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25/03/2007

Quand je serai grande

Maintenant que je le suis, j'ai oublié toutes les fins possibles à cette phrase...

Mais je me rappelle tout de même pas mal de choses de mon enfance. D'abord que j'aimais pas tellement ça, être une enfant. Je crois que j'ai toujours voulu être une adulte, je m'en foutais pas mal de l'insouciance et de l'irresponsabilité et de la liberté. Jouer, faire l'idiote avec mes copines ou passer le mercredi après-midi devant des dessins animés, je ne me souviens pas que ça m'ait jamais satisfaite. En fait je crois que je devais porter sur moi une certaine gravité ; à la place de mes parents, je me serais vaguement inquiétée, mais il faut croire que ça ne devait pas leur sembler problématique...

Moi ce que j'aimais, c'était lire, déjà, tout ce qui me passait sous les yeux, et courir pieds nus dans les terrains vagues de mon lotissement comme Zora la rousse. Ou alors faire du vélo toute seule en pédalant comme un malade, et m'exploser par terre au détour d'un virage : ça aussi c'est un souvenir très prégnant, pendant des années j'ai eu les genoux pleins de mercurochrome. J'étais ce qu'on appelle un garçon manqué, cette expression me glace le sang tant elle transporte de stéréotypes, de frustrations et de sexisme. Mais dans les années 70 ça ne choquait pas grand monde.

Et puis j'ai été une enfant seule, pendant six ans, et aujourd'hui je réalise que ça m'a probablement beaucoup marquée. Je pense que les enfants uniques ne me contrediront pas ; moi j'étais juste l'aînée, mais mes premières années ont bel et bien été solitaires. Toujours, quand quelqu'un me dit être l'aîné de sa fratrie, je pense qu'il a dû être un enfant seul, et qu'on se remet jamais vraiment de cette sorte particulière de solitude. Et puis un autre enfant arrive, et on occulte ce temps, on acquiert un autre statut. Mon premier vrai souvenir, celui qui a une existence charnelle pour moi, que je me rappelle avoir vécu autrement que dans un rêve, c'est ma soeur qui fait ses premiers pas en tendant vers moi ses bras potelés.

Mais par-dessus tout, je voulais grandir. Je voulais savoir, faire face, choisir. Je voulais une existence propre, je refusais la dépendance. Je crois que j'avais envie qu'on me foute la paix finalement, je suis une sauvage dans l'âme, et déjà à cette époque j'avais envie d'être comprise plutôt que d'être aimée.

C'est très étrange de constater à quel point l'enfant qu'on a été est à la fois différent et semblable de l'adulte qu'on est devenu... et c'est également compliqué pour moi de ne pas tomber dans la plus sombre mélancolie à l'évocation de mon enfance. Parce que bon, c'était pas non plus un roman de Dickens. J'étais une petite fille aimée, choyée et valorisée. Et je rigolais, même, parfois. Je ne m'en souviens pas précisément, mais je suis sûre que ça m'arrivait ! En vieillissant, comme pas mal de monde, je suis encline à me dire que c'était plus facile d'être un enfant dans les années 70 que dans les années 2000. Pourquoi ?, me direz-vous. Eh bien je ne sais pas, c'est une impression diffuse. Ou alors ça vient de l'image que j'ai gardée de cette époque, dont il me semble qu'elle incitait plus à la franche rigolade que les années actuelles. Entre autres, les sous-pulls vert caca d'oie qui font dresser les cheveux sur la tête, les coupes au bol, les Jeux de 20 heures avec Maître Capello, la Bibliothèque rose et Candy, ça ne peut pas être l'émanation d'une décennie totalement mauvaise. Le ridicule et le mauvais goût propres à cette époque se teintent de sympathie, maintenant qu'on n'est plus obligés de les subir... finalement ce n'est pas un regret d'avoir été un enfant à ce moment-là. Alors qu'avoir été ado dans les années 80, au hasard, c'est la désolation totale.

 

Bref, tout ça pour dire que nous sommes tous, un jour, retombés sur une vieille photo faisant resurgir de tels souvenirs. Et nous faisant souvent éclater de rire, bien sûr. C'est peut-être à partir de cette expérience commune que Traou a imaginé Couettes et Houpettes, une collection de photos de blogueurs lorsqu'ils étaient enfants, une somme de clichés hétéroclites, cocasses et attendrissants qui m'a donné l'envie impérieuse d'y participer. Dont acte : entre temps j'ai remis la main sur la photo où je ressemble furieusement à Chucky, poupée de sang, et voilà ce que ça donne :

 

medium_Alex_Chucky.6.jpg

Vous comprenez enfin pourquoi il me tardait tant de grandir, non ?

18/03/2007

Bureau, morne plaine

Voilà, les vacances sont finies. Oui parce que j'étais en vacances depuis 15 jours. En fait pas vraiment, mais bon bref, je n'étais pas au bureau, et je m'apprête à y retourner demain matin. Je suis à deux doigts d'entonner un cantique pour remercier Dieu et tous ses saints de me donner l'extraordinaire chance de TRAVAILLER. Non, je rigole, je connais pas de cantique, et de toute façon j'ai trop péché, Dieu ne daignerait pas écouter.

Je pense qu'il est clair pour tout le monde ici que je déteste travailler. Je déteste y être obligée pour gagner des sous, je déteste devoir faire ami-ami avec mes collègues, des gens qui hors de ce cadre n'ont absolument aucun point commun avec moi, je déteste devoir faire semblant de saluer avec déférence mes supérieurs pour qui j'ai souvent le plus grand mépris (oui je suis hautaine et condescendante, c'est affreux), je déteste l'idée de travailler pour un grand groupe qui affame ses salariés et ses fournisseurs en clamant qu'il est un bienfaiteur du pouvoir d'achat (vous voyez mieux là ?), je déteste assister quotidiennement à ce cirque de courbettes, de cirage de pompes et de coups de pute, tout ça pour gagner 7 euros de plus par mois ou gravir un échelon dans le prochain organigramme, je déteste tous ces gens qui caquettent autour de moi pendant que j'essaie désespérément de me préserver un peu de tranquillité pour faire le tour de mes blogs préférés, pas moyen d'être payée à rien faire deux minutes ! J'ai beau essayer, je n'arrive pas à trouver de bons côtés au fait de devoir m'extirper de mon lit tous les matins pour aller subir huit heures de ce traitement. Ah si, peut-être une chose, éviter de devenir totalement autiste. Je crois que ça marche pas tellement, je le suis de plus en plus...

Et pourtant... à une époque, j'y ai presque cru, au travail. Et puis quand j'ai constaté ce que ça me rapportait, d'y croire, je me suis calmée d'un coup. C'est à cette période que j'ai commencé à travailler dans un bureau. Et toute ma vision du monde professionnel en a été changée à jamais. Dans un sens positif, quand j'y pense, c'est déjà ça.

Je vous explique : pour moi, travailler dans un bureau, c'est pas vraiment un travail. Inutile de pousser les hauts cris, ce n'est pas un jugement négatif, bien au contraire ! Disons que quand on débarque du commerce, être assise toute la journée et cliquer à n'en plus finir sur une souris, c'est comment dire... reposant. Au début j'ai cru que le problème venait de moi, et que je ne faisais pas tout ce que j'avais à faire, un truc comme ça. Et puis j'ai fini par comprendre que c'était normal. Dans un bureau, on ne travaille pas non stop pendant huit heures. Non non non, on prend son temps, on boit le café dans le bureau d'à côté pendant 45 minutes tous les matins, on va faire un tour au 3° dire bonjour à ses anciens collègues, on surfe sur un site de météo pour voir s'il va faire beau ce week-end. Entre ces saines occupations, on consent parfois à travailler un peu. Mais pas trop, il manquerait plus qu'on doive bosser pendant tout le temps qu'on passe au bureau, ça va pas bien la tête ?

J'ai supposé pendant un temps que j'étais un cas particulier, mais après une enquête minutieuse (auprès d'un échantillon représentatif composé de deux personnes), j'ai découvert que ça se passait souvent comme ça, la vie de bureau. Cool, pépère, tranquille le chat, on va pas non plus se tuer à la tâche. Je me suis donc joyeusement et sans aucun scrupule adaptée à ce rythme de travail. Mais il reste cependant des aspects insupportables dans ma vie professionnelle.

Essentiellement, ça concerne les conversations avec les collègues. Nouvelle venue, j'essayais imprudemment de lancer des sujets de discussion intéressants ; jeune écervelée que j'étais ! J'ai très vite compris que c'était peine perdue. Dans un bureau, les gens n'acceptent de parler que de quatre choses :

 

Le travail et les gens avec qui on travaille. Là c'est très clair, le but c'est de dire le plus de mal possible, de se plaindre abondamment, éventuellement de faire croire qu'on est encore plus mal payé qu'en Roumanie et moins bien traité qu'en Corée du Nord. Donc résumons-nous : les informaticiens ont trouvé leur diplôme dans un oeuf Kinder (dans le meilleur des cas, à mon avis) ; Trucmuche est un infâme salopard, il m'a volé mon agrafeuse mais a quand même eu une promotion qu'il ne méritait pas, on ne récompense que les gens malhonnêtes dans cette boîte (ce qui est vrai du reste) ; j'en peux plus de ce boulot, ça me tue, j'ai même pas eu le temps d'ouvrir ma boîte mail depuis le début de la semaine (oui mais ça c'est parce que tu sais pas l'ouvrir, triple buse) ; j'ai pas été augmenté depuis trois semaines, et en plus mon chef m'a fait une réflexion parce que je prends 23 pauses clope par jour (en effet, il faut appeler Amnesty International de toute urgence).

 

La famille et les enfants. Alors là c'est très simple, j'ai rien à dire. Et surtout, je me contrefous de la rougeole de la petite dernière ou de la dernière frasque de la belle-soeur : tu la verrais, avec ses cheveux ras, à son âge elle a toujours pas d'enfants, avec mon mari on se demande si elle est pas un peu... enfin si elle préfère pas les femmes, tu vois ? En général, à ce moment, je lève la tête et je les regarde dans les yeux avec un grand sourire. Elles doivent penser que je les drague, la bonne blague. Mais ça ne les arrête pas, et vas-y que je te détaille l'avancée des travaux de la cuisine, la dernière réunion de parents d'élèves et le repas raté de communion de la filleule, je te donnerai l'adresse du traiteur pour que tu ne t'adresses jamais à lui. Je ne peux qu'opposer un silence obstiné pour faire comprendre mon total désintérêt. C'est ma faute aussi, j'avais qu'à me marier et faire deux enfants dans un pavillon de banlieue, ça m'apprendra.

 

Ce qu'il y a eu à la télé hier soir. Alors ça c'est vachement bien par contre, je connais tous les programmes par coeur sans jamais avoir besoin de regarder la boîte à cons, très pratique. Rien ne m'échappe : la Star Ac et tous ses avatars, les jeux débiles, les histoires de flics diverses et variées, les séries à la mode et même, parfois, les émissions politiques. C'est d'ailleurs le seul moment où j'ai envie de dire quelque chose (ou de le hurler pour être plus précise), mais je me mords les joues jusqu'au sang, que voulez-vous, je suis pleutre. Récemment j'ai lu un article résumant les résultats d'une étude sociologique sur la télévision, qui expose que le seul rôle réel de la téloche, c'est de créer du lien social, car les gens parlent de ce qu'ils ont vu la veille, et échangent à ce sujet des impressions et même des opinions. On va pas faire la fine bouche, c'est toujours bon à prendre, d'autant qu'on peut en parler sans même avoir regardé, tant les programmes sont convenus et prévisibles.

 

La météo, et par extension ce-qu'on-va-pouvoir-faire-ce-week-end. C'est là que je réalise qu'ils sont tous aussi pressés que moi de voir le vendredi soir arriver, c'est implacable, tout le monde déteste travailler. Bref, selon la saison, nous avons droit au programme du week-end au ski, à la mer ou à la campagne. Quelques variantes : le mariage d'une cousine, un marathon (oui, je sais, c'est incroyable, certaines personnes attendent impatiemment le dimanche pour avoir le bonheur de se taper 40 bornes à pied, un truc de fou), un barbecue, que sais-je encore, tout me laisse indifférente vu que je fais jamais les mêmes choses. Au milieu de ce bruyant exposé de projets réjouissants, il se trouve parfois quelqu'un pour remarquer que je ne dis rien. Soudain inquiet pour ma vie sociale (déjà qu'elle a pas de mari ni d'enfants, la pauvre), la personne tente alors un « Et toi, tu as prévu quelque chose ce week-end ? » Ca part d'un bon sentiment, mais généralement je ne peux m'empêcher de répondre : « Oui-oui, comme tous les week-ends je vais voir mes amis et on va prendre l'apéro jusqu'à 11 heures du soir » Ma réponse ne doit pas les surprendre, c'est normal d'être alcoolique quand on n'a pas de vie (pas de mari-pas d'enfants, vous avez traduit de vous-même).

 

Voilà. Pour l'enrichissement intellectuel, on repassera. On attendra plutôt le week-end, pour refaire le monde pendant l'apéro de la mort, hein ! Je crois qu'au fond, tant de normalité m'effraie, et que mon esprit de contradiction me pousse à réagir à l'extrême, j'avoue. Mais le programme des conversations reste immuable, et ça a le don de continuer à m'étonner.

C'est bien la seule chose à laquelle je ne m'habitue pas, parce que pour le reste, je me suis complètement fondue dans le moule. Je me suis empressée de devenir partisane du moindre effort, et de ne me sentir responsable de rien. C'est une autre caractéristique qui m'a pendant un moment stupéfiée : personne ne prend rien en charge, les responsabilités sont totalement diluées, c'est toujours la faute de l'autre, c'est celui qui dit qui est, je te parie que c'est moi qui fait pipi le plus loin, tout ça. A côté, une cour de maternelle c'est le Tribunal Pénal International. Je me sens très peu concernée vu que j'occupe un poste d'employée de base, donc je suis certaine qu'on me demandera jamais mon avis sur rien (ça tombe bien, j'en ai pas), mais quand j'observe ce comportement chez des cadres supérieurs, ça me laisse pantoise... Et encore plus quand je constate que ça ne nuit absolument pas à la bonne marche de l'entreprise, entendez à ses profits colossaux. Si vous aviez encore un doute, vous pouvez l'abandonner : nous sommes tous des pions, nos qualités personnelles n'ont strictement aucune incidence sur le fonctionnement de l'économie, et essayer d'y changer quoi que ce soit reviendrait seulement à se faire des ennemis. Voire à être obligé de manger tout seul dans son coin à la cantine, la honte suprême. Non contente d'être un désert intellectuel, l'entreprise est également une impasse politique, ne mâchons pas nos mots.

C'est en tout cas les conclusions auxquelles je suis arrivée après presque deux ans de ce régime. Mais je n'ai bien sûr pas le choix de m'y soustraire, puisque mon amour immodéré du confort matériel a un prix, celui de ma sueur, en quelque sorte. Finalement j'essaie juste de faire mon travail dans mon coin, et de le faire bien, pas par loyauté envers l'entreprise (plutôt crever), juste par respect envers moi-même vu que je suis payée pour ça (et aussi parce que je suis psychorigide, bien entendu). Je m'aperçois souvent que pendant deux ou trois heures d'affilée je n'ai rien entendu à ce qui s'est dit dans le bureau que j'occupe, et qu'au bout du compte il est presque 18 h, et qu'en plus on est le dernier jour de la semaine, ouf.

Vous comprenez mieux mon désarroi à l'idée de me refourrer dans ce guêpier dès demain. Une opinion très en vogue à l'heure actuelle veut que ce soit une chance d'avoir un travail ; je mesure cette chance dans le sens où elle signifie que j'ai les moyens de vivre décemment, mais ça s'arrête là. Personne ne me fera jamais croire que mon bonheur passe par l'épanouissement professionnel. Mon bonheur à moi, il passe par le statut de rentière. Ou alors, au pire, par le fait d'avoir un bureau pour moi toute seule...

 

12/03/2007

Lettre ouverte à Monsieur V.

Moi qui adore les dictons, je vais vous citer un de mes préférés : "Il ne faut pas être plus royaliste que le roi". Non, faut pas (d'ailleurs faut pas être royaliste tout court, mais bon, c'est une autre histoire), mais parfois, on peut pas s'empêcher, c'est viscéral. N'être pas concerné au premier chef ne doit pas amoindrir le propos, et au fond, peut-être que ça le renforce... dans le sens où on ne prêche pas pour sa paroisse. Je vous avais prévenus, je suis hyper forte en proverbes.

Or donc, Christian V. (oui, je suis couarde, je crains les requêtes de Big Google et les procès en diffamation) est un député du Nord qui présente pour principale caractéristique d'être violemment homophobe. Evidemment il récuse ce qualificatif, pour être homophobe, encore faut-il reconnaître l'existence des homosexuels, ce qui ne semble pas être le cas de Monsieur V. Car selon lui, l'homosexualité n'a pas de légitimité sociale, ni même biologique. C'est son propos : l'homosexualité est une menace pour la survie de l'espèce humaine. Rien que ça.

La polémique suscitée par les propos de Monsieur V. date un peu, on me pardonnera de ne pas coller à l'actualité. Toute cette histoire m'est revenue à l'esprit après un documentaire diffusé par Arte mi-février, et sur lequel Cely a fait un excellent post. Tout d'un coup toute cette injustice, toute cette haine, tout cet ostracisme m'est revenu en pleine face comme une vague géante sur une digue un jour de tempête. Et tout d'un coup j'ai eu envie de balayer ces positions nauséabondes d'un revers de main, comme on essaie d'éloigner une grosse mouche bleue qui tourne autour des restes d'un bon repas.

Je voudrais pas dire, Monsieur V., mais l'homosexualité existe depuis que le monde est monde, et n'a jamais empêché l'humanité de perdurer, ni de perpétrer depuis des millénaires des tueries, des génocides, des marées noires et des réactionnaires à poil dur. Je voudrais vous dire, Monsieur V., qu'un jour plus ou moins lointain je vais mourir, tout comme vous, et qu'à ce moment-là nous ne pourrons plus rien pour les gens venant après nous, et qui sûrement préfèreraient ne pas naître plutôt que d'avoir les mêmes idées que vous. Je voudrais tellement, Monsieur V., que vous compreniez qu'aucun homosexuel ne vous demande de le devenir. A vrai dire, je pense qu'ils prient tous pour que vous restiez hétéro. Je voudrais que vous arrêtiez, Monsieur V., d'utiliser l'homosexualité comme un épouvantail à moineaux, en arguant que si elle devient un modèle de société le monde court à sa perte. Je voudrais que vous sachiez, Monsieur V., que personne n'a besoin de correspondre à un modèle social pour être heureux. Je voudrais que vous ressentiez, Monsieur V., l'épanouissement et la plénitude qu'on peut atteindre lorsqu'enfin on vit comme on veut. Pour un peu, je vous le souhaiterais, Monsieur V.... mais mon humanisme à moi ne va pas jusqu'au masochisme. Je sais simplement que vous ne le méritez pas, pour la bonne raison que vous voulez empêcher des gens d'atteindre ce nirvana.

Et tant que j'y suis, je voudrais exprimer mon ébaubissement devant le fait qu'on mène des recherches scientifiques (sérieuses et tout) sur les causes de l'homosexualité. Sous couvert bien sûr de dédouaner les pauvres déviants, c'est pas leur faute monsieur le Juge, c'est dans leurs gênes. Jusqu'où se voilera-t-on la face pour essayer de ne pas voir que c'est prêter le flanc aux pires desseins normalisateurs ? Pourquoi ne comprend-on pas que c'est comme ça qu'on légitime l'anormalité ? Pourquoi appeler au secours la sacro-sainte Science devant un sujet purement individuel, qui défie tous les déterminismes sociaux ou familiaux ? Jusqu'à quel point peut-on affirmer que ces recherches n'ont pas pour but de soigner, et finalement d'éradiquer cette terrible perversion ? Et enfin, sait-on simplement POURQUOI on s'interroge sur les sources d'un mode de vie qui n'engage que des êtres consentants qui en seraient pleinement heureux, si l'insupportable carcan de la société n'était pas là pour les inciter à culpabiliser, voire à mettre fin à leur vie, pour certains d'entre eux qui ne sont même pas encore sortis de l'adolescence ?

Comme je le disais il y a presque un an, nous faisons tous partie d'une minorité. A ce titre, nous sommes tous victimes un jour ou l'autre de discrimination. Personnellement, la minorité la plus visible à laquelle j'appartiens est celle des femmes ; ça m'a valu pas mal de déboires, mais jamais on n'a cherché à savoir pourquoi j'en étais une, ni sous quelles conditions mon mode de vie serait inoffensif pour les enfants des autres. Frères et soeurs homosexuel(le)s, jamais je ne connaitrai la profondeur de votre détresse devant cette haine, cette hypocrisie, ce torrent conformiste et moralisateur, mais mon empathie envers vous est fondatrice de ma personnalité. J'aimerais pouvoir faire plus que vous dire que tous les Monsieur V. de la terre sont aussi mes ennemis.

 

09/03/2007

Video killed the radio stars

ENFIN !!! J'y suis arrivée ! J'ai cru que j'allais y laisser ma peau et le peu de patience que je possède, mais après moultes tentatives et expérimentations, j'ai réussi à rendre la vidéo de mon passage télé disponible ! Oui, bon, en quatre parties, mais j'ai pas trouvé le moyen de faire autrement. Le tout dure un peu moins de 30 mn et se trouve juste là-dessous :


   

Partie 1

 
 
 
 
 

Partie 4

 

J'ai découpé un peu comme j'ai pu, je ne vous le cache pas, et je m'excuse platement auprès des intervenants dont j'ai carrément dû zapper la prestation faute de temps et de place. Je précise aussi que la qualité visuelle et sonore n'est pas optimale, sans que j'y puisse grand-chose.

En tout cas mon exploit technique me sidère moi-même, je songe sérieusement à envoyer mon CV à Microsoft.

A part ça, le titre de ce post n'est pas totalement dénué de sens, parce que figurez-vous que je vais passer à la radio : lundi 12 mars, entre 14 et 15 h, je serai interviewée sur Europe 1 par Alexia Laroche–Joubert dans son émission "Racontons-nous" qui aura pour thème "En finir avec les vampires et les pompeurs d'énergie". Si elle ne change pas d'avis d'ici là (après tout on sait jamais), je ramènerai une nouvelle fois ma fraise sur le sujet. La bonne nouvelle, c'est que l'émission peut s'écouter plusieurs jours après sa diffusion ici.

Rassurez-vous, je compte aussi vous livrer bientôt un billet qui ne parle pas de moi ; ça ne devrait pas tarder, je crois que j'arrive à l'apogée de la mégalomanie, maintenant le soufflé ne peut que retomber.

Bon week-end à toutes et à tous !

 

EDIT : Voilà, ça y est, je suis passée à la radio. Eh ben c'est beaucoup moins rigolo que de passer à la télé. Ca doit venir du fait que j'ai parlé une bonne vingtaine de secondes, mon ego vient d'en prendre un sale coup ;-))) 

05/03/2007

A vous Cognacq Jay

Bah oui il faut bien que je vous raconte quand même ! Et après je vous laisse tranquille avec l'auto-promo éhontée, juré craché.

Ce qui me faisait le plus peur dans la perspective de passer à la téloche, c'est que je n'avais pas le trac. Je vois là un enième effet de mon esprit tordu ; avoir peur parce qu'on n'a pas peur je trouve ça assez délirant, je crois qu'il faut que je me fasse soigner.

Bref, j'étais plutôt détendue. Quand l'attachée de presse de Hachette m'a parlé de cette proposition, j'ai été tentée de refuser ; je déteste la télé, et j'ai pensé qu'il ne serait pas très cohérent de dire oui et donc de participer, d'une certaine manière, au cirque médiatique. Quand j'ai annoncé à mes amis que j'allais écrire un livre, ils m'ont aussitôt propulsée en imagination à l'affiche de talk-shows et d'émissions littéraires, la bonne blague. Je leur répondais invariablement "Pas question d'aller faire le singe à la télé !". Voilà où mène la détermination... Et puis je me suis dit que de toute façon l'émission allait être visionnée par une cinquantaine de personnes, pas de quoi fouetter un chat, c'est pas le journal de 20 heures ; être ridicule devant une poignée de gens, c'est quand même pas pareil que perdre toute dignité devant 10 millions de personnes. L'enjeu me semblait assez minime, et j'en suis arrivée à la conclusion qu'il fallait juste que j'en profite et que je m'amuse un peu. J'ai donc vendu mon âme à la puissance médiatique, pour pas un rond bien sûr, je précise, on sait jamais.

Je me suis pointée vendredi matin , 30 minutes avant l'heure dite, dans les locaux de Direct 8, sans idée exacte de ce qui m'attendait. Une gentille demoiselle a examiné ma peau avec méfiance, puis m'a maquillée, après que je l'ai suppliée de ne pas me rendre orange fluo ; la présentatrice nous a ensuite fait un petit brief sur le déroulement de l'émission, en nous expliquant (à moi et à l'autre invité) ce qu'elle attendait de nous. Tout ça est resté assez nébuleux, j'étais carrément stupéfaite. Je pensais qu'une émission de télé c'était archi-préparé, balisé, formaté et tout le tintouin ; je sais pas comment ils procèdent sur les autres chaînes, mais en tout cas sur Direct 8 ils ont l'air assez fan de l'improvisation... du coup j'ai commencé à sérieusement me demander de quoi j'allais bien pouvoir parler pendant presque une heure. Mais comme j'ai toujours un truc à dire, j'ai pensé qu'au pire je raconterais ma vie.

A cinq minutes du début nous sommes entrés sur le plateau qu'on a bien voulu nous attribuer. Ma seule crainte (ben oui, quand même !) résidait dans l'éventualité qu'il y fasse 50 degrés ; en fait pas du tout, il fait limite froid. C'est immense, mais les caméras sont plutôt discrètes, et je confirme que très vite, on oublie leur existence... On s'assoit sagement à l'endroit qu'on nous indique, l'ambiance est détendue, les techniciens sont souriants et plaisantent entre eux. Un monsieur m'installe un micro : j'ai bien cru que j'allais devoir enlever mon magnifique collier à pompons en vison véritable que j'ai payé 11 euros 50 chez Promod, mais finalement j'ai eu le droit de le garder, je crois que le monsieur du micro a été épouvanté par mon rictus de révolte.

Voilà, quelqu'un égrène le décompte avant l'antenne, et c'est parti, l'émission commence. La présentatrice hurle littéralement, je me dis que s'il faut que je parle aussi fort je vais rester aphone pendant trois semaines. En fin de compte il me semble que j'ai parlé normalement, et beaucoup, comme j'en ai l'habitude en toutes circonstances. L'animatrice a manifestement lu mon livre, ce qui est déjà pas mal, et rebondit sur mes réponses, je la trouve hyper réactive. L'interview se déroule comme une conversation informelle et plaisante, et toutes mes appréhensions concernant le contenu de l'émission s'évanouissent. Je me sens plutôt à l'aise, et vu que j'ai envie de rigoler je baguenaude un peu, de toute façon je peux pas m'empêcher, si c'est juste pour répondre avec componction, je vois pas l'intérêt. Le temps passe hyper vite, quand je regarde ma montre il est déjà 11h15... mon co-invité fait sa démonstration de self défense (assez mémorable je dois dire) et voilà, c'est déjà fini. Je suis presque déçue, je commençais juste à être en forme. Mais je suis tout de même ravie, ça s'est bien passé, et j'ai globalement l'impression de ne pas avoir dit ou fait n'importe quoi. Incroyable.

Avec le recul, je réalise que ce média est un énorme rouleau compresseur, et qu'il doit falloir une sacrée habitude pour en déjouer les pièges. Dans mon cas, les questions et les réactions des intervenants sont restées assez superficielles, mais si j'avais été confrontée à un intervieweur plus mordant, plus critique, ou plus indiscret, je ne suis pas certaine que j'aurais eu la présence d'esprit de me défendre, ou de rester inflexible. J'ai été prise dans le rythme de l'émission, et avant de répondre aux questions, pas une seule fois je me suis demandé si elles étaient légitimes ou pertinentes... c'est probablement pour ça que je me suis sentie dans mon élément, et vice-versa. Le système a eu ma peau, c'est terrible.

Maintenant il va falloir affronter l'épreuve du visionnage... pendant l'émission j'ai aperçu du coin de l'oeil mon image dans un écran, je me suis empêchée de regarder pour ne pas défaillir d'horreur en direct, je me connais, comme pas mal de monde j'ai beaucoup de mal devant mon propre reflet... pour l'instant je n'ai vu que quelques photos, sur lesquelles je ressemble à peu près à ce que je suis, ce qui relève déjà du miracle. J'attends la copie de l'enregistrement, et je la rendrai disponible dès que possible. Ceux de mes proches qui ont vu l'émission ont évidemment tous clamé, dans un bel élan d'objectivité, que j'étais belle et merveilleuse ; je suis donc en train de devenir définitivement mégalomane. En revanche, je caresse l'idée de me soumettre à un lavage de cerveau pour arrêter de dire "voilà" toutes les quatre secondes, je crois qu'il faudra bien ça.

L'expérience a en tout cas été drôle, c'est surtout ce que je retiens. Je ne suis pas sûre d'avoir bien "vendu" mon bouquin, du reste c'est normal, je suis super mauvaise en commerce, tellement bien que j'ai totalement oublié de parler de mon blog. Je me dis aussi que quand on n'a pas peur, c'est peut-être qu'il n'y a pas de raison. Dommage que Pivot ait arrêté Apostrophes, je suis sûre que j'aurais fait un tabac.

  

PS : en fait il me reste encore un peu d'auto-promo en réserve : j'ai été interviouvée pour le site Un livre un jour, ainsi que mes copines de collection. Voilà, maintenant vous savez absolument tout de moi ;-)

EDIT : alors je vais recevoir le fameux enregistrement en format DVD. Je sens l'impossibilité technologique se profiler à l'horizon, et je ne peux rien vous promettre quant à sa résolution... je vais faire de mon mieux, dès que j'aurai ce satané truc entre les mains ! 

EDIT 2 : c'est une catastrophe, je ne peux rien faire du DVD que je viens de recevoir. Evidemment c'est un format spécial, évidemment ça ne fonctionne pas sur Hautetfort, évidemment c'est un complot international. Je suis désolée... et éternellement reconnaissante d'avoir des proches disposés à m'aider, peu importe le résultat ;-)