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10/07/2006

Attention soutenue

« Toutes les fois qu'on fait vraiment attention, on détruit du mal en soi ». C'est Simone Weil qui a dit ça (la philosophe, pas la femme politique ; il n'y a aucun ostracisme dans cette précision, c'est juste pour rendre à César).

J'ai passé une journée affreuse. Heureusement qu'en plus je ne suis pas fan de foot, sinon je n'avais plus qu 'à choisir entre la ciguë et le gaz. Pour être totalement honnête, l'idée m'a traversé l'esprit de pondre un billet de râlage puissance mille, pour me plaindre de ces gens qui se garent n'importe comment ou qui oublient de fermer les robinets (c'est un truc qui me rend folle, je ne COMPRENDS PAS comment on peut ne pas faire cet effort, si tant est que ça en soit un, quand on sait à quel point l'approvisionnement en eau est menacé sous nos latitudes, et bien sûr quasiment inexistant pour 80 % de la population mondiale. Bon, ben j'ai râlé un peu finalement). La chaleur complètement démente ne doit pas être étrangère à ce ras-le-bol ; quant au travail, je n'épiloguerai pas non plus, en ce moment c'est n'importe quoi, je crois que je vais enfin me décider à devenir escort-girl. Mais bon, ça non plus c'est pas gagné, puisque normalement il faut être un peu belle pour faire ça.

Bref, quand je m'énerve, je tente désespérément de pseudo-philosopher pour me calmer, et si je suis vraiment remontée, je me mets carrément à divaguer. Comment j'en suis arrivée à repenser à cette belle phrase, ça restera un mystère, mais le fait est qu'elle m'est venue à l'esprit. Je suis tombée dessus il y a des années, pendant ma période citations. Elle a tout de suite résonné en moi, parce qu'elle explique une chose simple en laquelle je crois profondément, à savoir qu'au prix d'un peu de volonté et de quelques efforts, on peut devenir meilleur, et qu'il y a toujours une alternative préférable à laisser sa part d'ombre prendre le dessus. Nous avons tous des réactions primaires (aucun rapport avec Zidane, encore une fois, je précise car apparemment la blogosphère ne bruit que de ça, je ne voudrais pas crouler sous les injures, ou alors attendez demain s'il vous plaît), des bassesses, de la mesquinerie. Nous avons tous du mal en nous. La question n'est pas de se conformer à une morale, ou d'obéir à une quelconque religion (puisque je suis une parfaite mécréante), mais plutôt d'essayer d'être le plus humain possible. Et franchement, il y a pas mal d'occasions où c'est pas très compliqué ; pour y arriver, pas besoin d'être Gandhi ou mère Teresa.

Alors bien sûr, on n'y arrive pas tout le temps, moi en tout cas je suis sûre que je pourrais mieux faire. Je m'applique, hein ! C'est hyper important pour moi, et en plus ça me fait remonter dans ma propre estime, y compris, et peut-être d'autant plus, quand personne ne s'en rend compte. En fait, c'est surtout vers les autres qu'est dirigée cette exigence. Quand je suis seule, je m'autorise parfois à la noirceur, mais en société j'évite au maximum. Je n'ai pas envie de faire peser certaines choses sur des gens que j'aime et qui m'aiment. Avec eux, j'ai envie de donner le meilleur de moi-même. Je réserve le pire à des moments de solitude, quitte à les provoquer quand la mélancolie est trop forte. Je crois que ça m'aide à tenir éveillée mon attention, et à museler le mal que je porte en moi. C'est une des innombrables choses que m'a appris l'amour vrai, le grand le beau le seul l'unique. Le copyright (quelqu'un sait-il comment produire ce petit signe à partir d'un clavier standard ? Ou faut-il encore télécharger je ne sais quel plug-in diabolique ?). C'est une belle leçon. Mais ça s'applique aussi dans des tas d'autres circonstances de la vie quotidienne. Sauf aujourd'hui, j'avoue, j'ai eu du mal. Demain, promis, je mets les bouchées doubles !

Comme conclusion à une journée calamiteuse, j'aurais pu craindre pire finalement ; je suis contente, je vais pouvoir partir le coeur léger ; du reste, je vous laisse, j'ai rendez-vous pour une partie de pétanque, où je ferai bien sûr attention à ne blesser personne.

18/06/2006

Fierté(s)

Fini de râler. Ca fait plusieurs posts que je vocifère, que je la ramène, que je proteste, où va le monde ma pauv' dame, c'était mieux avant et tout le tintouin ; ça suffit. Mon quota de scandalisation a largement dépassé la zone rouge, donc là il faut que je me calme, parce que je me connais, si je continue comme ça d'étouffer d'indignation toutes les trente secondes, je risque l'embolie cérébrale. Avouez que ce serait trop bête.

Non, maintenant, j'ai envie de penser positivement, et de penser à l'avenir, car si on peut mourir demain, on peut aussi tenir le coup jusqu'à la semaine prochaine, allez savoir, moi, plus rien ne m'étonne. Alors ça tombe bien, mon week-end a été truffé de choses positives et avenirisantes. Pour me faire passer ma colère sur tous ces mots vides de sens qu'on entend partout, je suis allée écouter des vrais gens, qui disent de vrais mots, écrits par de vrais auteurs. Ca s'appelle le Marathon des Mots, ça se passait dans notre bonne ville de Toulouse (pour une fois qu'il s'y passe quelque chose), et c'était formidable.

En fait c'est un festival sur trois jours et demi, où plein de comédiens, chanteurs et écrivains viennent lire de merveilleux textes dans des endroits privilégiés. Le programme de mon week-end étant déjà chargé, je n'ai pu assister qu'à quatre de ces lectures, mais elles m'ont remplie de joie, de plaisir et de ce sentiment enivrant d'être intelligente. L'intérêt de la chose réside bien sûr dans le talent des lecteurs, qui portent véritablement ces mots, qui leur donnent leur vrai sens et leur vraie place, qui savent en souligner toutes les connotations, qui les replacent dans leur contexte pour aider l'auditoire à mieux comprendre leur portée. La cerise sur la forêt noire a été une interprétation de certains slams de Grand Corps Malade par lui-même, dans un splendide cloître de la vieille ville à l'acoustique parfaite, un moment d'une humanité et d'une intensité rares... tellement bien que j'en ai même ressenti une impression de communion avec le reste du public, moi à qui pourtant ce genre de sensation reste la plupart du temps étranger.... magique, je vous dis ! J'en suis ressortie émerveillée, une fois de plus, parce tout que l'on peut éprouver au contact des mots, et fière d'être capable de l'éprouver, et confiante dans le fait que le futur me réservait certainement d'autres moments de cette qualité...

C'est donc transportée par ces expériences que je me suis rendue samedi après-midi au défilé de la Gay Pride, accompagnée de soeurette, retrouver nos plus chers amis. Sous un soleil de plomb évidemment, le cortège a suivi son chemin, au rythme des sons synthétiques, dans une ambiance follement gaie (oui d'accord, un peu facile) ; être plus royaliste que le roi, c'est pas tellement ma tasse de thé, et de toute façon la notion de communauté me hérisse, mais être là, au milieu de couples de femmes à poussette (avec un enfant dedans), de demi-dieux torse nu et de travestis improbables, c'était si galvanisant, si énergisant, si tonique, qu'appartenir ou non à cette communauté n'était plus du tout la question qui se posait ; j'étais simplement fière de marcher avec eux, pleine d'espoir dans un avenir meilleur pour leurs conditions d'existence, pour leur reconnaissance par une société plus prude et hypocrite que jamais ; je regardais d'un oeil neuf les garçons qui m'accompagnaient ; tout ce que j'étais capable de penser se résumait à peu de mots... je vous aime, je vous aime parce que vous êtes beaux, parce que vous êtes tristes et drôles, parce que vous avez choisi de rire de vos souffrances, parce que vous arrivez à survivre même après avoir entendu les pires horreurs, je vous aime dans votre démesure, votre extravagance, votre follitude ; je vous aime parce que je peux difficilement concevoir d'hommes plus virils, malgré tout... je vous aime dans vos contradictions, dans votre sens de la théâtralité, dans la mise en scène de vous-même à laquelle vous excellez... je vous aime parce que vous n'êtes pas normaux, je vous aime parce que vous êtes comme moi... la preuve, je pousse même la ressemblance jusqu'à préférer moi aussi les garçons... je vous aime aussi parce que parfois je ne vous aime pas, quand vous parlez de cul pendant des heures avec un vocabulaire à faire rougir tous les soldats du monde depuis la nuit des temps, quand vous êtes à l'occasion plus phallocrate que le dernier des hétéros (sauf toi JC, bien sûr), et aussi parce que sans même vous en apercevoir vous m'enfermez quelquefois dans un rôle étroit et aliénant... je vous aime enfin parce que vous êtes tous différents, que vous échappez à toute tentative de généralisation, que votre population est aussi bigarrée que celle du monde entier...

Voilà, pour ça et pour tout le reste, fière j'étais de marcher à leurs côtés, moi qui déteste les manifestations ; fière de faire partie des leurs, de compter dans leur vie. Un peu moins fière quand même quelques heures plus tard, au sortir d'une soirée mémorable où l'eau n'a servi que pour faire du café (Frankiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie) ; j'ai dansé pendant des heures au milieu de tous mes garçons, c'est dire si j'étais saoûle, je ne danse jamais à moins de deux grammes d'alcool par litre de sang ; on a parlé, bu et beaucoup ri, comme à chacune de nos rencontres, mais celle d'hier soir se teintait d'une signification particulière, celle de la fierté d'être ce que l'on est...

Inutile donc de décrire l'état dans lequel j'étais lorsque j'ai dû émerger d'un sommeil comateux aux aurores (9h30) après 4 heures de sommeil et des poussières, car bien sûr il a fallu que tombe aujourd'hui le dimanche choisi par ma famille (ou ce qu'il en reste) pour fêter les 80 ans de mon auguste grand-père. Après les agapes sus-citées, on pouvait s'attendre au pire, d'autant que la réunion de famille du dimanche midi est une tradition révolue chez nous, suite à divers événements ; en plus du délabrement physique il fallait donc ajouter la difficulté d'avoir à faire des efforts pour être urbaine et convenable avec des gens qu'on a vus pour la dernière fois deux ans auparavant ; reprendre les choses où on les a laissées, oublier un temps les conflits, les rancoeurs, les regrets ; accepter de raconter un peu sa vie, d'entendre celle des autres, d'écouter patiemment leurs opinions, même et surtout si on ne les partage pas. D'une façon générale je déteste me forcer, une partie non négligeable de mes comportements est dictée par la volonté d'éviter les contraintes, mais là, c'était pas pareil, c'était l'anniversaire de mon pépé. Et j'y suis arrivée ! J'ai fait bonne figure, je ne suis pas partie sitôt le café avalé, j'ai été bien gentille. Et j'ai même trouvé que ça en valait la peine, il y a des occasions où il faut accepter de s'effacer derrière des circonstances particulières. A présent chacun est reparti vers sa vie, mais il me reste la fierté du devoir accompli, et le sourire de mon grand-père.


En conclusion, c'est bien joli de râler, mais on peut pas faire que ça non plus, c'est trop délétère. Le temps vient alors de se tourner vers des considérations plus rassurantes, pour aborder ce qui nous reste de vie avec le sourire aux lèvres et l'espoir au coeur. Décidément mon week-end est tombé à point nommé, pour gommer les ondes négatives et me redonner l'envie d'être fière de moi, fière de mes idées, fière du monde auquel j'appartiens, même s'il est souvent sordide et cruel. C'est important, la fierté. Il faut, par dessus tout, et contre le reste du monde donc, être fier de ce que l'on est.


21/05/2006

Ne s'use que si l'on s'en sert

C'est une théorie personnelle, qui a mûri dans mon esprit tortueux voilà quelques mois. Attention, ça parle d'amour.

Mais l'amour vrai, vous voyez ? Le grand le beau le seul l'unique. Que j'ai eu la chance insigne de connaître. Seulement voilà, pour des raisons qu'il serait fallacieux d'exposer ici, cet amour ne s'est réalisé que brièvement, et incomplètement (inutile de sauter sur votre dico, ce mot EXISTE). Brisé en plein vol telle une perdrix cendrée mortellement touchée par le tir d'un chasseur fourbe – je crois que je n'ai pas totalement évacué les hectolitres de gin tonic ingurgités la nuit dernière -, cet amour me reste comme une expérience enchanteresse, revêtant même un aspect mythique à mesure que le temps passe. Je sais pourquoi. C'est parce qu'il ne s'est pas consumé.

C'est tout simple, en fait. Quand on aime quelqu'un, et qu'on vit cet amour jusqu'au bout, il s'épuise de lui-même. Tout est dit, tout est fait, je n'ai plus rien à te donner et on n'ira jamais à Venise (outre Dalida, Marc Lavoine est aussi une de mes idoles). Point barre, retour à la case départ. On pleurniche un mois, et ensuite on est rendue à la vie : perte de poids consécutive à l'abus de nourriture chocolatée, épilation du maillot et achat de chaussures de prostituée, et hop, la chasse du samedi soir est ouverte. The show must go on.

Mais quand on n'a pas fini d'aimer, quand on est en plein boum, quand on vit un pur émerveillement, la rupture ne résoud rien. Etrangement, les sentiments s'exacerbent de n'être pas concrétisés. C'est un cercle vicieux, la souffrance se nourrit d'elle même. Et ça ne passe pas. Et ce n'est même pas gênant. C'est même rassurant, à vrai dire, car tourner la page, ce serait d'une certaine façon renier ces sentiments, considérer qu'ils n'ont jamais existé, et surtout accepter qu'ils doivent s'éteindre. L'espoir fait vivre, c'est bien connu. Du coup, on magnifie, on entretient la flamme, on se repaît de ces moments délicieux...

Alors bien sûr, si on s'était entretués à cause d'une chaussette sale au milieu du salon, d'un regard biaiseux vers le cul d'une autre ou du potentiel érotique de Ségolène Royal, ça serait tellement plus simple. L'amour du début aurait fait place à la vie quotidienne. Ca dédramatise totalement non ? C'était bien, on était jeunes on était beaux on sentait bon le goudron chaud, mais on a épuisé les joies de l'amour naissant, la routine a eu raison de nous, restons amis, lâche immédiatement cette cuillère en bois, elle me vient de ma grand tante Josette, je peux te tuer si je veux ! La colère remplace avantageusement le tristesse.

Ce qui est paradoxal quand rien de tout ça n'est arrivé, c'est qu'on s'en félicite en plus ! Quel bonheur d'avoir échappé à tous ces instants sordides ! On a vécu un amour éthéré, aérien, presque iréel. On y pense tout le temps. On n'a qu'un souhait, que ça recommence. Et que ça ne s'arrête jamais....

Mais bon, soyons lucide, ça ne recommencera pas, puisque la vie est une chienne. Alors on garde son amour au chaud, on le berce, on le cajole. On sait que ça finira par passer, un jour, un de ces quatre. On verra bien. Pour l'instant on est bien comme ça. Pas de rancune, pas de colère, pas d'aigritude (là vous pouvez chercher dans le dico, ça n'existe pas). Juste des souvenirs, qui eux, ne s'usent jamais, même si on s'en sert beaucoup.

 

Spéciale dédicace : à ma soeur, qui m'a inspiré cette note, au cours d'un de ces moments d'aveuglante vérité si caractéristiques d'une alccolisation excessive (bref, on s'est saoulées et on s'est raconté nos vies, quoi !)

12/04/2006

Nos amis les gens normaux

Aujourd'hui, j'ai passé la journée chez une amie d'enfance.

On se connaît depuis la sixième, ça commence donc à faire un peu plus de vingt ans... elle est mariée, elle a deux adorables petits garçons. Elle forme un couple uni et épanoui avec son mari. Elle a l'air formidablement heureuse.

Chaque fois que je la vois, d'abord je suis heureuse car je l'aime, et aussi parce que sa vie respire le bonheur, c'en est presque contagieux ; mais très vite je finis par me demander ce qui m'a manqué, à moi, pour avoir le même genre de vie... ou peut-être ce que j'ai en trop... ou ce que je ne veux pas sacrifier. Et pourquoi. Bref je me pose des tas de questions sur ce qui fait qu'elle a une vie normale, et qu'elle en est contente. Et je finis invariablement par me dire : « Décidément, c'est pas pour moi tout ça... »

A me relire, je vois que je m'en pose beaucoup trop, des questions. Mais que je ne peux m'en empêcher. Que ma vie, c'est celle que je mène. Et que je l'aime. Ca, j'en suis sûre. Même si sentir la chaleur d'un petit corps contre ma poitrine, ça fait un petit pincement quelque part...

Tel est mon karma. Définitivement anormale. Aux yeux d'une certaine majorité en tout cas. J'y suis habituée ; même si les moeurs sont censées avoir évolué, il y a certaines situations qui restent hors norme, malgré tout ; pas grave. Je ne veux pas non plus que ça devienne une pose, mais je me dois à moi-même de le revendiquer un minimum. Je voudrais éviter de m'enfermer, mais je réalise au fil du temps que c'est manifestement impossible. La vie n'est pas un long fleuve tranquille, mais ce n'est pas non plus un torrent impétueux (c'était la minute poésie). Certaines choses ne changeront jamais, et de toute façon je n'en ai pas envie.

J'ai passé une journée agréable chez les gens normaux, mais ça remue des trucs quand même ! D., tu peux dire à ta mère qu'il lui reste un espoir !!!! La fatalité de la calvitie ne passera par nous. Et puis l'avantage, c'est qu'on s'en apercevrait tout de suite, de ça et du reste. Ca compenserait peut-être un chouïa tout ce qu'on ne réaliserait pas. Vu qu'en ce moment, j'ai envie de bazarder toutes mes peurs, ce serait aussi l'occasion de tirer un trait sur la terreur de la maternité.... surtout si je ne suis pas obligée de subir la vie normale qui va avec.

05/04/2006

Homo, d'accord, mais sexuel, c'est moins sûr

La question est terriblement mal posée non ?

Homosexuel. Je déteste ce mot. Il ne reflète qu'une vérité tellement partielle... oui d'accord, la population concernée a pour caractéristiques (entre autres !) d'avoir envie de faire pim pim avec des personnes de même sexe. Et alors ? C'est tout ?

Bah non bien sûr ! Et pareil pour les hétérosexuels d'ailleurs ! On devrait se contenter d'être défini par ses préférences sexuelles ? Le qualificatif est DEJA une discrimination ; comme tous les qualificatifs si on va par là, surtout en ces temps de politiquement/socialement/moralement/émotionnellement/visuellement (cochez la bonne case) correct. Mais dans le cas précis des rainbow people, ça me semble être particulièrement pervers.

Je ne vais pas faire ici l'historique de l'homophobie, j'en suis bien sûr incapable ; mais j'ai souvent l'impression que le fait que le mot rappelle sans cesse la sexualité est de nature à jeter l'opprobre... bouh, regardez-les ces vilains obsédés qui ne pensent qu'à forniquer ! Et je vous raconte pas de quelle façon en plus ! Pas de ça chez nous Madame ! Je n'arrive pas à me défaire de l'idée qu'au fond, c'est la seule chose qui gêne vraiment les ennemis déclarés du PACS ou de l'adoption par des homos... Je ne parle bien sûr pas des homophobes primaires, eux on sait bien que c'est ça qui les défrise (ou qui les excite, allez savoir). Non, je veux parler des gens qui disent : "Moi je n'ai rien contre eux, du reste, parmi mes amis artistes... mais bon, de là à leur confier l'éducation et l'équilibre d'un enfant !" Ben quoi ? Vous avez peur que ce soit contagieux peut-être ? Et quand même ça le serait ? Que je sache, le fait d'être gay n'empêche pas de donner de l'amour, ni d'en recevoir ! Alors ? C'est quand même bien ça l'essentiel... Bref, ce sont les mêmes personnes qui disent, comme pour s'excuser : C'est bien connu, les gays sont libérés, ils baisent à tout-va, mais vous savez c'est très bien, tant mieux pour eux ! Et puis ce sont des gens si drôles, si délicats, si sensibles ! Et d'un goût ! Exquis ma chère !!!

Et bla bla bla. Il paraît que c'est de la discrimination positive. C'est avant tout une tentative de généralisation, et par-là même une connerie sans nom. Le seul point commun que je connaisse aux homosexuels que j'ai pu croiser, et à tous mes chers amis que j'ai le bonheur de voir régulièrement, c'est juste qu'ils sont effectivement attirés par des personnes de même sexe, n'en déplaise à tous les autres clichés qui ont la vie si dure ; mais pour autant, ils ne se réduisent pas à un appareil génital... pas plus en tous cas que les hétéros (et peut-être moins que certains finalement).

Le pire dans tout ça, c'est que la tartufferie ambiante se réapproprie les fameuses qualités tant vantées des coiffeurs, stewards et autres danseurs, allons-y gaiement dans l'amalgame ; la mode est homosexuelle, la déco est homosexuelle, la musique est homosexuelle, la branchitude est homosexuelle ; comment s'en étonner, ils l'ont bien mérité, ils ont dû se cacher si longtemps... et puis ne nous privons pas, ça fait vendre en plus ! Du coup, semaine après semaine, on nous annonce triomphalement l'avènement d'avatars hétérosexuels de cette vague gay : métrosexuel (qui nique dans le métro ?), ubersexuel (qui nique en allemand ?), et même dernièrement, copyright Mademoiselle Agnès, philippenoiretsexuel (mais bon, ça c'était pour rigoler). Ils me font bien rire tous ces gentils petits hétéros qui essaient d'être aussi bien coiffés que leur coiffeur (encore !)... laisser dépasser son boxer de son jean, mettre du khôl JPG et faire des chorés sur le dernier album de Madonna, ils sont partants, mais alors pour passer à la casserole, y'a plus personne ! C'est un peu facile... les homosexuels valent mieux que ça ! Ce sont des gens, tout simplement, et tout bêtement comme les autres, avec un cerveau, un coeur, un foie et une rate, alors les réduire à des consommateurs effrénes de sexe, à une cible marketing ou à un mot à l'étymologie lapidaire, ça sonne à mes oreilles comme une insulte...

Alors bien sûr, il y a la fameuse « culture gay »... là je serais de mauvaise foi si j'essayais de dire qu'elle n'existe pas ; elle existe, pour mon plus grand bonheur, car je l'aime et je m'y reconnais souvent, dans sa folie, sa tendresse, son humour, son sens de la tragi-comédie, et tant d'autres choses que je ne saurais exprimer. Mais en quoi est-elle plus particulière que la culture hétérosexuelle ? Pourquoi serait-elle plus mystérieuse, plus souterraine, plus effrayante somme toute ? Question de nombre, me direz-vous... à quoi je répondrai : réfléchissez bien, et vous verrez que nous faisons TOUS partie d'une minorité... il faut croire qu'il y des minorités plus gênantes que d'autres, surtout quand ce sont des minorités sexuelles.... retour à la case départ.

12/03/2006

Solitude, ma compagne

 

Récemment j'ai vu un film, dont j'ai oublié le titre, où un des personnages, joué par Mathilde Seigner, disait à peu près ceci : « Maintenant que je sais monter une étagère Ikéa toute seule, à quoi pourrait bien me servir un homme ? »

Loin de moi l'idée de reprendre à mon compte cette phrase lapidaire, et puis de toute façon je ne sais pas monter une étagère Ikéa toute seule (puisque les ingénieurs suédois doivent compter parmi les pires pervers que la Terre ait porté), mais j'avoue en partager l'esprit ; le problème là-dedans, c'est moins « les hommes » (entre guillemets puisque c'est un concept parfaitement abstrait, sans aucune réalité, en tout cas dépassant toute possibilité de généralisation) que le fait de vivre seule...

Quand je lis en couverture d'un magazine un titre du style « Ces gens qui ont choisi le célibat », ça me fait beaucoup rire ; comment peut-on oser affirmer qu'on a CHOISI d'être seul ? Je m'explique : on « devient célibataire » 

-soit après une rupture ; même si on est à l'origine de la séparation, on le décide rarement dans le but d'être célibataire, non ? On le décide parce qu'on n'aime plus, qu'on ne s'entend plus, parce qu'on en a marre de ramasser des chaussettes au milieu du salon ou de se faire engueuler parce qu'on rentre huit minutes en retard, mais pas parce qu'on se dit : « Tiens, si je choisissais d'être célibataire ? ». Bref, il ne faut pas confondre les causes et les conséquences.

-soit parce qu'on l'a TOUJOURS été, et là c'est probablement parce qu'on n'a rencontré personne qui ait trouvé grâce à nos yeux. Ce qui est parfaitement compréhensible, je vous l'accorde.

Quoiqu'il en soit, on ne choisit pas de tomber amoureux ou de ne plus l'être, donc on ne choisit pas d'être en couple ou d'être célibataire, épicétou.

Tout ça pour dire que vivre seul, c'est comme le reste, on s'habitue ; parfois même, et c'est mon cas, on y prend, au fur et à mesure, un plaisir immodéré, une liberté inouïe ; le quotidien morose devient une plage de possibilités infinies (enfin... presque) ; on a BESOIN d'être seul, de ne se concentrer que sur soi... personnellement la solitude m'a beaucoup construite.... et surtout, SURTOUT, il n'y a personne pour vous emmerder copieusement alors que vous avez bien mérité d'être tranquille. La solitude est une drogue dure...

Alors bien sûr, il y a accoutumance et il faut augmenter les doses.... jusqu'à refuser totalement d'envisager à nouveau la vie à deux dans un hypothétique futur ; même le plus pur des amours ne change quoi que ce soit à cet état de fait... je dirais même qu'il le renforce, puisque partager le meilleur avec l'être aimé dissuade encore plus de partager un appartement, un compte joint, des factures et des belles-familles. Pourquoi s'infliger tout ça alors qu'on peut entretenir une relation merveilleuse qui permet à chacun de préserver son indépendance, sa respiration propre ?

Et encore, là je ne parle que de l'éventualité d'une vie à deux ; mais avec le temps (va, qui s'en va...), j'en viens même à douter de pouvoir un jour remettre en cause le fragile équilibre, si chèrement acquis, qui repose autour de ma petite personne, pour « m'engager » (quel mot débile) à nouveau dans une relation durable avec un homme, cet animal étrange... Mais ce matin s'est produit une chose inhabituelle : au retour du marché, chargée d'appétissantes provisions, j'ai pensé un instant que pour une fois, j'aurais apprécié une compagnie tendre, complice et aussi gourmande que moi pour ce froid dimanche ; ça n'a duré que quelques secondes, le temps que je réalise que cette compagnie rêvée avait toujours le même visage... de ce visage aussi, il faut que je guérisse.

 

16/02/2006

L'amour, c'est pas du hâchis parmentier

Que vient faire, me direz-vous, cette vile métaphore culinaire au milieu d'un sujet aussi éthéré, aussi pur, aussi délicat que l'amour ? Et pourquoi choisir un plat qui manque un tantinet de noblesse ?

Le hâchis parmentier, nous le savons tous, est un bon vieux plat dont un des innombrables avantages est de récupérer les restes. On peut aimer ça ou pas, puisque les goûts et les couleurs, patin couffin, mais on ne peut lui dénier cette utilité ; cela dit, le hâchis parmentier souffre d'une image un peu désuète ; pour faire moderne, nous pourrions le remplacer par des spaghetti bolo par exemple ; mais je m'égare.

Ce que je cherche à dire est simple : l'amour, ça ne sert à rien de concret, et c'est très bien comme ça. Ca sert à aimer, à se sentir bien avec quelqu'un, à partager des moments de joie. Ca ne sert pas à se rendre la vie plus facile, à mettre du beurre dans les épinards, à réparer un robinet ou à changer une roue. Autour de moi, je vois tant de gens (bon d'accord, de filles) qui reprochent à leur mec de ne pas savoir :

- changer un fusible, parce que là, on n'y voit vraiment plus rien !
- comment s'y prendre avec l'informatique, c'est vrai, cette icône qui m'énerve là, tu pourrais pas l'enlever ?
- se « vendre » sur le marché du travail, tu mérites quand même mieux que ce job pourri et sous-payé !
- choisir LE bon resto, tu sais bien que la bouffe indienne ça me ballonne (notez l'élégance de la remarque)
- j't'en passe et des pas mûres...

NE NIEZ PAS !!!! J'ai été comme ça ! C'est une ancienne mégère repentie qui vous parle ! Croyez-moi, c'est pas bien, il ne faut pas le faire ! Vous aimez quelqu'un qui vous aime, pourquoi faudrait-il mélanger ça avec tous ces impératifs débiles ? Il ne faut pas tout confondre ! L'amour devrait avoir une place à part, même si elle est dure à trouver au milieu de cette p... de routine.... Eh, les filles, vous êtes grandes maintenant, vos mères ont brûlé leur soutien-gorge, vous gagnez votre vie non ? Alors c'est simple : vous appelez un plombier, un garagiste, un informaticien (en cas d'extrême urgence seulement l'informaticien !) et le tour est joué ! Par contre vous pouvez demander à votre chéri : des massages, de la tendresse, du rire, des yeux qui pétillent. Ca me semble tout à fait légitime ! Et inutile, au fond... comme le champagne par exemple. Choisissez votre camp : purée/vieux restes de bidoche vaguement gratiné au four, ou boisson à fines bulles délicieusement euphorisante....

Je vous entends d'ici : oui, mais si on peut avoir les deux ? Eh oui, le beurre, l'argent du beurre et le cul du crémier, ça reste très tentant quand même.... moi je pense qu'on ne peut pas tout avoir, et qu'en avoir un peu c'est déjà bien.... l'amour est partout, mais l'amour vrai, où est-il ? Sûrement pas au fond d'une trousse à outils....