Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/03/2006

Capitale

Paris...

Paris, le vice et la vertu. Paris, Pigalle et Saint Sulpice. Paris, la gouaille et le chic, Ménilmontant et Saint Germain. Paris, le ringard et le branchouille, avenue des Champs-Elysées et rue de la Roquette. Paris, le passé et le présent, les Halles et Rungis.

Paris le fric, strass et paillettes, stars et starlettes, champagne à 10 000 et farine illicite. Paris boîtes de nuit, cantines hors de prix, apparences du luxe. Paris faux semblants.

Paris la misère, Paris les taudis, Paris les clandos. Paris vidage de squat à 7 heures du mat. Paris l'Afrique, Paris l'Asie, Paris le monde, Paris le tiers monde.

Paris les marchés, tonnes de bouffe dégueulant sur les trottoirs, marchands gueulant leur espoir, badauds ébaubis. Passent les bennes à ordures dans les éclaboussures.

Paris crève la faim, une armée d'affamés, au coin de la rue. Passent derrière les bennes à ordures, la meurtrissure. Paris l'impuissance.

Paris le métro, odeur de pneus chauds, chaleur si humaine, visages résignés. Paris chanteurs amateurs, emmerdeurs, puis soudain un clône de Miles Davis, entre La Courneuve et Villejuif.

Paris les Parigots, malpolis, mal dégrossis, mal embouchés et bouffis. Paris les touristes, do you speak english, no comprendo, pouvez-vous nous prendre en photo. Paris tellement de gens qu'il y en a même qui ressemblent à des provinciaux.

Paris la Goutte d'Or, la Butte aux Cailles, porte des Lilas, mais Paris la Défense, la Bastille, place Beauvau.

Paris la pluie, le crachin, la bruine mais Paris 15 août, le square des Batignolles début septembre et les petits matins vifs de printemps.

Paris, le début et la fin.

Paris, le paradis... perdu.

05/03/2006

In vino veritas ?

Dimanche.... jour du cafard, du mal à la gorge et de la gueule de bois...

Ce dimanche ne fait pas exception, mais à cette heure la gueule de bois est repartie en vacances jusqu'au week-end prochain ; le mal de gorge s'est estompé malgré les 450 clopes d'hier soir, et le déjà presque paquet d'aujourd'hui ; en revanche le cafard fait preuve d'une remarquable endurance, résistant vaillamment aux assauts de divers contacts humains réconfortants, de vidéos webesques rigolotes et de l'intégrale de Bénabar ; cela dit je garde bon espoir, je dois accuser réception d'ici peu de pâtisseries dégoulinantes...

Le dimanche je me demande souvent pourquoi on agit parfois aussi bizarrement lorsqu'on a abusé de la gnole... une idée réçue veut que ce soit notre nature profonde qui s'exprime dans ces moments, que nos sentiments réels transparaissent enfin. Moi-même j'ai longtemps cru que c'était vrai ; c'est d'autant plus facile d'adhérer à cette interprétation qu'elle est bienveillante : elle nous dédouane de la culpabilité d'avoir pris une murge digne du Guinness, et puis on a l'impression d'avoir évacué certaines choses enfouies.... mais maintenant j'y crois plus à tout ça ; le fait de ne pas contrôler ce que je dis ou fais quand je suis ivre (j'adore ce mot), moi ça me fait du mal, ça me fait sentir vaguement coupable d'avoir été hystérique, ou péremptoire, avec en plus le sentiment, sur le moment, d'avoir mis le doigt sur l'exacte vérité... avec le recul je me trouve toujours pathétique... et de toute façon je préfèrerai toujours dire ou faire des choses en pleine possession de mes moyens.

Tout ça au fond c'est pas très grave ; si on boit plus que de raison, c'est sûrement qu'on en a besoin, d'oublier, de voir la vie autrement pendant quelques heures, et heureusement l'état est passager... mais désormais j'en éprouve toujours un malaise. Si je fais pas gaffe je vais finir Mère Supérieure dans un couvent d'ursulines... mais comme je suis sûre que la cornette ne sied pas du tout à mon genre de beauté, je vais laisser toutes ces austères considérations de côté, et samedi prochain (ou avant, va savoir !) je me taperai gaiement ma dose hebdomadaire de gin tonic... j'essaierai juste de faire en sorte que l'alcool ne submerge pas totalement le sombre recoin où se cache ma peine.




03/03/2006

De l'étymologie du mot travail

Vous la connaissez certainement : du latin trepalium, instrument de torture... ça fait réfléchir non ?

Sans aller jusqu'à considérer cette activité comme une douleur insupportable, on peut légitimement se demander à quoi bon s'infliger autant de stress, d'efforts, de ravalages de fierté pour essayer de maintenir sa position dans une entreprise, ou pour accéder à une place plus enviée. Depuis quelques mois je doute beaucoup... je me dis que le travail, pour moi, n'est pas une valeur ; en tous cas pas une valeur collective. Il me semble de plus en plus vain de vouloir sacrifier des choses pour réussir matériellement ; j'ai toujours l'impression que le jeu n'en vaut pas la chandelle. La société ultra-économique dans laquelle nous vivons nous pousse, pour se perpétuer et prospérer, à travailler toujours plus, pour consommer toujours plus : en fait il faudrait produire de plus en plus de choses, de plus en plus inutiles et superflues, pour en acheter de plus en plus... le système nous fait croire qu'il est primordial de posséder, et nous effraie avec la perspective, agitée comme un épouvantail, que si on ne se soumet pas à ses exigences on risque de perdre le peu que l'on a ; moi je pense que la seule chose que l'on puisse vraiment perdre c'est soi-même, et ça justement personne ne peut nous l'enlever.... il ne faut pas se tromper de peur...

Donc le travail en tant que valeur économique m'horripile ; comme objet de réussite, il devient à mes yeux carrément pathétique, lorsque je vois comme certains gesticulent pour gagner une miette de considération, ou intriguent de façon si sophistiquée que les Borgia en seraient verts de jalousie, tout ça pour une misérable parcelle de pouvoir supplémentaire, ou juste pour emmerder leur voisin de bureau ; il y a aussi ceux qui délaissent ou renient tout ce qui fait leur personnalité, leur spécificité, pourvu de plaire ou d'être estimé.... et tout ça pour quoi ? Gagner 200 € de plus que son beau-frère ? Pouvoir se payer la dernier cri en matière de technologie télévisuelle plate ? Acheter à ses gamins des pompes à virgule que d'autres gamins se sont échinés à coudre pour 3 francs par mois ? Mourir avec plein de zéros sur son compte en banque ? Un peu vain non ? Le pire, au fond, c'est que tous ces jeux et ces manoeuvres grotesques ne débouchent pas du tout sur la reconnaissance des plus compétents ; non, ce sont les plus retors qui sont récompensés.... voilà qui semble bien antinomique avec la soi-disant méritocratie ! Finalement comment arriver à penser que la réussite matérielle est aussi une réussite pour soi-même, une victoire personnelle, quand on voit le nombre de gens méritants qui finissent au fond d'un placard parce qu'ils ont simplement voulu rester honnêtes....

Bien sûr toutes ces considérations s'appliquent principalement au secteur marchand, et aussi parce que j'ai découvert récemment les rouages d'une entreprise hyper hiérarchisée, dont la structure est fondée sur le copinage et le cirage de pompes ; il y a évidemment des métiers où ce genre de choses n'ont pas lieu, où elles ne sont pas monnaie courante en tout cas. Et surtout, il y a certains métiers qu'on ne peut s'empêcher de qualifier simplement d'"utiles", vu qu'entre infirmière et courtier en bourse y'a pas photo... c'est peut-être un peu simpliste, mais considérer les choses de façon schématique ça remet parfois les idées en place.

Personnellement, la seule valeur que j'arrive encore à accorder au travail, c'est sa fonction socialisatrice ; pour peu qu'on tombe sur des collègues plutôt sympa, avec un supérieur moyennement tyrannique, on peut encore éviter de partir bosser à reculons le matin. On sait qu'on va voir des gens, échanger avec eux des propos certes totalement insignifiants, mais qui nous rappelleront qu'après tout on est des êtres humains ; on va rire, parler de tout et de rien, boire du café dans des gobelets en plastique et aller fumer des clopes à l'extérieur du bâtiment, comme des parias, en attendant qu'on oblige les fumeurs à porter une clochette autour du cou pour se signaler de loin ; bref, c'est quand même la vie, et puis peut-être qu'on se sentirait désoeuvré à ne rien faire de la journée ; malgré tout, on apprend des choses, bien souvent totalement vaines, mais enfin c'est toujours ça de pris... avec un peu de bonne volonté, on parvient à se trouver plein de petites compensations ! Mais il ne faut pas trop penser, parce que sinon on en arrive à conclure que toutes ces compensations, c'est encore le système qui nous les souffle pour nous faire quitter notre lit le matin....