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16/02/2007

PNC aux portes

Rien qu'à l'écrire, j'en frissonne d'horreur... je m'envole demain pour Paris ; en conséquence, j'ai depuis deux jours l'estomac retourné par l'angoisse, et un rictus de panique déforme les nobles traits de mon visage. A l'heure où je vous parle, j'ai à ma disposition un confortable stock de Tranxène et de whisky douze ans d'âge.

Nan, je déconne, j'abomine les médicaments et je n'aime que le gin (et la vodka. Et le champagne. Et le Côtes de Nuits. Bref, passons). Je vais donc être obligée de surmonter avec la grandeur d'âme qui me caractérise mes peurs les plus enfouies pour arriver à monter dans cet appareil en métal qui pèse mille milliards de tonnes et qui parvient A CHAQUE FOIS à ne pas s'écraser comme une bouse. Ce serait pas la joie d'être saine et sauve, ma mauvaise foi en souffrirait presque !

En fait je suis surtout surexcitée comme une enfant de six ans qui vient de recevoir la confirmation de son inscription au club Barbie (faites-moi penser à écrire un billet sur l'enfance dans les années 80, je suis sûre que ça peut être hilarant), puisque demain je foulerai l'auguste sol de la Capitale. Et que vont s'ensuivre d'enivrants moments avec des gens que j'aime...

Alors le clou de ces quelques jours sera sans conteste LA soirée du mercredi 21. Sur une idée d'Hélène, qui nous a y associées, Caro et moi, ce sera l'occasion de fêter la sortie de nos bouquins mais surtout de passer un quelques heures à papoter et à rire, avec vous si le coeur vous en dit ! On espère que vous viendrez nous voir, n'ayez pas peur, on ne mord pas, on n'a pas l'alcool méchant, on est super sympa comme filles ! Les festivités ont lieu dans un bar du 18°, Ginette de la Côte d'Azur (ce qui me donnera l'occasion de demander aux tenanciers pourquoi diable ils ont appelé leur rade comme ça). Pour être plus précis, nous allons investir les sous-sols de l'établissement ; renseignements pris il n'y a pas de back-room, c'est donc ouvert à tout public.

Ne partez pas, je plaisantais ! Les garçons sont donc conviés également, disais-je, dans un endroit super mimi sur lequel vous pouvez en savoir plus ici. Tout ça se trouve 101 rue de Caulaincourt, métro Lamarck Caulaincourt (oui, cette station diabolique où on risque l'embolie pulmonaire si on s'avise d'emprunter les escaliers ; foncez sur l'ascenseur sans hésitation). Ca commence à 19 h, et ça finit quand le dernier s'en va. Personnellement je reprends l'avion le lendemain à 6h20 (du matin, vous avez bien lu), je me verrai donc dans l'obligation de me coucher avant 3 h du mat, et avant 3 grammes d'alcool dans le sang, y'a vraiment pas de justice.

Bon, vous avez tout bien noté ? Pour celles et ceux qui voudraient plus de détails, je vous invite à lire le post d'Hélène, elle explique beaucoup mieux que moi. Du reste j'ai ma valise à faire, je suis obligée de vous laisser, en espérant ardemment vous voir mercredi !

22/01/2007

Mon nom sur la couverture

Ce billet, ça fait presque six mois que je m'imagine en train de l'écrire. Six mois de joie, de doute, de découragement, de plaisir, de rêves, de travail surtout. Et dans un petit mois, le résultat de tout ça verra le jour : voilà, j'ai écrit un livre. Avec mon nom sur la couverture, donc.

Bon, allez, les précisions techniques d'abord : début août, je reçois le mail d'une éditrice de chez Hachette me disant qu'elle prépare une collection de bouquins légers, drôles et déculpabilisants à l'intention des femmes "urbaines entre 25 et 45 ans, type lectrice de Elle". Je précise que cette éditrice a atterri sur mon blog grâce à l'intervention bienveillante d'Hélène, qui a manifestement décidé de faire mon bonheur. Merci ma caille, encore et toujours ;-)

Bien. Après avoir échappé de peu à l'évanouissement, j'ai eu juste le temps de reprendre mes esprits avant que la machine ne se mette en route. Une sorte de rouleau compresseur, en fait. Pas trop de place pour les états d'âme... parce qu'il y en a eu. D'abord, découvrir qu'écrire est aussi un travail. Il a eu du mal à passer, celui-là, vu que moi, bosser, je cours pas précisément après. Et puis après l'écriture, il y a eu tout le travail d'édition en collaboration avec une jeune femme parfois aussi embêtée que moi. Chacun ses impératifs... au final, on y est arrivées !

Et voilà donc ce que ça donne : En finir avec les boulets et les empoisonneurs, qui a l'immense prétention de donner quelques pistes pour se débarrasser des relations toxiques qui nous pourrissent la vie. Et qui a surtout envie de vous faire rire un bon coup, vu que c'est la seule thérapie de ma connaissance qui ait un tant soi peu d'efficacité. C'est surtout ça qui compte, je ne veux surtout pas que ce livre soit considéré comme un guide de vie ou un coaching psychologique, ou Dieu sait quoi d'autre ! C'est à mille lieues de ça, et tant mieux.

Hélène, de son côté, a donné le jour à Pas besoin de souffrir pour être belle, que je ne vous fais pas l'injure de résumer, tant le titre parle de lui-même ; quant à son contenu, il me semble évident qu'on peut faire aveuglément confiance à l'auteure sur la validité de ses conseils. Notre vénérée dictateuse (et bienfaitrice de la blogosphère, surtout) a également entraîné dans l'aventure Caroline, qui a écrit Libido en berne ? Pimentez votre couple !, un thème qu'elle réussit à aborder frontalement, sans jamais tomber dans le graveleux, ce qui à mon sens est un exploit. Je suis prête à parier que ces deux ouvrages nous réservent quelques moments d'intense rigolade, mais est-il besoin de le préciser ? Vous retrouverez tout ça très bientôt sur un mini-site dédié à la collection (étrangement appelée On n'est pas des courges. Si quelqu'un a une proposition d'explication sémantique, je suis preneuse). Ah ! La date fatidique est le 21 février, pour Hélène et moi, et en avril pour Caro, le tout pour la somme dérisoire de 5,95 euros, on rigole pas avec le marketing chez Hachette ! Un proche m'a récemment signalé que mon oeuvre et celle d'Hélène sont d'ores et déjà en pré-vente chez Amazon, évidemment j'aurais jamais pensé à vérifier moi-même. Bref, tout est en place, je n'ai plus qu'à retenir mon souffle...

Je ne sais pas comment vous parler des mes sentiments à propos de ce livre. Peut-être devrais-je juste me borner à vous décrire ma joie et mon orgueil à l'idée que mon plus vieux rêve se réalise :

 

J'AI ECRIT UN LIVRE !!!!!

 

Ou alors, je pourrais vous faire toute une thèse sur la légitimité morale de cet ouvrage :

Tu vois, cette oeuvre va carrément dans le sens de la libération et de la déculpabilisation des femmes, je veux dire, il y a encore beaucoup de progrès à faire, le chantier est immense, et je suis teeeeeellement heureuse d'y participer !

Je pourrais choisir de dédramatiser :

De toute façon ça n'a pas une importance capitale hein, c'était une expérience, et le résultat est plutôt drôle, pas besoin d'en faire tout un pataquès, c'est juste un bouquin de plus !

Ou encore, je pourrais me la jouer blasée et tout miser sur le marketing :

Ben oui Coco, qu'est-ce que tu crois, aujourd'hui l'édition est une industrie comme une autre, ce sont les produits formatés qui se vendent le mieux, la prétention littéraire c'est bien beau, mais ça se mange pas en salade ! Les lauréats du Goncourt gagnent un chèque de dix euros, autant te dire que celui que je vais recevoir sera largement plus généreux ! (Ma rigueur morale m'oblige à préciser qu'au Noël suivant, le sus-dit lauréat écoule 300 000 exemplaires de son oeuvre.)

Il y aurait aussi le pari sur l'avenir :

Ok, c'est pas Belle du Seigneur, mais c'est une porte ouverte sur le monde impitoyable de l'édition, alors quand j'écrirai mon chef-d'oeuuuuuvre, je pourrai le faire publier plus facilement.

Oui, je pourrais choisir de tenir l'un ou l'autre de ces discours. Pour être franche, depuis six mois, je les ai tous tenus successivement, au gré de la joie, du doute et des difficultés. Aujourd'hui je sais que la vérité est juste au carrefour de toutes ces opinions. Et surtout, je n'ai plus envie de trancher. Par-dessus tout, ça a été une expérience épuisante, je suis follement soulagée que ce soit terminé. Accouchement dans la douleur, sans aucun doute, ça vaut pour les prix Nobel, mais aussi pour tous les autres, dont je suis à présent. Je crois que cette simple constatation me suffit, au-delà des scrupules, des motivations et des résultats, qui sont finalement quantité négligeable. Je l'ai fait parce que j'avais envie de le faire, et j'ai décidé que c'était une excellente raison pour que je me sente légitime. Et fière, et heureuse. Je le suis, et drôlement même !

Comme d'habitude je ne sais pas de quoi sera fait l'avenir. J'espère juste que je continuerai à faire ce que j'ai envie de faire, sans autre considération ni calcul, sans tirer de plans sur la comète, sans me prendre pour ce que je ne suis pas. Je continuerai peut-être à écrire, le même genre de livres, ou pas. J'en aurai peut-être assez, et alors je m'arrêterai. Je crois que tant que j'aurai le sentiment de parler aux gens, j'aurai envie d'écrire. J'espère ardemment que si vous lisez mon livre, il vous parlera.

Et pour fêter ça, en exclusivité mondiale, et pour la première fois dans un de mes posts : une PHOTO de la couverture de mon livre. Vous voyez le nom, là, en haut ? Eh ben c'est le mien. Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

 

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Eh non c'est pas encore fini ! Comme on est pas du genre à laisser passer une occasion de faire la chouille, Hélène, Caro et moi avons décidé de fêter ça pile le jour de la sortie des livres, le 21 février donc, date à laquelle je serai à Paris, pour un de ces trop brefs séjours que j'adore. Celles à qui ça chante sont chaleureusement invitées à se joindre à nous ! Détails pratiques en temps voulu, promis !

 

03/01/2007

Twilight zone

Alors moi, pour commencer 2007 en fanfare, j'ai décidé de ne pas y aller de main morte : j'ai visité la quatrième dimension. Oui Madame, carrément. Mon horreur des fêtes de fin d'année a dû me pousser vers des expériences extrêmes, je ne vois pas d'autre explication.

Déjà, j'ai accepté de transporter mon auguste personne dans un pays étranger, ce qui, comme vous le savez, est nécessairement pour moi le résultat d'une décision mûrement réfléchie. Il y a quelques semaines, lors d'une soirée entre amis, j'ai vaguement entendu les mots "Barcelone", "Nouvel An" et "invités dans une grande maison" ; après une intense et profonde discussion avec moi-même, et moult tergiversations hautement philosophiques quant à la conformité morale de l'acceptation d'une telle invitation... je me suis roulée par terre en hurlant à la mort : "Oui ! Oui ! Amenez-moi avec vous, je vous en suppliiiiiiiiiie !!!!"

Bien. Nous voilà partis, le coeur plein d'espoir et le coffre plein de bouteilles de champagne, en direction du Sud, retrouver nos adorables et hospitaliers amis, dans une merveilleuse et vaste maison à une trentaine de kilomètres de Barcelone la magnifique. Trente kilomètres me direz-vous, c'est vraiment tout près ! Eh bien ça dépend.

Le soir même nous partons à l'aventure dans la capitale catalane. Pas d'obstacles particuliers, hormis les habituelles hésitations sur le choix d'un endroit où boire un verre ; en revanche le restaurant était prudemment réservé, ce qui nous a évité de réveillonner avant l'heure. Nous nous dirigeons ensuite vers un bar où, comme c'était à craindre, il est interdit de fumer. Je suis quasiment sûre que c'était la première fois que ça m'arrivait, je peux vous dire que ça m'a fait tout drôle. Un recoin sombre était tout de même réservé aux pauvres nicotineux : en gros, ça ressemblait au décor du film Blade Runner, en dix fois plus glauque. Une espèce de couloir de métro éclairé par une lumière marécageuse, avec des gens accablés, entassés les uns sur les autres et tirant nerveusement et avidement sur leur clope. A un moment j'ai cru marcher sur une seringue, c'est dire. Si j'avais une once de foi dans l'avenir, j'aurais pris instantanément la résolution d'arrêter de fumer tellement j'étais traumatisée.

Mais rassurez-vous, j'ai fumé comme une cheminée pendant tout le week-end, et je continue en ce moment-même, c'est pas une nouvelle année de plus qui aura raison de mon esprit de contradiction. Bref, la soirée se passe et la fatigue arrive. Ma soeur et moi décidons frivolement de rentrer nous coucher... les garçons batifolent et baguenaudent, eux ils s'en foutent, ils fument pas ! Nous voilà donc en possession des clés d'une voiture généreusement prêtée par l'un d'entre eux...

Premier objectif : retrouver le véhicule sus-dit. Résultat : 20 minutes d'errance dans des rues toutes semblables (si vous connaissez Barcelone : c'était dans l'Eixample, ce quartier a manifestement été conçu pour que les gens s'y perdent à qui mieux mieux), pour dégoter la bagnole qui était en fait garée à 200 mètres du bar.

Second objectif : retrouver la sortie de la ville, si possible dans la bonne direction (le Nord, en l'occurrence). Résultat : quelques tours supplémentaires du quartier, Barcelone by night, c'est le pied.

Troisième objectif : une fois lancées dans la bonne direction (nous n'en avons jamais été certaines, même pas à l'heure qu'il est), trouver la sortie pour enfin aller au pieu. Résultat : on a fait 60 bornes au lieu de 30. Ne me demandez pas pourquoi ni comment, je n'en sais rien et je ne veux pas le savoir.

On a fini par y arriver malgré tout. Je précise que le deuxième convoi est rentré par un autre itinéraire, sans savoir non plus lequel, mais là n'est pas le problème, n'est-ce pas ? Du coup, le lendemain, rassurés par notre magnifique sens de l'orientation, nous voilà repartis, en deux groupes, à l'assaut de la ville. De nouveau, des moments merveilleux, de toute façon Barcelone est une ville magique, je ne vous apprends rien. A l'intérieur de l'agglomération, aucun problème pour se diriger ; il faut dire qu'on a une carte, il est scientifiquement impossible de se perdre quand on a une carte. Et puis, au moment de repartir... quelque chose (mais quoi ??? QUOI ?) est comme qui dirait parti en sucette, et nous voilà plus paumés que jamais. Mais toujours dans la direction du Nord, par contre. Si vous avez bien suivi, ça fait déjà trois chemins différents pour aller dans la même direction, ça serait un complot international que ça m'étonnerait qu'à moitié. Une fois de plus, et par l'opération du Saint Esprit, nous finissons par retrouver notre chemin... quelques Martinis plus tard, on en a bien rigolé, mis sur le moment on faisait pas trop les malins !

Le soir, pas découragés pour un sou, nous repartons, mais cette fois avec des Gens Qui Savent (les gens qui nous ont invités, donc). La soirée se passe toujours délicieusement, ça au moins c'est fait. Le retour, cette fois, se fait dans la sérénité, puisque nous nous laissons conduire par les autochtones. Et par où sommes-nous passés, à votre avis ? Oui oui, vous avez deviné, par une QUATRIEME ROUTE. Je n'en suis toujours pas revenue, le triangle des Bermudes peut aller se rhabiller. Barcelone est peut-être en Catalogne, mais elle est surtout située au beau milieu de la quatrième dimension, c'est un fait avéré.

On a bien essayé de chercher une explication rationnelle, mais évidemment il n'y a pas eu moyen. Vous savez ce que c'est, tout le monde y va de son itinéraire, de son explication foireuse, la troisième à gauche après l'arbre contre lequel viennent pisser les chiens, bref on s'en sort pas.

Le dimanche, j'ai préféré rester bien tranquille à la maison pour me faire les ongles et préparer le réveillon (non je n'ai pas fait la cuisine, j'étais avec des gens que j'aime). C'était très reposant, de savoir à tout instant où je me trouvais. Mais au final, ça n'a rien changé au fait que j'ai passé trois jours merveilleux, plein de rires et de champagne (et de Martini, et de Tariquet aussi bien sûr), et que j'ai rarement vécu un réveillon aussi agréable. J'étais follement réconfortée que les fêtes de fin d'année se déroulent finalement si bien...

Parce qu'en fait, elles avaient très bien commencé aussi, toujours dans une sorte de quatrième dimension ; j'ai passé ma soirée d'anniversaire, en petit comité, dans un délicieux cabaret transformiste. Le décalage peut sembler anecdotique, mais pour moi il ne l'a pas été ; j'ai été enchantée de partager ce moment de l'année avec des proches, dans une ambiance inhabituelle, mais si chaleureuse, et presque familiale ; je me suis dit qu'il y avait peut-être des solutions alternatives pour chasser la nostalgie qu'engendre chez moi la période de Noël...

Alors l'an prochain, je me suis promis de remettre ça. Qui sait, après la quatrième dimension, je pourais tenter un voyage dans l'espace ? Ou bien passer la soirée de Noël parmi des couples avec enfants ?

Oh ben ça va, on peut rigoler quand même ! En 2007 au moins autant qu'en 2006, non ? Allez, c'est bien parce que c'est vous : je déteste ce genre de coutume, mais j'y sacrifie tout de même. Je vous souhaite de passer une excellente année, et de vivre votre vie de la manière dont vous voulez la vivre. Rien d'autre ne compte, sur cette terre ou dans un monde parallèle.

 

Spéciale dédicace : à K. et M. (je suis sûre que vous tenez à rester incognito ;-)), pour leur accueil formidable, leur hospitalité, leur gentillesse, leur beauté, leur humour, leur intelligence... je m'arrête là, ça pourrait durer longtemps, ces gens n'ont pas de défauts.

 

 

 

13/12/2006

Doryphore

Je ne suis pas sûre que tout le monde connaisse la signification de cette apostrophe... dans le Sud, on l'utilise pour désigner les touristes. Je ne vous fais pas de dessin, le connotation est légèrement péjorative.

Voyager, ça n'a jamais fait partie de mes rêves ; d'abord, c'est fatigant, c'est long, c'est assez pénible en fait ; et ensuite ça nécessite de la préparation, de la persévérance, c'est un projet de longue haleine finalement, et ça, comme vous le savez déjà, ça suffit à me faire fuir. Et puis c'est pas dans ma nature, je suis une casanière, les horizons lointains ne m'ont jamais fait fantasmer.

Ces considérations sont valables pour de longs et lointains voyages bien sûr ; s'il s'agit d'aller passer une semaine sur la Costa Brava, c'est nettement plus simple, quand on y pense. Mais justement, ce genre de séjours me révulse ; l'idée d'aller me poser dans une station balnéaire bondée, moche et bétonnée me donne envie de ne plus jamais prendre de congés. Le tourisme de masse m'insupporte, non pas parce que je suis une élitiste prétentieuse, mais parce qu'il sous-tend toute une conception des relations entre les pays occidentaux et le reste du monde, une conception que je récuse et que je refuse. Mais bon, on va pas reparler de politique, le terrain est miné. De toute façon, je n'ai aucune envie de me retrouver à l'autre bout du monde avec les mêmes personnes que celles que je croise quand je sors de chez moi ; je n'ai aucune envie de courir après les horaires pour ne pas rater la visite d'un enième monument ; je n'ai aucune envie de manger un petit déjeuner continental (jamais compris cette expression) au buffet d'un hôtel international ; je n'ai aucune envie d'être bloquée dans un "club" avec des animateurs insupportables et le moindre bled à 50 bornes ; je n'ai aucune envie de prendre des paysages magnifiques pour ma petite plage privée ; et je n'ai aucune envie que la vie de populations entières dépende de la disponibilité des places sur un vol charter.

Mal barrée au niveau des voyages, donc. Comme tout le monde j'ai eu l'occasion d'aller ici et là en Europe ; adolescente, j'ai vécu à Perpignan (eh oui, moi-même j'ai du mal à y croire), je connais donc pas mal l'Espagne, c'est un pays que j'adore ; évidemment je n'ai pas coupé à l'inévitable voyage linguistique du lycée : j'ai donc été expédiée dans la banlieue de Londres pour quelques jours, dont je me rappelle surtout la nourriture incroyablement infecte (je suis lamentable, j'avoue). Rien d'extraordinaire à signaler. Jusqu'en 2004, en tout cas.

Voilà presque deux ans, pour les fêtes, je suis allée rejoindre, avec des êtres chers, ma soeur et son mec partis en Asie du Sud-Est pour cinq mois, avec pour tout bagage leur sac à dos et leurs rêves. Personnellement, je n'en suis toujours pas revenue qu'on puisse entreprendre un tel périple, rien que d'y penser je suis exténuée. Il s'est d'ailleurs avéré que c'était tout sauf des vacances, et malgré les excellents souvenirs, il leur reste aussi (surtout ?) des moments de galère intense et d'extrême fatigue. Un peu l'opposé du Club Med, en fait. Bref, finalement ravie à l'idée de faire un tel voyage dans des conditions qui sortent de l'ordinaire, j'ai acheté un stock de crème solaire, de répulsif anti-moustiques, et un sac à dos. Bangkok, tiens-toi prête, j'arrive !

Alors d'abord, l'avion. Je n'épilogue pas, vous savez déjà ce que j'en pense. J'en ai pris pour 11 heures à l'aller et 13 heures au retour, avec une escale naturellement, ce qui, si vous comptez bien, double le nombre d'atterrissages et de décollages. Outre la peur, il faut aussi se coltiner l'emmerdement sans fond propre à ce moyen de transport diabolique. Pour faire patienter (ou dormir) les passagers, le personnel de bord vous gave de nourritures toutes aussi délicieuses les unes que les autres, c'est bien connu. Je crois que je n'ai jamais autant mangé en si peu de temps, alors que je n'ai pas ce qu'on pourrait appeler un appétit d'oiseau. Bref, nous voilà en vue de la Thaïlande, on ajuste le temps de se ressaisir pour ne pas rouler en sortant de l'avion, tant nous sommes gavés.

Ce qui choque en premier, c'est la lumière. Orange, voilée, une vraie promesse d'Orient. Ce qui choque en second, c'est la température polaire à l'intérieur de l'aéroport : manifestement le climatisation est considérée comme un don de Bouddha, j'ai eu mal à la gorge pendant dix jours, alors qu'il faisait en moyenne 25 degrés, cherchez l'erreur. Enfin, je ne vais pas commencer à râler, j'ai passé dix jours merveilleux, fanstastiques, inoubliables, malgré tous les menus désagréments que je redoutais, et qui sont survenus, sans que ça ait la moindre importance. Dix jours c'est trop court, j'ai bien conscience de n'avoir vu que la surface de ce pays magique, mais ça m'a suffi pour être enchantée par ces paysages, par ces gens, par cette ambiance.

Le souvenir le plus prégnant est celui de zénitude. Je ne saurais pas l'expliquer, les gens sont détendus, fatalistes, détachés. A aucun moment je n'ai ressenti un prémice d'agressivité. La gentillesse et le sourire des Thaïs sont loin d'être une légende ; on comprendrait pourtant qu'envahis de touristes occidentaux à longueur de temps, ils perdent parfois patience. Eh ben non, pas leur genre, ils hochent la tête et continuent à sourire. En se moquant intérieurement de nous, du moins je l'espère.

Après Bangkok, et l'ambiance à la fois touristique et authentique de Khao San Road, Sukhothaï, plus reculée, plus rurale mais tout aussi magnifique ; enfin la plage, bien sûr, sur une petite ile du golfe de Siam, dans des bungalows à dix mètres de la mer. Les gens toujours, leur sourire, mais aussi les petits déjeuners (pas du tout continentaux !) sur la plage et les soirées au bord de l'eau, à boire une sorte de rhum frelaté qui à lui seul, discrédite totalement la légitimité de l'existence de l'alcool. Les rires, les moments partagés, les instants de ras-le-bol, les coups de soleil, les geckos, les pannes d'eau chaude, le snorkeling, la croisière pour touristes sur la Chao Phraya, le café soluble presque froid, les minibus déglingués, le réveillon du nouvel an et une séance de karaoké memorable avec une famille thaïlandaise déchaînée, la succulente cuisine thaï, les cigarettes à 2 francs le paquet, les sauts dans l'eau tiède depuis le ponton, les temples, les enfants rieurs, les moines, les contrefaçons de tout ce qui peut se vendre (same same but cheap), les banana cakes, la ballade à dos d'éléphant, les picks-up, la joie, le bonheur, la tristesse de devoir repartir. La vie.

Et le tsunami, aussi. La chance a voulu que nous soyons loin des côtes touchées. Au départ on n'a rien compris, le JT en thaï c'est pas facile facile ; et puis on a fini par appeler en France, et les réactions hystériques de nos proches nous ont fait comprendre l'ampleur des dégâts. Et la bêtise des médias aussi, qui ont tant insisté sur les victimes en Thaïlande pour la simple et bonne raison que beaucoup étaient occidentales, et sans prendre la précaution de dire qu'un faible pourcentage des côtes était touché. Evidemment il n'est pas question de minimiser, si tant est que ce soit possible, l'immensité de ce cataclysme, simplement de présenter les choses de façon honnête. A mon sens c'est très révélateur de l'ethnocentrisme et du sensationnalisme de l'information... mais aujourd'hui, quand je repense à tout ça, je m'en veux de mon insouciance à ce moment.

Je crois que toute ma vie j'aurai envie de retourner en Asie. Pourtant, je me sens rarement aussi mal à l'aise que dans mon statut de touriste. Je n'ai pas réussi à me départir de ma méfiance envers mon propre comportement. La peur de choquer, de vexer, de m'imposer, toujours. La répugnance à avoir une attitude condescendante, à agir comme un colon, ou un être supérieur. La surprise devant l'occidentalisation de ce pays à la culture si riche, les sourires des gens devant nos pantalons thaïs, alors qu'ils portent des faux Levi's et des tee-shirts Coca-Cola. Cette sensation de décalage total, d'insondable fossé culturel. L'impossibilité manifeste de trouver un état d'esprit commun avec l'âme asiatique. L'impression aussi, bien sûr, que je suis la seule à me poser ce genre de questions... pour les Thaïs, comme pour tant d'autres, le tourisme est une économie à part entière, accueillie comme une manne par des gens fascinés par l'Occident, par la société de consommation, par le matérialisme. Dans un pays qu'on sent si profondément spirituel, rien d'autre à faire que de le regretter...

Mais je ne suis personne pour juger. Le simple fait d'y passer quelques jours bénis, je l'ai déjà vécu comme une ingérence, alors que j'aurais voulu être transparente. Evidemment c'est impossible ; avant même d'atterrir à Roissy, j'en ai eu une preuve éclatante. En transit à l'aéroport d'Abu Dhabi, j'errais, vaguement somnolente, dans les boutiques de duty-free, quand la vendeuse d'une parfumerie arrive vers moi avec un sourire avenant, et me dit dans un français parfait "Puis-je vous aider Madame ?" (non ce n'est pas le Madame qui me choque, on m'appelle Madame depuis que j'ai 15 ans, je m'y suis habituée). Stupéfaite, j'ai réalisé que j'avais une tronche de Française. D'un seul coup d'oeil (exercé, d'accord, mais quand même), cette fille a calculé que j'étais française. J'en suis toujours pas revenue.

Non, décidément, je n'aime pas être une touriste. Je n'aime pas aller dans un pays étranger en emportant avec moi toutes mes références culturelles, historiques, économiques, et physiques manifestement. La seule chose qui pourrait me réconforter, c'est qu'aller dépenser de l'argent dans un endroit qui en manque, c'est toujours mieux que d'engraisser toutes les World Company qui nous vendent leur soupe ; mais au fond même ça, ça me dérange. Je n'ai pas envie qu'on dépende de moi, même à l'autre bout du monde, dans un endroit où je n'aspire pourtant qu'à revenir.

28/11/2006

Cordon gris

Depuis que je fréquente assidument la blogosphère, je suis toujours aussi stupéfaite devant le nombre de blogs culinaires qui jalonnent mes pérégrinations. La seule explication plausible à laquelle je suis arrivée, c'est que les gens adorent cuisiner, et aussi manger bien sûr, sinon ce serait pas drôle.

Je passe donc pas mal de temps devant ces photos appétissantes, retenant à grand peine le filet de bave qui me vient au coin des lèvres (la classe) avec quelque part un pointe de culpabilité (comme toujours au sujet de la nourriture), car si j'adore manger, j'ai horreur de cuisiner. En soi, ça n'a rien de particulièrement sidérant, mais dans mon cas, ça pose quand même quelques questions.

Il se trouve que j'ai grandi derrière un piano (pas l'instrument de musique ; c'est le nom qu'on donne à un fourneau dans une cuisine). Mes parents ont acheté leur premier restaurant lorque j'avais huit ans, et la majeure partie de mon enfance s'est donc déroulée entre un bar et une cuisine. C'était mon père le cuisinier, et bien entendu mes goûts culinaires sont marqués à jamais par sa maestria. Il m'a transmis son amour des bonnes choses, sa connaissance des produits et de leur histoire, et j'ai le sentiment d'avoir hérité de lui un véritable art de vivre à ce sujet. Evidemment, il m'a aussi légué sa propension à prendre trois kilos à la seule vue d'une tranche de jambon, mais c'est un autre problème. Pour ça et pour le reste, je ne lui en veux plus depuis qu'il est au paradis des bons vivants (je crois au paradis quand ça m'arrange, vous l'aurez remarqué).

Quant à ma mère, en revanche, sa nullité culinaire confine au sublime. Elle est la seule personne de ma connaissance à avoir réussi à faire cuire de la pâte feuilletée industrielle sans qu'elle ne lève d'un millimètre, entre autres exploits ; le clou de son oeuvre reste malgré tout d'avoir confectionné un klug. Oui oui, le même gâteau que celui de M. Preskovic dans Le Père Noël est une ordure. A la base, ce devait être un apfelstrudel (quelle idée aussi de vouloir faire un truc pareil), mais à la sortie du four ça ressemblait purement et simplement à une bûche de bois mort, tellement dure qu'on a eu du mal à la couper. Heureusement l'intérieur ne dégageait pas la même odeur que le gâteau du film, sans quoi nous aurions dû immédiatement nous mettre, ma soeur et moi, sous la protection des services sociaux. Bref, ma génitrice est à elle seule un danger pour la gastronomie française (mais c'est pas grave Maman, tu as plein d'autres qualités !).

Comme la vie est une chienne, mes aptitudes culinaires me viennent essentiellement de mon côté maternel. Jusqu'à une époque, je me suis bercée de douces illusions quant au fait d'arriver un jour à faire de mes mains un plat comestible. Puis j'ai brusquement compris que cet espoir était totalement vain, et j'ai donc arrêté de gâcher de la nourriture à qui mieux mieux. Dans l'intervalle, j'ai quand même commis quelques mémorables tentatives cuisinières, dont certains de mes proches se rappellent avec délice (parce que ça les fait hurler de rire, entendons-nous bien).

J'ai d'abord fait les fautes classiques des inaptes culinaires : démarrer la cuisson des pâtes à l'eau froide, et obtenir ainsi un magnifique pâté géant de spaghetti trop cuits et impossibles à désolidariser ; vouloir faire monter un soufflé de 2 kg dans un mini-four, pour finir par me régaler d'un appareil (oui je connais des termes techniques quand même) au fromage à moitié cru et tiède ; penser qu'on peut faire cuire directement une tarte lourdement chargée de fruits sans préalablement cuire la pâte à blanc ; bref, que du classique, et si encore aujourd'hui je reste désespérément sous-douée en cuisine, j'ai tout de même dépassé le stade d'ignare totale.

Mon chef d'oeuvre fut grandiose. Je ne sais pas ce qui m'a pris ce jour-là, mais je me suis mis en tête de faire une galette des rois. Pour l'Epiphanie, donc. Ca devait me sembler révolutionnaire, parce qu'il faut savoir que dans le Sud-Ouest, on mange traditionnellement à cette occasion non pas une galette à la frangipane, mais ce qu'on appelle une coque, une sorte de brioche moelleuse et fondante délicieusement parfumée à la fleur d'oranger, et parsemée de tendres fruits confits (ah ben oui, je sais pas cuisiner, mais je sais parler de bouffe, hein !). Quoiqu'il en soit, j'avais décidé de faire une galette, mais une simple frangipane a dû me sembler indigne de mes ambitions gastronomiques, puisque j'ai choisi de confectionner une galette des rois au chocolat.

Il fallait donc faire une frangipane au chocolat (jusque-là rien d'insurmontable), mais surtout une pâte feuilletée au chocolat. Et qui dit pâte feuilletée au chocolat, dit pâte feuilletée. Tout court. Enfin, façon de parler, ça prend quasiment trois jours de tourer une pâte feuilletée, je ne vous apprends rien (si ? bienvenue au club). Mais n'écoutant que mon courage, ma vanité et ma gourmandise, j'ai repoussé vaillamment tous ces prétendus obstacles et me suis lancée à l'assaut de la pâte feuilletée. Au chocolat.

Là, il n'existe plus de métaphores pour décrire le désastre. D'abord ma pâte feuilletée n'était évidemment pas tourée correctement, le chocolat ne s'était pas amalgamé entièrement au beurre, c'était hyper mal barré. J'ai tout de même fini par enfourner cette maudite galette, dans un mini-four bien sûr (je ne crois pas avoir jamais possédé un four de taille normale. Ca doit être freudien). Le problème, c'est que j'ai posé la merveille pâtissière directement sur la grille du four, et au fur et à mesure de la cuisson (ou plutôt de la tentative de cuisson), la galette a lentement fondu, se répandant généreusement et visqueusement sur la résistance du four, jusqu'à n'être plus qu'une informe et immonde masse gélatineuse et puante.

Résultat des courses : des ingrédients gâchés alors que les enfants d'Afrique meurent de faim, un orgueil en charpie, un four qui a cocotté le chocolat brûlé pendant des semaines (vous avez déjà essayé de nettoyer un mini-four ?), et la naissance d'une sorte de légende autour de mon indigence culinaire. Entretenue vigoureusement par ma mère, qui voyait là une confirmation de la prédominance de ses gênes dans mon inaptitude (ça va chercher loin, la nourriture, croyez-moi).

Pendant un temps, j'ai arrêté les frais. J'ai connu des épisodes de zèle culinaire, notamment quand j'étais en couple (et au chômage, ça occupe de faire à manger), et j'ai même réussi à faire deux trois trucs pas totalement dégueu. Depuis que je vis seule en revanche, mes activités se limitent à la cuisson des pâtes (à l'eau bouillante, donc) et au mélange de la sauce en bocal. Inutile de me huer, il existe d'excellentes sauces toutes prêtes, en tout cas mille fois meilleures que celles que je serais capable de mitonner. J'ai un peu abdiqué, j'avoue. Je crois que j'ai renoncé à l'espoir d'égaler un jour mon papa, qui reste à mes yeux le meilleur cuisinier du monde, et qui m'a pourtant appris la façon de faire les choses, de choisir les aliments, de les accorder. C'est ça le pire, je possède toutes les bases théoriques ! Mais faire la cuisine m'emmerde prodigieusement. C'est long, c'est salissant, on se coupe, on se brûle (oui j'ai deux mains gauches), après il faut faire plein de vaisselle, et avec tout ça on n'est même pas sûr que ça soit mangeable. Je laisse ça à ceux qui savent et qui sont légion, si j'en crois la quantité de blogs culinaires. Je vous admire profondément, sachez-le !

Comment fais-je quand je reçois des amis, me direz-vous ? Eh bien c'est simple, je n'en reçois pas. Ou alors ma soeur, qui me fait mourir de rire même quand elle se moque de moi, ce qui ne la glorifie pas d'ailleurs, puisqu'elle, elle cuisine très bien. Ah ! Comme c'est mesquin de mépriser les pauvres inadaptés culinaires ! Je ne te félicite pas. Non, le mieux, c'est encore d'aller au resto, si c'est pas bon on peut allègrement démolir le cuisinier, c'est pas Dieu possible de cuisiner aussi mal, tout de même !

 

15/10/2006

Piège à loup

Vous en avez déjà vu un ? Bon, moi non plus, mais j'imagine. J'imagine d'autant mieux que souvent, j'ai l'impression que mon appartement n'est qu'un immense piège à loup.

Déjà, je vis dans un immeuble hyper bruyant, à mon idée les murs sont en papier à cigarette. C'est souvent le cas dans les immeubles récents, me direz-vous, mais je crois franchement que chez moi, ça bat des records. En fait ce sont les gens qui sont de véritables specimen : j'ai une voisine hystérique (mais au sens médical du terme hein, elle relève clairement de la psychiatrie) qui fait régulièrement des crises hallucinantes avec grognements, cris de bête et pleurs à fendre l'âme ; à chaque fois je suis à deux doigts d'appeler le Samu Psychiatrique, mais comme je ne le fais pas je dois me rendre coupable de non-assistance à personne en danger.

Mon voisin du dessus, quant à lui, n'est pas mieux loti, puisque son passe-temps favori est manifestement la pétanque en appartement, et à 11 heures du soir de préférence ; là aussi, j'ai renoncé à faire appel aux services sociaux, ils sont déjà très occupés. Tout comme les services vétérinaires, qui ne sont probablement pas au courant de l'existence d'un pauvre chien dans un minuscule carré de jardin en bas de chez moi, qui n'en sort jamais et qui hurle à la mort toute la sainte journée (et la nuit aussi bien sûr) parce qu'il veut revoir sa Normandie. Ajoutez à ça le fait que la fenêtre de mon salon donne directement sur l'entrée du parking de Melrose Place, et vous aurez une assez bonne idée de la situation.

Bon, avec tout ça j'arrive quand même à dormir, je suppose que je dois m'estimer heureuse. Je suis très contente de vivre là, mon appart est malgré tout très agréable, et qui plus est je paie trois francs (ou guère plus) de loyer, que demande le peuple, surtout par les temps qui courent ma bonne dame, si ça continue faudra aller faire des passes pour pouvoir louer un cagibi. Ce qui ne n'empêche pas d'être poursuivie par des problèmes récurrents d'intendance, qui me donnent parfois l'impression d'être victime d'une étrange malédiction domestique.

Chez moi le sol est recouvert d'une espèce de faux parquet, le genre de truc aussi bon marché que du lino, mais qui est censé faire plus chic ; je vous rassure, ça me donne pas vraiment le sentiment d'habiter à Versailles, mais bon, apparemment ce revêtement doit être à la mode, ou alors c'est une fin de stock, enfin peu importe. Le problème, c'est qu'il a été hyper mal posé et qu'au fil du temps, les lattes se sont déplacées, au point de laisser apparaître des espaces vacants à certains endroits. Oui, telle que vous me voyez, j'ai des trous dans mon parquet. Je vous laisse imaginer la note de classe et d'élégance que ça confère à mon séjour. Mon propriétaire est bien venu réparer ça l'an dernier, mais le pauvre homme ne doit pas être le bricoleur du siècle, car quelques semaines plus tard, le plancher a recommencé à vivre sa vie... quand j'ai constaté que les trous réapparaissaient, j'ai cru un instant être victime de trolls du plancher, ou de mauvais esprits du parterre, bref j'ai eu un instant de fureur et d'abattement mêlés. Mais je ne me suis pas laissée décourager ! J'ai vaillamment rappelé mon propriétaire. Je l'attends toujours. Et en attendant, je fais gaffe de pas marcher sur les trous, non par superstition mais parce que ça me fait trébucher, manquerait plus que je m'assomme en tombant la tête la première sur un meuble contondant.

A part cette caractéristique exotique, j'ai eu droit comme tout le monde à mon lot d'avaries dues aux objets qui se rebellent : lavabo qui se fêle (oui oui, qui se FELE) subitement, et inondation consécutive du placard juste au-dessous ; radiateur qui tombe en panne début janvier, par moins 2°, alors que je revenais d'un voyage sous les Tropiques (j'en frissonne de froid et d'horreur rien qu'à y penser) ; divers problèmes d'installation ou de maintenance de la ligne téléphonique, me privant pendant tout un week-end de ma connection internet, au risque de perdre le peu de santé mentale qui me reste ; blague d'un petit malin qui a réussi à bloquer l'ouverture du parking, grâce à quoi j'ai cru devenir dingue en voyant que je ne pouvais plus en sortir ; bref, rien d'extraordinaire, que du quotidien pénible, dont il vaut mieux rire évidemment.

Mais depuis trois jours, je suis inquiète. Je crois que la malédiction de l'appartement est en passe de contaminer mes meubles. Vendredi matin, 7 h 30, le réveil sonne. Je commence à esquisser une reptation laborieuse pour empêcher Michel Delpech de beugler son ode aux oies sauvages (oui j'écoute Radio Nostalgie, oui j'assume !!!), et là ! Eh bien oui, c'est le drame. Un craquement sonore et déchirant se fait entendre, et je tombe brutalement d'un cran vers le sol. Encore dans les limbes du sommeil (la tête dans le cul donc), je pense tout de suite au pire : la catastrophe naturelle, le séisme, le Big One (je suis en train de lire les Chroniques de San Francisco). N'écoutant que mon courage, je me redresse pour m'enfuir à la cave, et là je retombe encore plus brutalement vers le sol, dans un bruit de tonnerre. Je finis par atteindre l'interrupteur, et là tout s'éclaire : l'explication était là, sous mes yeux. Mon sommier part en cerise. Un montant métallique s'est tout bonnement dessoudé, m'entraînant dans une chute vertigineuse, et qui sait, potentiellement mortelle. Pour mon amour propre, en tout cas.

J'étais ébaubie. Je reconnais peser un poids légèrement supérieur à la moyenne, pour une femme en tout cas (et puis je me pèse plus, rappelez-vous), mais tout de même ! Si c'était un sommier destiné à ne supporter que le poids d'un enfant, il aurait fallu le préciser à l'achat non ? J'ai fini par me dire qu'il devait dater de Mathusalem, mais évidemment pas moyen de me rappeler du moment où je l'ai acheté. Qu'ai-je donc fait pour mériter ça ? Le mystère ne sera jamais élucidé, je le crains.

Ce qui s'ensuit n'est bien entendu qu'une suite pénible de corvées... totalement rétive à l'idée de ne passer qu'une seule nuit dans mon canapé, ce qui reviendrait peu ou prou à dormir par terre, il a fallu que je mette en place un plan d'action imparable. Donc, j'ai appelé ma mère. Elle est rudement gentille, ma mère. Elle est allée à ma place (ben oui, je travaille, je pouvais pas y aller) acquérir un nouveau sommier, et m'a aidée à le transporter chez moi, à la place du tas de ferraille et de lattes en charpie qui jonchait ma chambre. Une vraie vision de cauchemar, un chantier de démolition, ça ressemblait quasiment à l'appartement d'un mec célibataire, c'est pour dire.

Me voilà donc avec un sommier tout neuf, mais pleine d'appréhension face à mon avenir domestique. Quel sera donc le prochain cataclysme d'intérieur qui me tombera sur le coin du nez ? Quand je rentre chez moi, j'ai toujours un peu peur (j'avais déjà peur avant bien sûr, que Jack l'Eventreur m'attende sous mon lit avec un couteau entre les dents). J'ai l'impression que mon appart me déteste. Du coup, je suis gentille avec lui, on sait jamais. Je n'ai jamais cru que les objets aient une âme, mais là quand même, je me demande bien ce que j'ai pu leur faire.


31/08/2006

Une brève histoire de cheveux

Je fais ce que je veux avec mes cheveux, ça vous dit quelque chose non ? Ben moi, ce sont mes cheveux qui font tout ce qu'ils veulent avec moi. Y compris me pousser au suicide, entendons-nous bien.

Comme à peu près tout le monde, j'entretiens des rapports fluctuants avec mon corps ; mais avec mes cheveux en revanche, c'est la guerre totale depuis 32 ans et demi. J'en suis arrivée à une conclusion terrifiante : mes tifs me haïssent. Oui, je sais, c'est incroyable, mais il n'y a pas d'autre explication.

Pourtant, ça n'avait pas trop mal commencé. Quand je suis née, j'étais raisonnablement chauve, ou tout comme, ce qui, si j'ai bien compris, est le cas de la majorité des nouveaux-nés. Cela dit, je connais une exception notable en la personne de ma soeur (oui, encore elle, mais elle est ma référence capillaire, c'est pour ça), qui elle, est venue au monde avec autant de cheveux que j'en ai à présent. Une invraisemblable tignasse tellement noire qu'elle en avait des reflets bleus, ma mère était limite à l'abandonner sur les marches d'une église (faut dire qu'elle est blonde aux yeux bleus, elle a dû penser que ça ne pouvait pas être son enfant). Bref, moi j'étais normale, trois poils sur le caillou.

Pendant ma petite enfance, j'avais des tresses. J'ignore pourquoi d'ailleurs, quelle idée étrange quand on y réfléchit bien ; je rêvais déjà du brushing triomphant de Victoria Principal, donc j'étais frustrée avec mes nattes. Faut dire que dans l'ensemble j'avais une drôle de tête, sur certaines photos je fais même un peu peur. Ma soeur (je vous avais prévenus) en a dégotté une où elle me trouve une ressemblance troublante avec Chucky, poupée de sang ; à mon avis elle est jalouse de mes taches de rousseur et de mon regard pénétrant.

Enfin, période tresses, ça allait encore. Vint un moment où j'ai dû décider qu'une telle coiffure était indigne de ma personne, et là je suis passée à la queue de cheval. Le grand bond en avant, quoi. Hélas, il fallut très vite me rendre à l'évidence : mes cheveux attachés avaient à peu près le volume d'un fagotin de haricots verts (vous savez l'accompagnement ridicule du restaurant, avec un petit morceau de lard autour ? La classe). Le désenchantement fut brutal. J'étais mal barrée pour le championnat de boule afro.

Au collège je me prenais pour une femme, donc je me suis fait couper les cheveux. Ca aurait pu s'arrêter là, hélas j'ai poussé le vice jusqu'à quémander une permanente, espérant des boucles cascadantes, mais me retrouvant en fait avec un casque de mamie, qui me donnait un faux air de Gloria Lasso (mais en moins brune, et en plus jeune). Loin de me laisser décourager par cette peu glorieuse (hi hi) ressemblance, j'ai persisté la majeure partie de mon adolescence, toujours à la recherche du volume mousseux des héroïnes de Dallas, dans la frisette en tous genres, je vous épargne les détails, ce serait trop cruel pour mon ego. Sans compter bien sûr les errements divers en matière de look, je n’insiste pas, on est toutes passées par là, surtout quand on a été ado pendant les années 80.

La longue quête de la sérénité capillaire n'en était qu'à ses balbutiements. J'ai bataillé pendant des années, totalement désemparée, à la recherche d'une façon radicale de donner à mes queues de rat un aspect présentable. A un moment, je me suis arrêtée sur un simple carré, qui avait l'avantage de m'aller pas trop mal. Mais l'impérieuse nécessité du brushing a vaincu ma fragile patience. De plus, la brûlure quotidienne du séchoir semblait déplaire souverainement à mes cheveux, qui s'atrophiaient à vue d'oeil.

Je suis repassée par une période de court, puis mes cheveux ont semblé reprendre un peu de vigueur, et ils ont naturellement évolué vers un mi-long souple et plutôt joli. Le problème c'est qu'à l'époque je m'étais mise en tête d'être rousse (ça devait être à la mode non ? sais plus), mais comme je n'osais pas le orange flashy, j'avais transigé avec une espèce de brun rouge qui me donnait vingt ans de plus, comme si j'avais besoin de ça. Les couleurs, ça aussi c'est toute une histoire ! Si j'avais su j'aurais jamais commencé, je n'ai jamais retrouvé les jolis reflets miel que j'avais étant plus jeune ; une fois que j'ai commencé à me teindre les cheveux, ils n'ont plus jamais eu leur couleur originelle. Je préfère ne pas savoir ce qu'ils mettent dans leurs produits pour qu'un tel phénomène soit possible.

Bref, vous l'avez compris, je suis passée par toutes les turpitudes pour être enfin satisfaite de mes cheveux. Rien à faire, ils se refusaient à toute concession, ils étaient toujours rachitiques, mous et plats. J'étais désespérée. Je détestais les coiffeurs (et les coiffeuses, encore plus même) : soit ils me regardaient avec une commisération intense, genre "va plutôt t'acheter une perruque", soit ils se mettaient en tête de me faire une super-coupe-destructurée-qui-se-coiffe-toute-seule, mais qui nécessite bien sûr de revenir les voir deux fois par semaine, hors de question. Je passe sur celles et ceux qui ont une coupe mi-afro mi-rase, dans un superbe camaïeu de fuchsia, et qui les fait ressembler à un cacatoès qui vient de prendre le jus. En général, ce sont eux qui semblent très désireux de vous faire la même coiffure. Merci bien, jusque là j'ai échappé à Sainte Anne, j'espère continuer.

J'en étais là de mes pérégrinations (un mi-long pas trop pourri, donc), quand soudain, suite à des soucis scabreux qui n'ont qu'un faible intérêt, mes cheveux ont commencé à tomber à la vitesse de la lumière. Une fois les premières frayeurs passées, et les illusions envolées (faut pas se leurrer, la plupart du temps, les cheveux qui sont tombés ne repoussent pas, même avec toutes les poudres de Perlinpimpin dont on vous vante les incroyables mérites), il a fallu prendre une décision drastique. Voilà qui explique ma coupe de GI actuelle.

Ben oui, plus mes cheveux sont courts, moins on voit que j'en ai pas beaucoup. Ca paraît contradictoire, mais c'est comme ça. Rassurez-vous, j'en ai encore un nombre respectable, j'en suis pas non plus réduite à rabattre ceux de l'arrière vers l'avant ; non, c'est juste que j'ai les cheveux très fins et pas très fournis. Ca m'empêche pas de vivre, notez, c'est juste un constat. C'est même devenu une sorte de running gag dans mon cercle d'amis qui, voyant que j'étais la première à me moquer de mes tifs, s'y sont mis gaiement, faisant mine de se cotiser pour m'acheter une perruque, donc, ou de s’inquiéter de savoir si je n’étais pas atteinte d’une longue et cruelle maladie.

Je m'y suis faite, honnêtement les cheveux très courts me vont bien. Et puis je suis tranquille comme Baptiste : pas de brushing, pas de laque, pas de coiffure compliquée (pas de coiffure du tout en fait !), pas de cheveux dans les yeux (j'ai une sainte horreur d'avoir les cheveux dans les yeux), pas de cheveux dans le cou (idem), bref l'impression de pas avoir de cheveux du tout. C'est ça en fait la solution : pas de cheveux. C'est tout comme, et j'ai enfin trouvé la paix capillaire. Il était temps, j'ai failli devenir dingue. Et puis avec le temps, je me rends compte que je développe un penchant naturel pour le dépouillement, avec lequel ma coiffure est en cohérence finalement. J'ai aussi dépassé le souci d'un éventuel manque de féminité des cheveux courts, c'est un débat d'arrière garde non ?

Je ne vais pas vous mentir, j'ai quand même des phases de refus de la réalité : quand je vois dans la rue une fille avec une crinière opulente flottant négligemment au vent, j'ai parfois une envie irraisonnée de lui sauter dessus pour la scalper, pour ensuite de me faire greffer son cuir chevelu sur la tête. Avec un chirurgien esthétique suffisamment véreux, ça pourrait se faire non ? Encore faudrait-il trouver 50 000 balles pour ses émoluments, cela dit. Je passe aussi par des cycles de radicalité, et là je me dis que je vais me faire raser la boule une bonne fois pour toutes. Tant qu'à avoir peu de cheveux, autant ne pas en avoir du tout, je déteste la demi-mesure. Mais bon, je ne franchis jamais le pas : d'abord il faut un crâne parfait pour ça, et à tâtons le mien a plutôt l'air de ressembler à un terrain de cross ; et puis de toute façon je n'assumerais pas, socialement c'est hyper dur d'être une femme chauve. Surtout chauve volontaire. Encore un coup à passer pour une cinglée. Pour ça aussi, plus facile d'être un mec : depuis que c'est furieusement tendance, tous les semi-chauves honteux trouvent enfin leur compte.

Alors je me suis résignée, une fois de plus... J’ai fait le deuil d’une crinière de lionne, tout le monde ne peut pas être Tina Turner ; peu de cheveux j'ai, d'autres atouts je possède (petit scarabée). Je crains un peu l'avenir, quand même, j'aimerais bien garder le peu de cheveux qui me restent, alors je suis gentille avec eux, je ne les brusque pas, tout ça. Je bichonne mon petit court châtain clair des familles. Plus de couleur, plus de permanente, plus de brushing. Je ne vous ferai plus de mal, restez avec moi !!!!

Inutile de vous dire à quel point je suis scandalisée quand je vois des filles qui maltraitent leurs beaux cheveaux frisés, qui veulent les avoir lisses à tout prix, et qui leur font donc souffrir mille morts pour venir à bout de leur volume. Ok, on n'est jamais contente de ce qu'on a, mais ça me fait mal au coeur de voir ça. De temps en temps je suis tentée de leur proposer mon duvet de bébé à la place, feraient moins les malines tiens ! Je vous en supplie, gardez vos beaux cheveux pleins de ressort et de souplesse !

Il faut croire quand même que ma lutte à mort contre mes propres cheveux n'a pas été un épouvantable fiasco, puisqu'au final je me retrouve avec une coupe plutôt jolie, et l'âme en paix quant à l'apparence de ma tignasse. Au moins mon odyssée capillaire m'aura convaincue d'une chose : il est totalement vain de vouloir lutter contre sa nature...


28/07/2006

Le temps béni des charrettes à bras

Moui d'accord c'est un peu exagéré, je n'irai pas jusqu'à dire que j'aurais préféré vivre au temps des cavernes (quoique... il doit faire bien frais là-dedans), mais ma relation avec les voitures est une saga si rocambolesque que je me surprends parfois à souhaiter qu'elles n'aient jamais été inventées. A l'époque, les gens marchaient à pied, point barre, et j'ai pas tellement l'impression qu'ils attendaient comme le messie l'apparition d'un véhicule à moteur qui leur permettrait enfin de se taper 15 heures d'embouteillages sur l'A7 avant d'arriver en terre promise méditerranéenne. Il faut dire que les congés payés étaient encore un doux rêve, ceci expliquant sûrement cela, mais voilà que je repars dans des considérations délirantes qui n'ont qu'un lointain rapport avec le sujet.

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été maffrée avec ces engins du diable. Déjà, j'ai raté mon permis alors que j'avais fait mon apprentissage du volant en conduite accompagnée ; à voir la tête de l'inspecteur, je devais être la première du département. Bon, je l'ai eu au deuxième coup quand même, mais c'était déjà foutu. Tout ce qui a suivi n'a été qu'une longue succession d'accidents, de pannes, de PV et de vandalisations en tous genres. Je n'ai pas connu un seul mois de répit dans cette triste aventure ; pour être totalement honnête, c'était la plupart du temps de ma faute. Eh oui. J'avoue. Aujourd'hui, ça va un peu mieux, et de toute façon je préfère en rire, je ne vais pas battre éternellement ma coulpe pour trois morceaux de tôle froissée, ni pour un nombre si impressionnant de contraventions qu'en les recyclant, on pourrait produire une palette entière de papier machine. Et puis surtout, ça me donne l'occasion de raconter certains épisodes croquignolets.

Le truc le plus hallucinant qui me soit arrivé, c'est la transformation de ma bagnole en sous-marin des fossés. Il y a quelques années, roulant vaillamment sous une pluie battante au beau milieu d'une cambrousse perdue (j'étais obligée hein, c'était pour le travail, vous pensez bien que sinon je ne me serais pas trouvée là, la campagne sous la pluie c'est affreusement déprimant), j'ai atterri sur un petit chemin au milieu des vignes. Il avait tellement flotté que le dit chemin était totalement recouvert d'eau, sur toute sa largeur ; je roulais donc prudemment, en tout cas beaucoup plus prudemment qu'à l'accoutumée. Soudain arrive dans le sens inverse une camionnette de la DDE roulant à vive allure (on dirait un rapport de la Gendarmerie), et qui ne manifeste aucune intention de ralentir, ni même de se déporter légèrement sur la droite pour que nous puissions nous croiser sans problème. Je commence à paniquer légèrement, du coup je décide de me mettre un peu plus sur ma droite, puisqu'ils ne le font pas et qu'ils continuent à rouler joyeusement, sans paraître me voir. Et là... ma voiture sombre peu à peu dans le fossé, car fossé il y avait, mais fourbement caché par l'étendue d'eau. A vous, je peux bien vous le dire : une voiture, c'est pas du tout étanche. Mais alors pas du tout. L'eau vaseuse et marron s'est immiscée à une vitesse incroyable dans l'habitacle, tandis que la voiture continuait inexorablement de tomber dans ce puits sans fond. Je venais de voir le film Titanic, et franchement je m'y suis crue. Sans blague, j'ai pensé un instant que j'allais me noyer dans ma bagnole, si c'est pas malheureux ! J'ai donc rampé lamentablement vers la vitre pour tenter de m'extraire de ce piège infernal, sous le regard des messieurs de la DDE morts de rire. Oui, ils s'étaient arrêtés quand même, ils devaient être inquiets d'avoir ma mort sur la conscience ; cela dit ils avaient l'air de trouver le spectacle très divertissant. J'étais scandalisée, étant donné que c'étaient eux qui m'avaient poussée vers le fossé de la mort ; mais je suis restée indulgente, les occasions de se distraire doivent être rares dans ces contrées reculées.

Bref, ils m'ont gentiment aidée à me sortir de ce mauvais pas ; ils ont tracté la voiture jusqu'à la terre ferme, remis de l'huile ou je ne sais quoi, refait tourner le moteur qui refusait de repartir, on était à la limite du bouche à bouche. J'ai fini par repartir vers la civilisation ; mais les conséquences de ce drame furent terribles, car ma voiture était entièrement imbibée d'eau. Il a donc fallu la faire sécher dans une sorte de grand four à bagnoles, pour éviter que des champignons de Paris ne fleurissent dans la mousse des sièges. Charmant. Le pauvre tas de boue ne s'en est jamais remis, il a quitté ce monde quelques temps plus tard, de sa belle mort, c'est à dire écrabouillé dans un autre fossé, si je me souviens bien.

Malgré tous ces pépins, je n'ai jamais été gravement blessée, à mon sens c'est tout ce qui compte ; en revanche ma fierté en a pris de sales coups, mais c'est vrai qu'il m'en faut pas beaucoup. Il y a de cela deux semaines, par un après-midi estival suivant une soirée conviviale (= je suais comme une bête derrière mon volant en attendant désespérément la fin de ma gueule de bois), je m'apprêtais à rentrer chez moi quand soudain, la camionnette (encore !) blanche devant moi s'arrête le long de l'avenue. Je jure comme un charretier, et m'apprête à la dépasser ; mais là, je vois en surgir ce qui semble bel et bien être deux policiers. Totalement interloquée (les fourgonnettes banalisées, une enième invention satanique du petit Nicolas ?), je les regarde s'avancer vers moi et me saluer (sont polis, faut être honnête). L'un deux (leur chef, probablement) me pose alors ce qui est manifestement LA question favorite de la maréchaussée : "Vous savez pourquoi on vous arrête ?". Résistant difficilement à la tentation de répondre "Pour me dire que je suis la plus belle fille du monde ?", je me dis qu'il vaut mieux faire profil bas et bafouille lamentablement "Parce que je n'ai pas ma ceinture ?".

Je ne mets pratiquement jamais ma ceinture. Je sais, c'est mal, mais que voulez-vous, ça me serre, ça m'étouffe, déjà que j'ai un souffle au coeur j'ai pas besoin de ça. Sans compter qu'avec 35° au thermomètre, le plastique brûlant sur l'épaule c'est un coup à vous faire fondre la clavicule. Enfin, trêve d'excuses foireuses, la ceinture, c'est o-bli-ga-toi-re et je sais bien que je mérite d'être punie. Donc le policier fait son train-train, je lui montre mes papiers, bien en règle et tout, puis il me demande de le suivre dans la camionnette. Echaudée par la sournoiserie de ces engins, je le suis en traînant des pieds. Il y fait bien entendu 60 degrés, je commence à me dire que je vais tourner de l'oeil, d'autant que le policier écrit à une lenteur hallucinante, on dirait qu'il veut expérimenter le ralenti extrême, genre Matrix de la rédaction de PV. Il finit enfin son truc, me tend ma prune, m'annonce solennellement que j'aurai jusqu'à 4 points retirés sur mon permis et là, porte l'estocade finale en me demandant si je reconnais les faits. C'est à ce moment que surgit des tréfonds de mon cerveau une réaction immémoriale et incontrôlable de refus de l'autorité, qui me fait répondre tout de go "non", puis cocher la case correspondante et signer mon forfait, le tout dans une sorte de spasme défoulatoire que je ne m'explique pas moi-même.

Evidemment le flic me regarde comme si j'étais Guy Georges, et me somme de donner une explication de mon refus de reconnaître mon abominable crime. C'est là que je me prends à regretter mon geste, pas sur le fond, mais parce qu'il a l'air vraiment très désireux que je m'explique. J'essaie vaguement de sortir quelques arguments, auxquels il reste bien sûr totalement hermétique ; en fait il est vexé comme un pou, puisqu'il me rappelle plusieurs fois que je conteste l'affirmation d'un officier de police assermenté, bref il a presque l'air blessé que je l'accuse de mentir, ce qui n'est pas du tout le cas bien sûr, ma mauvaise foi a des limites. J'abrège en disant que de toute façon, la contravention est dressée, qu'il faudra bien que je la paye et que j'assume mes points en moins, c'est vrai quoi, c'est bien beau de faire la maline, mais c'est pas ça qui va changer quoi que ce soit à l'affaire. Surtout j'évite d'aller sur le terrain où il veut m'entraîner, celui de la provocation, à mon avis il s'attend à ce que je gueule "Mort aux vaches" avant de m'enfuir en courant ; tu parles, il fait bien trop chaud pour courir, et je n'ai aucune envie de me retrouver en cellule de dégrisement, on sait jamais que l'alcootest soit encore positif. Il finit par me laisser partir ; je sais bien que me conduire de la sorte n'amène à rien, mais je me dis que c'est mon droit de faire de la rébellion à deux balles ; d'accord, j'étais en tort, je n'avais pas ma ceinture, et de temps en temps il faut bien accepter de se faire prendre en faute (même si c'est quelque chose dont j'ai horreur) ; ok, j'ai joué, j'ai perdu, mais il faudrait en plus être content et remercier les gentils policiers de vous verbaliser ! (90 euros quand même ! 600 balles, comme qui dirait). Mon respect de la loi aussi a des limites.

Rien de tout ça m'arriverait sans ces satanées bagnoles. Depuis quelques années, nos tas de boue, l'avez-vous remarqué, se muent en engins de l'espace dignes de la pire littérature SF. La voiture du futur, c'est celle qui conduit à votre place, qui vous rappelle les limitations de vitesse avec une voix de téléphone rose, qui émet un bip-bip affreusement strident pendant que vous faites tranquillement votre créneau, et qui bien sûr refuse mordicus de démarrer si vous n'avez pas votre ceinture (mais sans vous proposer de case oui ou non, cette fois, la machine n'a pas les faux scrupules de l'espèce humaine). Non seulement c'est dangereux, puisqu'à terme les gens ne sauront plus conduire tous seuls, à force d'y être assistés, mais en plus c'est générateur de pannes et d'avaries en tout genre ; apparemment les constructeurs n'ont pas les moyens de leurs ambitions, puisque plus les voitures sont sophistiquées, plus elles tombent en panne. Et c'est bien entendu ce qui m'est arrivé cette semaine.

En revenant du travail, ma voiture faisait un drôle de bruit. Rien d'alarmant, me suis-je dit, insouciante ; au bout de quelques centaines de mètres, une odeur tenace de plastique brûlé s'est faite sentir, et une menaçante fumée blanche a émané du capot. Après avoir failli mourir noyée, c'est à présent par les flammes que je vais périr, mais toujours dans une saloperie de bagnole, ai-je pensé mi-folle de rage mi-folle de trouille. Le moteur s'est finalement arrêté pendant que je me garais comme je pouvais sur un trottoir, pour m'éjecter en courant du véhicule sur le point d'exploser. Bilan : une heure d'attente de dépanneuse, un démarreur fondu qui a failli foutre le feu au systéme électronique d'une voiture pourtant récente et correctement entretenue (pourquoi ? warum ? why ? porqué ? y a-t-il quelqu'un, quelque part, qui puisse me le dire ?), une réparation fantaisiste à 50 000 dollars, une re-réparation sérieuse et moins chère, une exaspération grandissante pour cette engeance détestable.

Coup sur coup, le PV à discussion philosophique et le feu au moteur, ça fait beaucoup. C'est dommage, ça allait mieux de ce côté-là ; je crois que le fait d'avoir vécu sans voiture quelques temps (lorsque j'habitais Paris bien sûr, je rêve d'y revivre rien que pour ça) m'avait un peu réconciliée avec ces machines ; mais là c'est fini, la guerre sans merci et jusqu'à ce que mort s'ensuive est déclarée. Je n'ai pas particulièrement de but dans la vie, mais si je devais en avoir un, ce serait de me débarrasser de ce tas de tôle moche, dangereux et polluant, au volant duquel je me transforme, comme tous mes semblables, en monstre écumant et haineux envers les autres automobilistes. Moins qu'avant, c'est vrai, mais la voiture fait clairement ressortir toutes mes pires tares. Bien sûr, le progrès c'est formidable, la vitesse c'est bien utile, la sécurité croissante c'est un bienfait, mais bon, quels emmerdements ils ont évité, nos ancêtres qui allaient à pied !

En province hélas (à Toulouse en tout cas), l'indigence et la lenteur des transports en commun oblige quasiment à posséder une voiture ; mais je vais me mettre à réfléchir sérieusement à une alternative. Et de toute façon, solution ou pas, un jour ou l'autre, le pétrole finira heureusement par manquer...


21/07/2006

Décalage horaire

Rassurez-vous, la chaleur ne m'a pas encore totalement fait perdre la boule, même si le processus est indéniablement enclenché ; je suis donc bien consciente qu'entre Paris et Toulouse, il n'y a pas de jet lag (si vous voyagez en first, en classe éco j'ai l'impression qu'on dit toujours décalage horaire. De toute façon, moi je suis contre les classes dans les transports, ça devrait plus exister, c'est carrément moyenâgeux. Allez zou, tout le monde en première, pas vrai Anne ?) Toujours est-il qu'à rentrer chez moi, le décalage, je le prends en pleine tête, bien qu'il soit la même heure que dans la capitale.

D'abord la chaleur : aussi incroyable que ça puisse paraître, il fait encore plus chaud à Toulouse qu'à Paris. Les quelques secondes nécessaires à la traversée du parking de l'aéroport m'en ont convaincue. A couper le souffle, cette impression d'être au coeur d'un volcan. Chaque été je me répète la même chose : d'année en année, on oublie à quel point il peut faire chaud (et froid aussi, l'hiver, mais je trouve que c'est moins marquant). On a beau se dire : "L'été arrive, on va mourir de chaud, ça va être affreux, tiens si je m'exilais au Nunavut", on réalise ensuite qu'on n'est pas arrivé à se figurer à quel point la chaleur est intense. Ce genre de phénomènes me fascine ; il faut dire que je suis facilement subjuguée par de simples processus naturels ; par exemple, le simple fait de pouvoir se déplacer, je trouve ça fascinant. A un moment donné, je suis là, et cinq minutes après, hop, je suis 500 mètres plus loin. Oui, je suis un peu cinglée, sur les bords. Je m'applique, mais c'est pas évident d'avoir un raisonnement rationnel.

Ce qui m'amène à l'avion. Les plus grands génies de l'humanité pourront m'expliquer pendant des heures, avec moult pédagogie et tentative de vulgarisation, par quels mécanismes fonctionne un avion, pour moi, ça restera toujours un miracle que ce machin décolle, vole et atterrisse sans que personne ne semble s'en étonner. Cela dit, j'ai une théorie (tu penses) sur l'avion : je pense qu'en fait, la plupart des passagers sont morts de trouille, genre 75 %. Mais pas bêtes, ils mouftent pas, il ont trop peur de passer pour des crétins bornés et rétrogrades. Mais comme moi, je m'en fous pas mal qu'on me prenne pour une dingue, je le proclame à la face du monde : j'ai peur de l'avion !!! Pendant une heure, je tremble, j'ai les mains et les pieds moites, je sursaute au moindre bruit, j'ose à peine regarder par le hublot, et je torture ma pauvre soeur, qui a aussi peur que moi mais qui prend sur elle, avec des questions et des regards angoissés. Ne prenez jamais l'avion avec moi, si par hasard vous n'avez pas peur, je suis capable de vous rendre phobique.

Enfin, une fois de plus, j'ai surmonté cette épreuve, comme j'ai survécu aux chauffeurs de taxi revêches, aux conducteurs de bus qui vous jettent dehors parce que vous n'avez pas de monnaie pour votre ticket, et aux tourniquets de métro dont la seule raison d'exister semble être le cassage de col de fémur ; je crois que c'est clair, les transports, c'est pas mon truc ! Même la voiture, ça me réussit plus : ça me prend tellement la tête, tous ces embouteillages et ces fous du volant, que j'ai l'impression de désapprendre progressivement la conduite. Inquiétant non ? Je conduis de plus en plus mal, et pour couronner le tout, mon légendaire sens de l'orientation, qui en d'autres temps m'a valu les louanges et la reconnaissance éternelle de tout mon entourage, est en train de m'abandonner aussi. C'est affreux, je vais finir par errer des heures au volant de mon tas de boue, essayant désespérément de retrouver ma maison en roulant en première. Charmante perspective.

Je verrai bien si ça se passe comme ça, lundi matin, sur le chemin du bureau. Car oui, le retour signifie aussi ça, la fin des vacances (jusqu'en septembre, faut pas déconner non plus). J'ai la chance d'avoir un travail où je ne vais pas à reculons, mais de là à dire que je vais y retourner en gambadant espièglement, il y a un monde... Je me console en pensant que je retrouve aussi tout mon petit monde, et que je vais pouvoir à nouveau combler ma casanièrerie congénitale. Déjà j'ai repris possession de mon ordinateur, et j'en suis presque à éprouver de la tendresse pour cet objet diabolique... et puis tout le reste va suivre : mon train-train, ma routine, mes habitudes, dormir dans mon lit et que personne ne me parle au réveil... rien que d'y penser j'en frissonne d'aise.

Enfin tout ça pour dire, maintenant que j'ai râlé un peu, que j'ai vécu une semaine formidable. J'ai marché dans Paris, visité consciencieusement tous les quartiers à touristes, écumé des bars, des brasseries et des restaurants (j'avais oublié à quel point cet endroit est le royaume de la bouffe ! A vue de nez j'ai pris quatre kilos). J'ai humé l'air de la ville, j'ai fait partie de cette vie foisonnante, souvent insouciante, parfois angoissante. J'ai vaguement fait les boutiques, pour pouvoir dire que je les avais faites. J'ai visité des musées, vu des expos, découvert des graffiti au détour d'un mur. J'ai fait des rencontres enrichissantes, rocambolesques, pleines d'humanité. J'ai parlé, échangé, ri. Je me suis enivrée, d'alcool, de gens et de ressentis. Je me suis crue Parisienne pendant quelques jours, et c'est une sensation merveilleuse. Je rentre gonflée à bloc, convaincue que je reviendrai, toujours, dans cette ville multiple et changeante...

Alors bien sûr, à côté, Toulouse me semble bien fade... mais c'est ici que je vis, et avec moi une bonne partie des gens que j'aime. C'est ainsi, et je crois qu'au fond, c'est ce qui me permet d'aimer autant Paris, le fait de ne pas y vivre. Cela dit, si je gagne au loto, mon projet number one est toujours d'acheter le petit manoir au-dessus de la vigne de Montmartre, mais curieusement quelque chose me dit qu'il n'est pas à vendre !

Et puis le meilleur pour la fin : la grève de blog est terminée ! Ca m'a pas mal démangée pendant cette semaine, mais quand même j'avais la flemme, et comme j'ai besoin de strictes conditions pour pondre un truc à peu près correct, je me suis abstenue. Mais là, arrivée depuis à peine deux heures, je n'ai pas pu m'empêcher de sauter sur mon clavier... je me sens trop confuse pour écrire autre chose que ce vague résumé de vacances, mais aussitôt remise, je m'attaque de nouveau à la philosophie de bazar, n'ayez crainte !

13/07/2006

Souris des villes

Alors bien sûr, la souris est l'animal à qui je ressemble le moins (du reste j'ai la prétention de ne ressembler à AUCUN animal), mais je voulais détourner la métaphore du rat des champs, j'ai rien trouvé de mieux, il fait trop chaud pour se creuser la cervelle.

Je suis une citadine dans l'âme. Je ne peux pas imaginer de vivre ailleurs que dans une ville, une grande ville bien sûr ; il me semble que les petites villes concentrent les inconvénients de la ville ET de la campagne, sans avoir les avantages d'aucune. Cela dit, j'en sais rien, j'ai pas trop d'expérience en petites villes. Comme je sors le dimanche, j'ai quand même des notions sur ce que peuvent être les autres cadres de vie, d'une richesse et d'une diversité exceptionnelles dans notre beau pays (vous entendez les violons ?). Eh ben ça va pas du tout. Dès que je reste hors d'une ville pendant 24 heures, je dépéris.


A la campagne, au début, c'est bien. C'est calme (étrangement calme), plutôt joli (quand on aime le vert, bien sûr) et reposant (=pas de voisins). En été, il fait beaucoup plus frais qu'en ville, les oiseaux chantent et les vaches meuglent, on entend le chant des cigales (ou des grillons, toujours confondu les deux) et le crissement des arrosages automatiques dans les champs de maïs. On se dit qu'on va prendre le bon air, recharger ses accus et déguster de la bonne cuisine du terroir.

Et là, soudain, c'est le drame. On se pose la question à dix mille : qu'est-ce qu'on va faire ??? A part rien, bien sûr. La réponse est simple : ben rien. Il n'y a rien à faire. A part aider aux travaux des champs, ce qui est totalement exclu à moins de vouloir empoisonner tout le département parce que vous avez trait une vache avec du vernis pas sec sur les ongles, ou de ne pas craindre de foutre en l'air toute la récolte en piétinant les blés avec vos compensées.

En résumé, la campagne, c'est bien beau, mais moi je m'y emmerde à cent sous de l'heure. De toute façon il y a trop de bêtes, des abeilles, des guêpes, des hannetons, des tarentules et je ne sais quoi encore, j'ai hyper peur des bêtes. Et puis tout ce calme, ça m'empêcherait presque de dormir.


Sinon, il y a la mer. La plage, quoi. Le sable qui s'immisce un peu partout, les enfants qui hurlent, les marchands de pralines qui vous marchent presque dessus, les familles nombreuses qui écoutent le match de foot sur leur radio à 500 décibels, les obsédés qui vous reluquent lubriquement. Le bonheur, en somme. Le problème à la plage, c'est qu'il y a d'autres gens. Un peu comme dans les villes, en fait. Et comme la plage, on y va généralement pour les vacances, moi je m'abstiens, je ne veux pas être aussi envahie, dérangée et persécutée par mes frères et soeurs humains que le reste de l'année. Je veux être tranquille. Ajoutez à ça que je DETESTE lézarder ; le soleil m'assomme, en cinq minutes je deviens pourpre, à côté un homard est pâlot, tout ça pour redevenir aussi livide dès que j'ai pelé. Merci bien, je préfère rester au lit. Sans compter que la mer, c'est dégueulasse, les poissons baisent dedans, comme dit Renaud.

Si c'est pour y vivre toute l'année, alors là c'est carrément Hitchcock : vous êtes déjà allés dans une station balnéaire hors saison ? Je pense que le plateau du Larzac à 4 h du mat', c'est plus animé. Déjà que l'hiver, c'est dur pour le moral, là c'est un coup à pas passer Noël.


Le meilleur pour la fin : la montagne. Alors là, c'est énorme. Déjà, si j'ai pas vomi avant d'arriver, c'est un miracle, tous ces virages, ça me rend malade. Bien entendu, j'ai le vertige ; ça doit faire des années (des décennies ?) que j'ai pas passé une nuit en altitude, mais je pense sérieusement que je ne fermerai pas l'oeil de la nuit, à force de m'imaginer au bord d'un précipice de 4500 mètres de haut. Avouez que c'est mal barré. Comme ailleurs, deux possibilités (en gros) : l'hiver ou l'été.

Dans sports d'hiver, il y a sport, je suis donc face à une incompatibilité majeure. La seule fois que j'ai fait du ski, c'était quand j'étais en sixième, en janvier 1985 pour être exacte. Voyez comme ce traumatisme est resté gravé dans ma mémoire... c'était une classe de neige donc, et j'ai peu de souvenirs d'enfance aussi affreux que ces huit jours. Un fiasco épouvantable, la Berezina, la finale de la Coupe du Monde (détendez-vous, c'est fini, c'est la vie !). Il faisait atrocement froid, j'avais mal aux chevilles (à cause des chaussures) à en crever, j'étais la risée de mes gentils petits camarades, car je tombais beaucoup, et quand je tombais, je vous le donne en mille, je roulais. Mon orgueil en a pris un sale coup, j'ai évité de peu vingt ans de psychanalyse. Et puis je voulais rentrer chez moi, j'étais déjà très casanière. Donc le ski, c'est sûrement hyper fun quand on maîtrise, mais je vais quand même m'abstenir. A vie.

La montagne l'été, c'est un concept que je n'ai toujours pas compris. Enfin si, j'ai compris que le but c'était de crapahuter dans les caillasses le long de pentes vertigineuses, sous un soleil de plomb, souvent en compagnie de moutons espiègles fortement désireux de vous faire tomber, en espérant désespérément atteindre avant le coucher du soleil le refuge où on pourra enfin manger des ravioli froids à même la boîte, et ensuite goûter à un sommeil réparateur au milieu d'inconnus qui ronflent et qui puent des pieds (tu m'étonnes, des Rangers par ces températures, ça ferait fuir un troupeau de putois). Et on appelle ça des vacances ! Pour le coup, c'est retourner au travail qui doit sembler bienfaisant. De toute façon, le problème solaire reste entier, voire pire : quitte à avoir des brûlures au troisième degré, je préfère encore la mer, au moins je n'ai pas peur de tomber du parapet qui entoure la plage.

En fait je crois que je n'aime pas les vacances... ça doit me rappeler que le reste du temps, il faut aller bosser. Mais bon, j'en prends quand même, je ne vais pas sacrifier les acquis du Front populaire et de mai 68 à la World Company. Comme je n'ai pas envie d'affronter les situations que je viens de décrire, j'ai tendance à rester en ville. En été, les villes se vident, tout est plus calme, plus serein, plus lent... j'adore ces moments, je découvre le paysage urbain sous un autre angle, un peu comme quand je fais du vélo. Et puis même quand il y a du monde, j'aime les villes. J'aime le bruit, les embouteillages et la pollution. Non, ça je déteste bien sûr, mais j'aime tellement la vie en ville que tous ces inconvénients me semblent presque poétiques. J'aime l'agitation, le foisonnement, le mélange, les contrastes. J'aime la rumeur de la ville au milieu de la nuit.

Et surtout, j'adore Paris, comme vous le constaterez si vous lisez ceci. Et pas plus tard que demain, je m'en vais y passer une semaine, dans cette ville mirifique où j'ai eu le bonheur de vivre quelques temps. Parisiennes et Parisiens qui me lisez, ravalez vos sarcasmes, je ne suis qu'une pauvre petite provinciale éblouie par la magie de la capitale. Les calamités dont vous vous plaignez si souvent (avec un tantinet de snobisme, reconnaissez-le), je ne les voyais pas quand le soir, en me penchant à ma fenêtre, je contemplais la silhouette du Sacré Coeur qui se découpait dans la nuit bleue...

Et voilà, j'ai encore frôlé la grandiloquence de mauvais aloi ! Faut croire que j'ai vraiment besoin de vacances en fait ! Je vous en souhaite de bonnes, si vous en avez, et aussi de bonnes si vous n'en avez pas. Ne soyez pas chagriné, vous allez avoir le choix entre douze places de parking pendant que de pauvres juilletistes brûleront au soleil au milieu d'enfants déchaînés, ou sueront sang et eau pour gravir une pauvre colline qui n'en demandait pas tant...