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15/04/2007

Votez pour moi

Je tiens à préciser que le texte qui suit n'a aucune vocation à déclencher un débat politique, car il a été rédigé avec toute la subjectivité dont je suis capable. Je hais le prosélytisme, je m'efforce donc de ne pas en faire ; c'est simplement un exercice qui m'a amusée, et pour que ça reste "neutre" (même si, bien sûr, rien ne l'est jamais vraiment), les gens sont cités dans l'ordre alphabétique, et en prennent chacun pour leur grade. Je ne prétends pas que ça soit constructif ou utile ou même intelligent, ce sont juste des pensées éparses à propos de personnages publics.

 

Je suis un ancien professeur, mais cela ne m'a pas empêché d'être un des plus mauvais ministres de l'Education qu'ait connu la France, et Dieu sait qu'en la matière la concurrence est pourtant rude. Jusqu'à six mois en arrière, tout le monde me prenait pour un guignol avec mes grandes oreilles et mon nom qui fleure bon le Béarn, mais aujourd'hui, je me suis fait ma place en mordant sans vergogne la main qui m'a nourri pendant si longtemps, et en gauchisant vite fait bien fait mon discours ; du coup j'ai réussi à faire passer ma candidature pour une alternative totalement nouvelle et inédite, David Copperfield doit en être vert de jalousie. Je suis à la tête d'un parti connu pour ses idées traditionnalistes, notamment en matière de moeurs, mais c'est plus fort que moi, je me prends pour Che Guevara ; la révolution centriste vous tend les bras, votez pour moi.

Je suis un jeune facteur rebelle, et pour le démontrer je m'applique à parler comme les gens de la rue. Je suis l'avenir de l'extrême-gauche, même si tout le monde s'accorde à dire qu'elle fait partie du passé ; j'essaie de moderniser mes idées et j'y arrive plutôt bien ; mais ça ne changera rien, il y a plus de candidats dans mon camp qu'il y a de lustres en cristal à l'Elysée, ce qui n'est pas peu dire. On a bien essayé de se rassembler, mais c'est tellement plus marrant si chacun se présente dans son coin ; je prône la révolution mais je n'ai pas l'air de mourir d'envie d'aller prendre d'assaut l'Assemblée Nationale, baïonnette au poing. Si j'osais, je vous avouerais que je porte des chaussures de sport d'une marque américaine qui ne passe pas pour un précurseur dans le traitement des enfants asiatiques qui les fabriquent ; mais bon, je ne vais tout de même pas marcher pieds nus, votez pour moi.

Je suis le héraut de la cause anti-américaine et anti-libérale (un pléonasme), la preuve, j'ai fait de la prison. J'ai une image de bon Gaulois, avec ma moustache et ma pipe, et je passe hyper bien à l'écran. Je prétends être issu du monde paysan, mais de fait je suis plus souvent à Paris qu'à Millau ; mon passe-temps favori est la mise à sac de champs de maïs, mais c'est pour la bonne cause, et ça me fait une occasion de plus de me poser en martyre. Mes idées sont tellement novatrices qu'on en arrive parfois à se demander si elles ne seraient pas un peu rétrogrades ; qu'importe, la nuance m'est étrangère, pour avoir un discours clair il est plus efficace d'être manichéen. Ma candidature ne fait qu'éparpiller un peu plus le potentiel de voix de l'extrême gauche, mais j'ai pas pu m'en empêcher, je me suis présenté ; je suis comme vous, un citoyen lambda, pour faire voler le système en éclats, votez pour moi.

Je suis une femme discrète, si discrète que cette année je n'ai pas osé mettre le nom de mon parti sur mes affiches électorales ; c'est normal, je voulais incarner la candidature unifiée des forces anti-libérales, mais évidemment personne n'était d'accord. Après de glorieuses années à exercer le pouvoir avec ses alliés socialistes, le mur de Berlin est tombé et le score de mon parti aux élections n'a cessé de chuter, longuement et vertigineusement. Je représente des idées aujourd'hui datées mais pourtant porteuses d'un réel humanisme ; au vu de la droitisation de la société, ça me fait simplement passer pour une douce illuminée. Mais il faut continuer à lutter, la vraie gauche ne doit pas disparaître, votez pour moi.

Je suis une retraitée du Crédit Lyonnais, et depuis le début des années 70, je représente courageusement un parti qui, s'il suivait sa propre logique, ne devrait pas présenter de candidat aux élections. Au fil du temps, je suis devenue la mascotte des élections présidentielles, mais à moi, ça ne m'a jamais porté chance. Tout le monde m'adore, surtout ceux qui ne votent pas pour moi ; j'ai conservé intacte ma capacité d'indignation, dans un monde bien trop blasé pour s'émouvoir vraiment des malheurs d'autrui. Je suis gentille, sympathique et humble, mais je manque cruellement de sens politique et de stratégie électorale ; pour la sixième fois, je le sais bien que je ne serai pas élue, mais de toute façon je suis là pour la beauté du geste, votez pour moi.

Je suis un faux borgne et j'ai de nombreux exploits à mon actif, entre autres la pratique de la torture en Algérie ; depuis 50 ans je hante les couloirs de tous les palais de la République, mais j'ose, avec un aplomb sidérant, me prétendre farouchement opposant de l'établissement. Mes opinions sont tellement nauséabondes que je suis obligé de les diffuser grâce à des blagues qui n'amusent que moi ; depuis 1974, je joue à merveille mon rôle d'épouvantail, mais la graine est semée et j'ai labouré le terrain pour ma descendance aussi blonde que moi. Je suis le digne héritier d'idées infâmes et inhumaines, mais j'ai l'oeil qui frise et grâce au travail accompli depuis trois décennies, pas mal de gens ont fini par penser que mes convictions pouvaient se défendre... faites comme eux, votez pour moi.

Je suis un rustaud jovial, mais je n'ai pas l'air très futé ; je suis le candidat d'un parti dont on se demande pourquoi il existe, puisqu'après tout il n'y a pas de parti des bricoleurs, des peintres du dimanche ou des adeptes du curling. Quand je réponds aux questions que l'on me pose, mes réponses sont si incohérentes qu'on en oublie quel était le sujet ; je défends les gens de la campagne qui n'en demandaient sûrement pas tant, vu que ce sont des êtres humains au même titre que les urbains. Comme d'habitude, je ferai un tout petit score et je regagnerai mes pénates pendant cinq ans ; mais je représente une alternative rafraichissante et tellement authentique, votez pour moi.

Je suis la Vénus de la politique, sortie non pas des eaux mais de la cuisse de Jupiter ; je représente pour des millions de femmes un espoir inouï, mais pour une candidate de gauche je suis tout de même incroyablement réactionnaire. Les caciques du PS ont encore de la fumée qui leur sort des naseaux après le coup que je leur ai fait, mais depuis le 21 avril 2002 ils ont perdu l'énergie nécessaire pour contrecarrer mon ascension. On me compare à la Joconde, mais où avez-vous vu que je suis belle, j'ai juste les traits lisses et le cheveu brillant ; on me fait beaucoup de misères parce que je suis une femme, et si j'étais franche je vous avouerais que j'y prête volontiers le flanc en mettant outrageusement en avant mon statut de femme et de mère. Je n'ai pas toujours l'air de savoir très bien de quoi je parle, en tout cas pas plus que mes concurrents, mais c'est pas grave, je nommerai DSK Premier ministre, avec lui tout ira bien ; quoiqu'on en dise, une femme au pouvoir, ça peut vraiment changer la vie, même si elle est issue du plus pur et rectiligne parcours politique qui puisse être ; ayez confiance, j'ai des ovaires, votez pour moi.

Je suis un homme pressé, ça n'a rien d'original mais c'est encore ce qui me définit le mieux ; mon ascension fulgurante en politique a été possible grâce à plus de trahisons que n'en comptait le XXème siècle avant que je débarque. J'adore les journalistes, qui me le rendent tellement bien, et les grands patrons qui m'invitent au mariage de leur fille, ou me demandent d'être le parrain de leur petit dernier. Je place la rentabilité et l'utilitarisme au rang de valeurs sacrées, et je suis imbattable pour déguiser le racisme le plus crasseux en attitude raisonnable et responsable. Marche ou crève, c'est pas encore assez fort pour illustrer mon idée de la France, après tout on ne peut pas remorquer dans notre sillage tous les bons à rien et les handicapés ; si j'accède au pouvoir, il faudra que je pense à faire combler les caniveaux, puisque de toute façon on ne sera plus autorisé à ramasser ceux qui y échouent à cause de mon libéralisme forcené. J'aime les gens normaux, mais j'ai une définition très stricte de ce mot... ne vous inquiétez pas, tous les autres, on les foutra en taule, ou dans un charter, votez pour moi.

Je suis un obscur maire de village audois ; on ne comprend pas très bien ce que je pense, ni ce que je dis d'ailleurs (moi-même, originaire du Sud-Ouest, je confesse n'entraver qu'un mot sur trois). On se demande bien qui sont les 500 élus qui ont pu me soutenir, dans un élan de désespoir probablement ; je suis une sorte de croisement entre un personnage de roman agreste et un député de la IIIème République. Je suis désigné comme le champion d'un parti trotskyste, mais je ne les connais pas, ces gens ; j'ai manifestement décidé une bonne fois pour toutes que l'Union Européenne est la cause de tous les fléaux qui frappent notre beau pays, comme c'est pratique. Je suis confus et péremptoire et j'ai le nez rouge ; mais l'important, c'est que je veux votre bien, votez pour moi.

Je suis un aristocrate d'un autre âge, avec dans ma musette toute une ribambelle de quartiers de noblesse et d'armoiries flamboyantes, mais je ne tolère pas que l'on cite mes titres dans leur intégralité. Je traîne derrière moi ma nostalgie de l'Ancien Régime, mâtinée d'hystérie islamophobe et de puritanisme sentant la naphtaline ; j'ai une voix quasiment aussi insupportable que mon discours, et on s'attend presque à me voir surgir sur mon cheval, brandissant fièrement le drapeau des Chouans. Avec moi, les gens ne justifiant pas d'une ascendance fraçaise sur quinze générations n'auront qu'à aller se pendre, peut-être même qu'on pourrait les y aider ; il va falloir bouter hors du royaume tous les félons, et tant qu'on y est, on renverra les femmes à la cuisine et les enfants au catéchisme, et les cochons seront bien gardés ; si vous aimez la vraie France, votez pour moi.

Je suis la candidate du parti le plus démocratique de France, peut-être même un peu trop puisque notre jeu préféré est de se tirer dessus à boulets rouges ; l'écologie est ma croisade personnelle, mais je manque un peu de mordant pour arriver à diffuser mes idées, qui sont pourtant très à la mode : les gens c'est rien que des feignants, ils parlent de respect de l'environnement mais ne sont même pas capables de trier leurs emballages en plastique. De toute façon, je suis coincée : d'un côté par Nicolas Hulot sur qui je ne peux pas me permettre de dire du mal, de l'autre par Noël Mamère qui se répand fielleusement sur mon compte dès qu'il croise une caméra. Moi, j'y crois encore, mais il faut se rendre à l'évidence, c'est pas demain la veille que les Etats-Unis signeront le protocole de Kyoto ; alors je continue, mes convictions sont intactes et je suis si avenante, votez pour moi.

09/04/2007

Prison intime

Comme je l'ai souvent dit ici, le temps qui passe est pour moi un allié ; du reste ça n'a rien d'extraordinaire : la plupart des gens vous diraient la même chose, on se sent mieux au fur et à mesure qu'on viellit, en tout cas tant qu'on n'a pas atteint un âge canonique, où d'autres problèmes finissent se poser.

Ainsi, je me sens débarrassée de tout un tas de paramètres, de considérations, d'impératifs qui avaient fini par devenir de véritables boulets. J'ai appris que pour avancer dans la vie, pour trouver sa voie, pourrais-je dire si je croyais à ce genre de formules toutes faites, il faut avoir abandonné beaucoup de grands principes, de théories fumeuses et de buts suprêmes. A mesure que je vieillis, et en dépit du fait que des manifestations déplorables telles un ulcère font leur apparition, j'ai le sentiment de me dépouiller, de me défaire de l'accessoire, d'arriver mieux à toucher à l'essentiel. Je crois que j'ai gagné en liberté et en sérénité, sans regrets d'avoir dû pour cela renoncer à certains attachements.

Mais depuis quelques temps, je développe une tendance qui me fait très peur. A force de m'être protégée, défendue, isolée, et notamment des autres, je crains de m'enfermer en moi-même.

C'est une sensation très contradictoire, puisque dans le même temps, je me sens de plus en plus ouverte aux autres, plus tolérante, et plus désireuse que je ne l'ai jamais été d'être dans la vie, comprenez de participer d'une manière ou d'une autre à la vie collective. Mais je réalise aussi que cette sensibilité nouvelle confine bien souvent à la sensiblerie, et que certaines choses qui à une époque me laissaient de marbre, ont aujourd'hui le pouvoir de me faire souffrir. Je me sens parfaitement à l'aise dans l'altérité, l'empathie, l'échange, mais après coup je finis par me rendre compte que pratiquer tout cela me fait du mal, parfois. Je pense que j'ai appris à manier tous ces modes de relation dans la douleur, et que ça a profondément marqué ma manière de les vivre.

Concrètement, ça n'a pas encore vraiment de conséquences, mais je dois parfois prendre sur moi pour que ce penchant ne trouve pas d'écho dans la réalité. Régulièrement, déjà, j'abdique, je renonce à donner mon avis (aussi incroyable que ça puisse paraître) lors d'une discussion, parce que m'expliquer ou me justifier serait trop compliqué, ou stérile, ou juste fatigant. D'une façon générale, hors des occasions balisées, aller vers les autres résulte d'un effort, d'un raisonnement. J'ai le plus grand mal du monde à sortir de ma propre organisation, car ce que je peux en retirer me semble parfois moindre que les désagréments qui en découlent. Dans les périodes les moins fastes, l'idée m'effleure quelquefois de rester chez moi le samedi soir, au lieu d'aller courir après une migraine due au vin blanc, et d'écouter les éclats de voix de mes proches qui disent à l'occasion des choses qui me font dresser les cheveux sur la tête... sans que je trouve toujours la force ou l'énergie de les contredire. Sur ce point je me méfie de moi, et de mon esprit de contradiction qui, à l'inverse, me fait régulièrement partir dans des délires élucubratoires ; souvent, j'en éprouve un remords exagéré qui me tourmente pendant des jours... tout comme me ronge le constat de n'avoir rien dit, quand c'est le cas.

Finalement, la perspective de rester avec moi-même est toujours la plus reposante. Peut-être est-ce dû au fait que j'ai mis très longtemps à m'entendre avec moi-même, mais en tout cas je ne me lasse pas (encore ?) de ma propre compagnie. Ce que j'ai construit autour de ma personne, des mes envies, de mes choix, je m'y plais, et j'en suis fière, je suppose que ça ne m'encourage pas à m'en départir, même temporairement. Alors je me recroqueville, j'ai envie que le monde existe hors ma présence, que mon existence soit neutre. Ou au contraire, mes opinions deviennent des poses, des revendications purement individuelles, mais auxquelles je m'accroche avec l'énergie du désespoir, parce qu'elles représentent tellement ce que je suis, elles m'ont tellement coûté, que j'ai besoin de m'en prévaloir sans cesse, sans entendre ce qu'on peut m'y opposer. A force d'être son seul référent, on devient terriblement auto-centré... et on n'arrive plus à être soi-même autrement qu'en le criant à la face du monde, et acceptant de moins en moins que les autres fassent de même. On a l'impression d'être nié par la moindre opinion différente de la nôtre. On se réfugie en soi parce que c'est l'endroit où on se cogne le moins aux autres, et où les occasions de souffrir sont les moins fréquentes. Faire preuve de souplesse ou de faculté d'adaptation reviendrait à renoncer à être soi, alors on s'amidonne, on se rigidifie, on se cadenasse.

Il m'arrive donc, dans des élans de découragement ou de déprime, d'imaginer me laisser aller à la tentation de la solitude presque absolue. Heureusement pour moi, j'en suis pour l'instant incapable, mais j'ai peur de ne plus être, un jour, à même de lutter contre cette alternative. J'ai peur que de guerre lasse, je finisse par refuser de me confronter au monde et aux gens pour éviter d'en souffrir. J'ai conscience que ce serait me condamner à une autre souffrance, la souffrance si particulière qu'impose la solitude, et qui réside dans le fait qu'elle peut également être si apaisante et si sereine ; mais je garde à l'esprit que ce basculement est possible, et il ne se passe pas un jour sans que je doive lutter pour en repousser l'éventualité. Ou l'échéance...

Tout ça m'effraie bien sûr parce que je ne veux pas perdre les gens que j'aime, ni devenir une sorte d'ermite ou d'être asocial, ni finir par avoir le coeur sec et l'âme tiède, mais aussi parce que, comme je suis en train de le découvrir, ça m'empêche d'aller plus loin sur le chemin de l'écriture. Je ne me prends pas pour un gourou, rassurez-vous, mais je trouve que ce que je raconte ici ou là a plus d'impact sur les gens que ce que je voudrais. Dans ce cas tu n'as qu'à la fermer, me direz-vous ; je n'y arrive pas non plus, évidemment. C'est un besoin, il faut que je le fasse. Mais avant ça il faut que je m'arrange avec les conséquences que ça pourrait avoir.

C'est donc mon combat personnel du moment. Lutter pour m'extérioriser, sans blesser les autres. Parler avec eux, sans les convaincre. Avoir des convictions, sans chercher à leur donner une portée pseudo-universelle. Ecouter les autres, sans que ça vienne systématiquement remettre mon mode de vie en cause. M'exprimer librement, sans que ça devienne une leçon de morale. Arriver à sortir de moi plus souvent, sans trahir ce que je suis. J'ai le sentiment que le dialogue que j'entretiens avec moi-même est riche, mais je sais bien que rien ne remplacera jamais celui que j'ai avec les autres, car j'en ai toujours eu besoin pour ne pas stagner. A cause de ça, la perspective de devenir prisonnière de moi-même m'horrifie, tout comme me glace la perspective de me perdre. C'est une étrange dichotomie, mais je ne désespère pas d'en venir à bout.

05/04/2007

Interview pre-mortem

Absorbée par les affres de la souffrance, j'avais omis un détail : je vais passer à la radio ! Demain, à 15 h 30, désolée, encore une heure à laquelle tout le monde travaille et ne peut donc pas écouter. La prochaine fois, j'exige le prime-time ;-)

Je causerai donc dans le poste sur France Bleu Auxerre (non, je n'ai pas d'explication à cette précision géographique) vendredi à partir de 15 h, et si par chance vous ne travaillez pas, vous pourrez écouter directement sur Internet à cette adresse. Si le mal finit par m'emporter, ça aura été mon chant du cygne (rassurez-vous, je n'ai pas de fièvre, juste la grosse tête).

Je vous laisse, je vais prendre mes gouttes...

EDIT : alors si tout marche bien (ce qui comme d'habitude serait très étonnant), vous pouvez écouter l'interview en deux parties ici et . Je n'ai pas écouté en entier, s'il y a un souci n'hésitez pas à me le dire ;-)

01/04/2007

L'hôpital de la mort

A moment où j'écris ces lignes, je suis au bord de l'agonie. Je vous dois la vérité, à vous qui me faites le plaisir de me lire, ma dernière heure est venue. Enfin, peut-être.

Les premiers symptômes sont apparus il y a quinze jours. A la fin du week-end, une boule dans mon estomac. A priori rien de grave, le stress de la reprise du travail, me dis-je, optimiste écervelée que je suis.

Mais la douleur s'installe et persiste, et je me retrouve devant la terrible obligation de me rendre CHEZ LE MEDECIN. Je ne reviendrai pas sur mes relations cahotiques avec ce corps de métier dont je n'arrive pas à penser autre chose que pis que pendre ; c'est bien beau les grands principes, mais j'ai l'impression qu'une main fourbe et malveillante est en train d'essorer mon estomac, donc je laisse mes scrupules où ils sont et vais attendre deux heures et demie dans une salle d'attente surchauffée et peuplée de miasmes divers et d'enfants mal élevés.

Le médecin me prescrit des examens et des médicaments. Ni les uns ni les autres ne s'avèrent d'aucune efficacité ; aussi, quand je retourne chez l'homme de l'art (oui je me prends pour Molière, c'est la douleur qui m'égare) deux jours plus tard, le thorax plus douloureux que jamais, il m'envoie passer illico d'autres examens aux urgences. Parce qu'entre temps, la douleur s'est généralisée à toute la cage thoracique, j'ai même des moments d'essoufflement total, bref, c'est la fin, je me vois déjà foudroyée par une crise cardiaque. Tout cet épisode aura au moins eu l'avantage de me rappeler à quel point je peux être hypocondriaque, parfois, et aussi ma résistance ridiculement faible devant la douleur.

Me voilà donc partie, plutôt guillerette (et toujours aussi imprudemment écervelée) vers les urgences d'un petit hôpital toulousain, persuadée qu'on va me faire une radio des poumons et me dire de rentrer chez moi en me tapotant le dos pour me rassurer. En arrivant, je remets la lettre du médecin à la secrétaire, et m'assois en pensant attendre un bon moment. Que nenni, on m'appelle trente secondes après. Oui, vous avez raison, j'aurais dû me méfier. Mais non, j'ai foncé tête baissée dans l'horrible piège qui s'est instantanément refermé sur mon pauvre petit être endolori. Et inconscient de ce qui l'attendait.

En fait (et ça n'étonnera peut-être que moi), j'ai été prise en charge par les équipes médicales comme si j'ai été arrivée aux urgences dans un état critique. On me fait allonger sur un lit avec une magnifique chemise d'hôpital en simili plastique bleu canard, on me colle des électrodes partout pour l'électrocardiogramme, le médecin me fait subir un interrogatoire gestapien, et là, summum horrifique de ce séjour, une jeune infirmière entre en scène pour me poser une perfusion.

Si vous avez des notions de médecine (Dieu vous en garde), vous savez peut-être POURQUOI on vous colle sauvagement une perfusion dès que vous posez le gros orteil dans un hôpital. Moi en tout cas, j'aimerais bien le savoir. Quoiqu'il en soit, on ne m'a pas demandé mon avis. La jeune fille en blanc se met donc en devoir de trouver sur mes avant-bras une veine potable pour y enfoncer son atroce matériel. En tout (j'avais gardé ma montre), ça a duré une bonne vingtaine de minutes. Premier essai infructueux, ça marche pas, elle trifouille, elle s'escrime, pas moyen. A ce stade j'en suis juste à la grimace de douleur. Elle se rabat alors sur mon autre bras, ou plutôt sur ma main : manifestement mes veines sont farceuses, ou bien elles ont décidé qu'aucun tube de plastique ne viendrait troubler le cours de leur vie ce jour-là, mais en tout cas le résultat n'est pas plus probant. Elle abandonne encore, m'arrachant cette fois un gémissement de protestation et de souffrance. Elle remonte un peu pour aller fixer l'objet du délit plus haut, car par un étrange caprice de la nature je n'ai que deux bras, donc cette fois il va bien falloir que ce soit la bonne. Le problème bien sûr, c'est que je suis maintenant totalement crispée, révoltée par ce qu'on me fait subir, et que mes veines sont manifestement aussi transparentes que si elles contenaient de l'eau. Je précise tout de même que je suis d'une pâleur cadavérique, et que normalement mes vaisseaux sanguins se voient un peu comme le phare d'Alexandrie au milieu de la nuit, mais bon, un autre paramètre doit entrer en jeu, allez savoir.

L'infirmière sent bien qu'elle joue le tout pour le tout. C'est un moment d'une intensité dramatique insoutenable. Et un peu pathétique, aussi. L'aide soignante vient gentiment me réconforter, ou en tout cas pense le faire en me demandant "Quelqu'un sait que vous êtes ici ?". Je touche le fond, j'ai l'impression d'être sur le tournage d'un documentaire qui expose la misère humaine dans les hôpitaux, c'est affreux. L'infirmière sanguinaire finit par arriver à perforer ma dernière veine encore intacte. De mon côté, j'ai épuisé toutes mes capacités de souffrance, je ne suis plus qu'un tas informe et geignant d'où dépassent des fils et des cathéters. Et j'ai toujours atrocement mal à l'estomac. Je pense que j'ai oublié de faire mon testament, et que si ça trouve on va organiser une messe pour mon enterrement. Moi vivante, jamais !

Bref. L'horreur n'est pas totalement terminée, car il faut que j'aille passer cette saloperie de radio. Un gentil monsieur arrive pour m'emmener à l'endroit adéquat, dans un fauteuil roulant. Encore une fois, pourquoi ??? Mais je n'ose pas protester, je me dis que les médecins ont peut-être détecté une paralysie foudroyante des membres inférieurs sans oser m'en parler, les félons. Je bouge discrètement mes pieds, tout va bien. Le transport en fauteuil c'est juste une autre façon de m'humilier, en fait, je me suis assise à la fois sur cette chaise maléfique et sur ma dignité. L'hôpital est un endroit où vous vous trouvez totalement dépersonnalisé en l'espace de quelques quarts d'heure, c'est terrifiant... et je comprends surtout que je ne m'attendais absolument pas à ce qui m'est arrivé. Dans cette situation, le décalage entre ce qu'on pense et ce qu'on vit effectivement vous revient directement dans les dents.

Mais heureusement tout le monde est gentil et prévenant, je me dois de le reconnaître. Après la radio je regagne mon lit de douleur et j'attends trois plombes qu'on veuille bien se souvenir de ma misérable existence. Le médecin finit par se pointer, pour me dire, je vous le donne en mille, que je n'ai rien nulle part. Tous les examens sont normaux, j'ai même pas une petite embolie pulmonaire, c'est un scandale. Comme la perfusion distillait un médicament pour l'estomac, et que je suis vaguement soulagée, le docteur en déduit que ça vient de là (sans blague ?) et me renvoie dans mes pénates en me recommandant d'aller consulter un gastro-entérologue. Je sors de là en trombe, la bave aux lèvres, mourrant de faim et de soif, tu peux toujours crever avant qu'ils te filent un verre d'eau et un croûton de pain pas frais.

Je rentre chez moi comme on revient en terre promise après vingt d'exil. Je suis exténuée, endolorie de partout, ornée de deux magnifiques hématomes, et en plus angoissée comme une condamnée à mort. Et je n'ai aucune réponse concernant la nature de mon étrange mal. Qui depuis n'a fait que s'aggraver, me faisant soupçonner qu'un alien a dû élire domicile dans mes entrailles. Parfois dans mon estomac, parfois sur mon coeur, mais où que ce soit, il cogne pour sortir. Et toutes les molécules dont je me gave consciencieusement ne me sont d'aucun secours.

Et c'est pas fini. Le gastro-entérologue consulté m'a programmé séance tenante une gastroscopie, torture raffinée à base de tuyau dans la bouche sous anesthésie générale. Il me tarde, vous pouvez pas savoir.

J'en suis arrivée à une conclusion révoltante : se faire soigner, c'est parfois pire qu'être malade. Surtout quand on n'est pas malade, évidemment. Car le plus incroyable dans tout ça, malgré mon imagination débordante, c'est que je suis certaine que je n'ai rien nulle part. En tout cas rien qui ne puisse être décelé par des machines à rayons ou des analyses de sang. Ah si, j'ai des gamma GT, c'est la classe. Je me voyais déjà internée de force au centre Betty Ford le plus proche, mais le médecin m'a dit que c'était dû à mon tabagisme forcené, lequel est aussi une des causes des pathologies de l'estomac, du reste. Je vais finir par croire que la cigarette est responsable de la venue au monde de Nicolas Sarkozy, tant elle semble néfaste pour tout ce qui relève de la vie.

En attendant, je souffre en silence (vous l'avez cru ? Bah non voyons, je suis incapable de souffrir en silence, c'est vraiment pas mon genre. La moitié de la ville est au courant, et y va de son petit diagnostic). J'ai hésité à vous raconter cet épisode tragi-comique, parce que c'est pas tellement intéressant, toute cette banalité sanitaire, mais je me suis dit que l'alien allait peut-être se calmer un peu si j'en parlais. Je n'ai jamais été encline à la somatisation, et surtout je lutte de toutes mes forces pour échapper à ce mécanisme mystérieux, que je trouve avilissant et indigne ; mais là, il faut se rendre à l'évidence, ça y ressemble beaucoup. Et puis, soyons raisonnable, c'est toujours mieux qu'un bon vieil ulcère...

 

25/03/2007

Quand je serai grande

Maintenant que je le suis, j'ai oublié toutes les fins possibles à cette phrase...

Mais je me rappelle tout de même pas mal de choses de mon enfance. D'abord que j'aimais pas tellement ça, être une enfant. Je crois que j'ai toujours voulu être une adulte, je m'en foutais pas mal de l'insouciance et de l'irresponsabilité et de la liberté. Jouer, faire l'idiote avec mes copines ou passer le mercredi après-midi devant des dessins animés, je ne me souviens pas que ça m'ait jamais satisfaite. En fait je crois que je devais porter sur moi une certaine gravité ; à la place de mes parents, je me serais vaguement inquiétée, mais il faut croire que ça ne devait pas leur sembler problématique...

Moi ce que j'aimais, c'était lire, déjà, tout ce qui me passait sous les yeux, et courir pieds nus dans les terrains vagues de mon lotissement comme Zora la rousse. Ou alors faire du vélo toute seule en pédalant comme un malade, et m'exploser par terre au détour d'un virage : ça aussi c'est un souvenir très prégnant, pendant des années j'ai eu les genoux pleins de mercurochrome. J'étais ce qu'on appelle un garçon manqué, cette expression me glace le sang tant elle transporte de stéréotypes, de frustrations et de sexisme. Mais dans les années 70 ça ne choquait pas grand monde.

Et puis j'ai été une enfant seule, pendant six ans, et aujourd'hui je réalise que ça m'a probablement beaucoup marquée. Je pense que les enfants uniques ne me contrediront pas ; moi j'étais juste l'aînée, mais mes premières années ont bel et bien été solitaires. Toujours, quand quelqu'un me dit être l'aîné de sa fratrie, je pense qu'il a dû être un enfant seul, et qu'on se remet jamais vraiment de cette sorte particulière de solitude. Et puis un autre enfant arrive, et on occulte ce temps, on acquiert un autre statut. Mon premier vrai souvenir, celui qui a une existence charnelle pour moi, que je me rappelle avoir vécu autrement que dans un rêve, c'est ma soeur qui fait ses premiers pas en tendant vers moi ses bras potelés.

Mais par-dessus tout, je voulais grandir. Je voulais savoir, faire face, choisir. Je voulais une existence propre, je refusais la dépendance. Je crois que j'avais envie qu'on me foute la paix finalement, je suis une sauvage dans l'âme, et déjà à cette époque j'avais envie d'être comprise plutôt que d'être aimée.

C'est très étrange de constater à quel point l'enfant qu'on a été est à la fois différent et semblable de l'adulte qu'on est devenu... et c'est également compliqué pour moi de ne pas tomber dans la plus sombre mélancolie à l'évocation de mon enfance. Parce que bon, c'était pas non plus un roman de Dickens. J'étais une petite fille aimée, choyée et valorisée. Et je rigolais, même, parfois. Je ne m'en souviens pas précisément, mais je suis sûre que ça m'arrivait ! En vieillissant, comme pas mal de monde, je suis encline à me dire que c'était plus facile d'être un enfant dans les années 70 que dans les années 2000. Pourquoi ?, me direz-vous. Eh bien je ne sais pas, c'est une impression diffuse. Ou alors ça vient de l'image que j'ai gardée de cette époque, dont il me semble qu'elle incitait plus à la franche rigolade que les années actuelles. Entre autres, les sous-pulls vert caca d'oie qui font dresser les cheveux sur la tête, les coupes au bol, les Jeux de 20 heures avec Maître Capello, la Bibliothèque rose et Candy, ça ne peut pas être l'émanation d'une décennie totalement mauvaise. Le ridicule et le mauvais goût propres à cette époque se teintent de sympathie, maintenant qu'on n'est plus obligés de les subir... finalement ce n'est pas un regret d'avoir été un enfant à ce moment-là. Alors qu'avoir été ado dans les années 80, au hasard, c'est la désolation totale.

 

Bref, tout ça pour dire que nous sommes tous, un jour, retombés sur une vieille photo faisant resurgir de tels souvenirs. Et nous faisant souvent éclater de rire, bien sûr. C'est peut-être à partir de cette expérience commune que Traou a imaginé Couettes et Houpettes, une collection de photos de blogueurs lorsqu'ils étaient enfants, une somme de clichés hétéroclites, cocasses et attendrissants qui m'a donné l'envie impérieuse d'y participer. Dont acte : entre temps j'ai remis la main sur la photo où je ressemble furieusement à Chucky, poupée de sang, et voilà ce que ça donne :

 

medium_Alex_Chucky.6.jpg

Vous comprenez enfin pourquoi il me tardait tant de grandir, non ?

18/03/2007

Bureau, morne plaine

Voilà, les vacances sont finies. Oui parce que j'étais en vacances depuis 15 jours. En fait pas vraiment, mais bon bref, je n'étais pas au bureau, et je m'apprête à y retourner demain matin. Je suis à deux doigts d'entonner un cantique pour remercier Dieu et tous ses saints de me donner l'extraordinaire chance de TRAVAILLER. Non, je rigole, je connais pas de cantique, et de toute façon j'ai trop péché, Dieu ne daignerait pas écouter.

Je pense qu'il est clair pour tout le monde ici que je déteste travailler. Je déteste y être obligée pour gagner des sous, je déteste devoir faire ami-ami avec mes collègues, des gens qui hors de ce cadre n'ont absolument aucun point commun avec moi, je déteste devoir faire semblant de saluer avec déférence mes supérieurs pour qui j'ai souvent le plus grand mépris (oui je suis hautaine et condescendante, c'est affreux), je déteste l'idée de travailler pour un grand groupe qui affame ses salariés et ses fournisseurs en clamant qu'il est un bienfaiteur du pouvoir d'achat (vous voyez mieux là ?), je déteste assister quotidiennement à ce cirque de courbettes, de cirage de pompes et de coups de pute, tout ça pour gagner 7 euros de plus par mois ou gravir un échelon dans le prochain organigramme, je déteste tous ces gens qui caquettent autour de moi pendant que j'essaie désespérément de me préserver un peu de tranquillité pour faire le tour de mes blogs préférés, pas moyen d'être payée à rien faire deux minutes ! J'ai beau essayer, je n'arrive pas à trouver de bons côtés au fait de devoir m'extirper de mon lit tous les matins pour aller subir huit heures de ce traitement. Ah si, peut-être une chose, éviter de devenir totalement autiste. Je crois que ça marche pas tellement, je le suis de plus en plus...

Et pourtant... à une époque, j'y ai presque cru, au travail. Et puis quand j'ai constaté ce que ça me rapportait, d'y croire, je me suis calmée d'un coup. C'est à cette période que j'ai commencé à travailler dans un bureau. Et toute ma vision du monde professionnel en a été changée à jamais. Dans un sens positif, quand j'y pense, c'est déjà ça.

Je vous explique : pour moi, travailler dans un bureau, c'est pas vraiment un travail. Inutile de pousser les hauts cris, ce n'est pas un jugement négatif, bien au contraire ! Disons que quand on débarque du commerce, être assise toute la journée et cliquer à n'en plus finir sur une souris, c'est comment dire... reposant. Au début j'ai cru que le problème venait de moi, et que je ne faisais pas tout ce que j'avais à faire, un truc comme ça. Et puis j'ai fini par comprendre que c'était normal. Dans un bureau, on ne travaille pas non stop pendant huit heures. Non non non, on prend son temps, on boit le café dans le bureau d'à côté pendant 45 minutes tous les matins, on va faire un tour au 3° dire bonjour à ses anciens collègues, on surfe sur un site de météo pour voir s'il va faire beau ce week-end. Entre ces saines occupations, on consent parfois à travailler un peu. Mais pas trop, il manquerait plus qu'on doive bosser pendant tout le temps qu'on passe au bureau, ça va pas bien la tête ?

J'ai supposé pendant un temps que j'étais un cas particulier, mais après une enquête minutieuse (auprès d'un échantillon représentatif composé de deux personnes), j'ai découvert que ça se passait souvent comme ça, la vie de bureau. Cool, pépère, tranquille le chat, on va pas non plus se tuer à la tâche. Je me suis donc joyeusement et sans aucun scrupule adaptée à ce rythme de travail. Mais il reste cependant des aspects insupportables dans ma vie professionnelle.

Essentiellement, ça concerne les conversations avec les collègues. Nouvelle venue, j'essayais imprudemment de lancer des sujets de discussion intéressants ; jeune écervelée que j'étais ! J'ai très vite compris que c'était peine perdue. Dans un bureau, les gens n'acceptent de parler que de quatre choses :

 

Le travail et les gens avec qui on travaille. Là c'est très clair, le but c'est de dire le plus de mal possible, de se plaindre abondamment, éventuellement de faire croire qu'on est encore plus mal payé qu'en Roumanie et moins bien traité qu'en Corée du Nord. Donc résumons-nous : les informaticiens ont trouvé leur diplôme dans un oeuf Kinder (dans le meilleur des cas, à mon avis) ; Trucmuche est un infâme salopard, il m'a volé mon agrafeuse mais a quand même eu une promotion qu'il ne méritait pas, on ne récompense que les gens malhonnêtes dans cette boîte (ce qui est vrai du reste) ; j'en peux plus de ce boulot, ça me tue, j'ai même pas eu le temps d'ouvrir ma boîte mail depuis le début de la semaine (oui mais ça c'est parce que tu sais pas l'ouvrir, triple buse) ; j'ai pas été augmenté depuis trois semaines, et en plus mon chef m'a fait une réflexion parce que je prends 23 pauses clope par jour (en effet, il faut appeler Amnesty International de toute urgence).

 

La famille et les enfants. Alors là c'est très simple, j'ai rien à dire. Et surtout, je me contrefous de la rougeole de la petite dernière ou de la dernière frasque de la belle-soeur : tu la verrais, avec ses cheveux ras, à son âge elle a toujours pas d'enfants, avec mon mari on se demande si elle est pas un peu... enfin si elle préfère pas les femmes, tu vois ? En général, à ce moment, je lève la tête et je les regarde dans les yeux avec un grand sourire. Elles doivent penser que je les drague, la bonne blague. Mais ça ne les arrête pas, et vas-y que je te détaille l'avancée des travaux de la cuisine, la dernière réunion de parents d'élèves et le repas raté de communion de la filleule, je te donnerai l'adresse du traiteur pour que tu ne t'adresses jamais à lui. Je ne peux qu'opposer un silence obstiné pour faire comprendre mon total désintérêt. C'est ma faute aussi, j'avais qu'à me marier et faire deux enfants dans un pavillon de banlieue, ça m'apprendra.

 

Ce qu'il y a eu à la télé hier soir. Alors ça c'est vachement bien par contre, je connais tous les programmes par coeur sans jamais avoir besoin de regarder la boîte à cons, très pratique. Rien ne m'échappe : la Star Ac et tous ses avatars, les jeux débiles, les histoires de flics diverses et variées, les séries à la mode et même, parfois, les émissions politiques. C'est d'ailleurs le seul moment où j'ai envie de dire quelque chose (ou de le hurler pour être plus précise), mais je me mords les joues jusqu'au sang, que voulez-vous, je suis pleutre. Récemment j'ai lu un article résumant les résultats d'une étude sociologique sur la télévision, qui expose que le seul rôle réel de la téloche, c'est de créer du lien social, car les gens parlent de ce qu'ils ont vu la veille, et échangent à ce sujet des impressions et même des opinions. On va pas faire la fine bouche, c'est toujours bon à prendre, d'autant qu'on peut en parler sans même avoir regardé, tant les programmes sont convenus et prévisibles.

 

La météo, et par extension ce-qu'on-va-pouvoir-faire-ce-week-end. C'est là que je réalise qu'ils sont tous aussi pressés que moi de voir le vendredi soir arriver, c'est implacable, tout le monde déteste travailler. Bref, selon la saison, nous avons droit au programme du week-end au ski, à la mer ou à la campagne. Quelques variantes : le mariage d'une cousine, un marathon (oui, je sais, c'est incroyable, certaines personnes attendent impatiemment le dimanche pour avoir le bonheur de se taper 40 bornes à pied, un truc de fou), un barbecue, que sais-je encore, tout me laisse indifférente vu que je fais jamais les mêmes choses. Au milieu de ce bruyant exposé de projets réjouissants, il se trouve parfois quelqu'un pour remarquer que je ne dis rien. Soudain inquiet pour ma vie sociale (déjà qu'elle a pas de mari ni d'enfants, la pauvre), la personne tente alors un « Et toi, tu as prévu quelque chose ce week-end ? » Ca part d'un bon sentiment, mais généralement je ne peux m'empêcher de répondre : « Oui-oui, comme tous les week-ends je vais voir mes amis et on va prendre l'apéro jusqu'à 11 heures du soir » Ma réponse ne doit pas les surprendre, c'est normal d'être alcoolique quand on n'a pas de vie (pas de mari-pas d'enfants, vous avez traduit de vous-même).

 

Voilà. Pour l'enrichissement intellectuel, on repassera. On attendra plutôt le week-end, pour refaire le monde pendant l'apéro de la mort, hein ! Je crois qu'au fond, tant de normalité m'effraie, et que mon esprit de contradiction me pousse à réagir à l'extrême, j'avoue. Mais le programme des conversations reste immuable, et ça a le don de continuer à m'étonner.

C'est bien la seule chose à laquelle je ne m'habitue pas, parce que pour le reste, je me suis complètement fondue dans le moule. Je me suis empressée de devenir partisane du moindre effort, et de ne me sentir responsable de rien. C'est une autre caractéristique qui m'a pendant un moment stupéfiée : personne ne prend rien en charge, les responsabilités sont totalement diluées, c'est toujours la faute de l'autre, c'est celui qui dit qui est, je te parie que c'est moi qui fait pipi le plus loin, tout ça. A côté, une cour de maternelle c'est le Tribunal Pénal International. Je me sens très peu concernée vu que j'occupe un poste d'employée de base, donc je suis certaine qu'on me demandera jamais mon avis sur rien (ça tombe bien, j'en ai pas), mais quand j'observe ce comportement chez des cadres supérieurs, ça me laisse pantoise... Et encore plus quand je constate que ça ne nuit absolument pas à la bonne marche de l'entreprise, entendez à ses profits colossaux. Si vous aviez encore un doute, vous pouvez l'abandonner : nous sommes tous des pions, nos qualités personnelles n'ont strictement aucune incidence sur le fonctionnement de l'économie, et essayer d'y changer quoi que ce soit reviendrait seulement à se faire des ennemis. Voire à être obligé de manger tout seul dans son coin à la cantine, la honte suprême. Non contente d'être un désert intellectuel, l'entreprise est également une impasse politique, ne mâchons pas nos mots.

C'est en tout cas les conclusions auxquelles je suis arrivée après presque deux ans de ce régime. Mais je n'ai bien sûr pas le choix de m'y soustraire, puisque mon amour immodéré du confort matériel a un prix, celui de ma sueur, en quelque sorte. Finalement j'essaie juste de faire mon travail dans mon coin, et de le faire bien, pas par loyauté envers l'entreprise (plutôt crever), juste par respect envers moi-même vu que je suis payée pour ça (et aussi parce que je suis psychorigide, bien entendu). Je m'aperçois souvent que pendant deux ou trois heures d'affilée je n'ai rien entendu à ce qui s'est dit dans le bureau que j'occupe, et qu'au bout du compte il est presque 18 h, et qu'en plus on est le dernier jour de la semaine, ouf.

Vous comprenez mieux mon désarroi à l'idée de me refourrer dans ce guêpier dès demain. Une opinion très en vogue à l'heure actuelle veut que ce soit une chance d'avoir un travail ; je mesure cette chance dans le sens où elle signifie que j'ai les moyens de vivre décemment, mais ça s'arrête là. Personne ne me fera jamais croire que mon bonheur passe par l'épanouissement professionnel. Mon bonheur à moi, il passe par le statut de rentière. Ou alors, au pire, par le fait d'avoir un bureau pour moi toute seule...

 

12/03/2007

Lettre ouverte à Monsieur V.

Moi qui adore les dictons, je vais vous citer un de mes préférés : "Il ne faut pas être plus royaliste que le roi". Non, faut pas (d'ailleurs faut pas être royaliste tout court, mais bon, c'est une autre histoire), mais parfois, on peut pas s'empêcher, c'est viscéral. N'être pas concerné au premier chef ne doit pas amoindrir le propos, et au fond, peut-être que ça le renforce... dans le sens où on ne prêche pas pour sa paroisse. Je vous avais prévenus, je suis hyper forte en proverbes.

Or donc, Christian V. (oui, je suis couarde, je crains les requêtes de Big Google et les procès en diffamation) est un député du Nord qui présente pour principale caractéristique d'être violemment homophobe. Evidemment il récuse ce qualificatif, pour être homophobe, encore faut-il reconnaître l'existence des homosexuels, ce qui ne semble pas être le cas de Monsieur V. Car selon lui, l'homosexualité n'a pas de légitimité sociale, ni même biologique. C'est son propos : l'homosexualité est une menace pour la survie de l'espèce humaine. Rien que ça.

La polémique suscitée par les propos de Monsieur V. date un peu, on me pardonnera de ne pas coller à l'actualité. Toute cette histoire m'est revenue à l'esprit après un documentaire diffusé par Arte mi-février, et sur lequel Cely a fait un excellent post. Tout d'un coup toute cette injustice, toute cette haine, tout cet ostracisme m'est revenu en pleine face comme une vague géante sur une digue un jour de tempête. Et tout d'un coup j'ai eu envie de balayer ces positions nauséabondes d'un revers de main, comme on essaie d'éloigner une grosse mouche bleue qui tourne autour des restes d'un bon repas.

Je voudrais pas dire, Monsieur V., mais l'homosexualité existe depuis que le monde est monde, et n'a jamais empêché l'humanité de perdurer, ni de perpétrer depuis des millénaires des tueries, des génocides, des marées noires et des réactionnaires à poil dur. Je voudrais vous dire, Monsieur V., qu'un jour plus ou moins lointain je vais mourir, tout comme vous, et qu'à ce moment-là nous ne pourrons plus rien pour les gens venant après nous, et qui sûrement préfèreraient ne pas naître plutôt que d'avoir les mêmes idées que vous. Je voudrais tellement, Monsieur V., que vous compreniez qu'aucun homosexuel ne vous demande de le devenir. A vrai dire, je pense qu'ils prient tous pour que vous restiez hétéro. Je voudrais que vous arrêtiez, Monsieur V., d'utiliser l'homosexualité comme un épouvantail à moineaux, en arguant que si elle devient un modèle de société le monde court à sa perte. Je voudrais que vous sachiez, Monsieur V., que personne n'a besoin de correspondre à un modèle social pour être heureux. Je voudrais que vous ressentiez, Monsieur V., l'épanouissement et la plénitude qu'on peut atteindre lorsqu'enfin on vit comme on veut. Pour un peu, je vous le souhaiterais, Monsieur V.... mais mon humanisme à moi ne va pas jusqu'au masochisme. Je sais simplement que vous ne le méritez pas, pour la bonne raison que vous voulez empêcher des gens d'atteindre ce nirvana.

Et tant que j'y suis, je voudrais exprimer mon ébaubissement devant le fait qu'on mène des recherches scientifiques (sérieuses et tout) sur les causes de l'homosexualité. Sous couvert bien sûr de dédouaner les pauvres déviants, c'est pas leur faute monsieur le Juge, c'est dans leurs gênes. Jusqu'où se voilera-t-on la face pour essayer de ne pas voir que c'est prêter le flanc aux pires desseins normalisateurs ? Pourquoi ne comprend-on pas que c'est comme ça qu'on légitime l'anormalité ? Pourquoi appeler au secours la sacro-sainte Science devant un sujet purement individuel, qui défie tous les déterminismes sociaux ou familiaux ? Jusqu'à quel point peut-on affirmer que ces recherches n'ont pas pour but de soigner, et finalement d'éradiquer cette terrible perversion ? Et enfin, sait-on simplement POURQUOI on s'interroge sur les sources d'un mode de vie qui n'engage que des êtres consentants qui en seraient pleinement heureux, si l'insupportable carcan de la société n'était pas là pour les inciter à culpabiliser, voire à mettre fin à leur vie, pour certains d'entre eux qui ne sont même pas encore sortis de l'adolescence ?

Comme je le disais il y a presque un an, nous faisons tous partie d'une minorité. A ce titre, nous sommes tous victimes un jour ou l'autre de discrimination. Personnellement, la minorité la plus visible à laquelle j'appartiens est celle des femmes ; ça m'a valu pas mal de déboires, mais jamais on n'a cherché à savoir pourquoi j'en étais une, ni sous quelles conditions mon mode de vie serait inoffensif pour les enfants des autres. Frères et soeurs homosexuel(le)s, jamais je ne connaitrai la profondeur de votre détresse devant cette haine, cette hypocrisie, ce torrent conformiste et moralisateur, mais mon empathie envers vous est fondatrice de ma personnalité. J'aimerais pouvoir faire plus que vous dire que tous les Monsieur V. de la terre sont aussi mes ennemis.

 

09/03/2007

Video killed the radio stars

ENFIN !!! J'y suis arrivée ! J'ai cru que j'allais y laisser ma peau et le peu de patience que je possède, mais après moultes tentatives et expérimentations, j'ai réussi à rendre la vidéo de mon passage télé disponible ! Oui, bon, en quatre parties, mais j'ai pas trouvé le moyen de faire autrement. Le tout dure un peu moins de 30 mn et se trouve juste là-dessous :


   

Partie 1

 
 
 
 
 

Partie 4

 

J'ai découpé un peu comme j'ai pu, je ne vous le cache pas, et je m'excuse platement auprès des intervenants dont j'ai carrément dû zapper la prestation faute de temps et de place. Je précise aussi que la qualité visuelle et sonore n'est pas optimale, sans que j'y puisse grand-chose.

En tout cas mon exploit technique me sidère moi-même, je songe sérieusement à envoyer mon CV à Microsoft.

A part ça, le titre de ce post n'est pas totalement dénué de sens, parce que figurez-vous que je vais passer à la radio : lundi 12 mars, entre 14 et 15 h, je serai interviewée sur Europe 1 par Alexia Laroche–Joubert dans son émission "Racontons-nous" qui aura pour thème "En finir avec les vampires et les pompeurs d'énergie". Si elle ne change pas d'avis d'ici là (après tout on sait jamais), je ramènerai une nouvelle fois ma fraise sur le sujet. La bonne nouvelle, c'est que l'émission peut s'écouter plusieurs jours après sa diffusion ici.

Rassurez-vous, je compte aussi vous livrer bientôt un billet qui ne parle pas de moi ; ça ne devrait pas tarder, je crois que j'arrive à l'apogée de la mégalomanie, maintenant le soufflé ne peut que retomber.

Bon week-end à toutes et à tous !

 

EDIT : Voilà, ça y est, je suis passée à la radio. Eh ben c'est beaucoup moins rigolo que de passer à la télé. Ca doit venir du fait que j'ai parlé une bonne vingtaine de secondes, mon ego vient d'en prendre un sale coup ;-))) 

05/03/2007

A vous Cognacq Jay

Bah oui il faut bien que je vous raconte quand même ! Et après je vous laisse tranquille avec l'auto-promo éhontée, juré craché.

Ce qui me faisait le plus peur dans la perspective de passer à la téloche, c'est que je n'avais pas le trac. Je vois là un enième effet de mon esprit tordu ; avoir peur parce qu'on n'a pas peur je trouve ça assez délirant, je crois qu'il faut que je me fasse soigner.

Bref, j'étais plutôt détendue. Quand l'attachée de presse de Hachette m'a parlé de cette proposition, j'ai été tentée de refuser ; je déteste la télé, et j'ai pensé qu'il ne serait pas très cohérent de dire oui et donc de participer, d'une certaine manière, au cirque médiatique. Quand j'ai annoncé à mes amis que j'allais écrire un livre, ils m'ont aussitôt propulsée en imagination à l'affiche de talk-shows et d'émissions littéraires, la bonne blague. Je leur répondais invariablement "Pas question d'aller faire le singe à la télé !". Voilà où mène la détermination... Et puis je me suis dit que de toute façon l'émission allait être visionnée par une cinquantaine de personnes, pas de quoi fouetter un chat, c'est pas le journal de 20 heures ; être ridicule devant une poignée de gens, c'est quand même pas pareil que perdre toute dignité devant 10 millions de personnes. L'enjeu me semblait assez minime, et j'en suis arrivée à la conclusion qu'il fallait juste que j'en profite et que je m'amuse un peu. J'ai donc vendu mon âme à la puissance médiatique, pour pas un rond bien sûr, je précise, on sait jamais.

Je me suis pointée vendredi matin , 30 minutes avant l'heure dite, dans les locaux de Direct 8, sans idée exacte de ce qui m'attendait. Une gentille demoiselle a examiné ma peau avec méfiance, puis m'a maquillée, après que je l'ai suppliée de ne pas me rendre orange fluo ; la présentatrice nous a ensuite fait un petit brief sur le déroulement de l'émission, en nous expliquant (à moi et à l'autre invité) ce qu'elle attendait de nous. Tout ça est resté assez nébuleux, j'étais carrément stupéfaite. Je pensais qu'une émission de télé c'était archi-préparé, balisé, formaté et tout le tintouin ; je sais pas comment ils procèdent sur les autres chaînes, mais en tout cas sur Direct 8 ils ont l'air assez fan de l'improvisation... du coup j'ai commencé à sérieusement me demander de quoi j'allais bien pouvoir parler pendant presque une heure. Mais comme j'ai toujours un truc à dire, j'ai pensé qu'au pire je raconterais ma vie.

A cinq minutes du début nous sommes entrés sur le plateau qu'on a bien voulu nous attribuer. Ma seule crainte (ben oui, quand même !) résidait dans l'éventualité qu'il y fasse 50 degrés ; en fait pas du tout, il fait limite froid. C'est immense, mais les caméras sont plutôt discrètes, et je confirme que très vite, on oublie leur existence... On s'assoit sagement à l'endroit qu'on nous indique, l'ambiance est détendue, les techniciens sont souriants et plaisantent entre eux. Un monsieur m'installe un micro : j'ai bien cru que j'allais devoir enlever mon magnifique collier à pompons en vison véritable que j'ai payé 11 euros 50 chez Promod, mais finalement j'ai eu le droit de le garder, je crois que le monsieur du micro a été épouvanté par mon rictus de révolte.

Voilà, quelqu'un égrène le décompte avant l'antenne, et c'est parti, l'émission commence. La présentatrice hurle littéralement, je me dis que s'il faut que je parle aussi fort je vais rester aphone pendant trois semaines. En fin de compte il me semble que j'ai parlé normalement, et beaucoup, comme j'en ai l'habitude en toutes circonstances. L'animatrice a manifestement lu mon livre, ce qui est déjà pas mal, et rebondit sur mes réponses, je la trouve hyper réactive. L'interview se déroule comme une conversation informelle et plaisante, et toutes mes appréhensions concernant le contenu de l'émission s'évanouissent. Je me sens plutôt à l'aise, et vu que j'ai envie de rigoler je baguenaude un peu, de toute façon je peux pas m'empêcher, si c'est juste pour répondre avec componction, je vois pas l'intérêt. Le temps passe hyper vite, quand je regarde ma montre il est déjà 11h15... mon co-invité fait sa démonstration de self défense (assez mémorable je dois dire) et voilà, c'est déjà fini. Je suis presque déçue, je commençais juste à être en forme. Mais je suis tout de même ravie, ça s'est bien passé, et j'ai globalement l'impression de ne pas avoir dit ou fait n'importe quoi. Incroyable.

Avec le recul, je réalise que ce média est un énorme rouleau compresseur, et qu'il doit falloir une sacrée habitude pour en déjouer les pièges. Dans mon cas, les questions et les réactions des intervenants sont restées assez superficielles, mais si j'avais été confrontée à un intervieweur plus mordant, plus critique, ou plus indiscret, je ne suis pas certaine que j'aurais eu la présence d'esprit de me défendre, ou de rester inflexible. J'ai été prise dans le rythme de l'émission, et avant de répondre aux questions, pas une seule fois je me suis demandé si elles étaient légitimes ou pertinentes... c'est probablement pour ça que je me suis sentie dans mon élément, et vice-versa. Le système a eu ma peau, c'est terrible.

Maintenant il va falloir affronter l'épreuve du visionnage... pendant l'émission j'ai aperçu du coin de l'oeil mon image dans un écran, je me suis empêchée de regarder pour ne pas défaillir d'horreur en direct, je me connais, comme pas mal de monde j'ai beaucoup de mal devant mon propre reflet... pour l'instant je n'ai vu que quelques photos, sur lesquelles je ressemble à peu près à ce que je suis, ce qui relève déjà du miracle. J'attends la copie de l'enregistrement, et je la rendrai disponible dès que possible. Ceux de mes proches qui ont vu l'émission ont évidemment tous clamé, dans un bel élan d'objectivité, que j'étais belle et merveilleuse ; je suis donc en train de devenir définitivement mégalomane. En revanche, je caresse l'idée de me soumettre à un lavage de cerveau pour arrêter de dire "voilà" toutes les quatre secondes, je crois qu'il faudra bien ça.

L'expérience a en tout cas été drôle, c'est surtout ce que je retiens. Je ne suis pas sûre d'avoir bien "vendu" mon bouquin, du reste c'est normal, je suis super mauvaise en commerce, tellement bien que j'ai totalement oublié de parler de mon blog. Je me dis aussi que quand on n'a pas peur, c'est peut-être qu'il n'y a pas de raison. Dommage que Pivot ait arrêté Apostrophes, je suis sûre que j'aurais fait un tabac.

  

PS : en fait il me reste encore un peu d'auto-promo en réserve : j'ai été interviouvée pour le site Un livre un jour, ainsi que mes copines de collection. Voilà, maintenant vous savez absolument tout de moi ;-)

EDIT : alors je vais recevoir le fameux enregistrement en format DVD. Je sens l'impossibilité technologique se profiler à l'horizon, et je ne peux rien vous promettre quant à sa résolution... je vais faire de mon mieux, dès que j'aurai ce satané truc entre les mains ! 

EDIT 2 : c'est une catastrophe, je ne peux rien faire du DVD que je viens de recevoir. Evidemment c'est un format spécial, évidemment ça ne fonctionne pas sur Hautetfort, évidemment c'est un complot international. Je suis désolée... et éternellement reconnaissante d'avoir des proches disposés à m'aider, peu importe le résultat ;-)

 

26/02/2007

Une soirée particulière

Oui, je sais, je suis en-dessous de tout. J'aurais voulu pouvoir vous raconter la soirée de mercredi bien plus tôt, mais j'ai une bonne excuse : telle que vous me voyez, j'ai frôlé la mort par épuisement. Et il m'a fallu ces quelques jours pour m'en remettre, physiquement et émotionnellement d'ailleurs, car je suis une pauvre petite chose fragile. Je me rends bien compte que pour celles et ceux qui m'ont vue mercredi, c'est difficile à croire, mais je vous rappelle que les apparences sont fourbes.

Du coup, vous avez certainement déjà lu chez mes copines le récit de cette soirée, ou de ce qui a précédé... vous avez déjà constaté que cette soirée s'est merveilleusement bien déroulée, dans une ambiance gaie et conviviale, et vous avez déjà compris que nous en garderons un excellent souvenir. Vous savez aussi que plein de gens sont venus, bravant courageusement leur timidité et leur anonymat habituel, et que nous avons été reçues comme des reines par la tenancière des lieux. Vous avez probablement déjà vu les photos qu'elle a prises et publiées sur son site, et identifié pas mal de monde parmi ces gens si rayonnnants (je note que, pour une fois sur des photos, je ne ressemble pas au croisement improbable entre une chanteuse de country et un adjudant chef, miracle). Vous avez ressenti l'enthousiasme, la chaleur et l'empathie qui ont animé ce moment. Vous avez compris que la sortie de nos livres n'a été qu'un prétexte pour se rencontrer, mettre des visages sur des pseudos et rire ensemble. Bref, vous êtes déjà au courant de la réussite de cette soirée, et je ne peux que confirmer vigoureusement. Quant à moi j'ai un petit regret à émettre : j'aurais voulu échanger, discuter et rire avec plus de monde... je n'ai pas eu le temps ou l'opportunité de dire un petit mot à chacun, le temps a passé si vite ! Je me suis juré de faire mieux la prochaine fois, c'est trop bête de laisser passer la chance de mieux faire connaissance.

Je me suis d'ailleurs laissé dire que la prochaine fois était finalement très proche, genre fin avril pour la sortie du livre de Caro ! Au fond, c'est ça que je retiens de cette soirée : l'envie d'aller de l'avant, l'impatience de l'avenir, la certitude que plein de bonnes choses sont à venir. La fatigue physique due à une (très) courte nuit ne m'empêche pas d'avoir fait le plein d'énergie à votre contact ; toutes ces rencontres sont stimulantes, tellement remplies d'humanité qu'elles ne peuvent que m'enrichir. Et il se trouve que c'est ce qui m'intéresse dans la vie : l'humain. Un jour je suis tombée sur une citation (ah tiens y'avait longtemps) de Saint Exupéry qui disait : "Le seul vrai luxe dans la vie, ce sont les relations humaines". J'ai rarement été aussi foudroyée par une évidence, et je suis enchantée quand il m'arrive, comme mercredi, d'en éprouver concrètement la vérité.

Pour tout ça, merci du fond du coeur... j'ai tellement hâte de cette prochaine fois ! Et j'espère aussi que les timoré(e)s auront vaincu leur appréhension et oseront venir nous rejoindre !

Bien, tout ça est un peu grandiloquent... je vais tâcher de finir sur une note plus loufoque : incroyable mais vrai, je vais passer à la télé. J'en reviens pas moi-même, c'est légèrement surréaliste en fait. Alors évidemment, l'émission est diffusée sur une chaîne, comment dirais-je... confidentielle ? Mais peu importe, je sens que ça peut être drôle, malgré mes réticences initiales à montrer ma tronche dans la boîte à cons. Or donc, si vous n'avez rien de mieux à faire vendredi à 10 h 30, vous pourrez visionner ma prestation (dont j'espère qu'elle ne sera pas trop désastreuse, puisqu'en direct et sans filet) sur Direct 8, dans l'émission "Bien être", dont l'animatrice a l'air enthousiasmée par le sujet de mon bouquin. Je n'ai jamais regardé cette chaîne, je ne sais pas du tout comment se déroulent leurs émissions, donc si ça se trouve ça va être une vraie cata, mais trop tard, j'ai dit oui ! Et puis cette fois je monte à Paris en train, je ne devrais donc pas être défigurée par la terreur de l'avion. Ce sera aussi l'occasion de vérifier si je suis aussi peu télégénique que photogénique, auquel cas j'échapperai à tout jamais à la célébrité, ce qui au fond ne serait pas fait pour me déplaire. Je vous demande donc votre plus grande indulgence, et je vais de ce pas choisir soigneusement ma tenue, il paraît que le rouge, ça passe hyper mal à l'écran.

 

PS : précision technique, Direct 8 peut se regarder sur le site de la chaîne, et l'émission est rediffusée à 16 h. Vous n'avez plus d'excuses ;-)))

PPS : pour voir les photos sur le site des Dessous de Ginette, il faut aller dans la rubrique "Agenda" en date du 21 février. 

EDIT (un peu tardif, pardon ;-)) : sur les photos, je suis à gauche sur la première et sur la quatrième.