pas faire la "tilde" avec mon clavier. EDIT : cette lacune est réparée grâce à Stéphanie, merci !), il n'y a même plus de mi-saison, ma bonne dame.

Et puis l'arrivée du printemps annonce aussi les élections. Bonne saison pour les élections, le printemps. Ca doit en tout cas être l'avis des politiques, puisque ça tombe TOUJOURS à ce moment-là (cela dit, et au risque d'ébranler ma stupéfiante mauvaise foi, je dois me rendre à l'évidence : les présidentielles ont lieu au printemps pour cause de démission, puis de mort en exercice, de deux présidents à cette période). Moi j'y vois une raison supplémentaire pour que l'été arrive enfin. A vrai dire, j'envisage d'inaugurer une opération chirurgicale inédite visant à me rendre temporairement aveugle et sourde jusqu'à... disons, mi-mai pour être tranquille, tellement je n'en peux plus d'entendre parler des élections. Petit Jésus, si vous existez, faites que ce soit fini, VITE, ma santé mentale est en jeu.

Sur un plan plus personnel, le printemps va être une période indécise, une transition. Vers quoi, je n'en sais rien, et c'est bien ce qui m'embête. Je cherche à voir, à anticiper, pour un peu je me fabriquerais une ligne de conduite, c'est vous dire si l'incertitude me pèse. Mais bien sûr je ne le ferai pas, puisque je serais incapable de la suivre, autant ne pas s'exposer à des déconvenues. Alors je laisse venir... mais difficilement, je ne suis pas habituée à être impatiente de l'avenir, c'est une sensation très étrange. Mais finalement ça correspond bien à cette période, de renaissance et de renouveau comme chacun sait.

Je vais donc attendre sagement, en regardant les minirobes et les shorts que je ne porterai jamais fleurir dans les vitrines, en m'extasiant devant le prix prohibitif de ce nouveau sérum anti-cellulite aux extraits de nèfles de Patagonie, en écoutant les lamentations de mes collègues de bureau sur les deux kilos qu'elles n'arrivent pas à perdre (en m'empêchant à toute force de leur clamer "Fais comme moi, aies plutôt 15 kg à perdre, tu sauras pourquoi tu chouines"), en essayant désespérément d'échapper aux analyses d'une profondeur doctorale sur Ségolas et Nicolène, en tentant simplement de faire ma vie dans mon coin. Comme d'habitude en fait : le printemps, c'est hyper surfait quand on y pense.

05/02/2007

La forme et le fond

Et inversement, bien entendu.

Je suis mortellement fatiguée de cette confusion que j'ai l'impression de percevoir partout. Il me semble que les gens mélangent tout, ne font absolument pas la part des choses entre ces deux aspects pourtant si différents.

Ce qui m'ulcère le plus, c'est que la forme prend manifestement une importance démesurée par rapport au fond. Là où ça saute aux yeux, c'est évidemment dans le grand cirque à la consommation. Un beau jour, les marketeux de tout poil ont dû se dire qu'il y en avait marre de l'innovation et de l'inventivité, et ils ont commencé à essayer de nous fourguer des vieilleries antédiluviennes (je fais des pléonasmes si je veux) en les parant de l'éclat du neuf grâce à de grossiers subterfuges de présentation. Sont ainsi nés les packagings à l'unité, les "nouvelle formule", "recette inédite", "édition limitée", que sais-je encore. Ils auraient eu tort de se priver, ça marche très bien, et moi qui vous parle je suis la première à tomber dans l'attrape-couillon. Force est de constater que c'en est un, puisqu'une fois le pot aux roses découvert, on se retrouve face à son bon vieux potage en brique/Orangina/culotte en coton/lessive polluante des familles. La conclusion est claire : on s'est aveuglément fié à des apparences aguicheuses pour finalement hériter du même sempiternel contenu. Ca s'appelle du commerce, je n'épiloguerai pas.

Alors quand ça se limite à ce secteur, passe encore, au fond, on commence à avoir l'habitude de se faire arnaquer par la World Company. Mais ce serait trop beau, le mal ronge peu à peu des tas d'autres domaines.

Mais oui, quand on y pense, on assiste partout au triomphe des apparences sur la réalité des choses. Le débat politique est creux, les questions de société se règlent sur des préjugés moyenâgeux, les relations humaines se fondent sur le premier regard. Partout, toujours, du vent, du vide, du néant, de la vacuité. C'est tellement plus facile, de se contenter de ce qu'on voit sans chercher à comprendre. C'est tellement plus efficace, de se fier aux apparences et de ne surtout pas vouloir aller au-delà. Ca fait vendre tellement plus de papier, de faire des gros titres sur un fait divers isolé plutôt que d'en analyser les tenants et les aboutissants. C'est tellement moins fatigant, de cataloguer quelqu'un en cinq sec plutôt que d'apprendre à le connaître et à le comprendre...

Notre vie entière est conditionnée par la forme. En théorie elle ne devrait pas être antinomique avec le fond, mais complémentaire au contraire, mais il reste si peu de place pour la nuance qu'au bout du compte on ne retient comme critère que les apparences. Et derrière, plus grand-chose à voir, plus le temps de creuser, pas assez rentable de s'attarder. On zappe.

Je ne suis pas en train de dire qu'il faut passer sa vie plongé dans l'oeuvre de Spinoza, ou que nous avons le devoir moral de chercher midi à quatorze heures au sujet de la moindre broutille, mais je pense qu'il existe un juste milieu. Que nous restera-t-il si on se désintéresse du contenu ? Que deviendrons-nous si nous nous laissons emprisonner par l'image, par la surface des choses ? Nous serons nous-mêmes des images, des semblants d'êtres humains, des ventres mous, des décervelés et des sans-coeur.

Vouloir aller au fond des choses, c'est se remettre en question, car pour toucher à l'essentiel il faut regarder profondément en soi. C'est sûrement pour ça que c'est difficile, et que nul n'est tenu à le faire systématiquement. Mais cette tendance à ne prendre en compte que la forme m'horripile, et elle m'inquiète. J'ai peur de me retrouver dans un monde factice, où plus rien n'a de sens ni de valeur, où chacun pourra faire valoir son droit sur sa bonne mine, où la charité ne sera que télégénique, où la beauté sera un sésame universel, où la sincérité ne sera qu'un argument de vente, où chacun sera susceptible d'être cloué au pilori au moindre soupçon de faux pas. Même si j'y participe, puisqu'on ne peut échapper à son époque, ce monde me révulse.

J'ai eu longtemps le même genre d'interrogations au sujet de la fin et des moyens, qu'à mon sens pas mal de gens confondent aussi. J'en suis arrivée à la conclusion que pour moi, la fin ne justifie jamais les moyens, que le but est accessoire et que seul le chemin compte. Je ne peux pas affirmer la même chose à propos du fond et de la forme, car comme tout le monde je suis attachée aux apparences, et je sais que malgré tout elles ont une incidence sur le contenu. Mais le sens dans lequel l'équilibre bascule ne me semble vraiment pas de bon augure.

 

PS : j'ai pas fait exprès, ça doit être freudien, mais il se trouve que je digresse à qui mieux mieux sur ce sujet (et sur d'autres, heureusement) dans un interview que m'a gentiment proposé Joëlle ( merci !!!!!) pour son convivial et généreux site Bookmates. D'habitude je ne dis jamais quand on parle de moi (oui, c'est parce qu'on parle jamais de moi, merci de ne pas me le faire remarquer), mais là c'est mon premier interview et je suis fière comme un bar-tabac, c'est pour ça ;-)

29/01/2007

Magasinage

Il vient de m'arriver un truc extraordinaire. J'ai fait les soldes (non c'est pas ça qui est extraordinaire, minute papillon), et j'ai TROUVE DES TRUCS QUI ME VONT.

Plusieurs vêtements qui me vont. C'est tellement inouï que j'ai besoin de l'écrire deux fois pour m'en convaincre. Il faut dire que j'avais mis toutes les chances de mon côté, genre planification intense pour dégoter un pantalon qui ferme, il faut bien ça, et puis ça comble ma maniaquerie maladive.

Bien. J'ai donc posé deux jours de congés pour la grande occasion. En temps normal, je ne supporte déjà pas de faire les magasins, oui j'ai horreur du shopping, normal y'a jamais rien qui me va, chat échaudé blablabla. Alors si c'est en plus pour y aller le samedi, là j'aime autant me balader nue comme un ver le reste de ma vie. Enfin, avec une écharpe quand même, je suis fragile de la gorge.

Il faut savoir que les soldes, c'est l'enfer sur terre, Apocalypse Now à côté c'est la collection Harlequin. Surtout pour les gens qui travaillent ; je peux l'affirmer, j'ai travaillé dans le commerce. Le souvenir que je garde de cette période honnie est une espèce de foire d'empoigne permanente, de bordel insensé, de fatigue métaphysique et de haine de la race humaine. Oui, carrément, les soldes c'est hyper symptomatique des pires travers de notre société de consommation (vous voyez comme ça m'inspire de trouver un pantalon que je peux boutonner ??? Je vais faire les magasins tous les jours finalement). Sans blague, pour les vendeuses c'est vraiment atroce, les gens reposent les fringues n'importe où, des nanas sont limite de se crêper le chignon pour le dernier 38, des furies se précipitent sur elle en hurlant "TOUTES LES TAILLES SONT EN RAYOOOOON ???", les étiquettes changent tous les deux jours au gré des 23 démarques successives, les cintres s'emmêlent entre eux plus que jamais (je ne pense pas que les cintres aient une âme, mais s'ils en avaient une, elle serait bien noire. Le cintre est un objet intrinsèquement maléfique, vous devez le savoir. Mefiez-vous). Les jours de soldes, on finit la journée dans un état proche d'une serpillière qui a servi à nettoyer une boîte de nuit de 2000 mètres carrés, que ce post soit aussi l'occasion de rendre hommage à tous les gens qui subissent ça deux fois par an. Quand je pense qu'un ministre a récemment déclaré vouloir autoriser les soldes à tire-larigot... m'est avis qu'il devrait éviter les centres commerciaux pendant un bout de temps pour ne pas finir lynché par des vendeuses au bord de l'effondrement psychologique.

Tout ça pour dire que je déteste la foule, et que je voulais donc éviter un samedi de soldes pour trouver des pantalons qui ferment. J'ai donc soigneusement préparé mon périple, sur deux jours de semaine, un peu inquiète qu'il y ait du monde malgré tout. Eh ben en fait, il n'y avait pas un chat. Ca commençait vraiment très bien.

Et ça a continué dans la même veine : plein de (grandes) tailles disponibles un peu partout, peu d'attente aux caisses, pas de vendeuses insistant lourdement pour me dire que ce modèle m'allait à raviiiir alors que mon visage bleuissait déjà à vue d'oeil, des réductions intéressantes, et pas que sur les rogatons de l'été 2003, bref, une sorte d'instant de grâce. Parce que les soldes, ne nous leurrons pas, c'est pas toujours la fête aux bonnes affaires, hein ! Le coup de trouver la-fringue-griffée-de-ses-rêves-les-plus-fous à 22 euros avec en plus le choix de la couleur, c'est une invention du marketing, vous l'avez bien compris. Mais bon, parfois, si on ne s'illusionne pas trop, si on a des visées raisonnables, on arrive à mettre la main sur des choses intéressantes, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je crois que le mieux, c'est de faire les soldes seulement si on a besoin de vêtements à ce moment-là, sinon on risque fortement d'acheter n'importe quoi, en utilisant des jsutifications oiseuses par-dessus le marché : "Non mais rends-toi compte, en achetant cette veste en patchwork de peau de rat des Andes moutarde et lie-de-vin à moitié prix, j'ai fait une énoooorme économie !!!!". Bien sûr, oui. Vous allez surtout faire une économie de pressing, puisque la petite merveille restera au fond de votre placard.

Mais moi, j'aime pas la peau de rat des Andes, et je me ferais brûler vive plutôt que de porter du moutarde. Alors j'ai plutôt acheté des pantalons noirs et des pulls gris, ou vice-versa, ça tombe bien, c'est peu ou prou ce que je porte neuf jours sur dix, je serai pas dépaysée. Mais je ne suis pas peu fière, j'ai pu sagement investir mon argent dans des vêtements qui me vont. J'ai même trouvé des pompes, comme quoi tout arrive. Je précise que je chausse du 41 (oui ben je suis grande, alors j'ai de grands pieds, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes), et que le 41, il y en une paire par modèle, et après tu peux te brosser, Martine. D'où l'exploit incomparable d'avoir trouvé aussi des chaussures.

Donc gloire, autosatisfaction et classe internationale des classiques revisités (pantalon noir et pull gris, si vous avez suivi). Je tiens tout de même à exprimer un sérieux bémol : j'envisage de créer une association, avec pétition à la clé, militant pour interdire l'entrée des boutiques pour femmes aux hommes. Quelqu'un peut-il m'expliquer POURQUOI autant de filles tiennent absolument à amener leur mec faire les soldes avec elle ? Si c'est pour lui faire plaisir, c'est foiré : à voir leur tête de veau en partance pour l'abattoir, il y a fort à parier qu'ils préfèreraient encore être dans une réunion Weight Watchers. Si c'est pour avoir son avis, laissez tomber, ça se résume très facilement : il n'en a pas. C'est prouvé scientifiquement, les hommes distinguent je ne sais combien de fois moins de nuances de couleurs que les femmes ; quant à la coupe, au style et aux finitions, je pense qu'on peut raisonnablement subodorer qu'il en va à peu près de même. Si c'est pour acheter des vêtements qui lui plaisent à lui, je m'abstiendrai de commenter, ça risquerait de tourner autour des mots "freudien", "dépendance émotionnelle" et "besoin de séduction pathologique", je ne veux pas être désagréable, je suis de bonne humeur.

Donc je récapitule : il n'existe AUCUNE raison valable pour que des hommes traînent dans les magasins pour nanas, à moins de vouloir les perdre dans les dédales des boutiques, tels le Petit Poucet dans la forêt avec l'ogre, tout ça. Sans compter qu'ils encombrent de façon intolérable les rayons, puisqu'évidemment ils n'entendent pas quand on leur dit poliment "Pardon Monsieur !", trop occupés à rêvasser d'un match de foot entre potes, ou à n'importe quoi d'autre que d'être traîné dans les magasins par leur femme, tout mais pas ça !!! Soyez indulgente avec la gent masculine, allez faire les magasins seule, si vous ne le faites pas pour eux, faites-le pour moi, merci.

Mise à part cette note discordante, le bilan est très positif. Au moment où je vous parle, je suis bien entendu irrémédiablement ruinée, c'est une conséquence prévisible. Je crois qu'écrivaine ça va pas me rapporter assez, finalement je vais devoir écouter l'appel de ma vocation première, qui je le rappelle se trouve être call-girl de luxe. Je m'en vais donc de ce pas faire les boutiques pour trouver des porte-jarretelle rouges et des cuissardes en latex, mais cette fois, je suis pas sûre de vous raconter.

25/01/2007

Moi, pomme, 33 ans, sous-douée en informatique

Je ne reviendrai pas sur ma haine absolue des machines, qui la plupart du temps semblent avoir une vie propre, et notamment les ordinateurs, qui à mes yeux sont la manifestation d’une forme sophistiquée de magie noire. Non, je laisse cette tentation de côté, ce serait trop facile de taper sur cet objet sans qui je ne serais plus rien ; la seule éventualité qu’il puisse un jour tomber en panne, me privant de toute relation avec le monde extérieur, me plonge dans un état de panique proche de la syncope.

Il y a quelques jours, n’écoutant que mon courage (et mon orgueil démesuré), je me suis lancée à l’assaut du relooking de mon blog. J’ai à cette occasion fait la connaissance d’un charmant document nommé feuille de styles, contre qui je me suis vaillamment battue pendant plusieurs heures. Le combat s’est soldé par un ex-aequo.

Comme vous le constatez, j’ai réussi à opérer certains changements (dont j’espère qu’ils ne vous dérouteront pas autant que moi), mais je suis encore loin du résultat escompté. Le plus important pour moi, c’était d’améliorer la lisibilité, d’où la taille de police plus importante et l’étalement du texte. Bien évidemment, j’aurais préféré conserver la colonne de gauche, mais ça s’est avéré impossible (pour moi hein, en fait ça doit être parfaitement faisable). Passe encore ! Ce qui me turlupine à présent, c’est la couleur de fond, et surtout la BANNIERE.

Voilà, c’est dit, j’aimerais une bannière. Mais je sais pas comment ça marche. Du tout. Ceci est donc un appel officiel à toutes les bonnes volontés : si vous savez faire une bannière, si vous avez des idées, et surtout si ça vous chante, n’hésitez pas, manifestez-vous ! Je n’ai pas la moindre idée du graphisme ou je ne sais quoi, j’y connais rien, je veux simplement de l’aiiiiiiiiiide. Quitte à m’asseoir sur ma fierté, une fois de temps en temps, ça peut pas faire de mal.

Bien sûr vous avez aussi le droit de me dire ce que vous en pensez ! J’aurais pu vous demander votre avis avant, je l’admets, mais une fois que j’ai plongé le nez là-dedans j’ai pas pu m’empêcher de changer plein de trucs. Handicapée de la technologie, mais curieuse insatiable, ça me convient finalement !

EDIT : J'ai décidé de tester une nouvelle police. Comme de juste, il faudrait modifier les notes une à une pour qu'elles soient toutes rédigées avec cette nouvelle police, et comme de juste j'ai la flemme. Vos remarques et appréciations sont les bienvenues : préférez-vous avant ou après ? Merci ! 

EDIT 2 : Ben finalement, j'ai remis l'ancienne police, une idée, comme ça. Et aussi la forte impression que ça n'a qu'une importance très anecdotique ;-)

22/01/2007

Mon nom sur la couverture

Ce billet, ça fait presque six mois que je m'imagine en train de l'écrire. Six mois de joie, de doute, de découragement, de plaisir, de rêves, de travail surtout. Et dans un petit mois, le résultat de tout ça verra le jour : voilà, j'ai écrit un livre. Avec mon nom sur la couverture, donc.

Bon, allez, les précisions techniques d'abord : début août, je reçois le mail d'une éditrice de chez Hachette me disant qu'elle prépare une collection de bouquins légers, drôles et déculpabilisants à l'intention des femmes "urbaines entre 25 et 45 ans, type lectrice de Elle". Je précise que cette éditrice a atterri sur mon blog grâce à l'intervention bienveillante d'Hélène, qui a manifestement décidé de faire mon bonheur. Merci ma caille, encore et toujours ;-)

Bien. Après avoir échappé de peu à l'évanouissement, j'ai eu juste le temps de reprendre mes esprits avant que la machine ne se mette en route. Une sorte de rouleau compresseur, en fait. Pas trop de place pour les états d'âme... parce qu'il y en a eu. D'abord, découvrir qu'écrire est aussi un travail. Il a eu du mal à passer, celui-là, vu que moi, bosser, je cours pas précisément après. Et puis après l'écriture, il y a eu tout le travail d'édition en collaboration avec une jeune femme parfois aussi embêtée que moi. Chacun ses impératifs... au final, on y est arrivées !

Et voilà donc ce que ça donne : En finir avec les boulets et les empoisonneurs, qui a l'immense prétention de donner quelques pistes pour se débarrasser des relations toxiques qui nous pourrissent la vie. Et qui a surtout envie de vous faire rire un bon coup, vu que c'est la seule thérapie de ma connaissance qui ait un tant soi peu d'efficacité. C'est surtout ça qui compte, je ne veux surtout pas que ce livre soit considéré comme un guide de vie ou un coaching psychologique, ou Dieu sait quoi d'autre ! C'est à mille lieues de ça, et tant mieux.

Hélène, de son côté, a donné le jour à Pas besoin de souffrir pour être belle, que je ne vous fais pas l'injure de résumer, tant le titre parle de lui-même ; quant à son contenu, il me semble évident qu'on peut faire aveuglément confiance à l'auteure sur la validité de ses conseils. Notre vénérée dictateuse (et bienfaitrice de la blogosphère, surtout) a également entraîné dans l'aventure Caroline, qui a écrit Libido en berne ? Pimentez votre couple !, un thème qu'elle réussit à aborder frontalement, sans jamais tomber dans le graveleux, ce qui à mon sens est un exploit. Je suis prête à parier que ces deux ouvrages nous réservent quelques moments d'intense rigolade, mais est-il besoin de le préciser ? Vous retrouverez tout ça très bientôt sur un mini-site dédié à la collection (étrangement appelée On n'est pas des courges. Si quelqu'un a une proposition d'explication sémantique, je suis preneuse). Ah ! La date fatidique est le 21 février, pour Hélène et moi, et en avril pour Caro, le tout pour la somme dérisoire de 5,95 euros, on rigole pas avec le marketing chez Hachette ! Un proche m'a récemment signalé que mon oeuvre et celle d'Hélène sont d'ores et déjà en pré-vente chez Amazon, évidemment j'aurais jamais pensé à vérifier moi-même. Bref, tout est en place, je n'ai plus qu'à retenir mon souffle...

Je ne sais pas comment vous parler des mes sentiments à propos de ce livre. Peut-être devrais-je juste me borner à vous décrire ma joie et mon orgueil à l'idée que mon plus vieux rêve se réalise :

 

J'AI ECRIT UN LIVRE !!!!!

 

Ou alors, je pourrais vous faire toute une thèse sur la légitimité morale de cet ouvrage :

Tu vois, cette oeuvre va carrément dans le sens de la libération et de la déculpabilisation des femmes, je veux dire, il y a encore beaucoup de progrès à faire, le chantier est immense, et je suis teeeeeellement heureuse d'y participer !

Je pourrais choisir de dédramatiser :

De toute façon ça n'a pas une importance capitale hein, c'était une expérience, et le résultat est plutôt drôle, pas besoin d'en faire tout un pataquès, c'est juste un bouquin de plus !

Ou encore, je pourrais me la jouer blasée et tout miser sur le marketing :

Ben oui Coco, qu'est-ce que tu crois, aujourd'hui l'édition est une industrie comme une autre, ce sont les produits formatés qui se vendent le mieux, la prétention littéraire c'est bien beau, mais ça se mange pas en salade ! Les lauréats du Goncourt gagnent un chèque de dix euros, autant te dire que celui que je vais recevoir sera largement plus généreux ! (Ma rigueur morale m'oblige à préciser qu'au Noël suivant, le sus-dit lauréat écoule 300 000 exemplaires de son oeuvre.)

Il y aurait aussi le pari sur l'avenir :

Ok, c'est pas Belle du Seigneur, mais c'est une porte ouverte sur le monde impitoyable de l'édition, alors quand j'écrirai mon chef-d'oeuuuuuvre, je pourrai le faire publier plus facilement.

Oui, je pourrais choisir de tenir l'un ou l'autre de ces discours. Pour être franche, depuis six mois, je les ai tous tenus successivement, au gré de la joie, du doute et des difficultés. Aujourd'hui je sais que la vérité est juste au carrefour de toutes ces opinions. Et surtout, je n'ai plus envie de trancher. Par-dessus tout, ça a été une expérience épuisante, je suis follement soulagée que ce soit terminé. Accouchement dans la douleur, sans aucun doute, ça vaut pour les prix Nobel, mais aussi pour tous les autres, dont je suis à présent. Je crois que cette simple constatation me suffit, au-delà des scrupules, des motivations et des résultats, qui sont finalement quantité négligeable. Je l'ai fait parce que j'avais envie de le faire, et j'ai décidé que c'était une excellente raison pour que je me sente légitime. Et fière, et heureuse. Je le suis, et drôlement même !

Comme d'habitude je ne sais pas de quoi sera fait l'avenir. J'espère juste que je continuerai à faire ce que j'ai envie de faire, sans autre considération ni calcul, sans tirer de plans sur la comète, sans me prendre pour ce que je ne suis pas. Je continuerai peut-être à écrire, le même genre de livres, ou pas. J'en aurai peut-être assez, et alors je m'arrêterai. Je crois que tant que j'aurai le sentiment de parler aux gens, j'aurai envie d'écrire. J'espère ardemment que si vous lisez mon livre, il vous parlera.

Et pour fêter ça, en exclusivité mondiale, et pour la première fois dans un de mes posts : une PHOTO de la couverture de mon livre. Vous voyez le nom, là, en haut ? Eh ben c'est le mien. Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

 

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Eh non c'est pas encore fini ! Comme on est pas du genre à laisser passer une occasion de faire la chouille, Hélène, Caro et moi avons décidé de fêter ça pile le jour de la sortie des livres, le 21 février donc, date à laquelle je serai à Paris, pour un de ces trop brefs séjours que j'adore. Celles à qui ça chante sont chaleureusement invitées à se joindre à nous ! Détails pratiques en temps voulu, promis !

 

14/01/2007

J'ai faim !

Eh ben mange ! Ahhhhh... si c'était aussi simple.

En effet, je pourrais, sans problème. Si j'avais faim à 8 h, à 13 h et à 20 h, comme tout le monde allais-je écrire. Quelque chose me souffle que ce n'est pas vrai, mais disons que cette configuration concerne quand même une majorité de gens.

Mais pas moi. Ma faim est immémoriale, sauvage, inextinguible. Et quasi-permanente : en moyenne, j'ai faim toutes les trois heures ; le jour en tout cas, pour l'instant ça ne me réveille pas encore à quatre heures du mat, ne parlez pas de malheur. J'ai toujours été comme ça, d'aussi loin que je me souvienne, et même avant, si j'en crois ma mère (et je la crois).

Attention, je ne confonds pas la faim et l'envie de manger ! Je sais parfaitement faire la différence ; ce que j'éprouve, moi, c'est de la faim : un gouffre dans l'estomac, la tête qui tourne et le manque de sucre, un vrai malaise... c'est parfois si intense que j'ai l'impression que je vais mourir si je ne mange pas dans la minute. L'envie de manger, c'est autre chose. Je me rends compte que ma faim est une telle obsession que je perds l'envie de manger... moi qui pourtant adore ça. Je suis une vraie gourmande, mais j'en arrive à un point où je n'ai plus rien envie d'avaler ; ça peut paraître paradoxal mais c'est ainsi. Pour moi, c'est un constat terrible, parce que la bonne bouffe, c'est un art de vivre. Mais le fait est là : je n'en peux plus de devoir me nourrir. Je n'ai pas envie d'être quelqu'un qui a faim en permanence, je n'ai pas envie d'être quelqu'un qui mange à tout bout de champ. Je crois que ça a un rapport avec la féminité, ou plutôt l'image qu'on s'en fait. C'est pas hyper féminin d'avoir un appétit de lutteur de sumo, ni d'avoir un fameux coup de fourchette... moi qui pourtant déteste ce genre de carcans imposés par une image de la femme totalement déconnectée de la réalité, sur ce coup-là, le bât blesse. Entre aussi en ligne de compte la culpabilité de ressentir à ce point de la faim lorsqu'on fait partie d'une société qui croule littéralement sous la bouffe...

Evidemment, j'ai cherché à comprendre. A vous, je peux bien le dire : j'ai misérablement échoué. Je ne sais pas pourquoi j'ai faim comme ça. Il existe manifestement des pelletées de théories psychologisantes sur le sujet, la plus connue étant celle qui explique qu'on mange pour combler un vide. Hyper logique. Mais quel vide ? Je ne sais pas non plus. Et sincèrement, je n'ai plus envie de chercher à savoir. Je n'ai pas envie de perdre un temps précieux pour analyser les racines psychologiques de ma faim, en admettant qu'elles existent. Je veux bien que certaines causes soient enfouies au plus profond de ma psyché, et je pense avoir conscience de la puissance des réactions somatiques... mais tout de même, éprouver une telle faim "physiologique" uniquement à cause de mécanismes à l'oeuvre dans mon inconscient... je me dis que ça ne peut pas être la seule explication. Au fond, c'est peut-être mon karma, tout simplement. J'ai besoin de manger souvent, point barre.

Non seulement je n'ai plus envie de me prendre la tête pendant des heures, à hurler "Mais pourquoi ?" devant mon frigo ouvert (en fait je fais pas des trucs comme ça, c'est juste une image), mais en plus je n'en ai plus la force. Je veux juste vivre plus simplement ma relation à la nourriture, faire la paix avec l'alimentation. Cesser d'y penser sans arrêt, ne plus considérer ça comme une croix à porter, et faire avec. Ca m'a réussi pour tout le reste, alors pourquoi pas cette fois ?

Parce que jusqu'à présent, j'ai lutté. Contre moi-même, un combat presque sans répit, avec des hauts et des bas, quelques victoires et beaucoup de défaites. Au final, je m'estime pas trop mal lotie ; vu tout ce que je suis infligé en matière de régimes, de perte et de reprise de poids, de frustration et de culpabilité, je pourrais aller plus mal. Mais aujourd'hui, ma relation avec la nourriture est devenue si conflictuelle que je n'ai qu'une envie : baisser les bras. Ca doit sembler terrible comme ça, mais je crois que c'est un grand progrès, en fait, un vrai soulagement, de penser enfin que ce combat absurde et vain va cesser.

Le déclic est récent : comme un grand nombre de mes consoeurs de famine, je viens de lire Maigrir sans régime, du Dr Zermati. J'étais curieuse de ce livre ; je n'ai pas été déçue. Je n'ai aucune propension à adhérer à un quelconque système de pensée, mais j'avoue que je suis enthousiasmée par son propos sérieux, réfléchi et déculpabilisant. Engluée jusqu'ici dans les pseudo-croyances d'une certaine orthodoxie diététique, véhiculée partout et par tous, j'ai remis beaucoup de choses à leur place, en premier lieu qu'il ne faut pas avoir peur de la faim, ni de la nourriture. Qu'il faut se nourrir selon son appétit, ni plus ni moins. Qu'il faut se défaire de ses inhibitions et de ses frustations pour se débarrasser enfin de ses tendances à la compulsion. Qu'il faut simplement considérer l'alimentation pour ce qu'elle est : un geste primaire, animal, dicté par notre corps si on prend la peine de l'écouter. Un réflexe qui doit cesser d'être à ce point mentalisé, disséqué, calculé. Un besoin qui est heureusement un des plus grands plaisirs que nous puissions éprouver.

Mon enthousiasme et mon espoir n'ont pas empêché longtemps mon scepticisme de réapparaître... tant pis, je veux essayer. Je n'ai pas d'autre solution, de toute façon. Je ne sais pas ce qui va se passer : peut-être vais-je prendre 20 kg. Ou peut-être que j'en perdrai 10 (je n'y crois pas une seconde, notez, c'était juste pour donner un exemple contradictoire). Mais ce que j'ai à gagner est bien plus précieux, je veux m'en convaincre : faire la paix avec la nourriture... pour ça, je peux faire l'effort d'accepter certains désagréments. J'en accepte déjà certains, du reste, comme réaliser que je ne ferai jamais du 38. Alors, une taille de plus ou de moins... ce ne sont jamais que des numéros sur un morceau de tissu.

Quant à la faim... je ne suis pas totalement prête à vivre avec. En la traitant moins rudement, j'espère tout de même réussir à l'apaiser. Je veux tenir compte du fait qu'elle existe, mais sans l'entretenir. Vouloir combler ce vide ne me mènerait qu'à le creuser toujours plus. De ça, je suis certaine à présent ; c'est une erreur que je ne veux plus commettre.

 

08/01/2007

What have you in your basket ?

Rassurez-vous, contrairement aux charmants personnages des Deschiens, je ne transporte pas du fromage (de chez Morel, ou d'ailleurs) dans mon sac à main. Cela dit, vu la consommation éhontée que je fais de cet aliment divin, je serais peut-être bien inspirée d'en avoir toujours sur moi. Il n'y a guère que les possibles émanations odorifères qui me freinent dans ce projet.

Bref. En lisant le blog de Lilo, j'ai été saisie de l'envie irrésistible de vous dévoiler le contenu de mon réticule (mais nan c'est pas un gros mot). Lilo est une jeune personne d'une beauté arrogante, d'une intelligence rare et d'un humour ravageur, et en lisant son post sur les sacs à main, ivre de jalousie, j'ai décidé d'en faire autant. Bien évidemment je rigole Lilo (pour la seconde partie de la phrase en tout cas !), c'est juste que je ne peux dignement pas décliner ton invitation à le faire !

Donc, dans mon sac à main (ou mes plutôt, j'en ai plusieurs, je suis sacàmainopathe), il y a :

Mon agenda, dont je ne me sers jamais, j'ai pas de rendez-vous. Et quand j'en ai, je m'en souviens toujours, je les note même plus. D'ailleurs, je vous le demande, quel est l'intérêt de consigner soigneusement un rendez-vous chez le médecin (au secours) ou chez le coiffeur (guère plus réjouissant) ? En fait, j'ai acheté cet agenda parce qu'il était joli : rouge, avec des petites fleurs incrustées dedans. Mais bien sûr, comme les produits manufacturés sont de nos jours de bien piètre qualité, ma pauv' dame, il est à présent vaguement orangé (c'est magnifique) et la plupart des petites fleurs se sont carapatées, laissant des écorchures béantes sur la couverture. La-men-ta-ble. Je m'en sers tout de même pour conserver mes papiers, genre ma carte d'identité périmée (mais c'est pas grave, si je me fais arrêter j'aurai qu'à faire du gringue au policier. Enfin, si j'ai ma ceinture bien sûr), ma carte grise (saloperie de bagnole), mon attestation d'assurance (de la valeur d'un lingot vu ce que ça coûte), diverses cartes de fidélité (rien que l'expression me fait rire) refilées par des enseignes de parfumerie ou d'habillement dans un moment de faiblesse (un jour où j'avais trouvé un vêtement qui m'allait, donc) et aussi toute la paperasse inhérente à la Sécurité Sociale et à ma mutuelle. Du coup, je n'écris quasiment jamais rien dans mon agenda, mais il pèse huit kilos.

Mon porte-monnaie. Ou plus exactement, il y avait. J'ai perdu mon porte-monnaie il y a quinze jours, pile la veille de mon anniversaire, ça doit être freudien. Dedans il y avait trois euros douze approximativement, mais surtout ma carte bleue. Opposition, paperasse, attente de vingt minutes à la banque, tout ça pour hériter d'une nouvelle carte bleue d'une hideuse couleur verte (faut pas chercher à comprendre) c'est toujours agréable. Dedans il y avait aussi plein de cartes de visite (enfin de restaus plutôt), de vieux tickets de métro vestiges de mes séjours à Paris (à Toulouse je ne prends jamais le métro, il y a trois stations, c'est pas du tout pratique), ma carte de bibliothèque, et aussi d'autres trucs dont je ne me souviens pas. Je suis un peu triste d'avoir perdu mon porte-monnaie, il était joli. Rouge, donc. M'en fous, je vais en racheter un encore plus beau.

Des lunettes de soleil, correctrices ou neutres, selon que je porte ou non mes lentilles de contact. La vision est pour moi une torture permanente. Ma myopie est faible, mais je ne supporte pas de ne rien y voir, donc il me faut être toujours corrigée. Et pour corser le tout, je dois descendre directement de la lignée des comtes de Dracula, car dès que le moindre rayon de soleil, même blafard, pointe son nez, je deviens quasi aveugle. Donc lunettes noires. Normales quand j'ai mes lentilles, correctrices si je porte mes lunettes. A mon avis vous ne comprenez rien à ce que je raconte, je crois qu'il est plus prudent que je m'arrête là. Retenez simplement que dans mon sac, il y a des lunettes de soleil, c'est tout ce que vous avez besoin de savoir.

Des Kleenex. Je suis enrhumée 10 mois par an, j'ai donc la goutte au nez en permanence. C'est hyper classe, je trouve. Du coup, je ne peux pas sortir de chez moi si je n'ai pas de Kleenex, je préfère éviter de me moucher dans mes doigts.

Des cigarettes. Le plus possible, on sait jamais que je me mette subitement à fumer encore plus. Elles sont dans une sublime boîte à cigarettes en métal rose, ornée de diamants d'un calibre indécent. Je me prends pour Audrey Hepburn (mais avec la goutte au nez bien sûr). Je tiens à cette boîte comme à la prunelle de mes yeux (voire plus, vu les performances de mes mirettes), car elle m'a été offerte par un être cher à mon coeur.

Des bonbons sans sucre pour quand je viens de fumer. J'en consomme donc vingt-deux boîtes par semaine. Ca me coûte quasiment plus cher que les clopes, en fait.

Deux briquets, des allumettes, un allume-cigare. Ah non, ça c'est dans ma voiture. Enfin, du feu en tout cas, je ne supporte pas de demander du feu aux gens. Qui en ont de moins en moins, du reste, vu que tout le monde arrête de fumer. Ou essaie en n'ayant pas de feu sur soi. Je préfère vous avertir tout de suite, c'est une stratégie vouée à l'échec.

Un tube de baume pour les lèvres, en hiver j'en mets toute la journée, j'ai les lèvres comme un champ de mines. Un rapport avec la goutte au nez, peut-être ? Allez savoir.

Mes clés. Si je perds mes clés je peux mourir, c'est ma hantise number one, limite j'en rêve la nuit. Oui oui, je sais, ça doit être freudien. Cela dit, je les perds jamais, d'ailleurs je ne perds jamais rien, sauf mon porte-monnaie la veille de mon anniversaire chez Picard. Ah tiens, j'avais oublié ce détail, je suis persuadée que j'ai perdu mon porte-monnaie dans ce magasin diabolique. Ca m'apprendra, la prochaine fois j'irai chez le vendeur de légumes bio, comme ça je prendrai pas mon porte-monnaie, vu que je sais que je n'y achèterai rien. Tout ça pour dire que dans mon sac il y a aussi mes clés, je ne mets JAMAIS mes clés dans mes poches, ça déforme les vêtements. De toute façon je n'ai presque jamais de poches, c'est assez mystérieux quand j'y pense. C'est fou comme ça fait gamberger les sacs à main, en fin de compte.

J'ai gardé le meilleur pour la fin : j'ai aussi une sublime pochette Petite Mendigote, offerte par une vraie amie. Elle est vert émeraude avec un pompon rose poudre, et dessus il y a écrit "Je suis un trésor", ce qui est la stricte vérité. Dedans il y a diverses petites choses, qui se perdraient lamentablement au fond du sac si elles n'étaient pas précieusement rangées dans cette pochette. N'insistez pas, je n'en dirai pas plus.

Sinon, il y a aussi des choses passagères : divers papiers ou courriers à poster, trucs rébarbatifs, sans aucun intérêt. Les clés ou le portefeuille de quelqu'un d'autre, mais le moins souvent possible, je suis pas la consigne de la Gare du Nord. Une bouteille d'eau, assez régulièrement, qaund je sais que je n'aurai pas d'eau sous la main durant plus d'un quart d'heure. Je bois comme un rescapé d'accident d'avion dans le désert, j'ai perpétuellement soif, que voulez-vous, ainsi va la vie. Récemment il y a eu une lime à ongles et du vernis, j'ai commencé ma manucure dans la voiture en partant à Barcelone. Dieu du ciel j'ai failli oublier mon portable, c'est vous dire comme je m'en sers, quand il sonne j'ai envie de le jeter contre un mur. J'ai aussi un stylo, TOUJOURS, j'ai besoin d'avoir un stylo dans mon sac. Et un petit carnet, où bien entendu je n'écris jamais rien. Enfin, tout au fond du sac, un tapis moelleux de miettes de tabac, savent même pas tasser les clopes chez Flarboro.

Et j'ajoute qu'il n'y a aucun objet technologique du genre Ipod ou chais pas quoi, j'y comprends rien. De toute façon je ne marche jamais, et dans ma voiture il y a la radio. Et puis les machins pour écouter ça fait mal aux oreilles, pas question !

Contrairement à la plupart des filles (si j'ai bien compris du moins), je me contrefous qu'on fouille dans mon sac. C'est bizarre, parce que vu le nombre de trucs complètement anodins qui me hérissent, celui-ci devrait me rendre littéralement dingue. Eh ben pas du tout. Vous dites ? Parce qu'il n'y a rien d'intéressant dedans ? Ah c'est possible. Mais bon, je ne vais pas non plus remplir mon sac de sachets de drogue ou de mitraillettes pour faire la maline.

Finalement, je crois que je vais faire plus souvent ce genre de trucs. Décortiquer le quotidien, c'est fascinant. Quoi j'exagère ? Ca alors, ça m'étonnerait !

 

 

03/01/2007

Twilight zone

Alors moi, pour commencer 2007 en fanfare, j'ai décidé de ne pas y aller de main morte : j'ai visité la quatrième dimension. Oui Madame, carrément. Mon horreur des fêtes de fin d'année a dû me pousser vers des expériences extrêmes, je ne vois pas d'autre explication.

Déjà, j'ai accepté de transporter mon auguste personne dans un pays étranger, ce qui, comme vous le savez, est nécessairement pour moi le résultat d'une décision mûrement réfléchie. Il y a quelques semaines, lors d'une soirée entre amis, j'ai vaguement entendu les mots "Barcelone", "Nouvel An" et "invités dans une grande maison" ; après une intense et profonde discussion avec moi-même, et moult tergiversations hautement philosophiques quant à la conformité morale de l'acceptation d'une telle invitation... je me suis roulée par terre en hurlant à la mort : "Oui ! Oui ! Amenez-moi avec vous, je vous en suppliiiiiiiiiie !!!!"

Bien. Nous voilà partis, le coeur plein d'espoir et le coffre plein de bouteilles de champagne, en direction du Sud, retrouver nos adorables et hospitaliers amis, dans une merveilleuse et vaste maison à une trentaine de kilomètres de Barcelone la magnifique. Trente kilomètres me direz-vous, c'est vraiment tout près ! Eh bien ça dépend.

Le soir même nous partons à l'aventure dans la capitale catalane. Pas d'obstacles particuliers, hormis les habituelles hésitations sur le choix d'un endroit où boire un verre ; en revanche le restaurant était prudemment réservé, ce qui nous a évité de réveillonner avant l'heure. Nous nous dirigeons ensuite vers un bar où, comme c'était à craindre, il est interdit de fumer. Je suis quasiment sûre que c'était la première fois que ça m'arrivait, je peux vous dire que ça m'a fait tout drôle. Un recoin sombre était tout de même réservé aux pauvres nicotineux : en gros, ça ressemblait au décor du film Blade Runner, en dix fois plus glauque. Une espèce de couloir de métro éclairé par une lumière marécageuse, avec des gens accablés, entassés les uns sur les autres et tirant nerveusement et avidement sur leur clope. A un moment j'ai cru marcher sur une seringue, c'est dire. Si j'avais une once de foi dans l'avenir, j'aurais pris instantanément la résolution d'arrêter de fumer tellement j'étais traumatisée.

Mais rassurez-vous, j'ai fumé comme une cheminée pendant tout le week-end, et je continue en ce moment-même, c'est pas une nouvelle année de plus qui aura raison de mon esprit de contradiction. Bref, la soirée se passe et la fatigue arrive. Ma soeur et moi décidons frivolement de rentrer nous coucher... les garçons batifolent et baguenaudent, eux ils s'en foutent, ils fument pas ! Nous voilà donc en possession des clés d'une voiture généreusement prêtée par l'un d'entre eux...

Premier objectif : retrouver le véhicule sus-dit. Résultat : 20 minutes d'errance dans des rues toutes semblables (si vous connaissez Barcelone : c'était dans l'Eixample, ce quartier a manifestement été conçu pour que les gens s'y perdent à qui mieux mieux), pour dégoter la bagnole qui était en fait garée à 200 mètres du bar.

Second objectif : retrouver la sortie de la ville, si possible dans la bonne direction (le Nord, en l'occurrence). Résultat : quelques tours supplémentaires du quartier, Barcelone by night, c'est le pied.

Troisième objectif : une fois lancées dans la bonne direction (nous n'en avons jamais été certaines, même pas à l'heure qu'il est), trouver la sortie pour enfin aller au pieu. Résultat : on a fait 60 bornes au lieu de 30. Ne me demandez pas pourquoi ni comment, je n'en sais rien et je ne veux pas le savoir.

On a fini par y arriver malgré tout. Je précise que le deuxième convoi est rentré par un autre itinéraire, sans savoir non plus lequel, mais là n'est pas le problème, n'est-ce pas ? Du coup, le lendemain, rassurés par notre magnifique sens de l'orientation, nous voilà repartis, en deux groupes, à l'assaut de la ville. De nouveau, des moments merveilleux, de toute façon Barcelone est une ville magique, je ne vous apprends rien. A l'intérieur de l'agglomération, aucun problème pour se diriger ; il faut dire qu'on a une carte, il est scientifiquement impossible de se perdre quand on a une carte. Et puis, au moment de repartir... quelque chose (mais quoi ??? QUOI ?) est comme qui dirait parti en sucette, et nous voilà plus paumés que jamais. Mais toujours dans la direction du Nord, par contre. Si vous avez bien suivi, ça fait déjà trois chemins différents pour aller dans la même direction, ça serait un complot international que ça m'étonnerait qu'à moitié. Une fois de plus, et par l'opération du Saint Esprit, nous finissons par retrouver notre chemin... quelques Martinis plus tard, on en a bien rigolé, mis sur le moment on faisait pas trop les malins !

Le soir, pas découragés pour un sou, nous repartons, mais cette fois avec des Gens Qui Savent (les gens qui nous ont invités, donc). La soirée se passe toujours délicieusement, ça au moins c'est fait. Le retour, cette fois, se fait dans la sérénité, puisque nous nous laissons conduire par les autochtones. Et par où sommes-nous passés, à votre avis ? Oui oui, vous avez deviné, par une QUATRIEME ROUTE. Je n'en suis toujours pas revenue, le triangle des Bermudes peut aller se rhabiller. Barcelone est peut-être en Catalogne, mais elle est surtout située au beau milieu de la quatrième dimension, c'est un fait avéré.

On a bien essayé de chercher une explication rationnelle, mais évidemment il n'y a pas eu moyen. Vous savez ce que c'est, tout le monde y va de son itinéraire, de son explication foireuse, la troisième à gauche après l'arbre contre lequel viennent pisser les chiens, bref on s'en sort pas.

Le dimanche, j'ai préféré rester bien tranquille à la maison pour me faire les ongles et préparer le réveillon (non je n'ai pas fait la cuisine, j'étais avec des gens que j'aime). C'était très reposant, de savoir à tout instant où je me trouvais. Mais au final, ça n'a rien changé au fait que j'ai passé trois jours merveilleux, plein de rires et de champagne (et de Martini, et de Tariquet aussi bien sûr), et que j'ai rarement vécu un réveillon aussi agréable. J'étais follement réconfortée que les fêtes de fin d'année se déroulent finalement si bien...

Parce qu'en fait, elles avaient très bien commencé aussi, toujours dans une sorte de quatrième dimension ; j'ai passé ma soirée d'anniversaire, en petit comité, dans un délicieux cabaret transformiste. Le décalage peut sembler anecdotique, mais pour moi il ne l'a pas été ; j'ai été enchantée de partager ce moment de l'année avec des proches, dans une ambiance inhabituelle, mais si chaleureuse, et presque familiale ; je me suis dit qu'il y avait peut-être des solutions alternatives pour chasser la nostalgie qu'engendre chez moi la période de Noël...

Alors l'an prochain, je me suis promis de remettre ça. Qui sait, après la quatrième dimension, je pourais tenter un voyage dans l'espace ? Ou bien passer la soirée de Noël parmi des couples avec enfants ?

Oh ben ça va, on peut rigoler quand même ! En 2007 au moins autant qu'en 2006, non ? Allez, c'est bien parce que c'est vous : je déteste ce genre de coutume, mais j'y sacrifie tout de même. Je vous souhaite de passer une excellente année, et de vivre votre vie de la manière dont vous voulez la vivre. Rien d'autre ne compte, sur cette terre ou dans un monde parallèle.

 

Spéciale dédicace : à K. et M. (je suis sûre que vous tenez à rester incognito ;-)), pour leur accueil formidable, leur hospitalité, leur gentillesse, leur beauté, leur humour, leur intelligence... je m'arrête là, ça pourrait durer longtemps, ces gens n'ont pas de défauts.

 

 

 

19/12/2006

Bûche aux marrons

Et dinde à la crème au beurre, ça va de soi. Quand j'y pense, j'ai faim d'avance, comme disaient Rivoire et Carret, ces chers disparus.

Alors bien sûr, mon esprit de contradiction me souffle depuis des semaines de ne pas parler de Noël. Vu que c'est la saison, c'est d'un convenu terrible, et puis toute la blogosphère en parle, ou en a parlé, et comme je chéris l'idée de ne jamais faire comme tout le monde, j'ai décidé de rester muette.

Du coup, je ne vous parlerai pas de la sensation d'écoeurement intense qui me saisit devant cet étalage de bouffe, de bons sentiments et de gadgets inutiles. Je ne vous dirai pas à quel point l'hypocrisie quotidienne me semble à son apogée à l'occasion de Noël. Je vous ferai grâce de mes états d'âme sur les trois quarts de la population mondiale qui continue à crever la dalle pendant qu'on finit les restes de foie gras jusqu'à mi-janvier. Je me tairai sur la façon éhontée qu'on a d'acheter l'amour de ses propres enfants à coups de cadeaux tous plus moches, vains et hors de prix les uns que les autres. Je préfère ne rien dire non plus sur les obligations qu'on s'impose vis-à-vis de gens dont on se fout éperdument, au seul prétexte qu'ils sont de notre famille. Quant à la vacuité spirituelle de cette célébration qui, il n'est pas inutile de le rappeler, est à la base une fête RELIGIEUSE, n'y pensons même pas, je voudrais bien savoir combien de gens vont à la messe de minuit une fois qu'ils ont ouvert leurs cadeaux et fini le champagne.

Non, tout ça, je ne vous le dirai pas, vous le savez bien, n'est-ce pas, que Noël n'est plus, depuis pas mal d'années, qu'une vaste course à la consommation et au gaspillage, une façon comme une autre d'oublier qu'un an de plus s'est écoulé sans que l'horreur du monde n'ait reculé d'un millimètre, une manière de se persuader que les liens familiaux sont toujours étroits. Vous avez déjà conscience que les marchands se frottent les mains depuis trois mois à la perspective de cette période bénie (pour eux, en tout cas), et que les enfants cessent de croire au Père Noël de plus en plus tôt. Vous voyez bien que toute velléité d'élévation spirituelle ou humaniste est vaine, même à cette occasion, où elle devrait pourtant primer.

Je ne vous parlerai pas non plus du fait que le mois de décembre est pour moi, depuis quelques années, le mois le plus difficile de l'année, car je n'ai pas envie de m'étendre sur les raisons de cette désaffection. Je ne vous le dirai pas, ce serait trop facile, et puis vous me rétorqueriez aussitôt « Ah ben voilà, tout s'explique, tu n'aimes pas Noël pour des raisons personnelles, tout ça c'est psychologique. Carrément freudien, ton problème avec Noël. »

Peut-être, en effet. Ca joue, évidemment. Pendant plus de 25 ans j'ai adoré Noël. Et croyez-moi, je donnerais cher pour que ça dure toujours. Mais ce n'est pas le cas, je ne peux pas l'ignorer, et je crois que je vais refuser pendant longtemps encore de le fêter. Manque de bol, je suis née un 24 décembre (rien d'extraordinaire cela dit, il y a statistiquement autant de chances de naître ce jour-là plutôt que n'importe quel autre), je fête donc quelque chose malgré tout. Il ne tiendrait qu'à moi de le refuser aussi, mais étrangement je n'ai pas le coeur à résister. Ca viendra peut-être, allez savoir, après cette année, où je vais d'ailleurs atteindre l'âge du Christ, la bonne blague. En fait, curieusement, je ne vois plus dans Noël qu'une signification spirituelle, et oecuménique évidemment ; je hais la religion, pour les ravages qu'elle cause depuis des millénaires, mais à cette occasion je suis sensible à une certaine spiritualité, qui perdure, disons-le, malgré la déferlante consumériste.

Bien. J'avais décidé de ne rien dire, mais il a fallu que ça sorte. Quoiqu'il en soit, ce que j'en pense n'est bon que pour moi, comme d'habitude ; je vous souhaite sincèrement d'aimer fêter Noël, et d'y trouver ce que vous en attendez. Malgré tout, je suis sûre que pour beaucoup d'entre vous c'est encore une période magique. J'espère, comme tout le monde au fond, que ce sera une trêve, même de quelques heures, nous en avons tellement besoin. Je rêve, évidemment, que le monde en ressortira un peu moins laid ; ça ne sert à rien, puisque ça ne sera pas le cas, mais rêver un peu c'est toujours bon à prendre. En décembre, ou n'importe quand dans l'année.

Du fond du coeur, je vous souhaite un joyeux Noël.