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06/07/2006

Quadrature du cercle

Comme prévu, j'ai craqué. J'ai lamentablement cédé à la pression de la majorité, qui telle un rouleau compresseur a foncé sur moi pour aplatir et enfouir six pieds sous terre mes convictions. Oui, j'ose le dire : hier soir, j'ai rejoint mes réguliers dans un bar pour voir ce putain de match.

C'était lamentable. Pas la soirée en elle-même ; moi, du moment que je suis avec des gens que j'aime, ils peuvent bien m'emmener scier du bois dans la forêt, je suis contente quand même (oui, après un temps d'hésitation, d'accord). De toute façon, j'ai très vite décroché de ce spectacle emmerdant à pleurer, et avec ma soeur et mon Frank, on s'est installés sur un banc, à l'extérieur, pour papoter et dire du mal des passants, c'était vraiment beaucoup plus marrant.

Reste que je ne suis toujours pas convaincue de devenir fan de foot, loin s'en faut. Passons sur les fausses chutes d'une maestria incomparable (il faudra penser à créer un Oscar du meilleur tombé tout seul) et les longues minutes à espérer qu'il se passe enfin quelque chose ; ce qui m'a le plus scandalisée c'est le chauvinisme éhonté et d'un opportunisme criant des spectateurs, les mêmes qui bien sûr, il y a quelques semaines, souhaitaient mille morts atroces à Raymond Poulidor (ah non pardon, Domenech). Ah ben oui, c'est plus simple d'être patriote quand on gagne ! Ce sont sûrement les mêmes qui décrivent le Portugal de leurs vacances comme un pays si accueillant, si pittoresque et si authentique, qui ont hier applaudi quand un joueur portugais s'est vu infliger un carton mauve (quoi, ce serait plus joli que cet affreux jaune fluo non ?).

Bref, il vaut mieux que j'arrête d'en parler, je vais tellement m'énerver que ça va m'empêcher de dormir, et vu le peu d'heures de sommeil que m'ont gracieusement octroyé les klaxonneurs fous d'hier soir, je préfère passer une bonne nuit ! Et puis évidemment c'est pas le sujet, comme d'hab. Tout ça m'a ramenée à une interrogation récurrente chez moi : comment se sentir en adéquation avec ses propres convictions ? Comment ne pas sombrer sous le poids de ses contradictions, comment assumer un mode de vie parfois éloigné de ses idéaux ? Finalement je crois que c'est mal parti pour une bonne nuit.

C'est une question qui m'a toujours hantée. Je crois que c'est à cause de ça que pendant longtemps, j'ai eu l'impression de ne pas avoir d'opinion sur grand-chose. Je réalise maintenant qu'en fait j'hésitais entre deux extrêmes : adopter l'opinion que les gens s'attendent à vous voir adopter, en fonction de vos caractéristiques socio-culturelles notamment, ou trancher carrément dans le vif avec des convictions pouvant paraître totalement contradictoires avec ces mêmes caractéristiques. La première solution, au fond, n'a jamais dû me faire très envie ; j'ai donc préféré rester dans un flou artistique, influencée que j'étais par une formation intellectuelle (bien grand mot quand même) toute inféodée à la sainte trinité thèse-antithèse-synthèse. J'étais systématiquement encline à ne distinguer que le juste milieu. C'était très raisonnable. Et pathétiquement chiant (j'écris trop de vilains mots là, il faut que je me surveille).

Et puis divers événements m'ont convaincue que ce n'était pas nécessairement la seule solution. On m'a appris que les convictions d'un être se forment sur des tas de variables, presque toujours sans qu'on puisse le contrôler. Aujourd'hui je pense que c'est faux, et qu'on peut décider d'infléchir le cours de ses idées, sur la simple et bonne raison qu'il est plus juste de penser autrement. Et c'est là que le bât blesse parfois, quand on se retrouve face à certaines inadéquations entre ces sentiments et sa façon de vivre, surtout dans un monde où tout est tellement enchevêtré, où la moindre petite action semble pouvoir avoir des répercussions catastrophiques, où le fameux effet Papillon est manifestement en train de devenir la règle. Ca complique singulièrement les choses, par exemple lorsqu'on est farouchement opposée au pouvoir outrancier des grands groupes de distribution, mais qu'on n'a pas nécessairement les moyens de faire ses courses chez le petit épicier du coin. Et aussi quand on travaille pour un de ces groupes, parce que c'est là où le vent vous a portée (il soufflait très fort ce jour-là). C'est la même chose quand on a été élevée dans une relative aisance, dont on a, il faut bien le dire, gardé un certain goût pour le luxe, mais qu'on se sent plutôt "du côté" des démunis et des oppressés. Parfois je me fais l'impression d'être un imposteur...

Et puis à d'autres moments je me dis que c'est bien comme ça, que ce sont les idées qu'il me plaît d'avoir, et qu'une petite dose d'utopie ne peut faire de mal à personne, même si on n'est pas toujours prêt à en assumer les conséquences pratiques. Je ne vais tout de même pas cumuler l'auto-flagellation morbide et le boboïsme béat, ça serait trop pour une seule femme !

Alors c'est comme pour le reste : j'essaie de faire avec. De la même façon que j'essaie de concilier les innombrables contradictions qui m'habitent. Adorer le champagne et détester l'argent. Etre misanthrope et aimer les gens, malgré tout, profondément. Me sentir pudique et vous raconter ma vie. Pester contre les généralités et en user plus souvent qu'à mon tour. Fuir la climatisation qui m'enrhume en huit secondes et fumer un paquet par jour. Haïr les voitures et la circulation, et avoir la flemme d'y aller à pied. Trouver certains enfants beaux au point de vouloir les prendre et partir en courant, et rester de marbre à l'idée de la maternité. Rêver d'un amour immortel et être incapable, ne serait-ce qu'une seconde, d'imaginer qu'un homme puisse seulement me plaire. Me complaire dans la solitude et avoir désespérément besoin de la chaleur des gens que j'aime. Me poser toutes ces questions, et jamais n'y trouver de réponses...

Bon... j'ai failli m'attendrir sur moi-même, c'est affreux. Quoiqu'il en soit, je suis la somme de toutes ces contradictions, et il faut bien que je m'en arrange. Je ne suis pas encore prête à les assumer, à être parfaitement conséquente avec toutes les pensées qui me traversent l'esprit, et à aller vivre dans ma cabane en haut d'un baobab de la forêt amazonienne. J'ai ma vie à vivre, et ça reste bien plus passionnant qu'essayer de résoudre un équation vieille comme le monde...


29/06/2006

Etre une femme

Quand j'étais jeune, j'adorais Michel Sardou. Oui, je sais, ça paraît complètement dingue, mais c'est vrai. En vieillissant, j'ai bien sûr gagné en sagesse et en bon goût (bien sûr), j'ai donc pris mes distances avec l'oeuvre (?) de ce chanteur ; cependant, quand cette chanson résonne, plus souvent qu'on ne pourrait le croire, dans un bar obscur et moite aux dernières heures de la nuit, une sorte de frénésie incontrôlable s'empare de mes pieds, de mes bras, de ma voix, bref de mon corps tout entier qui, dans une véritable transe, se met à danser (si on peut appeler ça comme ça) et à hululer ces paroles. Je vis le truc, tu vois ? Il faut dire qu'en général j'ai un petit coup dans le nez à cette heure-là, ça doit aider.


Enfin c'est pas du tout le sujet (avouez que vous avez eu peur), le but c'est de parler de féminité. Ou de féminitude. Du fait d'être une femme.

C'est pour moi une interrogation ancienne, bien entendu ; peut-être pas si ancienne que pour la moyenne des filles, quand j'y réfléchis ; je crois que je me suis posé la question plus tard... j'ai longtemps été ce qu'il est convenu d'appeler un "garçon manqué" (peut-il exister une expression plus infâme ?), et puis soudain, d'un coup, j'ai eu des nénés et envie de me maquiller. J'ai pas du tout senti la transition entre ces deux états de fait, donc j'ai pas eu le temps de réfléchir entre temps, il fallait d'abord que je me débrouille concrètement avec ça.

Et puis, peu à peu, l'idée que je me fais de la féminité s'est esquissée ; elle a varié selon les époques et les événements, jusqu'à acquérir une complexité et une richesse tout à fait satisfaisantes ; de la même façon que j'ai horreur d'entrer dans un moule, de me conformer à une identité ou de me cantonner à un rôle, je déteste que ma condition de femme me réduise, ou me limite. C'est peut-être pour ça que je rechigne parfois à me définir en tant que femme, j'estime être en premier lieu un être humain ; c'est pour cette même raison que je déclare ne pas être féministe ; et enfin c'est probablement à cause de ça que j'ai si peu d'amiEs.

Je ne me suis jamais vraiment bien entendue avec les filles. Je les ai souvent trouvées mesquines, serviles, minaudantes, jalouses, capricieuses. Terriblement femelles. Avec le recul je me dis que c'est incroyable ; à l'adolescence j'ai dû cristalliser ces impressions jusqu'à fuir les amitiés féminines, ce n'est pas possible autrement. Je me sentais différente, et dès que j'en ai eu l'occasion j'ai pris le large et suis allée voir ailleurs si l'amitié était plus verte. Elle l'était...

J'ai donc évolué avec très peu de filles autour de moi, à quelques exceptions près : une tendre amie d'enfance, que je revois régulièrement, et qui a une vie si diamétralement opposée à la mienne que les rencontres sont forcément enrichissantes ; une copine formidable rencontrée il y a quelques années, mais que je vois peu, ce qui nous permet sans doute d'éviter bien des dissensions ; et puis bien sûr il y a ma chère petite soeur, mais là c'est pas pareil, ce qui existe entre nous est d'une telle évidence...

J'ai toujours eu conscience de "manquer" de copines, mais paradoxalement ça ne m'a jamais manqué ; j'ai dû développer tant de préjugés que ça m'a probablement poussée à éviter soigneusement toute ébauche d'amitié féminine. Je me trouvais quand même un peu bête d'être aussi rigide sur la question, mais ça n'allait pas plus loin.

Mais depuis quelques mois, tout ça est en train de changer. D'abord, le fait de tâter de la vie de bureau m'a fait subitement rencontrer beaucoup de filles, dont un certain nombre m'ont radicalement plu, justement parce qu'elles étaient les contre-exemple vivants de mes conceptions. Bon, j'avais déjà travaillé avec des nanas, évidemment, mais cette fois-là, ça a été différent, peut-être tout simplement parce que j'y étais prête, et ça m'a fait réfléchir ; tout comme m'ont fait réfléchir des discussions avec un être cher à mon coeur, fasciné par la force et la profondeur des amitiés féminines.

Et puis surtout il y a vous, les filles qui me lisez et me faites le plaisir de laisser vos impressions. Dans votre immense majorité, vous êtes là grâce à Hélène, que je ne remercierai jamais assez pour ça, et pour me donner envie de changer complètement d'avis sur les femmes. Maintenant, je sais qu'il existe des filles simples, drôles, gentilles et franches, et qui le sont les unes avec les autres. Ca peut paraître inouï, mais jusqu'ici je n'étais pas sûre que ça puisse être possible. Je suis positivement ravie qu'en fait, ça le soit. Et que les échanges que nous avons soient si gratifiants. Ce qui ne doit bien sûr pas empêcher les garçons de participer ! Ca me manquerait.

Tout ça pour dire (eh oui, c'était une digression. Mais primordiale !) que ça me ramène une fois de plus à m'interroger sur la féminité, et à me dire que décidément, c'est une notion pleine de sens et de paradoxes. A penser que ça ne devrait pas être un sujet. A être agacée de reconnaître que ça en est bien un. A l'époque (bien lointaine !) où je considérais encore la distinction homme/femme comme purement physiologique, je situais ma féminité dans mon ventre, sans doute parce que je commençais à être attirée par l'éventualité de la maternité. Je suppose que comme moi, pas mal de filles ont dû penser qu'elles deviendraient femme en même temps que mère... ça me semble à des années-lumière aujourd'hui...

Les années ont passé, et avec elles, le désir, et de toute façon l'éventualité, d'être mère, ce n'est définitivement pas mon karma ; pour autant je ne pouvais pas renoncer à ma féminité ; je me suis donc tournée vers d'autres pistes. J'ai exploré ma féminité plastique. Elle s'est révélée bien vaine, même si j'y suis toujours extrêmement attentive ; à vrai dire elle s'est même retournée contre moi, et je me suis juré qu'on ne m'y reprendrait plus. L'apparence peut devenir une telle prison, je n'avais pas envie de m'y laisser enfermer... elle me semble indispensable dans un souci de respect des autres et de soi-même, et de plaisir de se sentir jolie, les bons jours, mais j'avais envie d'aller plus loin...

A écrire tout ça, je réalise que j'ai beaucoup réfléchi au sujet, finalement. J'y ai réfléchi d'un point de vue strictement individuel d'ailleurs, comme je l'ai déjà dit les communautés me hérissent, je n'ai pas particulièrement envie de me trouver des points communs avec quelqu'un uniquement parce que ce quelqu'un est aussi une femme ; et puis personne ne m'avait rien demandé, je suis bien consciente de ne pas être Simone de Beauvoir, même si je suis totalement d'accord avec elle lorsqu'elle dit : "On ne nait pas femme, on le devient". Je crois qu'aujourd'hui, ma féminité siège essentiellement dans mon cerveau. Que je le veuille ou non, mon esprit est féminin, moi qui suis pourtant dotée de capacités considérées comme masculines (pas de panique ! le sens de l'orientation, le fait de ne jamais pleurer, la résistance à l'alcool, ce genre de préjugés débiles). C'est mon esprit, mon cheminement, mon vécu, qui ont fait de moi une femme, et qui m'ont aidée à m'accepter en tant que telle, à en être fière (encore !), à en être heureuse, en dehors de toute comparaison. Et c'est peut-être ça, la clé de la féminité, ce paradoxe : accepter de se définir en excluant la sempiternelle référence masculine. Que je sache les hommes ne se définissent pas grâce à leurs différences avec le sexe féminin ; non, ils se définissent par rapport à la taille de leur bagnole, qui comme chacun sait est un commode substitut phallique ! (bon ben ça va, on peut rigoler un peu quand même).

Moi en tout cas, j'aime bien cette idée, être juste une personne, et ne pas me laisser arrêter par le fait d'être une femme. Ca me permet d'envisager les relations avec les hommes sous un jour plus serein (et Dieu sait que j'en ai besoin), et d'assumer ma féminité dans ce qu'elle a de plus féminin quand le coeur m'en dit. Je fais ce que je veux. J'ai le droit. Je suis un être humain. Du coup, aujourd'hui, je vis ma féminité de façon apaisée ; et voilà justement que la féminité des autres m'apparaît sous un jour totalement nouveau... si j'étais optimiste, je dirais que la boucle est bouclée.


02/06/2006

Politesse du désespoir

De temps à autre, quand vraiment j'ai rien d'autre à faire, ou qu'un doute soudain sur le sens de la vie m'assaille (n'importe quoi... je sais bien que la vie n'a aucun sens), je relis certains de mes billets sur ce blog. Ca doit paraître atrocement prétentieux, mais ça me rassure ; et puis d'une façon générale, j'adore relire, presque autant que j'aime lire, ça c'est encore un coup de ma personnalité obsessionnelle et compulsive. Et psychorigide, j'ai failli oublier. Je suis bonne pour l'asile. Mais c'est un autre problème.

A la relecture de certaines notes donc, et à la lumière de discussions avec mes proches sur ce même sujet, il apparaît que l'image que je renvoie de moi est déplorable ; j'aurais l'air d'une quasi-désespérée qui n'attend que la cerise qui fait déborder le gâteau (copyright !!!!! Dave mon chéri) pour choisir entre la corde et le four. Eh bien il n'en est rien. Je déborde de gaieté et de joie de vivre.

Inutile de hausser les sourcils, bande de sceptiques, c'est la pure vérité. Tous les gens qui me côtoyent vous le confirmeraient, je suis tordante, toujours l'oeil qui frise et la blague au coin des lèvres. Je soupçonne les gens de ne m'inviter à leurs soirées que pour distraire l'assistance, contre quelques coupes de champagne (frappé, s'il vous plaît). Nous avons tous un rôle, et celui-là me pèse parfois d'ailleurs, mais je m'y plie de si bonne grâce que je serais vraiment de mauvaise foi (et ça, ça m'étonnerait !!!) si j'essayais de le renier. Donc même si cet emploi est parfois lourd, je l'occupe avec bonheur, d'autant plus qu'il n'est pas le seul. Je ne suis pas seulement ça, de la même façon que je ne suis pas seulement la fille qui déverse ici ses doutes et sa mélancolie. Je suis plein de personnes à la fois, et ça me va bien comme ça.

Tout ça pour dire que ma vie est agréable, et parfois même légère (ah, si seulement moi aussi je pouvais l'être...). En tout cas beaucoup plus vivable que celle des enfants d'Afrique, des fans de tuning ou des sosies de Britney Spears, dans le désordre et sans volonté de comparaison, bien sûr. Et je crois qu'elle l'est parce que j'ai décidé qu'elle le serait, parce que si je ne l'avais pas décidé, personne ne l'aurait fait à ma place (en tout cas aucun volontaire n'a levé la main). Et surtout, la vie aurait été insupportable. Je me serais détestée. J'aurais semé la tristesse autour de moi. J'aurais rendu les gens malheureux. Je n'aurais pas su comment protéger ceux que j'aime, parce que je n'aurais pas cru que ce soit possible, alors que maintenant je sais que ça l'est... mais je ne suis pas sûre que moi, j'y serais arrivée. Et le fait de rendre les gens tristes, ça m'aurait encore plus détruite.

Et voilà, je recommence !!!! Mais c'est pas possible, empêchez-moi ! C'est exactement pour ça qu'en société je débite des absurdités à n'en plus finir, parce que sinon je dirais des trucs pareils, et les plus folles nuits se transformeraient en veillées funèbres !!! Juste milieu, adieu...

Heureusement, il n'en est rien ; le meilleur antidote à la lucidité étant l'humour (enfin, à mon avis), je le pratique sans retenue, et d'abord envers moi-même, ça m'empêche souvent de sombrer dans le pathétique le plus obscur. Et quand même aussi avec les autres, surtout ceux que j'aime ; en général je ne me moque que des gens que j'aime, ouvertement je veux dire, parce que je me moque aussi abondamment de ceux que je n'aime pas, mais seulement quand ils ont le dos tourné. Oui, je sais, c'est fourbe. Mais ça fait du bien. Et c'est un juste retour des choses, puisque où que vous soyez, et quelque soit le moment, il y a toujours quelqu'un pour se moquer de vous aussi, je vous rassure !

Voilà, je ne suis pas fière de grand-chose dans la vie, il n'y a vraiment pas de quoi, puisque je n'ai inventé ni le vaccin contre la petite vérole (j'étais pas née), ni les frites à 0% de matière grasse (ça ne serait pas aussi bon de toute façon), ni la psychothérapie qui marche à tous les coups (mais ça personne ne l'inventera jamais, donc pas de regrets) ; mais de ça au moins, je suis fière, être devenue ce que je suis malgré toutes mes casseroles. Elles ne sont pas plus graves que celles de la moyenne des gens, mais la souffrance, la détresse et la solitude que j'en ai ressenti auraient pu m'achever. Faut croire que j'ai la peau dure.

31/05/2006

Dilution

Alors ça c'est vraiment un truc que je n'arrive pas à comprendre. Je pense plutôt bien me connaître, mais il y a encore des aspects de moi que je ne parviens pas à cerner.

Je m'explique : j'ai l'impression que l'amour me fait m'oublier totalement. Attention, là je parle du petit amour banal, les histoires pas très glorieuses, celles qui laissent un goût amer. Parce que l'amour vrai, le grand le beau le seul l'unique (je devrais déposer un copyright à l'INPI non ?), ça me fait pas du tout ça ! Non, cet amour-là, il me rend meilleure.

Mais bref, le petit amour à deux balles, lui, il me rend conne. Eh oui. C'est affreux. Quand je pense aux renoncements, aux compromissions, aux trahisons avec moi-même par lesquelles je suis passée pour les yeux (même pas beaux) de certains garçons avec qui j'ai vécu des choses, je frémis d'horreur et d'incompréhension.

Sans que je m'en aperçoive (ou parce que je n'ai pas voulu m'en apercevoir), au début de ces quelques histoires, j'ai abandonné sans même qu'on me le demande mes envies, mes principes (et Dieu sait si j'en ai !), mes goûts, mes habitudes, pour me fondre dans une nouvelle et monstrueuse identité : le nous. Le nous peut certainement être bien vécu, du moins faut-il l'espérer ; mais pas par moi, et surtout pas quand l'autre participant en reste au je. On peut même pas l'accuser en plus, lui il a rien demandé ! Donc il continue à vivre sa vie à peu près comme il l'entend, et toi (enfin, moi en tout cas) tu continues à te plier à des impératifs qui n'existent que dans ta tête, pour préserver une relation qui au final ne cassait pas trois pattes à un canard. A chaque fois (il n'y en pas eu cinquante non plus cela dit), j'ai eu l'impression de me diluer, de me perdre dans cette mystérieuse entité qu'est le couple.

Peut-être que je pense inconsciemment qu'il faut que je fasse des efforts pour qu'on m'aime. C'est étrange parce que consciemment je ne le pense pas, ceux qui m'aiment, tant mieux (qu'ils prennent le train ou l'avion, peu importe), et ceux qui m'aiment pas, tant pis, même si parfois c'est dur à accepter. Il y a aussi des cas où c'est plutôt réjouissant d'ailleurs. Peut-être que j'ai le sentiment que tout repose sur mes épaules, que c'est moi qui suis capable d'assumer la relation, et là ça ressemblerait dangereusement à de l'orgueil, comme qui dirait.

Ou alors ça vient du fait que JE le vis mal, et pas d'autres. Autour de moi (mais pas tout près quand même) il y a des gens que ça n'a pas l'air de gêner de ne former qu'une seule et même personne avec leur moitié d'orange. Je suis partagée, puisque je l'ai vécu, mais aussi terrifiée qu'on puisse l'accepter, parfois depuis de nombreuses années. C'est tellement important de ne pas s'oublier. J'ai besoin de me sentir être une personne distincte. J'ai besoin d'espace. J'ai besoin d'être moi, et pour ça je n'ai besoin de personne d'autre, puisque donc ça m'en empêche.

Là où ça devient problématique (oui d'accord, ça l'était déjà un peu), c'est que ça va être super dur de replonger. J'essaie de ne pas devenir trop dure, trop rigide. Avec les gens que j'aime, je pense arriver à rester tendre, malgré tout... sûrement parce que j'arrive à me protéger, à préserver mon individualité, et donc à me sentir en pleine possession de mes facultés émotionnelles et intellectuelles... mais si un (charmant, drôle et intelligent, si possible) jeune homme repointe un jour le bout de son nez, je ne peux pas jurer que je redeviendrai pas instantanément stupide...

09/04/2006

Où y'a des gênes, y'a pas de plaisir

Pour moi, devenir adulte c'est comprendre qu'on n'est pas ses parents.

Ca m'a pris du temps, j'ai fait ma crise d'adolescence très tard. Peut-être parce que mes parents étaient aussi différents qu'on puisse imaginer, peut-être parce que j'ai toujours eu le sentiment d'être composée à parts strictement égales de leurs deux personnalités si diamétralement opposées. Je n'arrivais pas à me trouver au milieu de cette pagaille, de ce foisonnement. Je pense que je cherchais une « troisième voie ». Ca n'était pas une bonne idée.

Comme de juste, j'ai trouvé quand j'ai renoncé à chercher. J'ai su et accepté qui j'étais, sans chercher à renier ce qu'ils m'ont transmis. J'ai compris à quel point je leur ressemblais, et à quel point j'étais différente d'eux. J'ai compris que j'étais moi, et personne d'autre. Et que c'était bien, et que ceux qui m'aimaient prendraient le train.

J'ai ressenti une certaine fierté à me distancer de mon éducation, parce que c'est difficile quand même, et aussi parce que j'en avais eu désespérément besoin. Mais j'ai toujours beaucoup de respect et de reconnaissance pour ce que mes parents m'ont légué. J'essaie de faire avec. J'essaie de ne pas trop leur en vouloir. Certains jours c'est irrépressible... mais ce sont des êtres humains, eux aussi, et ils ont parfois été aussi stupides, maladroits et blessants qu'il m'arrive de l'être. Je ne veux plus les juger. Je ne veux plus que la manière dont ils m'ont élevée soit un sujet de réflexion. C'est une expérience.

C'est vrai que je lutte encore contre ces séquelles... depuis la mort de mon père, c'est un combat moins prégnant. De lui me restent surtout les bons souvenirs, il faut croire que j'ai une mémoire bienveillante. J'ai toujours eu honte de le penser, mais au-delà de la peine, du choc et du désarroi, sa mort m'a libérée. Ca peut paraître affreux mais c'est ainsi.

C'est sans doute à cause de ça que j'ai de moins en moins envie de réfléchir à l'acquis et à l'inné, à la nature et à la culture, au bon grain et à l'ivraie. J'ai fini par me dire que ça ne servait à rien de vouloir démêler tout ça, c'est sans doute pour cette raison que ma dernière tentative de psychothérapie est restée totalement stérile. Je suis arrivée à une certaine maturité (vous aussi vous aimez les mots qui ne veulent rien dire ?) en jouant l'apaisement par rapport à mon passé familial tumultueux. J'ai fait les choses à mon idée, sans trop chercher à savoir qui ou quoi me les soufflait, et c'est très bien comme ça. Un brin présomptueux, peut-être ? Je le concède ; mais j'ajoute à ma décharge que je suis parfaitement consciente des mécanismes un tantinet diaboliques qui ont fait de moi ce que je suis. Simplement, je veux les vivre de la façon la plus neutre possible. Il n'y a que comme ça que j'arrive à me dégager du carcan qu'ils pourraient être. Je les regarde, je les contemple, je les analyse même, comme s'ils m'étaient extérieurs. Je ne veux plus les laisser m'atteindre. Je veux garder mon calme. Je ne veux plus qu'ils me fassent du mal. Je ne veux plus être une petite fille apeurée. Je suis grande, maintenant.

26/03/2006

Calme et tranquille....

Je me sens bien ce soir... contre toute attente j'ai passé un week-end formidable ; j'ai découvert qu'on pouvait tisser des liens étroits et fertiles avec des gens qu'on estimait trop différents de soi pour que ça arrive ; je me suis trompée, et j'en suis heureuse, heureuse d'avoir passé un moment agréable et délié, heureuse de ma capacité à pouvoir encore le vivre....

J'ai découvert aussi que les amis du samedi soir peuvent être les amis d'une vie ; moi qui croyais qu'ils ne pensaient à moi qu'autour d'une bouteille de vin blanc, je réalise qu'en fait je compte dans leur vie, autant qu'ils comptent dans la mienne ; je les remercie et je les aime...

J'ai découvert que l'amour existe hors de tout cadre, et qu'il ne faut pas craindre qu'il ne se matérialise plus, car c'est une autre façon de le garder intact... je me sens plus libre, comme soulagée, même si j'ai du mal à l'admettre... ça fait du bien de lâcher prise.

Ca faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie si confiante en l'avenir... même au travail le futur se présente soudain sous un jour presque radieux ! Et puis c'est le printemps, il fait beau il fait chaud, et je vais acheter un vélo. Je vais vivre, parce que j'en suis capable, parce que j'en ai envie, et parce que refuser de le faire serait une insulte à la face de quelqu'un, qui lui n'en a plus l'envie ni la force... pour l'amour de lui il faut que je pense à moi.... c'est sans doute le plus beau cadeau qu'il m'ait fait. Il m'a révélée à moi-même...

Tout ira bien... je ne serai plus triste, je n'aurai plus peur, rien ne sera perdu... Voilà pourquoi je me sens si calme et tranquille ce soir.

25/03/2006

Plein de vide

... tel est le gouffre qui s'ouvre devant moi.

Vide, de tout ce qui a été, et qui vivra pour toujours. C'est un fait qui ne peut plus changer. C'est bien ainsi.

Mais plein, de tout ce qui arrivera. De ce qui va changer. Malgré tout ce qui ne changera pas. Plein de tout ce que j'ai à vivre, puisqu'il faut bien...

Au-dessus de ce précipice, je marche sur un fil, depuis des mois. J'en ressens une fatigue sans fond. De ma vie je n'ai jamais été aussi fatiguée. Mais jamais aussi heureuse de l'être... fatiguée aussi de toutes ces contradictions.

En équilibre sur mon fil, jusqu'ici j'ai réussi à ne pas tomber. Tout juste ai-je trébuché... mais j'ai réussi à garder mon calme, un exploit à la hauteur de ce qui restait à sauver. Aujourd'hui je sais que j'y suis arrivée ; peut-être est-il temps d'emprunter un autre chemin, où j'ai moins de risques de tomber, de tomber du mauvais côté, celui qui fait mal.

Je ne sais pas si je suis capable de quitter ce fil... si je le fais, je sais qu'il y aura toujours des moments où je le réemprunterai avec bonheur. Et peut-être qu'à ce moment il sera plus évident de ressentir ce bonheur ; peut-être sera-t-il plus simple, plus clair, moins coupable. Peut-être qu'il ne se confondra plus avec le bonheur qui a pris vie, ces quelques instants cristallins, limpides, d'une clarté absolue.

Je n'oublierai pas.

Je ne veux plus avoir peur.

Je ne veux pas céder à la petite voix qui me dit de baisser les bras.

Je ne veux pas avoir à choisir.

Je sais que le silence s'impose.

Je n'oublierai pas. Jamais.

18/03/2006

Comme je veux

Connais-toi toi-même, nous a dit ce bon vieux Socrate ; pendant longtemps je n'ai pas compris ce que ça voulait dire.... et puis j'ai fini par piger, justement au moment où j'ai eu l'exacte impression d'enfin m'être cernée ; ça a pris du temps et quelques bonnes claques dans la gueule, mais c'est finalement arrivé. J'ai alors pensé que j'aurais bien aimé, durant toutes ces années, savoir, comprendre ce que signifiait ce mystérieux impératif ; je me suis dit que ça m'aurait aidée à progresser sur ce chemin, que ça m'aurait donné l'envie d'atteindre ce but... aujourd'hui j'ai compris que ce n'était qu'illusion, qu'on ne peut comprendre toute l'importance de se connaître soi-même quand justement c'est le cas ; étrange paradoxe...

Mais en la matière, comme dans la plupart des situations de la vie, il n'y a pas de phase plateau ; rien ne dure qui n'évolue, comme dirait l'autre. Bien sûr c'est gratifiant de se connaître, de savoir ce qu'on veut, et surtout ce qu'on ne veut pas, d'avoir des convictions, d'atteindre une certaine stabilité émotionnelle (équilibre à côté duquel un château de cartes ressemble à un bunker) ; mais au moment de savoir qui on est, subitement on réalise aussi tout ce qu'on n'est pas... pour certaines choses ce n'est pas grave : ne pas être Jean-Marie Messier, Jean-Paul II ou Condoleezza Rice, par exemple, ce n'est pas un regret ; mais quand même, se rendre compte qu'on ne sera probablement jamais une mère aimante et dévouée, une militante acharnée et entièrement acquise à une cause juste, ou tout simplement qu'on n'est intrinsèquement pas faite pour le bonheur, ça fout un coup....

Mais bon voilà, c'est bête à dire mais on est comme on est ; s'il y a des tas des choses qu'on ne pourra jamais faire, il reste quand même la précieuse liberté de faire les choses à sa façon... ça j'ai l'impression que c'est possible la plupart du temps. Mon pessimisme sans fond me souffle que tout ce qu'on peut entreprendre, projeter ou construire est vain puisqu'on va mourir ; mais au moins, même dans les plus petits gestes quotidiens, on peut s'exprimer, agir conformément à ses penchants. Ca peut paraître dérisoire mais c'est là que je puise la plupart des moments de bonheur qui me sont proposés.... je me lève le matin et je me couche le soir, mais dans l'intervalle, j'aurais bu mon café brûlant et sans sucre, je me serais tendrement moquée des gens que j'aime, j'aurais pas mis ma ceinture de sécurité parce que ça m'étouffe, j'aurais continué de m'envoyer un paquet par jour même si je tousse, j'aurais fait une blague foireuse au milieu d'une discussion de boulot avec mon chef, et je me serais même offert le luxe d'une pseudo-brouille avec ma soeur, dont la souplesse d'esprit me heurte parfois.... si les gens qui m'entourent n'acceptent pas tout ça, c'est qu'ils ne m'aiment pas ; là-dessus au moins je suis tranquille....

Bien étriquée cette liberté, me direz-vous.... peut-être, mais au milieu des contraintes professionnelles, des pressions sociales et des interdictions politiquement correctes, c'est déjà énorme... et puis pour ne faire que ce qu'on veut, il faudrait être ermite dans le Larzac, et ça c'est sûr que c'est pas ma vie ! Je sais qui je suis, et donc qui je ne suis pas, et je sais aussi comment j'aime faire les choses, le façon dont j'aime vivre au jour le jour, et je crois que je préfère ça à l'élaboration d'un projet de vie linéaire et laborieux... j'aime ressentir de l'humilité face aux surprises, bonnes ou mauvaises, que réserve la vie. Peut-être qu'un jour, une péripétie me donnera l'occasion de m'apercevoir que je suis capable d'être ce que je pensais justement ne pas être.... rien que pour ça, ça vaut le coup non ?

05/03/2006

In vino veritas ?

Dimanche.... jour du cafard, du mal à la gorge et de la gueule de bois...

Ce dimanche ne fait pas exception, mais à cette heure la gueule de bois est repartie en vacances jusqu'au week-end prochain ; le mal de gorge s'est estompé malgré les 450 clopes d'hier soir, et le déjà presque paquet d'aujourd'hui ; en revanche le cafard fait preuve d'une remarquable endurance, résistant vaillamment aux assauts de divers contacts humains réconfortants, de vidéos webesques rigolotes et de l'intégrale de Bénabar ; cela dit je garde bon espoir, je dois accuser réception d'ici peu de pâtisseries dégoulinantes...

Le dimanche je me demande souvent pourquoi on agit parfois aussi bizarrement lorsqu'on a abusé de la gnole... une idée réçue veut que ce soit notre nature profonde qui s'exprime dans ces moments, que nos sentiments réels transparaissent enfin. Moi-même j'ai longtemps cru que c'était vrai ; c'est d'autant plus facile d'adhérer à cette interprétation qu'elle est bienveillante : elle nous dédouane de la culpabilité d'avoir pris une murge digne du Guinness, et puis on a l'impression d'avoir évacué certaines choses enfouies.... mais maintenant j'y crois plus à tout ça ; le fait de ne pas contrôler ce que je dis ou fais quand je suis ivre (j'adore ce mot), moi ça me fait du mal, ça me fait sentir vaguement coupable d'avoir été hystérique, ou péremptoire, avec en plus le sentiment, sur le moment, d'avoir mis le doigt sur l'exacte vérité... avec le recul je me trouve toujours pathétique... et de toute façon je préfèrerai toujours dire ou faire des choses en pleine possession de mes moyens.

Tout ça au fond c'est pas très grave ; si on boit plus que de raison, c'est sûrement qu'on en a besoin, d'oublier, de voir la vie autrement pendant quelques heures, et heureusement l'état est passager... mais désormais j'en éprouve toujours un malaise. Si je fais pas gaffe je vais finir Mère Supérieure dans un couvent d'ursulines... mais comme je suis sûre que la cornette ne sied pas du tout à mon genre de beauté, je vais laisser toutes ces austères considérations de côté, et samedi prochain (ou avant, va savoir !) je me taperai gaiement ma dose hebdomadaire de gin tonic... j'essaierai juste de faire en sorte que l'alcool ne submerge pas totalement le sombre recoin où se cache ma peine.




24/02/2006

Moi, ma souffrance, ma douleur et ma tristesse

Aujourd'hui j'en ai marre de tous ces gens qui essaient d'accaparer mon attention, de me faire porter une part de leur peine (voire la totalité). Marre de tous ces gens qui croient que l'amour les affaiblit. Marre de tous ces gens qui croient que demander de l'amour, c'est se rabaisser. Marre de tous ces gens qui croient que respecter l'amour, c'est s'oublier.

Non seulement tous ces gens, d'après moi, se trompent, mais en plus ils me volent ma propre peine. Ils heurtent les convictions profondes qui font que moi aussi, je souffre. Vouloir se battre pour obtenir de l'amour, je ne suis pas d'accord. Penser que quelqu'un s'aveugle lui-même parce qu'il refuse d'entendre votre amour, je ne suis pas d'accord. Balayer des liens étroits et anciens d'un revers de main parce qu'on a besoin de prendre une grande bouffée d'air, je ne suis pas d'accord. Etre malhonnête, je ne suis pas d'accord. Et ensuite vous osez venir me dire, à moi, que vous souffrez ? Comme c'est mal me connaître, et méconnaître ce qui me fait souffrir…. Finalement je me rends compte que cette attitude me fait encore plus de mal que toutes les raisons que j'ai de souffrir. Ca peut paraître paradoxal… mais toutes ces raisons, avant de me faire du mal, étaient pour moi des sortes de "principes", de lignes directrices ; ne pas croire en elles aurait pu m'éviter de souffrir d'ailleurs ; toujours est-il que c'est comme ça, et que je ne peux comprendre que certains souffrent pour des motifs exactement inverses…

J'ai le sentiment que la souffrance que j'éprouve devient un repère, une balise ; ma vie s'arc- boute autour de cette douleur, puisqu'elle est née de choses auxquelles je crois profondément. Au fur et à mesure que j'essaie de dompter ma peine, elle prend une place de plus en plus grande, mais de moins en moins douloureuse ; elle devient une compagne… peut-être est-ce pour ça qu'au bout d'un moment, il est impossible d'y renoncer, d'envisager sa vie sans tristesse… parce que ça signifierait qu'on réduit à néant les raisons de cette tristesse….

Bon… étaler mon pathos ne me réussit plus de toute façon ; je ne crois plus que la compréhension ou l'empathie des gens à qui on le confie soit d'une quelconque utilité, j'ai même plutôt l'impression du contraire ; du coup j'ai perdu l'envie, la patience, la capacité d'écouter mes proches faire de même : d'abord je ne sais jamais quoi leur répondre, mis à part que les solutions sont en eux, et certainement pas dans la vodka-tonic, les œuvres intégrales de Tolstoï ou les jupes de leur mère ; ou alors, et c'est pire, que des solutions (ou même une seule), il n'y en a pas toujours. Et ensuite, je ne suis personne pour dire quoi que ce soit, sur qui que ce soit, et quelle que soit la situation ; les gens désemparés ont souvent envie (et croient avoir besoin) qu'on leur dise quoi faire, qu'on leur donne une sorte de marche à suivre ; et ça, il est CERTAIN que ça n'est jamais une solution… alors quand des gens viennent me confier leur malheur, leur ressentiment ou leur déception, égoïstement j'ai envie de leur dire : "laissez-moi avec ma propre peine… la vôtre me distrait de la mienne, et j'ai besoin d'en être consciente, de la surveiller, de la voir vivre… pour m'habituer à elle, ne plus avoir besoin de la déjouer, et faire en sorte qu'elle ne soit plus un fardeau…."

Je ne veux pas être inhumaine ; j'essaie d'écouter les gens, notamment quand je pense pouvoir réellement les aider, comme ça vient de m'arriver pas plus tard qu'hier ; mais la plupart du temps, ça ne fait que faire écho à ma souffrance, et parfois de façon dissonante en plus… pardon à tous les gens que j'aime de ne plus savoir faire ça… tout ce que je peux vous dire, mais comme d'habitude d'ailleurs, c'est que le meilleur (le seul ?) remède c'est encore d'essayer d'en rire… Forcez le trait, moquez-vous de vous, soyez pathétique une bonne fois pour toutes, et il y a de grandes chances pour qu'après ça aille un peu moins mal. Jusqu'à la prochaine fois, bien sûr…