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08/05/2007

Ce monde-là

En février 2005, interviewé pour l'émission Campus, Claude Lévi-Strauss a dit ceci : « Ce que je constate : ce sont les ravages actuels ; c'est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu'elles soient végétales ou animales ; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l'espèce humaine vit sous une sorte de régime d'empoisonnement interne - si je puis dire - et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n'est pas un monde que j'aime. » (source Wikipédia)

 

Aujourd'hui, je me sens presque aussi vieille que Claude Lévi-Strauss. Pas nécessairement pour les mêmes raisons ; même si bien sûr je déplore les ravages dont il parle, je partage son sentiment sur le monde actuel pour d'autres motifs. Des motifs politiques, j'en ai peur...

Je suis encore jeune, mais j'ai le sentiment d'avoir commencé ma courte vie dans un autre monde. Ce sentiment est probablement injustifié, mais comme tout un chacun je n'ai pas et n'aurai jamais le recul nécessaire pour me défaire de cette impression si étroitement liée à mon ancrage dans une époque.

 

Je me souviens d'un monde où les gens fumaient pendant les émissions de télé.

Je me souviens d'un monde où être conforme ne constituait pas un impératif personnel.

Je me souviens d'un monde où on se garait en double file, et où les voitures ne conduisaient pas à la place des gens.

Je me souviens d'un monde où les enfants n'étaient pas la cible privilégiée des annonceurs.

Je me souviens d'un monde où les jeunes couples pouvaient raisonnablement espérer acheter un appartement ou une maison, ailleurs qu'à 50 km des centres-villes.

Je me souviens d'un monde où on pouvait acheter de la nourriture sans penser qu'on allait prendre dix kilos, attraper la salmonellose ou exploser son taux de cholestérol.

Je me souviens d'un monde où on pouvait se réaliser sans avoir le sentiment d'être un boulet pour le corps social.

Je me souviens d'un monde où pour paraître sensé, il ne fallait pas avoir une calculette à la place du coeur.

Je me souviens d'un monde où on pouvait se revendiquer d'extrême-gauche sans passer pour un dangereux asocial ou un doux rêveur avec 35 de QI.

Je me souviens d'un monde inégalitaire, déjà, mais moins injuste.

Je me souviens d'un monde où l'argent était une valeur importante, mais pas la valeur suprême.

Je me souviens d'un monde plus humain... je m'en souviens même si je n'y ai pas vraiment vécu.

 

A écrire tout ça, je réalise être aussi réactionnaire que certains discours que je vomis ; ça ne fait que renforcer mon amertume même si je ne peux m'empêcher de le penser. De la même façon que les résultats électoraux de dimanche ne font qu'entériner la tendance qu'a le monde à se replier sur lui-même, à renforcer les positions dominantes, à étouffer les contestations, à laisser crever ces salauds de pauvres. L'efficacité du discours du nouveau Président de la République a été celle-là : aller dans le sens du vent. Dire aux gens ce qu'ils avaient envie d'entendre, pour qu'ils aient l'impression de faire partie du camp de la raison et du réalisme, de se rendre à l'évidence, de se mettre à l'abri sous l'aile des puissants. Pour qu'enfin ils cessent d'avoir peur des épouvantails qu'on leur agite conscencieusement devant les yeux à longueur de temps, et de craindre un monde qu'ils ne comprennent pas, pour la bonne raison qu'il est incompréhensible.

Malheureusement, la prise de position en faveur de Nicolas Sarkozy motivée par ce type de raisons n'est qu'un leurre, puisqu'elle revient évidemment à se jeter dans la gueule du loup. A mon sens, ça fait bien longtemps que les décisions concernant la vie des gens comme vous et moi ne se prennent plus dans les bureaux feutrés des ministères. Il ne me semble pas particulièrement hardi d'affirmer que tout ça se joue plutôt dans les conseils d'administration des multinationales, pendant des discussions joviales entre actionnaires multi-milliardaires se congratulant d'être les maîtres du monde, ou dans des locaux à la géographie tenue secrète où cogitent des intrigants n'ayant pas d'identité définie, pour que leur gouvernement n'ait pas à répondre de leurs actes si le scandale éclate au grand jour. De toute façon, le scandale n'éclate jamais. Et si d'aventure il menace de le faire, il suffit d'effrayer un peu deux ou trois journalistes, ou de les faire passer pour des échappés de Sainte-Anne. Pendant ce temps, tous les bons petits soldats acquis à la cause des puissants au mépris de leurs intérêts fondamentaux deviendront la chair à canon consentante des prochains licenciements d'une entreprise aux comptes outrageusement excédentaires, parce qu'ils ont cru l'espace de quelques mois qu'eux aussi, ils devaient participer à la réhabilitation de la valeur travail. L'ironie du suffrage universel est bien cruelle.

C'est ce monde-là qui se dessine depuis quelques décennies, et à cela l'élection d'un Rastignac vaguement populiste ne changera rien, elle ne servira qu'à l'accompagner. Parallèlement, et même si ça me fait mal de le dire, l'élection de Ségolène Royal n'aurait certainement pas été un garde-fou capable d'endiguer cette tendance. Malgré toute sa bonne volonté, dont je ne veux pas douter, et le courage que je lui reconnais, notamment dans la dernière ligne droite, je ne vois pas en quoi son accession au pouvoir aurait pu renverser la marche du monde.

La politique n'est pas nécessairement ce qu'on essaie de nous faire croire. La politique telle qu'on nous la présente aujourd'hui n'est qu'un saupoudrage de miettes idéologiques pour nous occuper pendant que la World Company assoit sa position dominante. Quand les journaux titrent pendant des mois sur les trois sondages divergents du jour, ils ne pensent pas à parler de l'émergence de ce monde-là, qui de toute façon ne pourra jamais être contrecarrée par l'expression démocratique d'un peuple qui passe son temps à râler. Mais au moins, pendant quelques mois, au lieu de faire grève parce qu'on cherche à l'affamer un peu plus, ce peuple pense à autre chose, et les politiques se gobergent de l'intérêt formidable des gens pour la chose publique. Il faut bien défendre sa légitimité...

Non, pour moi, la politique ce n'est ni ne sera jamais ça. Je verrais plutôt ça comme un combat à une échelle plus individuelle, notamment dans un monde qui cherche plus que jamais à nous faire entrer dans des cases toujours plus étroites, nous obligeant au passage à nous écorcher sur leurs bords tranchants. Ce monde-là, où être soi-même devient un défi, à moi aussi il me fait peur.

 

J'ai peur d'un monde qui nous fait croire que nous décidons pour nous-mêmes, alors que c'est manifestement faux.

J'ai peur d'un monde qui voudrait nous contraindre à être utile, à toute force et au mépris de nos aspirations personnelles.

J'ai peur d'un monde trop compliqué, dont il me semble qu'on le complique à dessein pour nous empêcher de penser en connaissance de cause.

J'ai peur d'un monde où nous ne serions que les maillons d'une chaîne de profit.

J'ai peur d'un monde où il faudrait prendre parti pour les bons ou les méchants.

J'ai peur d'un monde où le règne du réalisme annihilerait toute possibilité d'utopie.

J'ai peur d'un monde où la pensée unique tiendrait lieu de catéchèse.

J'ai peur d'un monde duquel nous ne pourrions plus nous extraire, ne serait-ce que pour un moment.

J'ai peur d'un monde où la notion si réconfortante d'intimité serait un cadre au lieu d'être un refuge.

J'ai peur d'un monde où la moindre parcelle de notre esprit serait soumise à la nécessité de servir la société dans le sens où elle l'entend.

J'ai peur d'un monde dont la dureté, l'injustice et l'inhumanité s'immisceraient dans tous les recoins de notre âme comme pour mieux l'y soumettre.

J'ai peur d'un monde où nous serions obligés de renoncer à notre personnalité sous peine d'être ostracisé, banni ou embastillé.

J'ai peur d'un monde où ce qu'ils appellent politique ne serait qu'un stratagème de plus pour nous déshumaniser, en pénétrant jusqu'au plus profond de notre être sans que nous y puissions rien.

 

Ce monde-là, j'en ai peur même si hélas je n'ai pas de solution pour en empêcher l'avènement. Mais il me reste la possibilité d'en définir les contours.

Dans la taxinomie qui m'est très personnelle, il porte un nom.

Le fascisme.

 

15/04/2007

Votez pour moi

Je tiens à préciser que le texte qui suit n'a aucune vocation à déclencher un débat politique, car il a été rédigé avec toute la subjectivité dont je suis capable. Je hais le prosélytisme, je m'efforce donc de ne pas en faire ; c'est simplement un exercice qui m'a amusée, et pour que ça reste "neutre" (même si, bien sûr, rien ne l'est jamais vraiment), les gens sont cités dans l'ordre alphabétique, et en prennent chacun pour leur grade. Je ne prétends pas que ça soit constructif ou utile ou même intelligent, ce sont juste des pensées éparses à propos de personnages publics.

 

Je suis un ancien professeur, mais cela ne m'a pas empêché d'être un des plus mauvais ministres de l'Education qu'ait connu la France, et Dieu sait qu'en la matière la concurrence est pourtant rude. Jusqu'à six mois en arrière, tout le monde me prenait pour un guignol avec mes grandes oreilles et mon nom qui fleure bon le Béarn, mais aujourd'hui, je me suis fait ma place en mordant sans vergogne la main qui m'a nourri pendant si longtemps, et en gauchisant vite fait bien fait mon discours ; du coup j'ai réussi à faire passer ma candidature pour une alternative totalement nouvelle et inédite, David Copperfield doit en être vert de jalousie. Je suis à la tête d'un parti connu pour ses idées traditionnalistes, notamment en matière de moeurs, mais c'est plus fort que moi, je me prends pour Che Guevara ; la révolution centriste vous tend les bras, votez pour moi.

Je suis un jeune facteur rebelle, et pour le démontrer je m'applique à parler comme les gens de la rue. Je suis l'avenir de l'extrême-gauche, même si tout le monde s'accorde à dire qu'elle fait partie du passé ; j'essaie de moderniser mes idées et j'y arrive plutôt bien ; mais ça ne changera rien, il y a plus de candidats dans mon camp qu'il y a de lustres en cristal à l'Elysée, ce qui n'est pas peu dire. On a bien essayé de se rassembler, mais c'est tellement plus marrant si chacun se présente dans son coin ; je prône la révolution mais je n'ai pas l'air de mourir d'envie d'aller prendre d'assaut l'Assemblée Nationale, baïonnette au poing. Si j'osais, je vous avouerais que je porte des chaussures de sport d'une marque américaine qui ne passe pas pour un précurseur dans le traitement des enfants asiatiques qui les fabriquent ; mais bon, je ne vais tout de même pas marcher pieds nus, votez pour moi.

Je suis le héraut de la cause anti-américaine et anti-libérale (un pléonasme), la preuve, j'ai fait de la prison. J'ai une image de bon Gaulois, avec ma moustache et ma pipe, et je passe hyper bien à l'écran. Je prétends être issu du monde paysan, mais de fait je suis plus souvent à Paris qu'à Millau ; mon passe-temps favori est la mise à sac de champs de maïs, mais c'est pour la bonne cause, et ça me fait une occasion de plus de me poser en martyre. Mes idées sont tellement novatrices qu'on en arrive parfois à se demander si elles ne seraient pas un peu rétrogrades ; qu'importe, la nuance m'est étrangère, pour avoir un discours clair il est plus efficace d'être manichéen. Ma candidature ne fait qu'éparpiller un peu plus le potentiel de voix de l'extrême gauche, mais j'ai pas pu m'en empêcher, je me suis présenté ; je suis comme vous, un citoyen lambda, pour faire voler le système en éclats, votez pour moi.

Je suis une femme discrète, si discrète que cette année je n'ai pas osé mettre le nom de mon parti sur mes affiches électorales ; c'est normal, je voulais incarner la candidature unifiée des forces anti-libérales, mais évidemment personne n'était d'accord. Après de glorieuses années à exercer le pouvoir avec ses alliés socialistes, le mur de Berlin est tombé et le score de mon parti aux élections n'a cessé de chuter, longuement et vertigineusement. Je représente des idées aujourd'hui datées mais pourtant porteuses d'un réel humanisme ; au vu de la droitisation de la société, ça me fait simplement passer pour une douce illuminée. Mais il faut continuer à lutter, la vraie gauche ne doit pas disparaître, votez pour moi.

Je suis une retraitée du Crédit Lyonnais, et depuis le début des années 70, je représente courageusement un parti qui, s'il suivait sa propre logique, ne devrait pas présenter de candidat aux élections. Au fil du temps, je suis devenue la mascotte des élections présidentielles, mais à moi, ça ne m'a jamais porté chance. Tout le monde m'adore, surtout ceux qui ne votent pas pour moi ; j'ai conservé intacte ma capacité d'indignation, dans un monde bien trop blasé pour s'émouvoir vraiment des malheurs d'autrui. Je suis gentille, sympathique et humble, mais je manque cruellement de sens politique et de stratégie électorale ; pour la sixième fois, je le sais bien que je ne serai pas élue, mais de toute façon je suis là pour la beauté du geste, votez pour moi.

Je suis un faux borgne et j'ai de nombreux exploits à mon actif, entre autres la pratique de la torture en Algérie ; depuis 50 ans je hante les couloirs de tous les palais de la République, mais j'ose, avec un aplomb sidérant, me prétendre farouchement opposant de l'établissement. Mes opinions sont tellement nauséabondes que je suis obligé de les diffuser grâce à des blagues qui n'amusent que moi ; depuis 1974, je joue à merveille mon rôle d'épouvantail, mais la graine est semée et j'ai labouré le terrain pour ma descendance aussi blonde que moi. Je suis le digne héritier d'idées infâmes et inhumaines, mais j'ai l'oeil qui frise et grâce au travail accompli depuis trois décennies, pas mal de gens ont fini par penser que mes convictions pouvaient se défendre... faites comme eux, votez pour moi.

Je suis un rustaud jovial, mais je n'ai pas l'air très futé ; je suis le candidat d'un parti dont on se demande pourquoi il existe, puisqu'après tout il n'y a pas de parti des bricoleurs, des peintres du dimanche ou des adeptes du curling. Quand je réponds aux questions que l'on me pose, mes réponses sont si incohérentes qu'on en oublie quel était le sujet ; je défends les gens de la campagne qui n'en demandaient sûrement pas tant, vu que ce sont des êtres humains au même titre que les urbains. Comme d'habitude, je ferai un tout petit score et je regagnerai mes pénates pendant cinq ans ; mais je représente une alternative rafraichissante et tellement authentique, votez pour moi.

Je suis la Vénus de la politique, sortie non pas des eaux mais de la cuisse de Jupiter ; je représente pour des millions de femmes un espoir inouï, mais pour une candidate de gauche je suis tout de même incroyablement réactionnaire. Les caciques du PS ont encore de la fumée qui leur sort des naseaux après le coup que je leur ai fait, mais depuis le 21 avril 2002 ils ont perdu l'énergie nécessaire pour contrecarrer mon ascension. On me compare à la Joconde, mais où avez-vous vu que je suis belle, j'ai juste les traits lisses et le cheveu brillant ; on me fait beaucoup de misères parce que je suis une femme, et si j'étais franche je vous avouerais que j'y prête volontiers le flanc en mettant outrageusement en avant mon statut de femme et de mère. Je n'ai pas toujours l'air de savoir très bien de quoi je parle, en tout cas pas plus que mes concurrents, mais c'est pas grave, je nommerai DSK Premier ministre, avec lui tout ira bien ; quoiqu'on en dise, une femme au pouvoir, ça peut vraiment changer la vie, même si elle est issue du plus pur et rectiligne parcours politique qui puisse être ; ayez confiance, j'ai des ovaires, votez pour moi.

Je suis un homme pressé, ça n'a rien d'original mais c'est encore ce qui me définit le mieux ; mon ascension fulgurante en politique a été possible grâce à plus de trahisons que n'en comptait le XXème siècle avant que je débarque. J'adore les journalistes, qui me le rendent tellement bien, et les grands patrons qui m'invitent au mariage de leur fille, ou me demandent d'être le parrain de leur petit dernier. Je place la rentabilité et l'utilitarisme au rang de valeurs sacrées, et je suis imbattable pour déguiser le racisme le plus crasseux en attitude raisonnable et responsable. Marche ou crève, c'est pas encore assez fort pour illustrer mon idée de la France, après tout on ne peut pas remorquer dans notre sillage tous les bons à rien et les handicapés ; si j'accède au pouvoir, il faudra que je pense à faire combler les caniveaux, puisque de toute façon on ne sera plus autorisé à ramasser ceux qui y échouent à cause de mon libéralisme forcené. J'aime les gens normaux, mais j'ai une définition très stricte de ce mot... ne vous inquiétez pas, tous les autres, on les foutra en taule, ou dans un charter, votez pour moi.

Je suis un obscur maire de village audois ; on ne comprend pas très bien ce que je pense, ni ce que je dis d'ailleurs (moi-même, originaire du Sud-Ouest, je confesse n'entraver qu'un mot sur trois). On se demande bien qui sont les 500 élus qui ont pu me soutenir, dans un élan de désespoir probablement ; je suis une sorte de croisement entre un personnage de roman agreste et un député de la IIIème République. Je suis désigné comme le champion d'un parti trotskyste, mais je ne les connais pas, ces gens ; j'ai manifestement décidé une bonne fois pour toutes que l'Union Européenne est la cause de tous les fléaux qui frappent notre beau pays, comme c'est pratique. Je suis confus et péremptoire et j'ai le nez rouge ; mais l'important, c'est que je veux votre bien, votez pour moi.

Je suis un aristocrate d'un autre âge, avec dans ma musette toute une ribambelle de quartiers de noblesse et d'armoiries flamboyantes, mais je ne tolère pas que l'on cite mes titres dans leur intégralité. Je traîne derrière moi ma nostalgie de l'Ancien Régime, mâtinée d'hystérie islamophobe et de puritanisme sentant la naphtaline ; j'ai une voix quasiment aussi insupportable que mon discours, et on s'attend presque à me voir surgir sur mon cheval, brandissant fièrement le drapeau des Chouans. Avec moi, les gens ne justifiant pas d'une ascendance fraçaise sur quinze générations n'auront qu'à aller se pendre, peut-être même qu'on pourrait les y aider ; il va falloir bouter hors du royaume tous les félons, et tant qu'on y est, on renverra les femmes à la cuisine et les enfants au catéchisme, et les cochons seront bien gardés ; si vous aimez la vraie France, votez pour moi.

Je suis la candidate du parti le plus démocratique de France, peut-être même un peu trop puisque notre jeu préféré est de se tirer dessus à boulets rouges ; l'écologie est ma croisade personnelle, mais je manque un peu de mordant pour arriver à diffuser mes idées, qui sont pourtant très à la mode : les gens c'est rien que des feignants, ils parlent de respect de l'environnement mais ne sont même pas capables de trier leurs emballages en plastique. De toute façon, je suis coincée : d'un côté par Nicolas Hulot sur qui je ne peux pas me permettre de dire du mal, de l'autre par Noël Mamère qui se répand fielleusement sur mon compte dès qu'il croise une caméra. Moi, j'y crois encore, mais il faut se rendre à l'évidence, c'est pas demain la veille que les Etats-Unis signeront le protocole de Kyoto ; alors je continue, mes convictions sont intactes et je suis si avenante, votez pour moi.

18/03/2007

Bureau, morne plaine

Voilà, les vacances sont finies. Oui parce que j'étais en vacances depuis 15 jours. En fait pas vraiment, mais bon bref, je n'étais pas au bureau, et je m'apprête à y retourner demain matin. Je suis à deux doigts d'entonner un cantique pour remercier Dieu et tous ses saints de me donner l'extraordinaire chance de TRAVAILLER. Non, je rigole, je connais pas de cantique, et de toute façon j'ai trop péché, Dieu ne daignerait pas écouter.

Je pense qu'il est clair pour tout le monde ici que je déteste travailler. Je déteste y être obligée pour gagner des sous, je déteste devoir faire ami-ami avec mes collègues, des gens qui hors de ce cadre n'ont absolument aucun point commun avec moi, je déteste devoir faire semblant de saluer avec déférence mes supérieurs pour qui j'ai souvent le plus grand mépris (oui je suis hautaine et condescendante, c'est affreux), je déteste l'idée de travailler pour un grand groupe qui affame ses salariés et ses fournisseurs en clamant qu'il est un bienfaiteur du pouvoir d'achat (vous voyez mieux là ?), je déteste assister quotidiennement à ce cirque de courbettes, de cirage de pompes et de coups de pute, tout ça pour gagner 7 euros de plus par mois ou gravir un échelon dans le prochain organigramme, je déteste tous ces gens qui caquettent autour de moi pendant que j'essaie désespérément de me préserver un peu de tranquillité pour faire le tour de mes blogs préférés, pas moyen d'être payée à rien faire deux minutes ! J'ai beau essayer, je n'arrive pas à trouver de bons côtés au fait de devoir m'extirper de mon lit tous les matins pour aller subir huit heures de ce traitement. Ah si, peut-être une chose, éviter de devenir totalement autiste. Je crois que ça marche pas tellement, je le suis de plus en plus...

Et pourtant... à une époque, j'y ai presque cru, au travail. Et puis quand j'ai constaté ce que ça me rapportait, d'y croire, je me suis calmée d'un coup. C'est à cette période que j'ai commencé à travailler dans un bureau. Et toute ma vision du monde professionnel en a été changée à jamais. Dans un sens positif, quand j'y pense, c'est déjà ça.

Je vous explique : pour moi, travailler dans un bureau, c'est pas vraiment un travail. Inutile de pousser les hauts cris, ce n'est pas un jugement négatif, bien au contraire ! Disons que quand on débarque du commerce, être assise toute la journée et cliquer à n'en plus finir sur une souris, c'est comment dire... reposant. Au début j'ai cru que le problème venait de moi, et que je ne faisais pas tout ce que j'avais à faire, un truc comme ça. Et puis j'ai fini par comprendre que c'était normal. Dans un bureau, on ne travaille pas non stop pendant huit heures. Non non non, on prend son temps, on boit le café dans le bureau d'à côté pendant 45 minutes tous les matins, on va faire un tour au 3° dire bonjour à ses anciens collègues, on surfe sur un site de météo pour voir s'il va faire beau ce week-end. Entre ces saines occupations, on consent parfois à travailler un peu. Mais pas trop, il manquerait plus qu'on doive bosser pendant tout le temps qu'on passe au bureau, ça va pas bien la tête ?

J'ai supposé pendant un temps que j'étais un cas particulier, mais après une enquête minutieuse (auprès d'un échantillon représentatif composé de deux personnes), j'ai découvert que ça se passait souvent comme ça, la vie de bureau. Cool, pépère, tranquille le chat, on va pas non plus se tuer à la tâche. Je me suis donc joyeusement et sans aucun scrupule adaptée à ce rythme de travail. Mais il reste cependant des aspects insupportables dans ma vie professionnelle.

Essentiellement, ça concerne les conversations avec les collègues. Nouvelle venue, j'essayais imprudemment de lancer des sujets de discussion intéressants ; jeune écervelée que j'étais ! J'ai très vite compris que c'était peine perdue. Dans un bureau, les gens n'acceptent de parler que de quatre choses :

 

Le travail et les gens avec qui on travaille. Là c'est très clair, le but c'est de dire le plus de mal possible, de se plaindre abondamment, éventuellement de faire croire qu'on est encore plus mal payé qu'en Roumanie et moins bien traité qu'en Corée du Nord. Donc résumons-nous : les informaticiens ont trouvé leur diplôme dans un oeuf Kinder (dans le meilleur des cas, à mon avis) ; Trucmuche est un infâme salopard, il m'a volé mon agrafeuse mais a quand même eu une promotion qu'il ne méritait pas, on ne récompense que les gens malhonnêtes dans cette boîte (ce qui est vrai du reste) ; j'en peux plus de ce boulot, ça me tue, j'ai même pas eu le temps d'ouvrir ma boîte mail depuis le début de la semaine (oui mais ça c'est parce que tu sais pas l'ouvrir, triple buse) ; j'ai pas été augmenté depuis trois semaines, et en plus mon chef m'a fait une réflexion parce que je prends 23 pauses clope par jour (en effet, il faut appeler Amnesty International de toute urgence).

 

La famille et les enfants. Alors là c'est très simple, j'ai rien à dire. Et surtout, je me contrefous de la rougeole de la petite dernière ou de la dernière frasque de la belle-soeur : tu la verrais, avec ses cheveux ras, à son âge elle a toujours pas d'enfants, avec mon mari on se demande si elle est pas un peu... enfin si elle préfère pas les femmes, tu vois ? En général, à ce moment, je lève la tête et je les regarde dans les yeux avec un grand sourire. Elles doivent penser que je les drague, la bonne blague. Mais ça ne les arrête pas, et vas-y que je te détaille l'avancée des travaux de la cuisine, la dernière réunion de parents d'élèves et le repas raté de communion de la filleule, je te donnerai l'adresse du traiteur pour que tu ne t'adresses jamais à lui. Je ne peux qu'opposer un silence obstiné pour faire comprendre mon total désintérêt. C'est ma faute aussi, j'avais qu'à me marier et faire deux enfants dans un pavillon de banlieue, ça m'apprendra.

 

Ce qu'il y a eu à la télé hier soir. Alors ça c'est vachement bien par contre, je connais tous les programmes par coeur sans jamais avoir besoin de regarder la boîte à cons, très pratique. Rien ne m'échappe : la Star Ac et tous ses avatars, les jeux débiles, les histoires de flics diverses et variées, les séries à la mode et même, parfois, les émissions politiques. C'est d'ailleurs le seul moment où j'ai envie de dire quelque chose (ou de le hurler pour être plus précise), mais je me mords les joues jusqu'au sang, que voulez-vous, je suis pleutre. Récemment j'ai lu un article résumant les résultats d'une étude sociologique sur la télévision, qui expose que le seul rôle réel de la téloche, c'est de créer du lien social, car les gens parlent de ce qu'ils ont vu la veille, et échangent à ce sujet des impressions et même des opinions. On va pas faire la fine bouche, c'est toujours bon à prendre, d'autant qu'on peut en parler sans même avoir regardé, tant les programmes sont convenus et prévisibles.

 

La météo, et par extension ce-qu'on-va-pouvoir-faire-ce-week-end. C'est là que je réalise qu'ils sont tous aussi pressés que moi de voir le vendredi soir arriver, c'est implacable, tout le monde déteste travailler. Bref, selon la saison, nous avons droit au programme du week-end au ski, à la mer ou à la campagne. Quelques variantes : le mariage d'une cousine, un marathon (oui, je sais, c'est incroyable, certaines personnes attendent impatiemment le dimanche pour avoir le bonheur de se taper 40 bornes à pied, un truc de fou), un barbecue, que sais-je encore, tout me laisse indifférente vu que je fais jamais les mêmes choses. Au milieu de ce bruyant exposé de projets réjouissants, il se trouve parfois quelqu'un pour remarquer que je ne dis rien. Soudain inquiet pour ma vie sociale (déjà qu'elle a pas de mari ni d'enfants, la pauvre), la personne tente alors un « Et toi, tu as prévu quelque chose ce week-end ? » Ca part d'un bon sentiment, mais généralement je ne peux m'empêcher de répondre : « Oui-oui, comme tous les week-ends je vais voir mes amis et on va prendre l'apéro jusqu'à 11 heures du soir » Ma réponse ne doit pas les surprendre, c'est normal d'être alcoolique quand on n'a pas de vie (pas de mari-pas d'enfants, vous avez traduit de vous-même).

 

Voilà. Pour l'enrichissement intellectuel, on repassera. On attendra plutôt le week-end, pour refaire le monde pendant l'apéro de la mort, hein ! Je crois qu'au fond, tant de normalité m'effraie, et que mon esprit de contradiction me pousse à réagir à l'extrême, j'avoue. Mais le programme des conversations reste immuable, et ça a le don de continuer à m'étonner.

C'est bien la seule chose à laquelle je ne m'habitue pas, parce que pour le reste, je me suis complètement fondue dans le moule. Je me suis empressée de devenir partisane du moindre effort, et de ne me sentir responsable de rien. C'est une autre caractéristique qui m'a pendant un moment stupéfiée : personne ne prend rien en charge, les responsabilités sont totalement diluées, c'est toujours la faute de l'autre, c'est celui qui dit qui est, je te parie que c'est moi qui fait pipi le plus loin, tout ça. A côté, une cour de maternelle c'est le Tribunal Pénal International. Je me sens très peu concernée vu que j'occupe un poste d'employée de base, donc je suis certaine qu'on me demandera jamais mon avis sur rien (ça tombe bien, j'en ai pas), mais quand j'observe ce comportement chez des cadres supérieurs, ça me laisse pantoise... Et encore plus quand je constate que ça ne nuit absolument pas à la bonne marche de l'entreprise, entendez à ses profits colossaux. Si vous aviez encore un doute, vous pouvez l'abandonner : nous sommes tous des pions, nos qualités personnelles n'ont strictement aucune incidence sur le fonctionnement de l'économie, et essayer d'y changer quoi que ce soit reviendrait seulement à se faire des ennemis. Voire à être obligé de manger tout seul dans son coin à la cantine, la honte suprême. Non contente d'être un désert intellectuel, l'entreprise est également une impasse politique, ne mâchons pas nos mots.

C'est en tout cas les conclusions auxquelles je suis arrivée après presque deux ans de ce régime. Mais je n'ai bien sûr pas le choix de m'y soustraire, puisque mon amour immodéré du confort matériel a un prix, celui de ma sueur, en quelque sorte. Finalement j'essaie juste de faire mon travail dans mon coin, et de le faire bien, pas par loyauté envers l'entreprise (plutôt crever), juste par respect envers moi-même vu que je suis payée pour ça (et aussi parce que je suis psychorigide, bien entendu). Je m'aperçois souvent que pendant deux ou trois heures d'affilée je n'ai rien entendu à ce qui s'est dit dans le bureau que j'occupe, et qu'au bout du compte il est presque 18 h, et qu'en plus on est le dernier jour de la semaine, ouf.

Vous comprenez mieux mon désarroi à l'idée de me refourrer dans ce guêpier dès demain. Une opinion très en vogue à l'heure actuelle veut que ce soit une chance d'avoir un travail ; je mesure cette chance dans le sens où elle signifie que j'ai les moyens de vivre décemment, mais ça s'arrête là. Personne ne me fera jamais croire que mon bonheur passe par l'épanouissement professionnel. Mon bonheur à moi, il passe par le statut de rentière. Ou alors, au pire, par le fait d'avoir un bureau pour moi toute seule...

 

11/02/2007

Ca sent le printemps

Façon de parler évidemment, pour l'instant c'est encore très clairement l'hiver. Mais tout de même... ça frémit, ça frissonne, ça commence à pointer le bout de son nez.

En fait je me suis fait la réflexion en voyant ce matin une affiche pour un magazine féminin titrant "Spécial minceur" ; c'est mon premier de l'année, je me demande si je devrais pas faire un voeu ? En passant devant le kiosque je me suis prise à rêver qu'à la place de cette sempiternelle et malhonnête accroche, il y ait un jour écrit en gros "Spécial prise de poids". Oyez oyez mesdames et mesdemoiselles, toutes nos recettes infaillibles pour prendre 5 kg en dix jours, et surtout ne pas les reperdre !!! Ca serait drôle non ? Et tellement moins mensonger que les promesses remâchées d'une année sur l'autre... mais non, ça continue inlassablement, il faut bien rentrer dans son maillot hein, c'est quand même pas lui qui va s'adapter à vous, il manquerait plus que les objets se conforment aux attentes des humains et pas le contraire, où irait le monde, je vous le demande. La presse s'obstine donc à vouloir nous faire rentrer dans les précieuses petites cases marketing savamment concoctées par la World Company, je m'arrête là je vais m'énerver.

Et puis je vois aussi depuis quelques jours une magnifique pub pour une marque de cosmétiques, Liérac pour ne pas la citer, montrant la photo d'une jeune fille en maillot de bain en train de sauter joyeusement en l'air, censée vanter les mérites d'une crème amincissante. Ah, la crème amincissante, la plus grosse escroquerie commerciale depuis la vente des indulgences, j'en rigole rien que d'y penser. Bref, le slogan de cette campagne c'est peu ou prou "Affirmez votre féminité", et c'est ça qui m'a interpelée : là, les pubards l'avouent carrément, si tu n'es pas mince, tu n'es pas une femme. Car bien entendu le mannequin sur la photo est d'une minceur extraterrestre (et en partie photoshopesque, mais ça n'excuse rien). Donc, soyez-en convaincue, si vous n'avez pas des cuisses de grenouille, les côtes apparentes et la clavicule saillante, vous n'appartenez pas au sexe féminin. Est-ce à dire que vous êtes un homme ? Ne vous réjouissez pas si vite, que nenni ! Vous n'avez pas non plus de magnifiques abdominaux, la mâchoire carrée et voilée d'une virile barbe de trois jours, vous ne pouvez donc pas vous enorgueillir d'être un mâle. Mais qu'êtes-vous donc alors... personnellement je n'ai pas trouvé la réponse.

(A ce stade je me dois de m'excuser platement auprès de Caro et Hélène, je marche outrageusement sur leurs plates-bandes, oui j'ai honte.)

Malgré le fait que l'hiver va encore durer un bon mois (et quatre mois à Paris, il ne peut pas y avoir que des avantages à vivre dans notre sublimissime capitale), les boutiques de fringues regorgent déjà d'articles estivaux, nous encourageant imprudemment à abandonner nos passe-montagne et nos moufles en thermolactyl. Je comprends cette frénésie, les vendeuses doivent être tellement soulagées par la fin des soldes qu'elles se croient presque à Acapulco. Je comprends surtout que le rythme des saisons est en train d'être bouleversé par des impératifs d'écoulement rapide des stocks ; puisque Noël commence depuis quelques années mi-octobre, l'été pourrait bien commencer à la Saint Valentin, après tout y'a pas de raison. De toute façon, avec Sputnik et El Niño (évidemment je ne sais pas faire la "tilde" avec mon clavier. EDIT : cette lacune est réparée grâce à Stéphanie, merci !), il n'y a même plus de mi-saison, ma bonne dame.

Et puis l'arrivée du printemps annonce aussi les élections. Bonne saison pour les élections, le printemps. Ca doit en tout cas être l'avis des politiques, puisque ça tombe TOUJOURS à ce moment-là (cela dit, et au risque d'ébranler ma stupéfiante mauvaise foi, je dois me rendre à l'évidence : les présidentielles ont lieu au printemps pour cause de démission, puis de mort en exercice, de deux présidents à cette période). Moi j'y vois une raison supplémentaire pour que l'été arrive enfin. A vrai dire, j'envisage d'inaugurer une opération chirurgicale inédite visant à me rendre temporairement aveugle et sourde jusqu'à... disons, mi-mai pour être tranquille, tellement je n'en peux plus d'entendre parler des élections. Petit Jésus, si vous existez, faites que ce soit fini, VITE, ma santé mentale est en jeu.

Sur un plan plus personnel, le printemps va être une période indécise, une transition. Vers quoi, je n'en sais rien, et c'est bien ce qui m'embête. Je cherche à voir, à anticiper, pour un peu je me fabriquerais une ligne de conduite, c'est vous dire si l'incertitude me pèse. Mais bien sûr je ne le ferai pas, puisque je serais incapable de la suivre, autant ne pas s'exposer à des déconvenues. Alors je laisse venir... mais difficilement, je ne suis pas habituée à être impatiente de l'avenir, c'est une sensation très étrange. Mais finalement ça correspond bien à cette période, de renaissance et de renouveau comme chacun sait.

Je vais donc attendre sagement, en regardant les minirobes et les shorts que je ne porterai jamais fleurir dans les vitrines, en m'extasiant devant le prix prohibitif de ce nouveau sérum anti-cellulite aux extraits de nèfles de Patagonie, en écoutant les lamentations de mes collègues de bureau sur les deux kilos qu'elles n'arrivent pas à perdre (en m'empêchant à toute force de leur clamer "Fais comme moi, aies plutôt 15 kg à perdre, tu sauras pourquoi tu chouines"), en essayant désespérément d'échapper aux analyses d'une profondeur doctorale sur Ségolas et Nicolène, en tentant simplement de faire ma vie dans mon coin. Comme d'habitude en fait : le printemps, c'est hyper surfait quand on y pense.

29/01/2007

Magasinage

Il vient de m'arriver un truc extraordinaire. J'ai fait les soldes (non c'est pas ça qui est extraordinaire, minute papillon), et j'ai TROUVE DES TRUCS QUI ME VONT.

Plusieurs vêtements qui me vont. C'est tellement inouï que j'ai besoin de l'écrire deux fois pour m'en convaincre. Il faut dire que j'avais mis toutes les chances de mon côté, genre planification intense pour dégoter un pantalon qui ferme, il faut bien ça, et puis ça comble ma maniaquerie maladive.

Bien. J'ai donc posé deux jours de congés pour la grande occasion. En temps normal, je ne supporte déjà pas de faire les magasins, oui j'ai horreur du shopping, normal y'a jamais rien qui me va, chat échaudé blablabla. Alors si c'est en plus pour y aller le samedi, là j'aime autant me balader nue comme un ver le reste de ma vie. Enfin, avec une écharpe quand même, je suis fragile de la gorge.

Il faut savoir que les soldes, c'est l'enfer sur terre, Apocalypse Now à côté c'est la collection Harlequin. Surtout pour les gens qui travaillent ; je peux l'affirmer, j'ai travaillé dans le commerce. Le souvenir que je garde de cette période honnie est une espèce de foire d'empoigne permanente, de bordel insensé, de fatigue métaphysique et de haine de la race humaine. Oui, carrément, les soldes c'est hyper symptomatique des pires travers de notre société de consommation (vous voyez comme ça m'inspire de trouver un pantalon que je peux boutonner ??? Je vais faire les magasins tous les jours finalement). Sans blague, pour les vendeuses c'est vraiment atroce, les gens reposent les fringues n'importe où, des nanas sont limite de se crêper le chignon pour le dernier 38, des furies se précipitent sur elle en hurlant "TOUTES LES TAILLES SONT EN RAYOOOOON ???", les étiquettes changent tous les deux jours au gré des 23 démarques successives, les cintres s'emmêlent entre eux plus que jamais (je ne pense pas que les cintres aient une âme, mais s'ils en avaient une, elle serait bien noire. Le cintre est un objet intrinsèquement maléfique, vous devez le savoir. Mefiez-vous). Les jours de soldes, on finit la journée dans un état proche d'une serpillière qui a servi à nettoyer une boîte de nuit de 2000 mètres carrés, que ce post soit aussi l'occasion de rendre hommage à tous les gens qui subissent ça deux fois par an. Quand je pense qu'un ministre a récemment déclaré vouloir autoriser les soldes à tire-larigot... m'est avis qu'il devrait éviter les centres commerciaux pendant un bout de temps pour ne pas finir lynché par des vendeuses au bord de l'effondrement psychologique.

Tout ça pour dire que je déteste la foule, et que je voulais donc éviter un samedi de soldes pour trouver des pantalons qui ferment. J'ai donc soigneusement préparé mon périple, sur deux jours de semaine, un peu inquiète qu'il y ait du monde malgré tout. Eh ben en fait, il n'y avait pas un chat. Ca commençait vraiment très bien.

Et ça a continué dans la même veine : plein de (grandes) tailles disponibles un peu partout, peu d'attente aux caisses, pas de vendeuses insistant lourdement pour me dire que ce modèle m'allait à raviiiir alors que mon visage bleuissait déjà à vue d'oeil, des réductions intéressantes, et pas que sur les rogatons de l'été 2003, bref, une sorte d'instant de grâce. Parce que les soldes, ne nous leurrons pas, c'est pas toujours la fête aux bonnes affaires, hein ! Le coup de trouver la-fringue-griffée-de-ses-rêves-les-plus-fous à 22 euros avec en plus le choix de la couleur, c'est une invention du marketing, vous l'avez bien compris. Mais bon, parfois, si on ne s'illusionne pas trop, si on a des visées raisonnables, on arrive à mettre la main sur des choses intéressantes, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je crois que le mieux, c'est de faire les soldes seulement si on a besoin de vêtements à ce moment-là, sinon on risque fortement d'acheter n'importe quoi, en utilisant des jsutifications oiseuses par-dessus le marché : "Non mais rends-toi compte, en achetant cette veste en patchwork de peau de rat des Andes moutarde et lie-de-vin à moitié prix, j'ai fait une énoooorme économie !!!!". Bien sûr, oui. Vous allez surtout faire une économie de pressing, puisque la petite merveille restera au fond de votre placard.

Mais moi, j'aime pas la peau de rat des Andes, et je me ferais brûler vive plutôt que de porter du moutarde. Alors j'ai plutôt acheté des pantalons noirs et des pulls gris, ou vice-versa, ça tombe bien, c'est peu ou prou ce que je porte neuf jours sur dix, je serai pas dépaysée. Mais je ne suis pas peu fière, j'ai pu sagement investir mon argent dans des vêtements qui me vont. J'ai même trouvé des pompes, comme quoi tout arrive. Je précise que je chausse du 41 (oui ben je suis grande, alors j'ai de grands pieds, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes), et que le 41, il y en une paire par modèle, et après tu peux te brosser, Martine. D'où l'exploit incomparable d'avoir trouvé aussi des chaussures.

Donc gloire, autosatisfaction et classe internationale des classiques revisités (pantalon noir et pull gris, si vous avez suivi). Je tiens tout de même à exprimer un sérieux bémol : j'envisage de créer une association, avec pétition à la clé, militant pour interdire l'entrée des boutiques pour femmes aux hommes. Quelqu'un peut-il m'expliquer POURQUOI autant de filles tiennent absolument à amener leur mec faire les soldes avec elle ? Si c'est pour lui faire plaisir, c'est foiré : à voir leur tête de veau en partance pour l'abattoir, il y a fort à parier qu'ils préfèreraient encore être dans une réunion Weight Watchers. Si c'est pour avoir son avis, laissez tomber, ça se résume très facilement : il n'en a pas. C'est prouvé scientifiquement, les hommes distinguent je ne sais combien de fois moins de nuances de couleurs que les femmes ; quant à la coupe, au style et aux finitions, je pense qu'on peut raisonnablement subodorer qu'il en va à peu près de même. Si c'est pour acheter des vêtements qui lui plaisent à lui, je m'abstiendrai de commenter, ça risquerait de tourner autour des mots "freudien", "dépendance émotionnelle" et "besoin de séduction pathologique", je ne veux pas être désagréable, je suis de bonne humeur.

Donc je récapitule : il n'existe AUCUNE raison valable pour que des hommes traînent dans les magasins pour nanas, à moins de vouloir les perdre dans les dédales des boutiques, tels le Petit Poucet dans la forêt avec l'ogre, tout ça. Sans compter qu'ils encombrent de façon intolérable les rayons, puisqu'évidemment ils n'entendent pas quand on leur dit poliment "Pardon Monsieur !", trop occupés à rêvasser d'un match de foot entre potes, ou à n'importe quoi d'autre que d'être traîné dans les magasins par leur femme, tout mais pas ça !!! Soyez indulgente avec la gent masculine, allez faire les magasins seule, si vous ne le faites pas pour eux, faites-le pour moi, merci.

Mise à part cette note discordante, le bilan est très positif. Au moment où je vous parle, je suis bien entendu irrémédiablement ruinée, c'est une conséquence prévisible. Je crois qu'écrivaine ça va pas me rapporter assez, finalement je vais devoir écouter l'appel de ma vocation première, qui je le rappelle se trouve être call-girl de luxe. Je m'en vais donc de ce pas faire les boutiques pour trouver des porte-jarretelle rouges et des cuissardes en latex, mais cette fois, je suis pas sûre de vous raconter.

06/12/2006

Comme d'habitude

Je ne vais pas encore vous bassiner avec mon ancienne adoration pour Michel Sardou, ne soyez pas inquiets (d'autant que cette chanson a été d'abord interprétée par Claude François, remettons les choses à leur place). Non, c'est juste que ces derniers temps, je réfléchis pas mal à mes habitudes.

Du coup, j'ai eu envie d'être un peu sérieuse ; les jugements à l'emporte-pièce, c'est gentil deux minutes, mais il y a des moments où il faut savoir s'incliner devant la science : j'ai donc ouvert mon dictionnaire. Qui donne deux définitions distinctes du mot habitude :

 

-disposition, acquise par la répétition, à agir fréquemment de la même façon : bon ben là c'est plutôt clair, on a tout bien compris ;

 

-capacité, aptitude acquise par la répétition des mêmes actions : ah ah ! vous la voyez la nuance ? Bon d'accord, elle est ténue, mais elle existe.

 

Comme je l'ai déjà évoqué dans ce post, mon amour immodéré pour la routine et son cortège d'habitudes a souvent tendance à m'effrayer. Je m'accroche au quotidien à une foule de détails plus insignifiants les uns que les autres, probablement parce que ça me rassure. C'est une attitude extrêmement énervante, d'abord parce qu'elle me donne parfois l'impression d'avoir un âge canonique, et ensuite parce que je me dis que j'accorde de l'importance à des choses totalement vaines.

Mais dernièrement, j'ai réalisé que certaines de ces habitudes avaient disparu, sans que je l'aie cherché, et sans que je m'en aperçoive vraiment, d'ailleurs. Autant le dire tout net, j'étais estomaquée. Comment peut-on avoir eu l'impression tenace que sa vie tient à la couleur assortie des serviettes de toilette, et réaliser soudain qu'au fond, on s'en contrefout ? J'avais peine à y croire. Je suis quasiment construite autour de ces détails, qui m'aident à vivre finalement, et tout d'un coup ils disparaissent sans aucune conséquence. C'est à la fois gratifiant et angoissant ; gratifiant car je me suis sentie rudement plus maline que la routine, et angoissant car ça renvoie à l'impossible permanence de notre cadre de vie. Rien ne dure, en gros.

L'habitude est fourbe, voilà ce que j'en dis. Et surtout, l'esprit humain est supérieur à la force du quotidien. Vous direz ce que vous voudrez, mais moi ça me rassure. Il faut dire qu'on nous bassine depuis qu'on est gamin : prends l'habitude de faire comme ça... attention à ne pas attraper (un peu comme une maladie honteuse) cette sale habitude... Le monde entier s'accorde à dire que les enfants, dès leur naissance, sont pétris d'habitudes, qu'ils en ont désespérément besoin. En fait l'habitude serait une sorte de caractéristique innée. Mouais... moi j'ai plutôt l'impression que ce sont les parents qui inculquent immédiatement leurs propres habitudes à leurs enfants. Qui ensuitent, ces ingrats, se créent les leurs. Pour les refiler à leurs mioches, bref, on va pas refaire l'histoire du monde.

Alors on s'en fait une montagne, on se dit qu'on ne pourra JAMAIS se passer de certaines choses. Mais en fait, si, on peut (on doit ?). Et on ne s'en porte pas plus mal. D'autant qu'il nous en reste plein d'autres, des habitudes ; une a tendance à chasser l'autre. La solution, c'est peut-être d'en changer souvent. Je pense que quand on vit seul, c'est une résolution difficile à tenir, car personne n'est là pour vous faire remarquer que vous êtes cinglé de poser votre cendrier à exactement trois centimètres de votre paquet de cigarettes. Et si d'aventure quelqu'un se risque à émettre un doute quant à votre santé mentale, il ne le fait qu'une fois, demandez à mes amis.

En tout cas, ces derniers temps, je sens frémir en moi le vent de la révolte contre les habitudes. Dont acte : pour une fois, je n'écrirai pas un billet de dix kilomètres. Je vous laisse, l'heure sacro-sainte de mon dîner approche. C'est pas gagné..

05/11/2006

J'ai toujours raison

Vous en doutiez ?

Non mais je ne plaisante pas du tout, là. Je suis totalement persuadée d'avoir toujours raison. Enfin, pour moi. Parce que pour les autres évidemment, c'est une autre histoire, et c'est bien sûr là que ça devient intéressant.

Comme je suis quelqu'un de particulièrement péremptoire, j'ai une tendance naturelle à penser que mon opinion est valable pour tout le monde. Je crois d'ailleurs que c'est pour contrecarrer ce fâcheux penchant que j'ai sous-titré mon blog de la sorte, c'est un exemple typique de la méthode Coué. J'essaie férocement de me persuader que ce que je pense n'est pas une vérité fondatrice. Je suis atrocement présomptueuse, à présent je ne peux plus vous le cacher.

Quand cet orgueil démesuré ne concerne que moi-même, ça ne pose pas de véritable problème ; au contraire, c'est plutôt un atout : je fais ce que je veux comme je l'ai décidé, foutez-moi donc la paix, et passez votre chemin si ça ne vous plaît pas. Ca ne m'empêche pas non plus d'aimer discuter de certains de mes avis, mais j'avoue, c'est vraiment pour le fun, car à chaque fois une petite voix me dit qu'à la fin de la discussion chacun se retranchera dans son camp, en se disant qu'il n'en pense pas moins. Enfin, moi en tout cas, je me dis ça, sans pour autant bouder mon plaisir, puisque j'adore refaire le monde.

Mais il y a des situations où cette inflexibilité devient pénible. Lorsque parfois j'écoute un proche m'exposer un problème ou une situation délicate, je me mords les joues jusqu'au sang pour ne pas lui hurler : " Mais c'est ça qu'il faut faire, ça saute aux yeux voyons !!! ". Ca me semble parfois tellement évident, j'ai du mal à comprendre que les autres ne le voient pas aussi. Du coup je ne sais jamais quoi dire, j'ai trop peur d'être catégorique. Sans compter que de toute façon, l'idée d'influencer les gens me révulse, probablement parce que j'ai horreur qu'on essaie de m'influencer. Je refuse d'avoir du " pouvoir " sur les gens, c'est vraiment une perspective qui m'est insupportable. Même si bien sûr c'est inévitable. Puisque j'ai toujours raison.

Là je plaisantais, bien entendu ; cela dit ça donne une assez bonne idée des noeuds que je me fais au cerveau. Bref. La plupart du temps, les gens qui viennent vous confier leurs soucis n'attendent pas particulièrement un conseil ou une réponse, mais plutôt de l'écoute, donc ce que vous dites n'a pas une réelle importance à mon avis, l'essentiel étant de savoir faire preuve d'écoute et d'intérêt.

Quand il s'agit de discussions d'ordre plus général, la situation devient vite intenable. J'ai tellement de mal à supporter les conflits et les rapports de force que j'abandonne souvent la partie. Mais j'en arrive toujours à la même interrogation : pourquoi suis-je si persuadée d'avoir raison, de connaître de bons arguments, d'avoir l'impression de me trouver face à de telles évidences, alors que l'autre en est à des années lumière ? Et pourquoi deux points de vue, parmi d'autres, semblent-ils toujours si irréconciliables ? Je parle pourtant avec quelqu'un qui est culturellement, socialement et temporellement proche de moi (oui je suis très sectaire, je ne parle qu'à des gens qui me ressemblent), mais les idées qui fondent mes opinions lui semblent totalement étrangères. Ou négligeables. Ou utopiques, ce qui a le don de déclencher ma fureur. Utopiste ! est devenu une insulte, je n'arrive pas à m'y faire.

Rien que de très banal, finalement. La vie est pleine de tous ces désaccords, ces disputes, ces malentendus. Il paraît que c'est bénéfique ; c'est sûr que le consensus mou ça fait rêver personne... encore faudrait-il que ce consensus soit fondé sur ce que je pense être vrai pour me convenir, ce qui me renvoit à mon problème précédent : le refus de peser sur l'opinion des gens. Misère, on va pas s'en sortir...

Mais il faut bien faire avec. Je garde farouchement mon avis et mes idées, je ne peux pas faire autrement de toute façon. J'essaie aussi de les faire valoir quand ça me semble possible et raisonnable. Et si ça s'avère inutile et conflictuel, je les garde pour moi, en me disant que ça ne passionne pas les gens de toute façon. Ce à quoi je voudrais parvenir, malgré tout, c'est à me départir de la certitude, dans certains cas, que mon avis est manifestement le seul à être valable. Parce que ça me ramène évitablement à l'idée que chaque personne sur cette terre pense la même chose, depuis que le monde est monde. Et aussi parce que les conséquences de ces modes de pensée antagonistes sont parfois terrifiants. Si c'est pour devenir méchante, fielleuse ou cruelle, je préfère encore avoir tort.

 

18/10/2006

Telle est la question

Alors d'habitude, c'est vraiment pas mon truc, les questionnaires : trop réducteurs, trop simplistes, trop puérils. Mais vu qu'on en rencontre deux à la minute sur la blogosphère, c'était fatal, il fallait bien qu'il y en ait un qui me tape dans l'oeil un jour ! De toute façon je crois que je suis dans une phase de profonde évolution, j'ai même créé des catégories, dis donc. J'ai toujours juré mes grands dieux que je ne le ferais pas, à cause de ma psychorigidité évidemment : dans quoi classer ça ? Oh mais ça irait dans deux catégories ! Ah ça fait longtemps que j'ai rien posté dans celle-là ! Et celle-ci, elle est toute vide par rapport aux autres, il va falloir appeler Amnesty International ! Etc etc (non je ne me risque plus à l'écrire en toutes lettres).

Bref, dans la vie, rien n'est gravé dans le marbre, ça tombe bien, j'en ai pas sous la main. Donc, un questionnaire, et advienne que pourra !

1)Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne:

" Du côté bougon, la différence de rapidité de l'éveil est donc tout aussi difficile à endurer que pour celui ou celle qui doit faire face à la mine renfrognée." Le livre c'est Premier matin, de Jean-Claude Kauffmann. Je l'avais acheté pendant ma formation en documentation, pour faire un résumé je crois. Je l'ai survolé, c'est amusant et révélateur ; l'auteur fait de la micro-sociologie, c'est-à-dire qu'il étudie les menus faits et gestes des gens, leurs habitudes. Mais on ne peut pas dire que ce genre de lecture me passionne, la sociologie c'est aussi (entre autres bien sûr !!!) une façon de légitimer certains préjugés. Bref, ce n'est pas du tout caractéristique de ma bibliothèque : par exemple, quelques volumes plus loin, je serais tombée sur ma collec' de Martine (à la plage, à la fête des fleurs, petite maman...), et là, vous auriez vu mon vrai visage.

2)Sans vérifier, quelle heure est-il?

19h.

3)Vérifiez:

19h03. J'ai une horloge dans le ventre, d'ailleurs parfois je m'en passerais bien.

4)Que portez-vous?

Un chemisier bleu clair brodé (ça a pas l'air comme ça mais c'est très joli), un pantalon thaï noir tout pourri (je l'ai mis en arrivant chez moi, je ne sors pas comme ça dans la rue !) et de magnifiques chaussons rose fuchsia, assortis à mon intérieur à dominante violette et rose bonbon. Et j'ai aussi mes lunettes, puisque j'enlève mes lentilles en arrivant chez moi.


5)Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?

Le blog de mariaba, c'est là que j'ai vilement piqué ce questionnaire ! Merci mariaba !

6)Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?

Mon ordinateur est bien silencieux en comparaison du bruit de la circulation, du portail du parking et du chien de ma voisine. Cela dit, je peux m'estimer heureuse, depuis 5 jours aucun élément de mon humble demeure n'a attenté à ma vie.

7)Quand êtes-vous sortie la dernière fois, qu'avez-vous fait ?

Ben je suis allée bosser, tiens ! Ce matin, à 8 heures, je me suis faufilée avec délice dans les embouteillages toulousains, j'ai insulté mon quota habituel d'automobilistes, et je suis arrivée au bureau en pestant contre le vent cataclysmique qui souffle depuis trois jours. J'étais bien contente de rentrer tout à l'heure, donc.

8)Avez-vous rêvé cette nuit ?

Bien sûr, tout le monde rêve toutes les nuits. En général je ne m'en rappelle jamais, sauf quand c'est des mauvais rêves. Et je n'ai pas envie de parler du dernier en date. A une époque, je me suis furieusement intéressée à l'interprétation des rêves. Bon, j'étais lycéenne, donc jeune et innocente, c'est la seule excuse que je me trouve.

9)Quand avez-vous ri la dernière fois ?

Il y a quelques minutes, devant mon écran, à la lecture d'un de mes blogs préférés. Et aussi plein de fois dans la journée, en me moquant de mes collègues de bureau. Oui, je sais, c'est mal.

10)Qu'y a t'il sur les murs de la pièce où vous êtes?

Des photos des gens que j'aime, un peu partout, datant de diverses époques, et si possible sans moi dessus, je suis la personne la moins photogénique du monde, donc je déteste me voir en photo, j'ai toujours l'impression que ça n'est pas moi. Un tableau représentant un ange qui joue de la guitare ; dit comme ça, ça doit paraître légèrement surréaliste, mais en fait pas du tout, il a l'air de trouver ça très naturel de jouer du banjo. Un miroir que j'ai fait avec mes mains : on pourrait croire qu'il date de mes années de maternelle, que nenni, je l'ai fait il y a deux ans, non vous n'avez pas le droit de rire. Et partout autour, une espèce de revêtement quadrillé qui a été blanc, mais qui maintenant l'est un peu moins, à cause des millions de cigarettes que je fume en écrivant toutes ces fariboles.

11)Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?

Des cheveux.

Non, je déconne. Je sais pas, un appartement probablement. Je saurais pas quoi faire de tout cet argent. Ca me fait peur le pognon, j'ai l'impression qu'on ne peut pas avoir des relations saines avec les gens quand on est vraiment très riche. Cela dit, c'est une éventualité qui ne me guette guère ! Mais si jamais, je crois que j'essaierais de réaliser un vieux rêve : acheter le petit manoir situé au-dessus de la vigne de Montmartre (spéciale dédicace à Julie).

12)Quel est le dernier film que vous ayez vu ?

Le diable s'habille en Prada. Avec des rencontres de blog, on a passé un bon moment ! Le propos du film ne m'a pas passionnée, mais évidemment Meryl Streep était incroyable, et le film était très distrayant. Ah ben tiens, si j'étais millionnaire, je m'habillerais chez Chanel, comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ?

13)Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?

Ben déjà, j'ai vu des gens, parmi lesquels un certain nombre de fous furieux, forcément. Ah si ! En rentrant du bureau j'ai vu un mec qui roulait avec une voiture accidentée, il n'avait plus de pneus du côté droit, donc il roulait carrément sur ses jantes, à toute blinde en plus. J'ai halluciné.

14)Que pensez-vous de ce questionnaire ?

Qu'il est drôle, et que même si c'est pas mon truc de répondre à des questionnaires, là j'avais envie, au péril de ma crédibilité bloguesque. Là par contre, vous avez le droit de rire.

15)Dites-nous quelque chose de vous que ne savons pas encore :

Sur moi ? Oh ben des tas de trucs, je tiens à garder une vie privée si ça vous fait rien ! Allez, un super scoop : j'ai un souffle au coeur (spéciale dédicace à ma soeur).

16)Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?

Etant donné qu'il est de plus en plus improbable que je devienne mère un jour, vu que ça ne me démange pas férocement, je suis un peu coincée. D'autant que si enfant il y a avait, y'aurait aussi un homme dans le coup, donc il aurait (éventuellement) son mot à dire. Donc je vais juste donner mon prénom féminin préféré : Orane. Je crois que c'est à cause de l'actrice Orane Demazis (qui jouait notamment dans la trilogie marseillaise de Pagnol), je la trouve sublimement belle.

17)Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ?

Même préambule... Sacha. Mais là, si je vous dis pourquoi, je vais être obligée de vous dire mon prénom (non ce n'est pas Guitry), et j'ai pas envie, je préfère jouer les fausses mystérieuses.

18)Avez-vous déjà pensé à vivre à l'étranger ?

Vaguement oui, mais très vite j'ai pensé au pain frais au petit déj, aux entrecôtes grillées, et au vrai café. Et aussi aux gens que j'aime bien sûr, je ne pense pas qu'à manger, malgré les apparences. Le seul vrai voyage lointain que j'aie fait, c'était en Thaïlande : un pays merveilleux, des gens adorables, de la nourriture (!) délicieuse, 15 jours magiques. Mais bon, c'était pas la France. Je suis indécrottable. Même les choses que je déteste le plus dans ce pays finiraient par me manquer. Et la barrière de la langue ! La difficulté de se comprendre sans malentendus ! A y penser je frissonne d'horreur, Hollywood m'attendra encore un peu.

19)Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?

Je ne crois ni en Dieu ni au paradis. Et du reste, je suis pas sûre que j'aurais envie qu'on me parle alors que je viens d'y passer, et surtout pas un vieux barbu qui la ramène avec sa science. De toute façon, je ne crois pas non plus à la survie de l'âme, donc même si on me parlait, j'entendrais pas, hein ! Ne vous formalisez pas, tout le monde voit midi, Dieu, Bouddha ou Elvis à sa porte ; quant à moi, la spiritualité est une sphère qui m'est totalement étrangère, je dois être désespérément matérialiste.

20)Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?

Si j'ai droit qu'à un truc c'est pas drôle ! Ah ben si finalement : tout. Je changerais à peu près tout. Ou plutôt, je ne garderais que l'essentiel : les relations humaines, ce sont elles qui font le sel de la vie, et tout le reste n'est là que pour le decorum. Enfin, j'aimerais.

21)Aimez-vous danser ?

Non. En fait je crois que ce sont les autres qui n'aiment pas que je danse, je suis une injure vivante au sens du rythme. Je ne danse que quand je suis passablement ivre. Et le lendemain, j'ai un peu honte (d'avoir dansé, pas d'avoir été ivre).

22)Georges Bush ?

Je serais vulgaire, joker. De toute façon j'en pense autant de mal que tout le monde, inutile d'en rajouter.

23)Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?

Je ne regarde pas la télévision, je l'écoute : ma télé est installée sur mon ordi, mais comme je fais TOUJOURS quelque chose sur mon ordi, je ne vois pas les images. Et du coup, j'entends encore plus les conneries proférées (un sacré paquet donc) par les pseudo-journalistes et les animateurs à deux balles. En général, je suis branchée sur Canal +, à l'heure de l'émission de Denisot (j'ai une excuse, j'ai un GROS faible pour Michel Denisot depuis 1984, époque mythique, tout ça). Après, j'éteinds définitivement cette poubelle de notre culture (copyright Hélène), et je vais bouquiner, ça me donne l'impression d'être intelligente. De toute façon je supporte plus d'être assise à regarder un truc sans rien faire, alors que j'ai été une couch potato de la pire espèce, quand j'étais jeune.

24)Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?

Qui voudra bien, je ne veux embêter personne.

20/09/2006

Post inhabituel

Oui mais j'ai une excellente raison : vous tenir informé(e)s de la situation du blog d'Hélène.

Depuis quelques jours l'accès y est impossible : manifestement, c'est son hébergeur, Mabulle, qui a planté de A à Z, et qui doit pédaler dans la semoule pour que tout rentre dans l'ordre.

Je sais pas vous, mais moi plus de 3 jours sans un billet d'Hélène, ça s'apparente à de la torture psychologique, genre une assiette de choucroute derrière une vitre blindée. Je crois pouvoir dire qu'Hélène a terriblement hâte de retrouver son blog également, et que quand ça sera le cas elle se déchaînera de plus belle pour nous faire rire et réfléchir, dans ce style qui n'appartient qu'à elle.

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, comme disait Buster Keaton. Ah non, c'était pas lui.

Sinon, une petite digression (quand même, restons fidèle à nos principes) : moi j'ai un peu la flemme là, mais je finirai bien par trouver un sujet sur lequel m'étaler. Ca va venir, je sais pas quand mais un de ces quatre. Je déteste me forcer, donc je préfère rester muette, mais ça ne saurait durer, vous pensez bien !

Edit du samedi 23 septembre : a y est, ça remarche !!!! Toutes chez Hélène, viiiiiite ! Une semaine, on manquait vraiment d'oxygène... 

17/08/2006

P'tit voleur

Vi, c’est le titre d’une chanson de Renaud, mais je suis sûre qu’il ne m’en voudra pas de le lui emprunter de façon si cavalière ; à mon avis, il ne s’en rendra même pas compte, occupé qu’il est à pouponner. Oui, j’ai acheté Voici (j’ai le droit, c’est les vacances, à défaut de plage et de farniente au soleil, je lis des magazines débiles), mais ça compte pas, je le savais déjà : Renaud est à nouveau papa, d’un petit garçon né le... 14 juillet. L’ironie du sort est parfois implacable.

Evidemment ce n’est pas de lui dont je veux vous parler ; non, c’est de moi, bien entendu (quelle question !). Or donc, ce matin, descendant vaillamment les escaliers menant au coupe-gorge qui me sert de parking, j’arrive à l’endroit où j’entrepose l’objet dont je me sers le moins après ma balance : mon beau vélo rutilant tout neuf que j’ai acheté ce printemps. Dans un premier temps, je ne le vois pas. Le hic, c’est que dans un deuxième temps, je ne le vois toujours pas. Ma première pensée est de me dire "Tiens, quelqu’un a déplacé mon vélo, il devait gêner" (je suis parfois d’une naïveté sidérante). Et soudain, dans une bouffée de fureur et d’indignation, je me rends à l’aveuglante évidence : ON M’A ENCORE VOLE MON VELO !!!! Pour la deuxième fois, oui Madame !!! C’est pas Dieu possible !

Bon, il faut reconnaître qu’il est relativement magnifique, et qu’à ce titre il doit susciter les convoitises ; mais là, quand même, pile un an après le premier vol, rebelote ! D’ailleurs qu’est-ce que c’est que ces gens qui chourent des vélos autour du 15 août ??? Désoeuvrement total, bien compréhensible du reste, il n’y a vraiment pas grand-chose à faire en ce moment à Toulouse ; désespoir soudain lié à l’arrivée inattendue de l’hiver, et poussant à commettre des forfaits abominables ? Nécessité impérieuse de trouver un moyen de locomotion pour aller jusqu’à un calvaire de haute montagne rendre grâce à la Sainte Vierge ? L’histoire ne le dit pas. Sans compter que cette fois, échaudée par le premier larcin, j’avais aussi acheté un antivol de deux cents kilos de la mort qui tue ; bravo Monsieur Antivol, vous seriez pas arrivé avant-dernier à votre école d’ingénieurs par hasard?

Le résultat, c’est que j’ai de nouveau plus de vélo. Faut être honnête, il ne va pas non plus me manquer atrocement ; depuis mes mésaventures côtières, je rechignais à m’en servir. Pour une fille, je pense avoir un taux de testostérone légèrement supérieur à la moyenne, mais de là à pouvoir un jour participer au Tour de France, j’avais un peu abandonné l’idée, notez. M’enfin quand même, de temps en temps, quand j’étais CERTAINE de ne rencontrer que du plat sous mes roues, il m’arrivait de m’en servir...

Réprimant la fumée qui me montait aux naseaux, je suis partie bosser ; sur la route, évidemment, je suis montée en pression toute seule, échafaudant des plans démoniaques pour punir l’infâme voleur (la bonne blague) ; je rédigeais mentalement un mot assassin à placarder dans les couloirs de mon immeuble pour menacer de mon courroux et de ma vindicte éternelle le coupable ; je calculais déjà où caser mon prochain engin dans mon appart’ (ben oui, j’ai pas de balcon, c’est con). Et puis subitement, la peur de passer pour une folle m’a étreinte ; je me suis dit "à quoi bon ?"... mon vélo est parti, et jamais je ne le reverrai...

Après ce moment d’émotion d’une intensité poignante, un peu comme dans Sur la route de Madison, ma colère s’était évanouie. J’avais envie de m’en foutre. Je déteste l’idée d’être attachée à des objets. Je vais pas vous faire le coup de "La propriété, c’est du vol" (quoiqu’il faudrait pas beaucoup me pousser), mais franchement, je n’arrive pas à tenir vraiment à des choses, même (surtout ?) quand je les ai achetées avec mes sous. On peut bien me voler tout ce qu’on veut, on n’arrivera jamais à m’enlever ce qui est vraiment important pour moi : ce que je suis, profondément, et l’amour des gens autour de moi. A côté de ça, un instrument de torture déguisé en moyen de locomotion, ça fait pâle figure, non ?

Ca fait du bien de se détacher de ce genre de possessivité, ça permet de se concentrer un peu sur le reste. Bien entendu, je possède aussi des choses auxquelles je tiens follement, souvent moins en raison de leur prix que de la valeur sentimentale que je leur accorde ; d’ailleurs ce sont généralement des cadeaux. Mais pour le reste... l’objet le plus coûteux que je possède doit être mon ordinateur, pour vous donner une idée. Ah si, il y a ma voiture, mais vous savez déjà ce que j'en pense. Et puis c'est pas pareil, c'est ma môman qui me l'a donnée, tu m'etonnes, elle en voulait plus ! (mais ça m'a fait plaisir quand même, Maman !) Je vous l'ai dit, je suis une enfant gâtée... Je reste quelqu’un de très matérialiste dans le sens où je chéris mon petit confort, on est petit-bourgeois ou on ne l’est pas ! Mais sortie de là, la possession ne me motive pas du tout. De toute façon, je suis révulsée par la consommation effrénée à laquelle on est sans cesse poussés, et qui est un véritable miroir aux alouettes ; mais c'est sûr, pendant ce temps, on n'a pas le temps de penser aux vrais problèmes... toujours la même histoire.

Et puis le vol... c’est devenu pour moi une notion très relative, avec le temps. J’ai pourtant été élevée dans des principes moraux hyper stricts ; ma seule expérience de vol s’est conclue par une engueulade si monumentale que je n’ai plus jamais recommencé. C’est bien simple, ça ne me vient jamais à l’esprit, je suis désespérément honnête, si c’est pas malheureux. Cela dit ça ne m’empêche pas de penser que voler, c’est pas forcément mal. Par exemple voler dans les grandes surfaces, je trouve ça plutôt bien, même, ils ont moins besoin d’argent que nous, vous croyez pas ? Et depuis que je travaille dans une banque... alors là c’est le pompon, j’ai découvert que parfois, le vol était LEGAL. Oui, je l’affirme, la loi autorise ceux qui en ont le moins besoin, encore une fois, à voler en toute impunité des gens qui eux, courent après 50 balles du début à la fin du mois. Et qui, ensuite, me piquent mon vélo. CQFD.

Voilà, comme d’habitude, pour faire passer mon énervement je suis partie dans des pseudo-théories fumeuses, et encore une fois ça a super bien marché. J'en ai conclu que je préférais me faire voler ma bicyclette par quelqu'un qui en avait probablement plus besoin que moi, toute condescendance mise à part, que de me faire carotter des agios imaginaires par un banquier à costard en alpaga (par contre, si c'est un banquier à costard en alpaga qui m'a volé mon vélo, il vaut mieux pas qu'il me tombe entre les pattes). J’ai donc accordé magnanimement mon pardon sans conditions à tous les voleurs de vélos de la Terre, et fini ma journée pleine d’amour pour l’humanité entière (sauf les banquiers et les groupes de distribution, donc) ; dans ma voiture, je suis tombée sur une station de radio diffusant une chanson de Céline Dion, et j’ai même pas zappé, c’est dire !

Finalement je suis bien contente de ne pas lui en vouloir, à mon p’tit voleur ; quant à vous qui me lisez, je vous entends déjà fourbement marmonner dans votre barbe "Mais ça l’arrange bien, en fait...". Je ne vous permets pas ! Et pour vous contredire, je suis prête à racheter un vélo. Et un antivol, bien sûr...