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03/06/2007

Fiche de lecture

Ca alors, un questionnaire ! Y'avait longtemps non ? Merci Annelise ;-)

Pour être honnête, ce n'est pas mon exercice favori ; mais celui-ci est particulier puisqu'il parle de livres. A bien y réfléchir, je suis très étonnée de ne pas parler ici de mes lectures. Lire, pour moi, ça s'apparente un peu à respirer ; j'ai toujours lu, depuis que je sais le faire, quasiment tout ce qui me tombait sous le main, de façon très compulsive, sans jamais me lasser. Il se passe rarement un jour sans que je lise, c'est essentiel à mon équilibre. S'il me fallait choisir entre lire et écrire, je choisirais lire, sans aucun doute.

Si je suis boulimique de lecture, j'arrive quand même à choisir parmi l'offre pléthorique que propose l'industrie de l'édition... je vais sûrement oublier quelques titres, mais je vais faire de mon mieux.

4 livres de mon enfance

Je dirais plutôt les collections de mon enfance... les mêmes que vous, très probablement.

Oui-Oui. J'adorais Oui-Oui. Il y a quelques mois, avec des amis, nous avons désespérément cherché le nom de l'ami de Oui-Oui, ce charmant petit personnage aux joues rouges. Vous savez quoi ? Il s'appelait Potiron. Complètement dingue.

Le Club des Cinq. Entre eux et le Clan des Sept, il fallait trancher, j'ai choisi mon camp. En revanche, j'ai totalement oublié de quoi ça pouvait bien parler. Genre ils faisaient des enquêtes, non ? Ca doit être ça.

La comtesse de Ségur. Aaaah... cette chère comtesse, si surannée, si douce et si réactionnaire. Un monument de conservatisme, de morale périmée et de sexisme. Un vrai bonheur.

Et le quatrième ? Bah je sais plus. Quelque chose de très académique, à l'image des trois premiers...

4 livres de mon adolescence

L'étranger, de Camus. Ce livre a été une révélation pour moi ; je ne saurais pas dire pourquoi, mais il a remué des tas de choses enfouies. Je me rappelle de l'émotion intense que j'ai ressentie après l'avoir terminé, et qui m'a fait penser : c'est donc ça, un prix Nobel...

Thérèse Desqueyroux, de François Mauriac. Oui, j'étais hyper fun quand j'étais ado. Je l'ai relu récemment, et à nouveau j'ai été frappée par la force de l'écriture, l'universalité du propos, la profondeur des personnages.

Tous les Pagnol. J'ai vécu des années en Provence par procuration... aujourd'hui je n'ai plus envie de relire tous ces petits bijoux, je crois que j'ai peur d'en abîmer le souvenir.

Tarendol, de René Barjavel. J'ai ensuite lu Le grand secret et La nuit des temps, mais Tarendol reste un souvenir émerveillé. Je viens de relire Ravage, et ce livre m'est soudain apparu comme atrocement rétrograde et moraliste, ça m'a saoûlée. Donc je suis mitigée sur Barjavel, en fait.

4 livres de ma vie étudiante

Alors d'abord tous les bouquins de droit constitutionnel, d'économie, d'histoire des idées et de géopolitique que tout étudiant de Science Po digne de ce nom doit se fader. Des souvenirs grandioses, on s'en doute.

Patrick Cauvin. C'est à cette époque que j'ai découvert cet auteur que j'adore, et dont j'ai depuis dévoré tous ses ouvrages, sans exception. Le premier que j'ai lu c'est Rue des Bons Enfants, qui est formidable, mais de toute façon ils le sont tous. Attention, ce n'est pas de la graaaaaande littératuuuure, mais on s'en fout, c'est très bien écrit et ça vous embarque dès la première page, perso c'est tout ce que je demande.

Conflits de famille. C'est aussi pendant cette période que j'ai découvert Alison Lurie, un génie d'ironie et de satire sociale, tout en finesse et en férocité. A la suite de celui-ci j'ai systématiquement lu tous les autres ; je conseille notamment La vérité sur Lorin Jones. En revanche le dernier, La vérité et ses conséquences, m'a un brin déçue.

Les écrivains américains. A l'IEP nous avions un cours d'introduction à la littérature (pas que des enseignements barbares finalement), et à cette occasion j'ai découvert l'existence d'Irving, Roth et Auster, entre autres. Je ne les aime pas tous en bloc, c'est vraiment au cas par cas. Mention spéciale pour Le monde selon Garp et Léviathan, tout de même.

4 livres récents que j'ai aimés

Tout ce que j'aimais, de Siri Hustvedt. Merci, Julie, de m'avoir fait découvrir cette pépite. Ce bouquin est un chef d'oeuvre, c'est bien simple. L'auteure mêle au récit de vies ordinaires toute une réflexion sur une époque, une ville, une mentalité, avec de virtuoses digressions sur la sociologie et la psychologie. J'ai rarement lu un livre dégageant une telle force, une telle personnalité.

King Kong Théorie, de Virginie Despentes. Sur elle, je n'avais que de vils préjugés d'écriture facile et de sujets racoleurs ; Les Jolies Choses m'était tombé des mains il y a quelques années, mais celui-ci, j'avais vraiment envie de le lire. Je n'ai pas été déçue, et au-delà, j'ai totalement adhéré à son triste constat, qui en gros et selon moi, expose l'impossibilité présente et future de l'existence de relations apaisées entre hommes et femmes. Le fait qu'elle y détaille sans fausse pudeur son cheminement vers la féminité m'a beaucoup touchée, et j'ai découvert une femme qui n'a pas besoin de singer les modèles préétablis pour se sentir être. Et rien que ça, ça fait du bien.

Moi, Charlotte Simmons, de Tom Wolfe. De lui, j'avais déjà adoré Un homme, un vrai. Mais son dernier ouvrage est tout aussi féroce dans la description de la société américaine nantie et bien pensante. Le personnage éponyme est confondant à la fois de bêtise, d'ambition, de sainte-nitoucherie, de conformisme et de vanité. Une adorable jeune fille.

Traité de savoir-survivre par temps obscurs, de Philippe Val. Alors là, pour être franche, je ne pense pas avoir tout bien compris des tenants et des aboutissants de la thèse de l'auteur, mais j'en ai pigé assez pour être éblouie par la démonstration, et aussi par l'érudition de ce type. Cette lecture a également réveillé en moi le fol espoir que l'humanité n'est peut-être pas totalement perdue pour elle-même... mais c'est pas gagné, disons-le tout net.

4 collections de BD que j'adore

Oh ben aucune, je ne lis pas de BD. J'aime pas les images, je ne suis pas du tout une visuelle, moi j'aime quand il n'y a que des mots. Cela dit j'ai lu pas mal d'Astérix, c'est ma seule référence en la matière. Mais je me rattrape comme je peux en suivant goulûment le blog de Soph, les Toujours Ouvrables. Si vous ne connaissez pas, allez voir, c'est à mourir de rire.

4 écrivains que je relirais encore et encore

Patrick Cauvin, bien sûr.

Stephen King. Ah tiens c'est curieux, je n'ai pas encore parlé de lui ! J'aime surtout les livres de la maturité, comme on dit, ceux qui ont comme personnage central une figure emblématique de femme bafouée et courageuse : Dolores Claiborne, Rose Madder, et surtout Jessie. Stephen King est un écrivain extraordinaire, ses bouquins sont foisonnants, son écriture toujours juste.

Patricia Cornwell. Les deux derniers tomes de la série des Scarpetta sont plus faibles que les autres, mais c'est une saga que j'adore.

Alison Lurie, donc.

4 écrivains que je ne relirai sûrement jamais

Douglas Kennedy. J'en ai lu deux, et j'ignore encore pourquoi je ne me suis pas arrêté au premier... je ne comprends pas pourquoi on présente cet homme comme un écrivain. Ses sujets n'ont aucun intérêt, son écriture est plate, vraiment, les raisons de son succès m'échappe.

Zola et compagnie, c'est à dire Balzac, Stendhal et tous ces romanciers poussiéreux du 19° auxquels j'ai miraculeusement échappé, merci Lagarde et Michard. En fait je n'ai lu que L'assommoir, duquel j'ai pensé qu'il portait bien son nom... j'ai horreur de tous ces classiques, même sans les avoir lu, c'est vous dire comme je suis bornée. Mes proches m'ayant tous seriné que Maupassant faisait notablement exception à la règle, je viens de commencer Une vie. Pour l'instant je ne saute pas précisément au plafond, mais je vais essayer de le finir.

Dan Brown. Je suis obligée de vous l'avouer, j'ai lu Da Vinci Code, oui j'ai honte, oui je me repens. Ca m'aura au moins servi à prendre la décision de ne plus jamais lire de bouquin semblant avoir été écrit par un ordinateur.

Paulo Coelho. Cette fausse philosophie de pacotille, c'est carrément un scandale international.

4 premiers livres de ma liste à lire

Un corps parfait, d'Eve Ensler. J'ai vu récemment Les monologues du vagin, je pense que je ne m'en remettrai jamais tellement j'étais bouleversée. Je suis très sensible à tout ce qui touche de près ou de loin à la condition des femmes, en ce moment.

Tout est illuminé, de Jonathan Safran Foer. Ma soeur est dithyrambique à son propos ; nous avons rarement les mêmes goûts en matière de livres (normal, elle a fait des études de lettres, et elle sait mieux que moi ce qui est bon. Non, ce n'est pas ironique, Toto. Oui, j'appelle parfois ma soeur Toto, et alors ?) Bref, sur ce coup-là je sens qu'elle a raison, donc je vais le lire.

XY, de l'identité masculine, d'Elisabeth Badinter. C'est pas que je meure d'envie de comprendre les hommes, notez. Mais bon, ce livre traîne sur mes étagères depuis des années, et je ne l'ai jamais que survolé, alors je me dis qu'il faudrait tout de même que je le lise. Je ne suis pas convaincue, mais enfin il paraît que c'est vraiment très bien, donc...

La mariée mise à nu, de Nikki Gemmell. Quand je vous dis que je suis monomaniaque ! Sans blague, on m'a dit que c'était excellent.

4 livres que j'emporterais sur un île déserte

Un dictionnaire, évidemment. Il est impossible de s'ennuyer quand on a un dictionnaire.

Des romans historiques. N'importe lesquels, j'adore tous les romans historiques. Et des biographies aussi, plein. Je recommande chaleureusement L'irrégulière, d'Edmonde Charles-Roux, le récit passionnant de la vie de Coco Chanel, cette héroïne.

A la recherche du temps perdu : si j'ai bien compris, il faut vraiment n'avoir que ça à faire pour arriver à bout des sept tomes.

Les textes de Brel, Brassens, Renaud, Aznavour, Desproges. De la littérature en soi, vraiment. Ca me servirait à me rappeler à la fois de la beauté du monde et de sa laideur, aussi. Et puis ça me ferait rigoler, c'est toujours ça de pris.

Les derniers mots d'un de mes livres préférés

« ... Mais la surprise de Gladys était dans la chambre à coucher, elle tira Norma Jeane par la main, & la souleva de terre pour qu'elle regarde dans un cadre le bel homme souriant qui sembla en cet instant lui sourire. « Tu vois, Norma Jeane ?... Cet homme est ton père. »

Ce sont les derniers mots de Blonde, de Joyce Carol Oates, une biographie libre et hallucinée de Marilyn, adorable poupée sexuelle désespérément en quête d'amour. On voit où ça mène...

 

EDIT : alors bien entendu, il me revient progressivement à l'esprit nombre de livres dont j'aurais aimé parler.

D'abord, Garcia Marquez, Cent ans de solitude, il FAUT le lire, cherchez pas à comprendre. Du même continent, Isabel Allende, c'est formidable.

Ensuite les écrivains anglais contemporains : Hornby, Lodge, Connolly, et Amis, mais moins.

Une auteure américaine découverte récemment, Dorothy Allison, et un auteur, américain aussi, mais découvert il y a longtemps, Pat Conroy. 

Enfin un écrivain et journaliste français qui me fait hurler de rire : François Reynaert, éditorialiste au Nouvel Observateur (mais je ne lis pas le Nouvel Observateur, je devrais tant cet homme est drôle), auteur notamment de Une golden en dessert, un petit bijou.

Voilà, si je me souviens d'autre chose, je referai un edit. J'aime l'exhaustivité ;-) 

15/05/2007

Derrière le comptoir

Un jour, un être cher à mon coeur m'a dit : "Tu as une voix de fille de café". Ca reste un des plus beaux compliments qu'on m'ait fait, tout simplement parce que je suis une fille de café. De bar, de bistrot, de rade, quoi.

Comme je l'évoquais ici, je suis une fille de café puisque j'ai été à la tête d'un glorieux établissement de nuit, ayant péréclité pour cause de nullité en gestion et d'envie dévorante de faire la fête plutôt que les comptes. Mais en vérité, je suis une fille de café depuis bien plus longtemps que ça. J'avais huit ans lorsque mes parents se sont improvisés du jour au lendemain bistroquets-restaurateurs-hôteliers. C'est dans un petit boui-boui de quartier qu'a commencé ma vie derrière le comptoir.

Ce sont des souvenirs compliqués à évoquer car ils sont foisonnants, contradictoires, désordonnés. Nous habitions à l'époque à l'intérieur de l'établissement ; c'est là que j'ai compris que cette activité n'était pas un choix professionnel mais un choix de vie. Le choix de ne pas avoir de week-ends ni de vacances, le choix d'être en permanence confronté à des gens qui estiment que le client est roi, le choix d'être sempiternellement accablé de soucis techniques, financiers ou familiaux, le choix de se coltiner avec tout ça parce qu'on veut réussir dans la vie, mieux que ce qu'on vous a prédit. J'ai vécu tout ça avec l'intensité que peuvent avoir les terreurs enfantines, comme si tout tenait à un fil prêt à casser à chaque instant. Cette vie m'a probablement dicté la fuite devant l'instabilité et la dépendance, mais elle m'a surtout laissé des bribes de moments merveilleux.

J'ai été une gamine émerveillée de pouvoir jouer à la marchande pour de vrai. Emerveillée d'apprendre à faire un café avec une grosse machine ronronnante, de rendre la monnaie à des clients hilares ou attendris, d'essayer des centaines de fois de tirer correctement une pression, les pieds arc-boutés sur le fût de bière. Je me souviens de ma mère obligée de demander à un client assoiffé comment faire le diabolo-menthe qu'il lui réclamait. Je me rappelle l'odeur reconnaissable entre mille d'un bar au petit matin. Je n'oublierai jamais ces soirées à traîner entre les tables avant d'aller au lit, ni ma petite soeur se trémoussant sur la Danse des Canards, le hit des juke-box, en secouant adorablement ses longues anglaises. Mon esprit est marqué à jamais par l'image de mon père cachant sous des lunettes noires un coquard, parce qu'un client mécontent, ou saoûl, ou les deux, lui avait cassé une bouteille sur la tempe. C'est là que se sont fixés mes goûts et mes dégoûts, de l'odeur du pastis que je n'ai jamais pu supporter, à ma passion pour l'expresso brûlant tout juste sorti du piston. C'est là aussi que s'est formée ma manière d'être avec les autres, rigolarde et empreinte d'une pointe de vulgarité que j'aime, bêtement, à revendiquer. Je me souviens surtout de la satisfaction éprouvée à trôner derrière le comptoir, à contempler les impeccables alignements de bouteilles, les rangées étincelantes de verres et le tas de sous-bocks. J'étais chez moi.

Et puis il y avait la cuisine, un recoin exigu où mon père avait tout juste la place de s'agiter. Ca aussi c'était rigolo, la friteuse bouillonnante, le vieux piano débordant de gamelles, les torpilleurs et les couteaux. J'ai passé beaucoup de temps en cuisine, à le regarder faire, pleine de l'adoration que seule une enfant peut éprouver pour son père, et parfois à l'aider, même si je crains que ça ne soit pas le mot juste. Je suppose que mon enthousiasme devait le contraindre à se prêter au jeu... mais on sentait de la fierté chez lui, aussi.

Enfin il y avait la vie, tout autour... la volonté, malgré tout, des mes parents, de nous préserver de cette vie de patachon. Je crains que ça n'ait échoué ! L'école où il fallait briller, la catéchisme où je ne voulais pas aller, les copines qu'il fallait inviter à une table de bistrot. Un samedi matin, ma mère et moi prenions le petit déjeuner dans la salle, lorsque le rideau masquant la vitrine s'est soudain décroché dans un long feulement d'étoffe. Nous nous sommes retrouvées toutes les deux en tenue de nuit devant le regard éberlué des passants. Ca fait longtemps que nous n'en avons pas parlé, mais je suis sûre à cette occasion de piquer un nouveau fou rire avec elle... La vie dans un bar est une vie à part entière ; je crois avoir été moins préservée du monde, à y passer mon enfance. Et c'est probablement ce que j'en retiens d'abord : les gens, les sourires, les fatigues, les blagues, les réparties, les fâcheries, les amitiés. Les gens, toujours. Et la vie qui continuait d'exister à l'extérieur me semblait souvent bien fade.

Aujourd'hui encore cette intensité me manque... parfois, accoudée à un bar, j'observe celui ou celle qui veille derrière le comptoir, et si je laissais mon coeur faire, il ressentirait un pincement.

Je suis depuis retournée dans le bar de mon enfance... la place de l'ancienne cuisine est à présent occupée par d'immenses toilettes, le bar fait trois mètres de plus et l'hôtel du premier étage n'existe plus. Tout l'endroit est méconnaissable, mais au détour d'un regard j'ai parfois aperçu des fantômes qui me faisaient un clin d'oeil. De derrière le comptoir...

 

23/04/2007

En vrac

Ceci est une note totalement décousue.

Un mot, simplement, à propos des élections, comment y échapper : malgré ma mauvaise foi sans bornes, je me dois de reconnaître que ce premier tour est globalement satisfaisant. Finalement, ce que je retiens le plus est le plaisir quasi orgasmique à l'annonce du score du faux borgne. Des moments de bonheur pur comme ceux-là, on n'en éprouve pas tous les jours, il faut les savourer.

En ce moment je suis à Paris, ce qui signifie que je suis heureuse, comme à chaque fois que j'y suis, mais aussi que je serai là mercredi soir pour fêter dignement la sortie du livre de Caro. Comme la dernière fois, j'espère ardemment que vous nous rejoindrez pour boire un coup, discuter de tout et de rien et surtout rire à gorge déployée. Surtout n'hésitez pas, venez ! Les modalités pratiques sont .

Si vous vous inquiétez de ma santé, rassurez-vous, tout va bien, ou presque : je vous expliquerai l'évolution des choses dans un prochain billet, mais là, je suis en vacances, il fait un temps splendide et quand je me penche à la fenêtre, j'aperçois le Sacré Coeur : ne m'en veuillez pas, mais j'ai envie de faire tout autre chose que de rester devant mon écran... 

A mercredi pour les uns, et à bientôt pour les autres...

EDIT : il fallait bien que ça arrive, je suis rentrée. Mais j'ai fait des provisions de rires, de complicité et de bonheur. Et Paris est toujours aussi beau, même par temps caniculaire. Spécial merci à tous les participants de la soirée d'hier, je me suis régalée. La tenancière des lieux a d'ores et déjà publié des photos compromettantes (rubrique agenda, en date du 25 avril).

Et juste une petite précision avant d'aller défaire mes valises : le premier paragraphe de ce post me semble tout à coup affreusement trompeur. Je n'ai pas particulièrement envie de prendre parti dans la campagne électorale, mais vous devez avoir compris que je ne suis pas à proprement parler fan d'un certain petit homme très énervé et juché sur des talonnettes. Je voulais simplement dire que les résultats de ce premier tour, malgré tout, sont moins terrifiants que ceux de 2002... même si le résultat risque finalement de l'être plus.

 

25/03/2007

Quand je serai grande

Maintenant que je le suis, j'ai oublié toutes les fins possibles à cette phrase...

Mais je me rappelle tout de même pas mal de choses de mon enfance. D'abord que j'aimais pas tellement ça, être une enfant. Je crois que j'ai toujours voulu être une adulte, je m'en foutais pas mal de l'insouciance et de l'irresponsabilité et de la liberté. Jouer, faire l'idiote avec mes copines ou passer le mercredi après-midi devant des dessins animés, je ne me souviens pas que ça m'ait jamais satisfaite. En fait je crois que je devais porter sur moi une certaine gravité ; à la place de mes parents, je me serais vaguement inquiétée, mais il faut croire que ça ne devait pas leur sembler problématique...

Moi ce que j'aimais, c'était lire, déjà, tout ce qui me passait sous les yeux, et courir pieds nus dans les terrains vagues de mon lotissement comme Zora la rousse. Ou alors faire du vélo toute seule en pédalant comme un malade, et m'exploser par terre au détour d'un virage : ça aussi c'est un souvenir très prégnant, pendant des années j'ai eu les genoux pleins de mercurochrome. J'étais ce qu'on appelle un garçon manqué, cette expression me glace le sang tant elle transporte de stéréotypes, de frustrations et de sexisme. Mais dans les années 70 ça ne choquait pas grand monde.

Et puis j'ai été une enfant seule, pendant six ans, et aujourd'hui je réalise que ça m'a probablement beaucoup marquée. Je pense que les enfants uniques ne me contrediront pas ; moi j'étais juste l'aînée, mais mes premières années ont bel et bien été solitaires. Toujours, quand quelqu'un me dit être l'aîné de sa fratrie, je pense qu'il a dû être un enfant seul, et qu'on se remet jamais vraiment de cette sorte particulière de solitude. Et puis un autre enfant arrive, et on occulte ce temps, on acquiert un autre statut. Mon premier vrai souvenir, celui qui a une existence charnelle pour moi, que je me rappelle avoir vécu autrement que dans un rêve, c'est ma soeur qui fait ses premiers pas en tendant vers moi ses bras potelés.

Mais par-dessus tout, je voulais grandir. Je voulais savoir, faire face, choisir. Je voulais une existence propre, je refusais la dépendance. Je crois que j'avais envie qu'on me foute la paix finalement, je suis une sauvage dans l'âme, et déjà à cette époque j'avais envie d'être comprise plutôt que d'être aimée.

C'est très étrange de constater à quel point l'enfant qu'on a été est à la fois différent et semblable de l'adulte qu'on est devenu... et c'est également compliqué pour moi de ne pas tomber dans la plus sombre mélancolie à l'évocation de mon enfance. Parce que bon, c'était pas non plus un roman de Dickens. J'étais une petite fille aimée, choyée et valorisée. Et je rigolais, même, parfois. Je ne m'en souviens pas précisément, mais je suis sûre que ça m'arrivait ! En vieillissant, comme pas mal de monde, je suis encline à me dire que c'était plus facile d'être un enfant dans les années 70 que dans les années 2000. Pourquoi ?, me direz-vous. Eh bien je ne sais pas, c'est une impression diffuse. Ou alors ça vient de l'image que j'ai gardée de cette époque, dont il me semble qu'elle incitait plus à la franche rigolade que les années actuelles. Entre autres, les sous-pulls vert caca d'oie qui font dresser les cheveux sur la tête, les coupes au bol, les Jeux de 20 heures avec Maître Capello, la Bibliothèque rose et Candy, ça ne peut pas être l'émanation d'une décennie totalement mauvaise. Le ridicule et le mauvais goût propres à cette époque se teintent de sympathie, maintenant qu'on n'est plus obligés de les subir... finalement ce n'est pas un regret d'avoir été un enfant à ce moment-là. Alors qu'avoir été ado dans les années 80, au hasard, c'est la désolation totale.

 

Bref, tout ça pour dire que nous sommes tous, un jour, retombés sur une vieille photo faisant resurgir de tels souvenirs. Et nous faisant souvent éclater de rire, bien sûr. C'est peut-être à partir de cette expérience commune que Traou a imaginé Couettes et Houpettes, une collection de photos de blogueurs lorsqu'ils étaient enfants, une somme de clichés hétéroclites, cocasses et attendrissants qui m'a donné l'envie impérieuse d'y participer. Dont acte : entre temps j'ai remis la main sur la photo où je ressemble furieusement à Chucky, poupée de sang, et voilà ce que ça donne :

 

medium_Alex_Chucky.6.jpg

Vous comprenez enfin pourquoi il me tardait tant de grandir, non ?

25/01/2007

Moi, pomme, 33 ans, sous-douée en informatique

Je ne reviendrai pas sur ma haine absolue des machines, qui la plupart du temps semblent avoir une vie propre, et notamment les ordinateurs, qui à mes yeux sont la manifestation d’une forme sophistiquée de magie noire. Non, je laisse cette tentation de côté, ce serait trop facile de taper sur cet objet sans qui je ne serais plus rien ; la seule éventualité qu’il puisse un jour tomber en panne, me privant de toute relation avec le monde extérieur, me plonge dans un état de panique proche de la syncope.

Il y a quelques jours, n’écoutant que mon courage (et mon orgueil démesuré), je me suis lancée à l’assaut du relooking de mon blog. J’ai à cette occasion fait la connaissance d’un charmant document nommé feuille de styles, contre qui je me suis vaillamment battue pendant plusieurs heures. Le combat s’est soldé par un ex-aequo.

Comme vous le constatez, j’ai réussi à opérer certains changements (dont j’espère qu’ils ne vous dérouteront pas autant que moi), mais je suis encore loin du résultat escompté. Le plus important pour moi, c’était d’améliorer la lisibilité, d’où la taille de police plus importante et l’étalement du texte. Bien évidemment, j’aurais préféré conserver la colonne de gauche, mais ça s’est avéré impossible (pour moi hein, en fait ça doit être parfaitement faisable). Passe encore ! Ce qui me turlupine à présent, c’est la couleur de fond, et surtout la BANNIERE.

Voilà, c’est dit, j’aimerais une bannière. Mais je sais pas comment ça marche. Du tout. Ceci est donc un appel officiel à toutes les bonnes volontés : si vous savez faire une bannière, si vous avez des idées, et surtout si ça vous chante, n’hésitez pas, manifestez-vous ! Je n’ai pas la moindre idée du graphisme ou je ne sais quoi, j’y connais rien, je veux simplement de l’aiiiiiiiiiide. Quitte à m’asseoir sur ma fierté, une fois de temps en temps, ça peut pas faire de mal.

Bien sûr vous avez aussi le droit de me dire ce que vous en pensez ! J’aurais pu vous demander votre avis avant, je l’admets, mais une fois que j’ai plongé le nez là-dedans j’ai pas pu m’empêcher de changer plein de trucs. Handicapée de la technologie, mais curieuse insatiable, ça me convient finalement !

EDIT : J'ai décidé de tester une nouvelle police. Comme de juste, il faudrait modifier les notes une à une pour qu'elles soient toutes rédigées avec cette nouvelle police, et comme de juste j'ai la flemme. Vos remarques et appréciations sont les bienvenues : préférez-vous avant ou après ? Merci ! 

EDIT 2 : Ben finalement, j'ai remis l'ancienne police, une idée, comme ça. Et aussi la forte impression que ça n'a qu'une importance très anecdotique ;-)

08/01/2007

What have you in your basket ?

Rassurez-vous, contrairement aux charmants personnages des Deschiens, je ne transporte pas du fromage (de chez Morel, ou d'ailleurs) dans mon sac à main. Cela dit, vu la consommation éhontée que je fais de cet aliment divin, je serais peut-être bien inspirée d'en avoir toujours sur moi. Il n'y a guère que les possibles émanations odorifères qui me freinent dans ce projet.

Bref. En lisant le blog de Lilo, j'ai été saisie de l'envie irrésistible de vous dévoiler le contenu de mon réticule (mais nan c'est pas un gros mot). Lilo est une jeune personne d'une beauté arrogante, d'une intelligence rare et d'un humour ravageur, et en lisant son post sur les sacs à main, ivre de jalousie, j'ai décidé d'en faire autant. Bien évidemment je rigole Lilo (pour la seconde partie de la phrase en tout cas !), c'est juste que je ne peux dignement pas décliner ton invitation à le faire !

Donc, dans mon sac à main (ou mes plutôt, j'en ai plusieurs, je suis sacàmainopathe), il y a :

Mon agenda, dont je ne me sers jamais, j'ai pas de rendez-vous. Et quand j'en ai, je m'en souviens toujours, je les note même plus. D'ailleurs, je vous le demande, quel est l'intérêt de consigner soigneusement un rendez-vous chez le médecin (au secours) ou chez le coiffeur (guère plus réjouissant) ? En fait, j'ai acheté cet agenda parce qu'il était joli : rouge, avec des petites fleurs incrustées dedans. Mais bien sûr, comme les produits manufacturés sont de nos jours de bien piètre qualité, ma pauv' dame, il est à présent vaguement orangé (c'est magnifique) et la plupart des petites fleurs se sont carapatées, laissant des écorchures béantes sur la couverture. La-men-ta-ble. Je m'en sers tout de même pour conserver mes papiers, genre ma carte d'identité périmée (mais c'est pas grave, si je me fais arrêter j'aurai qu'à faire du gringue au policier. Enfin, si j'ai ma ceinture bien sûr), ma carte grise (saloperie de bagnole), mon attestation d'assurance (de la valeur d'un lingot vu ce que ça coûte), diverses cartes de fidélité (rien que l'expression me fait rire) refilées par des enseignes de parfumerie ou d'habillement dans un moment de faiblesse (un jour où j'avais trouvé un vêtement qui m'allait, donc) et aussi toute la paperasse inhérente à la Sécurité Sociale et à ma mutuelle. Du coup, je n'écris quasiment jamais rien dans mon agenda, mais il pèse huit kilos.

Mon porte-monnaie. Ou plus exactement, il y avait. J'ai perdu mon porte-monnaie il y a quinze jours, pile la veille de mon anniversaire, ça doit être freudien. Dedans il y avait trois euros douze approximativement, mais surtout ma carte bleue. Opposition, paperasse, attente de vingt minutes à la banque, tout ça pour hériter d'une nouvelle carte bleue d'une hideuse couleur verte (faut pas chercher à comprendre) c'est toujours agréable. Dedans il y avait aussi plein de cartes de visite (enfin de restaus plutôt), de vieux tickets de métro vestiges de mes séjours à Paris (à Toulouse je ne prends jamais le métro, il y a trois stations, c'est pas du tout pratique), ma carte de bibliothèque, et aussi d'autres trucs dont je ne me souviens pas. Je suis un peu triste d'avoir perdu mon porte-monnaie, il était joli. Rouge, donc. M'en fous, je vais en racheter un encore plus beau.

Des lunettes de soleil, correctrices ou neutres, selon que je porte ou non mes lentilles de contact. La vision est pour moi une torture permanente. Ma myopie est faible, mais je ne supporte pas de ne rien y voir, donc il me faut être toujours corrigée. Et pour corser le tout, je dois descendre directement de la lignée des comtes de Dracula, car dès que le moindre rayon de soleil, même blafard, pointe son nez, je deviens quasi aveugle. Donc lunettes noires. Normales quand j'ai mes lentilles, correctrices si je porte mes lunettes. A mon avis vous ne comprenez rien à ce que je raconte, je crois qu'il est plus prudent que je m'arrête là. Retenez simplement que dans mon sac, il y a des lunettes de soleil, c'est tout ce que vous avez besoin de savoir.

Des Kleenex. Je suis enrhumée 10 mois par an, j'ai donc la goutte au nez en permanence. C'est hyper classe, je trouve. Du coup, je ne peux pas sortir de chez moi si je n'ai pas de Kleenex, je préfère éviter de me moucher dans mes doigts.

Des cigarettes. Le plus possible, on sait jamais que je me mette subitement à fumer encore plus. Elles sont dans une sublime boîte à cigarettes en métal rose, ornée de diamants d'un calibre indécent. Je me prends pour Audrey Hepburn (mais avec la goutte au nez bien sûr). Je tiens à cette boîte comme à la prunelle de mes yeux (voire plus, vu les performances de mes mirettes), car elle m'a été offerte par un être cher à mon coeur.

Des bonbons sans sucre pour quand je viens de fumer. J'en consomme donc vingt-deux boîtes par semaine. Ca me coûte quasiment plus cher que les clopes, en fait.

Deux briquets, des allumettes, un allume-cigare. Ah non, ça c'est dans ma voiture. Enfin, du feu en tout cas, je ne supporte pas de demander du feu aux gens. Qui en ont de moins en moins, du reste, vu que tout le monde arrête de fumer. Ou essaie en n'ayant pas de feu sur soi. Je préfère vous avertir tout de suite, c'est une stratégie vouée à l'échec.

Un tube de baume pour les lèvres, en hiver j'en mets toute la journée, j'ai les lèvres comme un champ de mines. Un rapport avec la goutte au nez, peut-être ? Allez savoir.

Mes clés. Si je perds mes clés je peux mourir, c'est ma hantise number one, limite j'en rêve la nuit. Oui oui, je sais, ça doit être freudien. Cela dit, je les perds jamais, d'ailleurs je ne perds jamais rien, sauf mon porte-monnaie la veille de mon anniversaire chez Picard. Ah tiens, j'avais oublié ce détail, je suis persuadée que j'ai perdu mon porte-monnaie dans ce magasin diabolique. Ca m'apprendra, la prochaine fois j'irai chez le vendeur de légumes bio, comme ça je prendrai pas mon porte-monnaie, vu que je sais que je n'y achèterai rien. Tout ça pour dire que dans mon sac il y a aussi mes clés, je ne mets JAMAIS mes clés dans mes poches, ça déforme les vêtements. De toute façon je n'ai presque jamais de poches, c'est assez mystérieux quand j'y pense. C'est fou comme ça fait gamberger les sacs à main, en fin de compte.

J'ai gardé le meilleur pour la fin : j'ai aussi une sublime pochette Petite Mendigote, offerte par une vraie amie. Elle est vert émeraude avec un pompon rose poudre, et dessus il y a écrit "Je suis un trésor", ce qui est la stricte vérité. Dedans il y a diverses petites choses, qui se perdraient lamentablement au fond du sac si elles n'étaient pas précieusement rangées dans cette pochette. N'insistez pas, je n'en dirai pas plus.

Sinon, il y a aussi des choses passagères : divers papiers ou courriers à poster, trucs rébarbatifs, sans aucun intérêt. Les clés ou le portefeuille de quelqu'un d'autre, mais le moins souvent possible, je suis pas la consigne de la Gare du Nord. Une bouteille d'eau, assez régulièrement, qaund je sais que je n'aurai pas d'eau sous la main durant plus d'un quart d'heure. Je bois comme un rescapé d'accident d'avion dans le désert, j'ai perpétuellement soif, que voulez-vous, ainsi va la vie. Récemment il y a eu une lime à ongles et du vernis, j'ai commencé ma manucure dans la voiture en partant à Barcelone. Dieu du ciel j'ai failli oublier mon portable, c'est vous dire comme je m'en sers, quand il sonne j'ai envie de le jeter contre un mur. J'ai aussi un stylo, TOUJOURS, j'ai besoin d'avoir un stylo dans mon sac. Et un petit carnet, où bien entendu je n'écris jamais rien. Enfin, tout au fond du sac, un tapis moelleux de miettes de tabac, savent même pas tasser les clopes chez Flarboro.

Et j'ajoute qu'il n'y a aucun objet technologique du genre Ipod ou chais pas quoi, j'y comprends rien. De toute façon je ne marche jamais, et dans ma voiture il y a la radio. Et puis les machins pour écouter ça fait mal aux oreilles, pas question !

Contrairement à la plupart des filles (si j'ai bien compris du moins), je me contrefous qu'on fouille dans mon sac. C'est bizarre, parce que vu le nombre de trucs complètement anodins qui me hérissent, celui-ci devrait me rendre littéralement dingue. Eh ben pas du tout. Vous dites ? Parce qu'il n'y a rien d'intéressant dedans ? Ah c'est possible. Mais bon, je ne vais pas non plus remplir mon sac de sachets de drogue ou de mitraillettes pour faire la maline.

Finalement, je crois que je vais faire plus souvent ce genre de trucs. Décortiquer le quotidien, c'est fascinant. Quoi j'exagère ? Ca alors, ça m'étonnerait !

 

 

19/12/2006

Bûche aux marrons

Et dinde à la crème au beurre, ça va de soi. Quand j'y pense, j'ai faim d'avance, comme disaient Rivoire et Carret, ces chers disparus.

Alors bien sûr, mon esprit de contradiction me souffle depuis des semaines de ne pas parler de Noël. Vu que c'est la saison, c'est d'un convenu terrible, et puis toute la blogosphère en parle, ou en a parlé, et comme je chéris l'idée de ne jamais faire comme tout le monde, j'ai décidé de rester muette.

Du coup, je ne vous parlerai pas de la sensation d'écoeurement intense qui me saisit devant cet étalage de bouffe, de bons sentiments et de gadgets inutiles. Je ne vous dirai pas à quel point l'hypocrisie quotidienne me semble à son apogée à l'occasion de Noël. Je vous ferai grâce de mes états d'âme sur les trois quarts de la population mondiale qui continue à crever la dalle pendant qu'on finit les restes de foie gras jusqu'à mi-janvier. Je me tairai sur la façon éhontée qu'on a d'acheter l'amour de ses propres enfants à coups de cadeaux tous plus moches, vains et hors de prix les uns que les autres. Je préfère ne rien dire non plus sur les obligations qu'on s'impose vis-à-vis de gens dont on se fout éperdument, au seul prétexte qu'ils sont de notre famille. Quant à la vacuité spirituelle de cette célébration qui, il n'est pas inutile de le rappeler, est à la base une fête RELIGIEUSE, n'y pensons même pas, je voudrais bien savoir combien de gens vont à la messe de minuit une fois qu'ils ont ouvert leurs cadeaux et fini le champagne.

Non, tout ça, je ne vous le dirai pas, vous le savez bien, n'est-ce pas, que Noël n'est plus, depuis pas mal d'années, qu'une vaste course à la consommation et au gaspillage, une façon comme une autre d'oublier qu'un an de plus s'est écoulé sans que l'horreur du monde n'ait reculé d'un millimètre, une manière de se persuader que les liens familiaux sont toujours étroits. Vous avez déjà conscience que les marchands se frottent les mains depuis trois mois à la perspective de cette période bénie (pour eux, en tout cas), et que les enfants cessent de croire au Père Noël de plus en plus tôt. Vous voyez bien que toute velléité d'élévation spirituelle ou humaniste est vaine, même à cette occasion, où elle devrait pourtant primer.

Je ne vous parlerai pas non plus du fait que le mois de décembre est pour moi, depuis quelques années, le mois le plus difficile de l'année, car je n'ai pas envie de m'étendre sur les raisons de cette désaffection. Je ne vous le dirai pas, ce serait trop facile, et puis vous me rétorqueriez aussitôt « Ah ben voilà, tout s'explique, tu n'aimes pas Noël pour des raisons personnelles, tout ça c'est psychologique. Carrément freudien, ton problème avec Noël. »

Peut-être, en effet. Ca joue, évidemment. Pendant plus de 25 ans j'ai adoré Noël. Et croyez-moi, je donnerais cher pour que ça dure toujours. Mais ce n'est pas le cas, je ne peux pas l'ignorer, et je crois que je vais refuser pendant longtemps encore de le fêter. Manque de bol, je suis née un 24 décembre (rien d'extraordinaire cela dit, il y a statistiquement autant de chances de naître ce jour-là plutôt que n'importe quel autre), je fête donc quelque chose malgré tout. Il ne tiendrait qu'à moi de le refuser aussi, mais étrangement je n'ai pas le coeur à résister. Ca viendra peut-être, allez savoir, après cette année, où je vais d'ailleurs atteindre l'âge du Christ, la bonne blague. En fait, curieusement, je ne vois plus dans Noël qu'une signification spirituelle, et oecuménique évidemment ; je hais la religion, pour les ravages qu'elle cause depuis des millénaires, mais à cette occasion je suis sensible à une certaine spiritualité, qui perdure, disons-le, malgré la déferlante consumériste.

Bien. J'avais décidé de ne rien dire, mais il a fallu que ça sorte. Quoiqu'il en soit, ce que j'en pense n'est bon que pour moi, comme d'habitude ; je vous souhaite sincèrement d'aimer fêter Noël, et d'y trouver ce que vous en attendez. Malgré tout, je suis sûre que pour beaucoup d'entre vous c'est encore une période magique. J'espère, comme tout le monde au fond, que ce sera une trêve, même de quelques heures, nous en avons tellement besoin. Je rêve, évidemment, que le monde en ressortira un peu moins laid ; ça ne sert à rien, puisque ça ne sera pas le cas, mais rêver un peu c'est toujours bon à prendre. En décembre, ou n'importe quand dans l'année.

Du fond du coeur, je vous souhaite un joyeux Noël.

29/10/2006

Paris, encore

Je suis à Paris depuis hier. Comme toujours cette ville m’envoûte d’être si proche et si lointaine, si familière et si étrange, tout et son contraire. Paris est un monde…

A chaque séjour des souvenirs affleurent, des souvenirs de la vie que j’y ai vécue fugacement, des souvenirs des gens que j’y ai rencontrés, ceux que je vois et que je verrai, et ceux que je ne verrai plus. Je n’arrive pas à en concevoir de regrets, juste une douleur lancinante qui finit par me tenir compagnie. Je vis avec elle, autour d’elle, je la connais, et elle me rassure. Elle me fait sentir vivante, et curieusement j’en éprouve beaucoup de reconnaissance.

Mais ce n’est pas sur ça que j’ai envie de m’attarder… cette ville a tant à m’offrir. Je prends tout, goulûment, je ne veux pas choisir ; j’ai la chance de venir ici en touriste, je n’ai donc pas à me préoccuper des mauvais côtés. Et puis chaque venue est l’occasion de rencontres rares, que je serre contre mon cœur quand parfois le cafard me ronge.

C'est un sentiment d’exil aussi, c’est être loin de chez soi, loin de ses gens. C’est comprendre que revenir vivre ici serait les laisser. Perspective enchanteresse et insupportable. Une autre vie, dont le choix ne me sera pas offert. C’est ainsi…

A Paris, la nostalgie qui ne me quitte que rarement est toutefois vite distraite par le tourbillon dans lequel j’entre avec bonheur quand j’y arrive. Des rendez-vous, des projets, et l’imprévu de chaque seconde. Comme le calme étourdissant de cette après-midi pluvieuse dans un appartement de fond de cour, qui semble venir apaiser le tumulte et l’agitation d’une soirée si inédite pour moi. Encore une fois, la chaleur et le bonheur éprouvés, quand j’appréhendais la froideur et la distance. A chaque fois je m’en veux de ne pas faire plus confiance aux gens. A chaque fois je me promets de m’améliorer.

Il m’est impossible d’évoquer tous les sentiments contradictoires qui m’habitent lorsque je reviens ici. Tout ce que je sais, c’est que cette contradiction est féconde. J’ai besoin de ces allers et retours pour avancer. Plus que jamais, je sais que je reviendrai à Paris, et plus que jamais je sais que ce sera pour mieux en repartir.

 

 

12/09/2006

Merci

Je croyais pas que ce serait comme ça, d’avoir un blog. A vrai dire, je n’imaginais pas grand-chose ; l’envie d’écrire me taraudait depuis si longtemps que j’ai décidé de m’y mettre grâce à ce support, tout simplement. A ce moment la blogosphère était pour moi un continent inconnu, et je n’avais aucune idée de ce qui pouvait bien s’y passer.

Il me semble que depuis un siècle s’est écoulé... je me suis plongée avec bonheur dans cet univers, et chaque jour il me surprend et me comble un peu plus. Je suis d’une nature pessimiste et méfiante (en fait je suis une vraie sorcière), mais ce que j’ai vécu grâce à mon blog, et à ceux des autres, et à vous tous, me ferait presque changer d’avis sur la nature humaine !

Evidemment le tableau n’est pas systématiquement idyllique ; je ne vous apprends rien en vous disant qu’il y a des cons partout, et ceux que je croise de temps en temps ici et là me laissent quand même pantoise ; cela dit, je reste convaincue que la blogosphère est un moyen formidable pour rassembler les gens, pour leur montrer que d’autres personnes pensent comme eux, pour les faire rire, rêver ou réfléchir, pour les faire sortir de leur coquille, pour leur donner une occasion de s’exprimer. C’est ça, au fond, le plus important, s’exprimer, et en ça les blogs sont un outil formidable, et à mon sens un des derniers espaces de libre expression. C’est pas rien non ?

Selon une étude récente (dont je n’ai pas les références car j’ai la flemme de les chercher), les liens créés sur le net ne se font jamais au détriment de ceux déjà existants ; ils sont complémentaires, et n’empêchent absolument pas de continuer à mener une vie sociale "normale". Les affinités qui naissent sur la blogosphère sont simplement un nouveau moyen de communiquer et d’échanger ; l’expérience que j’en ai me fait dire que ce sont des affinités profondes et sincères, car au lieu de se baser sur une première impression physique (à laquelle personne ne peut se soustraire, tout le monde s’est un jour dit "sa tête me revient pas", c’est humain), elles se fondent au contraire sur des idées communes, des convictions partagées, et tout un tas de petits détails qui font tilt. C’est là une des magies de l’expression écrite...

Peu importe le fond, tous les sujets ont un intérêt pourvu qu’on veuille bien prendre la peine de s’y pencher. La discussion qui s’engage ensuite est surprenante de richesse, de diversité et de surprise. Les désaccords existent bien sûr, mais ils sont la pupart du temps exprimés de manière constructive et civilisée. Et quand ce n’est pas le cas... chacun sait ce qu’il lui reste à faire ! Moi en tout cas je le sais, car j’estime que la liberté d’expression s’arrête au seuil de l’insulte, de l’aigreur et du sarcasme.

Mais de toute façon ça reste marginal, et ça ne fait que souligner encore plus tous les bons côtés... en fait c’est de ça que je veux vous parler. Je veux juste vous dire merci. Merci de me lire, merci de m’apprécier, merci de me donner votre avis, merci d’abonder dans mon sens, merci de ne pas être d’accord, merci d’apporter de la nuance, merci de partager votre expérience, merci de faire rire, merci de me faire réfléchir grâce à vos commentaires. Au début de ce blog, quand j’avais trois lecteurs et demi par jour, ça me rendait déjà heureuse, mais depuis qu’Hélène a généreusement parlé de moi, je ne saurais exprimer à quel point le retour que j’en ai est gratifiant. Je suis du reste persuadée que bon nombre de mes lecteurs viennent ici au moins autant pour lire vos commentaires, que pour me lire moi, et je trouve ça formidable.

Et tant qu’on est dans l’ambiance remise de prix, merci à vous, auteures et auteurs de blogs que je lis religieusement chaque jour. Je trouve plus de matière dans vos écrits que dans n’importe quel journal ou revue que je ne lis pas. Vous êtes les journalistes de la vraie vie, toujours à l’assaut des idées reçues et des carcans qui nous emprisonnent, toujours prêts à exprimer une juste et saine indignation, toujours prompts à partager vos bons plans, toujours à l’écoute.

Ca parait bien ronflant tout ça, la vie n’est pas si rose, mais j’avais envie de le dire. J’ai le sentiment d’avoir progressé en tant qu’être humain depuis que je raconte ma vie sur cet espace ; tout d’abord ça m’a permis de me recentrer sur moi-même, de trouver pas mal de cohérence dans mon fouillis intérieur, et surtout j’apprends sans cesse à travers vos témoignages et vos réactions. Jamais je ne me suis sentie aussi ouverte aux autres, et j’en éprouve beaucoup de reconnaissance.

 

EDIT : Et vous qui me lisez sans rien dire, ça vaut aussi pour vous, je sais que vous en pensez pas moins !!! Merci... 

26/08/2006

Un samedi soir comme les autres

Ca doit faire plus d’un an que je ne me suis pas retrouvée chez moi, seule, un samedi soir. C’est une sensation extrêmement étrange.

Ca ne me dérange pas plus que ça, de faire une pause ; je suis tranquille, la ville est calme, ça sent un peu la fin de l’été... c’est un moment particulier, fin août...

Malgré tout je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ce qui se passerait en ce moment si ce samedi était comme les autres...

En début de soirée je mets la dernière touche à mon apparence ; les soirs de sortie, j’ai souvent l’impression que c’est un masque (rassurez-vous j’y vais mollo, je ressemble pas non plus à Mado la niçoise). Ca fait partie du rituel, maquillage et parfumage vaguement outranciers et décolleté de fille de joie, et puis ça m’amuse. C’est aussi une sorte de "dû" pour les gens que je rejoins, ils s’attendent à me voir comme ça. Un jour il faudrait que j’essaie de me pointer avec ma tête de saut du lit, pour voir s’ils me jetteraient des pierres. Non, ils n’iraient pas jusque-là, mais ils seraient un peu scandalisés quand même. Je suis heureuse de me farder pour eux, et puis ce n’est qu’une façade. En général je suis pimpante comme un sapin de Noël ; je parfais le tout avec mon arme fatale, mon sac doré à 800 dollars (enfin si on considère que le dollar a la même valeur que la roupie), je saute dans ma voiture, du moins tant qu’elle ne m’a pas explosé au visage, et me voilà partie pour l’aventure.

La soirée commence généralement par un apéro en terrasse, qui a invariablement lieu dans le même bar, on fait tellement partie du décor qu’on appelle le patron Maman. On s’attable bruyamment, on se bise, on se sourit, et on commence déjà à égréner des perfidies, sur nous, sur les autres clients, sur les gens qui passent. Oui, dire du mal, c’est pas bien, mais qu’est-ce que c’est drôle ! Et puis il y a forcément quelqu’un pour se moquer de nous dans son coin, alors autant prendre de l’avance non ?

Les bouteilles se succèdent et se vident, des bouteilles d’un vin blanc du coin qui est furieusement à la mode depuis quelques temps ; il a l’inconvénient majeur de donner des migraines spectaculaires au réveil, je crois que même la cuite à la sangria est plus douce, c’est pour dire ; d’ailleurs comme je vous aime bien, je vous donne le nom de ce breuvage démoniaque pour que vous puissiez fuir en courant si jamais vous croisez sa route : le Tariquet. N’en buvez pas ! Jamais.

Mais moi j’en bois, entraînée que je suis par ma troupe qui s’en délecte ; j’ai à peine le temps de gémir sur la casquette en plomb qui m’attend le lendemain matin, que déjà l’atmosphère se réchauffe... le niveau sonore augmente, les gestes se délient, les yeux sourient, les éclats de rire explosent. Oubliée la promesse de migraine, la joie d’être là s’impose toute entière ; comme souvent je pense que j’ai de la chance d’être entourée par ces garçons si beaux et si drôles, qui savent m’aimer comme je suis ; je jette un oeil à ma droite, ou ma gauche, et j’aperçois Petite Soeur qui rit avec eux. Je suis délicieusement bien, j’éprouve intensément le sentiment d’être exactement à ma place, bref, un truc qui ressemble à s’y méprendre à du bonheur s’immisce peu à peu en moi.

Entre temps toutes les nouvelles (et les ragots !) de la semaine ont été échangés ; boire, c’est bien beau, mais il faut penser à se sustenter. En général on se dirige vers un restau quelconque, non sans avoir bataillé rageusement jusqu’à ce que tout le monde tombe d’accord sur l’endroit : moi j’aime pas le fromage on va pas dans une pizzéria, moi il faut que je mange de la viande le végétarien c’est hors de question, moi j’ai envie de frites allons à Flunch (naaan je déconne), moi je suis au régime je rentre chez moi puisque c’est comme ça, moi j’ai pas faim je veux continuer à manger du vin, j’en passe et des pas mûres. Généralement je me mords les joues pour ne pas hurler "Pendant ce temps les enfants d’Afrique continuent à mourir de faim", de toute façon je m’en tape d’où on va, j’aime tout, c’est ça mon problème.

On finit par atterrir à table ; la variante régulière c’est qu’on soit accueillis généreusement chez de chers amis à jardin-piscine, et qu’on dîne voluptueusement sous les arbres au bord de l’eau silencieuse et rutilante. Un peu le rêve, quoi. L’alcool continue à abonder, autant le dire tout net, on commence à avoir un sacré coup dans le nez. Les esprits s’enflamment, quand on est ivre on devient sentimental... parfois je leur dis que je les aime, parce que je suis saoûle mais surtout parce que c’est vrai ; souvent on refait le monde, on n’est pas très originaux finalement ; ou alors on peaufine notre projet de maison de retraite collective, on s’imagine vieux, dans des fauteuils roulants, mais toujours au bord d’une piscine, et toujours ensemble. La vie est belle.

Pour moi c’est le moment critique ; plus ça va, moins je tiens le choc ! La fatigue me gagne souvent, et puis j’ai envie d’être seule soudain, envie de silence, de paix... Alors je les laisse à leur joie, sans regret puisque je l’ai partagée. Parfois j’arrive quand même à résister, et je suis le mouvement dans ses pérégrinations nocturnes. Nous arrivons dans une boîte, pathétique comme toutes les boîtes, mais quand on a envie de s’amuser, on s’amuse n’importe où ; encore de l’alcool, ce n’est vraiment pas raisonnable mais c’est bon... on se disperse un peu, on rencontre des gens, encore des bises et des sourires, mais plus flous cette fois... quand j’ai vraiment abusé du gin tonic, je pousse même le vice jusqu’à aller danser sur un remix lamentable de Madonna ou Mylène Farmer (aucun cliché ne nous sera donc épargné !) au milieu de splendides éphèbes torse nu qui se roulent des pelles langoureuses sur une estrade. Au bout de quelques minutes, le chaleur hallucinante finit par me pousser à nouveau vers le bar...

Mais là il faut vraiment partir, trop de gens, trop de bruit, trop sommeil... je m’éclipse, souvent la première ; eux dureront sûrement jusqu’au petit matin. Moi je refuse, me coucher au son des oiseaux qui recommencent à chanter, c’est une des choses les plus affreuses que je connaisse, je ne sais pas pourquoi mais ça me donne envie de mourir...

Enfin j’arrive chez moi, comme on rentrerait au pays après un interminable voyage ; j’ai le coeur rempli d’amour et d’un peu de mélancolie... je me débarrasse des stigmates de la soirée sous une douche fraîche, et je vais enfin me coucher, pour mieux rêver d’autres moments si intenses et si plein d’humanité... parfois je me relève en trombe pour prendre un Doliprane : c’est pas tout ça, mais qui c’est qui va se taper un mal de crâne d’enfer demain matin ?


Spéciale dédicace : à vous qui êtes à mes côtés lors de ces fabuleux moments... et pendant les autres aussi ; je chéris tous ces instants passés ensemble, ceux que j’ai décrits, et ceux qui se passent autrement, ou ailleurs. Merci...