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13/12/2006

Doryphore

Je ne suis pas sûre que tout le monde connaisse la signification de cette apostrophe... dans le Sud, on l'utilise pour désigner les touristes. Je ne vous fais pas de dessin, le connotation est légèrement péjorative.

Voyager, ça n'a jamais fait partie de mes rêves ; d'abord, c'est fatigant, c'est long, c'est assez pénible en fait ; et ensuite ça nécessite de la préparation, de la persévérance, c'est un projet de longue haleine finalement, et ça, comme vous le savez déjà, ça suffit à me faire fuir. Et puis c'est pas dans ma nature, je suis une casanière, les horizons lointains ne m'ont jamais fait fantasmer.

Ces considérations sont valables pour de longs et lointains voyages bien sûr ; s'il s'agit d'aller passer une semaine sur la Costa Brava, c'est nettement plus simple, quand on y pense. Mais justement, ce genre de séjours me révulse ; l'idée d'aller me poser dans une station balnéaire bondée, moche et bétonnée me donne envie de ne plus jamais prendre de congés. Le tourisme de masse m'insupporte, non pas parce que je suis une élitiste prétentieuse, mais parce qu'il sous-tend toute une conception des relations entre les pays occidentaux et le reste du monde, une conception que je récuse et que je refuse. Mais bon, on va pas reparler de politique, le terrain est miné. De toute façon, je n'ai aucune envie de me retrouver à l'autre bout du monde avec les mêmes personnes que celles que je croise quand je sors de chez moi ; je n'ai aucune envie de courir après les horaires pour ne pas rater la visite d'un enième monument ; je n'ai aucune envie de manger un petit déjeuner continental (jamais compris cette expression) au buffet d'un hôtel international ; je n'ai aucune envie d'être bloquée dans un "club" avec des animateurs insupportables et le moindre bled à 50 bornes ; je n'ai aucune envie de prendre des paysages magnifiques pour ma petite plage privée ; et je n'ai aucune envie que la vie de populations entières dépende de la disponibilité des places sur un vol charter.

Mal barrée au niveau des voyages, donc. Comme tout le monde j'ai eu l'occasion d'aller ici et là en Europe ; adolescente, j'ai vécu à Perpignan (eh oui, moi-même j'ai du mal à y croire), je connais donc pas mal l'Espagne, c'est un pays que j'adore ; évidemment je n'ai pas coupé à l'inévitable voyage linguistique du lycée : j'ai donc été expédiée dans la banlieue de Londres pour quelques jours, dont je me rappelle surtout la nourriture incroyablement infecte (je suis lamentable, j'avoue). Rien d'extraordinaire à signaler. Jusqu'en 2004, en tout cas.

Voilà presque deux ans, pour les fêtes, je suis allée rejoindre, avec des êtres chers, ma soeur et son mec partis en Asie du Sud-Est pour cinq mois, avec pour tout bagage leur sac à dos et leurs rêves. Personnellement, je n'en suis toujours pas revenue qu'on puisse entreprendre un tel périple, rien que d'y penser je suis exténuée. Il s'est d'ailleurs avéré que c'était tout sauf des vacances, et malgré les excellents souvenirs, il leur reste aussi (surtout ?) des moments de galère intense et d'extrême fatigue. Un peu l'opposé du Club Med, en fait. Bref, finalement ravie à l'idée de faire un tel voyage dans des conditions qui sortent de l'ordinaire, j'ai acheté un stock de crème solaire, de répulsif anti-moustiques, et un sac à dos. Bangkok, tiens-toi prête, j'arrive !

Alors d'abord, l'avion. Je n'épilogue pas, vous savez déjà ce que j'en pense. J'en ai pris pour 11 heures à l'aller et 13 heures au retour, avec une escale naturellement, ce qui, si vous comptez bien, double le nombre d'atterrissages et de décollages. Outre la peur, il faut aussi se coltiner l'emmerdement sans fond propre à ce moyen de transport diabolique. Pour faire patienter (ou dormir) les passagers, le personnel de bord vous gave de nourritures toutes aussi délicieuses les unes que les autres, c'est bien connu. Je crois que je n'ai jamais autant mangé en si peu de temps, alors que je n'ai pas ce qu'on pourrait appeler un appétit d'oiseau. Bref, nous voilà en vue de la Thaïlande, on ajuste le temps de se ressaisir pour ne pas rouler en sortant de l'avion, tant nous sommes gavés.

Ce qui choque en premier, c'est la lumière. Orange, voilée, une vraie promesse d'Orient. Ce qui choque en second, c'est la température polaire à l'intérieur de l'aéroport : manifestement le climatisation est considérée comme un don de Bouddha, j'ai eu mal à la gorge pendant dix jours, alors qu'il faisait en moyenne 25 degrés, cherchez l'erreur. Enfin, je ne vais pas commencer à râler, j'ai passé dix jours merveilleux, fanstastiques, inoubliables, malgré tous les menus désagréments que je redoutais, et qui sont survenus, sans que ça ait la moindre importance. Dix jours c'est trop court, j'ai bien conscience de n'avoir vu que la surface de ce pays magique, mais ça m'a suffi pour être enchantée par ces paysages, par ces gens, par cette ambiance.

Le souvenir le plus prégnant est celui de zénitude. Je ne saurais pas l'expliquer, les gens sont détendus, fatalistes, détachés. A aucun moment je n'ai ressenti un prémice d'agressivité. La gentillesse et le sourire des Thaïs sont loin d'être une légende ; on comprendrait pourtant qu'envahis de touristes occidentaux à longueur de temps, ils perdent parfois patience. Eh ben non, pas leur genre, ils hochent la tête et continuent à sourire. En se moquant intérieurement de nous, du moins je l'espère.

Après Bangkok, et l'ambiance à la fois touristique et authentique de Khao San Road, Sukhothaï, plus reculée, plus rurale mais tout aussi magnifique ; enfin la plage, bien sûr, sur une petite ile du golfe de Siam, dans des bungalows à dix mètres de la mer. Les gens toujours, leur sourire, mais aussi les petits déjeuners (pas du tout continentaux !) sur la plage et les soirées au bord de l'eau, à boire une sorte de rhum frelaté qui à lui seul, discrédite totalement la légitimité de l'existence de l'alcool. Les rires, les moments partagés, les instants de ras-le-bol, les coups de soleil, les geckos, les pannes d'eau chaude, le snorkeling, la croisière pour touristes sur la Chao Phraya, le café soluble presque froid, les minibus déglingués, le réveillon du nouvel an et une séance de karaoké memorable avec une famille thaïlandaise déchaînée, la succulente cuisine thaï, les cigarettes à 2 francs le paquet, les sauts dans l'eau tiède depuis le ponton, les temples, les enfants rieurs, les moines, les contrefaçons de tout ce qui peut se vendre (same same but cheap), les banana cakes, la ballade à dos d'éléphant, les picks-up, la joie, le bonheur, la tristesse de devoir repartir. La vie.

Et le tsunami, aussi. La chance a voulu que nous soyons loin des côtes touchées. Au départ on n'a rien compris, le JT en thaï c'est pas facile facile ; et puis on a fini par appeler en France, et les réactions hystériques de nos proches nous ont fait comprendre l'ampleur des dégâts. Et la bêtise des médias aussi, qui ont tant insisté sur les victimes en Thaïlande pour la simple et bonne raison que beaucoup étaient occidentales, et sans prendre la précaution de dire qu'un faible pourcentage des côtes était touché. Evidemment il n'est pas question de minimiser, si tant est que ce soit possible, l'immensité de ce cataclysme, simplement de présenter les choses de façon honnête. A mon sens c'est très révélateur de l'ethnocentrisme et du sensationnalisme de l'information... mais aujourd'hui, quand je repense à tout ça, je m'en veux de mon insouciance à ce moment.

Je crois que toute ma vie j'aurai envie de retourner en Asie. Pourtant, je me sens rarement aussi mal à l'aise que dans mon statut de touriste. Je n'ai pas réussi à me départir de ma méfiance envers mon propre comportement. La peur de choquer, de vexer, de m'imposer, toujours. La répugnance à avoir une attitude condescendante, à agir comme un colon, ou un être supérieur. La surprise devant l'occidentalisation de ce pays à la culture si riche, les sourires des gens devant nos pantalons thaïs, alors qu'ils portent des faux Levi's et des tee-shirts Coca-Cola. Cette sensation de décalage total, d'insondable fossé culturel. L'impossibilité manifeste de trouver un état d'esprit commun avec l'âme asiatique. L'impression aussi, bien sûr, que je suis la seule à me poser ce genre de questions... pour les Thaïs, comme pour tant d'autres, le tourisme est une économie à part entière, accueillie comme une manne par des gens fascinés par l'Occident, par la société de consommation, par le matérialisme. Dans un pays qu'on sent si profondément spirituel, rien d'autre à faire que de le regretter...

Mais je ne suis personne pour juger. Le simple fait d'y passer quelques jours bénis, je l'ai déjà vécu comme une ingérence, alors que j'aurais voulu être transparente. Evidemment c'est impossible ; avant même d'atterrir à Roissy, j'en ai eu une preuve éclatante. En transit à l'aéroport d'Abu Dhabi, j'errais, vaguement somnolente, dans les boutiques de duty-free, quand la vendeuse d'une parfumerie arrive vers moi avec un sourire avenant, et me dit dans un français parfait "Puis-je vous aider Madame ?" (non ce n'est pas le Madame qui me choque, on m'appelle Madame depuis que j'ai 15 ans, je m'y suis habituée). Stupéfaite, j'ai réalisé que j'avais une tronche de Française. D'un seul coup d'oeil (exercé, d'accord, mais quand même), cette fille a calculé que j'étais française. J'en suis toujours pas revenue.

Non, décidément, je n'aime pas être une touriste. Je n'aime pas aller dans un pays étranger en emportant avec moi toutes mes références culturelles, historiques, économiques, et physiques manifestement. La seule chose qui pourrait me réconforter, c'est qu'aller dépenser de l'argent dans un endroit qui en manque, c'est toujours mieux que d'engraisser toutes les World Company qui nous vendent leur soupe ; mais au fond même ça, ça me dérange. Je n'ai pas envie qu'on dépende de moi, même à l'autre bout du monde, dans un endroit où je n'aspire pourtant qu'à revenir.

Commentaires

Pfiou, j'en ai des choses à dire sur ce post hyper riche en idées !
Pour commencer, les voyages, c'est ma came, je ne suis heureuse que quand j'ai un voyage en prévision... J'en rêve des mois et des mois, ça m'occupe la tête loin des tracas quotidiens.
D'ailleurs, j'ai entrepris de convaincre mon homme de l'intérêt d'un break de 6mois consacré à la visite d'un continent en sac à dos (c'est pas gagné!). En plus c'est hyper sain je trouve, pour se débarrasser de sales habitudes matérialistes (pas d'ordi, de téléphone, de télé, d'eau chaude, de confort, etc, et finalement, on survit très bien ! ;-) )
Pour le sujet plus vaste du tourisme, j'ai le même ressenti que toi. Etre transparente, ça serait le rêve ! Mais surtout, surtout, ne pas déranger, ne pas paraître condescendant, c'est absolument essentiel.
Et puis j'aime pas les appareils photos en voyage, parce qu'on se croirait au zoo. Encore un truc qui met de la distance entre 'eux' et 'nous'.
Pour ce qui est de l'économie touristique, c'est clair que c'est une manne dont ne peuvent se passer grand nombre de pays (nous les premiers puisque les recettes du tourisme en France représentent 7% du PIB !). Malheureusement, c'est souvent fait n'importe comment : du béton, des boutiques, et de la destruction d'espaces naturels. Mais pas partout, heureusement... Le Costa Rica par exemple, est connu comme un modèle de développement touristique (développement maitrisé par l'état qui ne cède pas face aux promoteurs immobiliers, protection des espaces naturels, constructions intégrées au paysage, retombées économiques pour les locaux, etc). En même temps, je n'y suis jamais allée,hein ;-)
Et il y a aussi l'Asie... Non pas à cause d'un développement réfléchi et durable, mais surtout grâce aux cultures asiatiques. Leur spiritualité, leur vision des choses, le fait qu'ils ne se braquent pas contre les 'envahisseurs', etc, fait que le tourisme en Asie reste absolument magique...
Bon, j'me suis un peu étalée, là, non ?? Désolée, c'est mon sujet de conversation de prédilection, et ton post est tellement juste et riche, que je peux pas m'empêcher !! (En fait c'est ta faute si on y réfléchit bien... ;-) )

Écrit par : fyfe | 13/12/2006

C'est vrai que le tourisme de masse a quelque chose d'insupportable...voyager "en routard" et pouvoir aller à la rencontre des personnes vivant dans le pays est magique mais il faut disposer de temps.
Oui le statut de touriste peut être collant et désagréable mais cela peut, aussi, être l'inverse. Il y a un an, je suis allée en Iran (voyage organisé dit culturel, circuit classique de 17 jours, etc...) et pourtant j'en suis revenue émerveillée et amoureuse absolue de ce pays : nous avions un guide et un accompagnteur hors du commun et surtout les Iraniens croisés dans la rue (dans les petites villes ou les villages) venaient vers nous spontanément, nous souhaitant la bienvenue et nous remerciant d'être là. Ils souriaient avec leurs coeurs et leurs âmes... La barrière de la langue est alors très frustrante, c'est vrai. Nous avons été accueillis avec une chaleur et une bienveillance vraiment émouvantes.
Alors être "touriste" peut avoir des inconvénients certains et parfois cela permet aussi des petits moments de grâce. (oups, désolée d'avoir été si longue mais le thème du voyage m'inspire...:-) )

Écrit par : Breizhoudoudou | 13/12/2006

OUPS... Pomme, il va falloir effacer les multiples versions de mon commentaire, une seule suffit... désolée j'ai du faire une fausse et multiple manip'...

Écrit par : Breizhoudoudou | 13/12/2006

Est-ce que tu nous racontes ton histoire de l'Amour ? est-ce que tu nous invites à saisir la manière dont tu aimes te fondre ? nous exprimes-tu ton souhait d'être, plus que tout, entière-partie et pas tierce-partie ? ... Ce voyage et la discrétion que tu revendiques comme la seule position convenable, cet effacement que tu désires dans l'abordage de l'autre, est-ce ton témoignage sur la façon d'aimer ? Il m'est difficile, maintenant que j'y pense, de lire autrement ce texte ...; la façon très "charnelle", très "vécue", dont tu nous rapportes l'épisode catastrophique et destructeur du tsunami me renforce dans cette tentation à lire tes lignes au travers ce filtre.
Mystère de l'écrit, mystère de l'écriteur ... on ne veut finalement pas savoir si ce qui nous travaille est du côté de l'auteur ou du côté du lecteur ... on veut simplement lire, encore, beaucoup, toujours, ... et abondamment te remercier de nous susciter tous ces songes...

Écrit par : zulunation | 13/12/2006

Tu touches un point important en parlant de transparence, "en emportant avec moi toutes mes références culturelles, historiques, économiques, et physiques manifestement". C'est ce qui m'a donné l'impression que vivre au Japon m'apportait un point essentiel dans ma façon de voir les choses et surtout dont les gens peuvent nous percevoir!
Je vais essayer de m'expliquer et je sens que je vais être longue... Hihi pour changer ;-)
Comme tu le sais, nous vivons au Japon. Nous nous sommes déjà retrouvés E et moi à la porte d'un resto qu'on nous refusait parce qu'il n'y avait plus de place (ça ne nous est pas arrivé qu'une seule fois). Cependant que nous essuyions ce refus quelque peu contrariant, plusieurs personnes passent devant nous et apparemment ils demandaient s'ils pouvaient entrer... "bien sur" lui dit la Dame "je vous en prie"... Ma première réaction a été une colère folle, je fulminais... (pour moi, c'est du racisme pur et dur à ce moment là). Puis j'ai réfléchi et d'autres personnes m'ont apporté quelques lumières.
Dans certains cas, les personnes ne parlent pas assez l'anglais et savent que nous, pas assez le japonais, et craignent de faire un mauvais service et dans ce cas là, préfère ne pas servir... Bien... C'est pas forçément agréable, mais admettons. Ce que l'on voit aussi dans les rues, ce sont les nationalistes criant à tue-tête qu'il faut une race pure et qu'ils faut renvoyer tous ces étrangers qui nous apportent, les mauvaises habitudes, la mauvaises éducation... (ch'ais pas pourquoi, je me sens légèrement visée moi là). Les camions noirs passant dans les rues (s'arrêtent parfois pendant des heures) chantant les hymnes nationaux et assénant leur "bonne paroles de nationalistes" (le front national quoi)... ça, ça me choque, mais aux dires des japonais, ils ne sont pas pris au sérieux, d'ailleurs personne ne les écoute, mais ça me choque quand même que ce soit permis ces choses là!
Bref...
Sinon, il y a les personnes qui vont se plier en 4 pour vous aider, parce qu'on est étranger (c'est agréable, surtout au début quand on comprend rien à rien)... C'est rarement que l'on trouve ça en France d'ailleurs, au passage.
Pourquoi je donne ces quelques exemples? Pour illustrer ce que j'ai compris: quoique l'on fasse, même après 40 ans de vie au Japon (je suis loin du compte encore ;-)), parfaitement bilingue, connaissant peut-être l'histoire japonaise mieux que certains japonais eux-mêmes... On en reste pas moins toujours un étranger. Ce que je veux dire, c'est que les personnes ne seront jamais indifférentes face à nous comme elles pourraient l'être en face d'un de leurs congénères. On est pas transparent. Et ce sera la même chose partout! Dans tous les pays du monde! Ca n'est pas forçément négatif, les gens vous ferons un sourire dans le métro parce que vous être étranger et pas aux autres. On est donc pas transparent du tout!!! On peut tout essayer... On restera ce qu'on est et ce qu'on porte comme "références culturelles, historiques, économiques, et physiques manifestement". Et je pense que c'est encore plus terribles pour les enfants d'étrangers qui voudraient faire parti d'un pays mais qui portent sur eux les références d'un autre qu'ils ne connaîtraient peut-être même pas.
Je vais m'arrêter là en espérant m'être fait comprendre.

En ce qui concerne les voyages, je suis plutôt pour le genre de voyage de la seconde partie de ton billet (sans le tsunami, je ne veux pas parler cette horrible tragédie, car tragédie il y a eu). Mais je crois que tu avais compris mon goût pour les voyages. Plus ça va et plus j'excelle dans leurs organisations, car on part toujours seuls, sans agences ou quoique ce soit pour des raisons personnelles et qui, je pense, rejoignent certaines des tiennent.
En ce qui concerne les photos, je suis d'accord avec Fyfe et il ne faut pas se croire au zoo. C'est vrai que ça met de la distance entre "eux", les indigènes (... oui, c'est comme ça qu'on dit pour les personnes originaires et vivant dans le pays...) . Ce n'est pas un secret et nous adorons les photos, on essaye le plus possible de respecter les personnes et de toute façon, nous ce qu'on aime le plus, ce sont les paysages! Ca n'empêche, que parfois on aimerai bien prendre certaines personnes mais en position naturelle... On joue alors de subterfuges. Mais je suis bien d'accord que dans certaines situations, cela nous catalogue complètement... C'est pas facile facile tout ça.

En tout cas, une choses est sure: au Japon, niveau appareils photos, ON EST DES RIGOLOS!!!! ;-)

Écrit par : Esther | 14/12/2006

Pfiou! J'ai encore fait un mega commentaire! Désolée Pomme

Écrit par : Esther | 14/12/2006

oulala, mais mon commentaire a pas été mis... Bon je vais réessayer...

Écrit par : Esther | 14/12/2006

Bon et maintenant, je vois que mon second commentaire est passé avant le premier....
Non reviens Pomme, je suis pas folle j'te le promets!!!

Écrit par : Esther | 14/12/2006

Tu vas halluciner en voyant que ton nombre de commentaires a augmenté pendant la nuit, et en fait c'est que "Esther paumée au Japon qui merdouille".
Tout ça pour te dire que je connaissais pas le mot "doryphore" (je me demande bien quelles en sont les origines)...

Sur ces entrefaits... Je m'en vais comme une reine ;-)

Écrit par : Esther | 14/12/2006

Pfff, impossible de répondre à toutes les questions qui me tiennent tant à coeur soulevées par ce post hyper riche et parfaitement écrit, je suis hyper d'accord avec tout, comme souvent, Pomme ;-)

Sauf que je revendique mon côté élististe et prétentieux pour ne jamais foutre les pieds dans un club de vacances, et qu'en effet l'Asie, un fois le virus attrapé, on y retourne toute sa vie (sans jamais comprendre, pour une âme occidentale je pense que c'est impossible, mais après tout c'est pas si grave) ;-)

Écrit par : Hélène | 14/12/2006

Comme toi je suis plutôt partagée sur le sujet des voyages.
Partagée entre le désir de découvrir le monde, ses habitants, leur culture, leur façon de vivre, philosophie et états d'âmes, et l'impression que le tourisme est un peu comme une balade au zoo, que je n'ai pas légitimité à être là, à glisser un oeil, forcément un peu voyeur, dans la vie des autochtones.
Comme toi l'idée que l'économie d'un pays dépende plus ou moins de ma présence en tant que touriste me dérange. Les rapports humains sont forcément faussés, et impliquent cette sorte de vénération du culte occidental que j'incarne quand je suis touriste.

Pour se détacher de tout ça, il faudrait concevoir le voyage différemment. Partir effectivement sac au dos et se fondre dans la vie locale. La transparence est effectivement quelque chose de tentant. Mais pour autant, je n'ai jamais osé me lancer dans ce type de voyages. Peur de ces petits incidents qui pourraient survenir. Peur de l'inconnu aussi sans doute.

C'est certainement pour ces raisons, plus tout un tas d'autres (dont un certains nombre, financières), que je me cantonne ces dernières années aux voyages en europe, où il y a beaucoup à voir, et où les rapports me semblent plus "d'égal à égal" avec les habitants. Mais la découverte du vaste monde est un chant de sirène auquel je finirai pas céder... :o)

Écrit par : Cely | 14/12/2006

j'ai beaucoup aimé ce billet. difficile d'exprimer à chaud tout ce qui résonne en moi, je le relirai au calme.

en tout cas, j'adore cette utilisation du mot "doryphore", ça m'éclate ! ;o)))

Écrit par : Anne Cé | 14/12/2006

Une fois de plus je suis enchantée par vos si beaux commentaires...

@Fyfe : tu as très bien fait de t'étaler ! Je comprends parfaitement l'envie de voyage, et je te conseille même de transformer tes rêves en réalité... si ma soeur passe par là elle confirmera que ça vaut la peine de voyager de cette façon, même si bien sûr tous les inconvénients ne disparaissent pas comme par magie...quant aux désagréments matériels, il est clair qu'ils ne sont rien, c'est une mono-maniaque de la vie quotidienne qui te l'assure ;-)
Je suis certaine qu'il existe des pays où le tourisme est organisé de façon plus humaine... simplement je me demande dans quelle mesure cette tendance est le fait des autochtones ou des occidentaux, un peu comme le commerce équitable en fait. Mais c'est un autre sujet, bien vaste aussi...

@Breizhoudoudou : pas de souci pour la longueur, au contraire ! J'ai entendu parler de ces nouvelles formes de voyages, je ne doute pas qu'on puisse aussi y trouver son compte. Quant à l'Iran je suis sûre que c'est un endroit magnifique, si riche de culture et d'histoire... tu as de la chance d'y être allée !

@Esther : cette fois c'est sûr, tu es dingue ;-))) Tu as éveillé ma curiosité sur l'origine du mot doryphore (eh non je n'y avais pas pensé toute seule, parfois je m'étonne moi-même ;-)), je vais chercher...
Je pensais bien que tout ça te parlerait... les exemples que tu cites me confortent bien sûr dans mon opinion, notamment celle qu'on est toujours un étranger dans un autre pays. Mais ton expérience montre aussi que l'expatriation est une situation très enrichissante, du reste, comment en douter ? Personnellement je m'en sens incapable, mais je suis admirative de ceux qui y arrivent.
Pour ce qui est des photos, je suis moi-même hyper rigide, je ne supporte pas qu'on m'immortalise sans me demander la permission. Il me semble avoir compris qu'en Asie, les gens n'aiment pas ça non plus, une question spirituelle si je ne m'abuse. En revanche côté techonologie, c'est sûr qu'il n'y a pas photo ! Ah ah ;-)))

@Hélène : ah ben si tu me tends la perche, j'avoue : moi aussi je suis bien trop snob pour aller au Club Med... quelle horreur ! ;-)))
L'Asie éternelle... inexplicable en effet. Et je suis bien d'accord, on s'en fout de comprendre pourquoi, c'est bien comme ça épicétou ! Je suis contente que ça t'ait plu ;-)

@Cely : oh oui, il faut y céder ! Bien préparé, un voyage "à la roots", c'est pas insurmontable ! (et c'est moi qui dis ça, je suis un peu gonflée en fait ;-)) Je reste convaincue que c'est de cette façon qu'on est le moins envahissant en tout cas.

@Anne-Cé : merci ;-) J'espère que tu reviendras nous donner tes impressions...

Écrit par : pomme | 14/12/2006

@zulunation : peut-être au fond, peut-être que ma vision du voyage est commune avec ma vision de l'amour... à te lire ça me semble soudain évident. De ta part, cette interprétation est parfaitement naturelle, et pour cause... quelle réciprocité n'est-ce pas ? Gratitude éternelle pour tes mots merveilleux...

Écrit par : pomme | 14/12/2006

Bien, nous, comme Esther, on a toujours adoré les voyages et nous avons choisi l'expatriation pour éviter justement de passer trop vite quelque part...
On a passé 6 ans en Asie, en Birmanie pour être présise, et vivre avec les Birmans a été un bonheur de tous les instants. Tu parles du zen des Thaïs alors essaie de rencontrer les Birmans et là, tu restes "soufflés" par leur zen, leur gentillesse gratuite (La Birmanie est beaucoup moins touristique et surtout moins développée que la Thailande).
Bref, on a pris le temps de voyager dans le pays, en bus locaux, on a pris surtout le temps de partager à eux, partager le temps, un déjeuner, une pensée...
Bref, vous l'aurez compris, nous, on ADORE les voyages, mais on aime pas courir, foncer à travers un monde qu'on ne connaît pas au risque de choquer (là je te rejoins)...
Il y a tellement de choses, mais surtout de gens et de cultures à découvrir,...

Écrit par : Nat | 15/12/2006

Aaah Pomme! Je te lis régulièrement, mais je fais toujours ma timide. Sur ce sujet, ça m'interpelle tellement que je sors du taillis ;-)))

Tu soulèves tellement de questions qui se posent également à moi.

Le Club Med ne passera pas par moi non plus, rien que d'y penser ça me grââââtte, j'aurais tellement l'impression de me retrouver au zoo...

Pour moi, le voyage est tout autant géographique qu'émotionnel, ce qui me plaît c'est de découvrir de nouveaux horizons dans tous les sens du terme. C'est vrai que ce n'est pas toujours facile de "rentrer" dans une atmosphère étrangère sauf quand il y a choc culturel, là on est en plein dedans mais alors il devient difficile d'avoir du recul pour hiérarchiser ses impressions :))

Personnellement, je ne souhaite pas vraiment être transparente quand je voyage; à mes yeux, ce n'est pas possible, ni souhaitable parce que ça fausse le jeu de vouloir le faire. On arrive toujours quelque part avec ses bagages culturels et ses référents. Je tends plutôt à viser le statut d'étranger au lieu du statut de touriste. :))

En tout cas, j'adore ta description de ton voyage en Asie, j'avoue que je n'y ai pas encore mis les pieds et que je suis très tentée, mais comme je souhaite éviter les formules pour touristes à gogo...

Ah ben j'ai fait long pour une première fois dis donc hu hu!

Écrit par : Delphinoid | 15/12/2006

je n'ai jamais fait de long voyage lointain ( le + loin c'est Prague à 2 heures d'avion de Paris, quel exotisme!). Mais j'entends bien en faire dans ma vie qui sera encore longue j'espère. Evidement je veux à tout prix éviter ce que tu décris, et donc essayer de voyager ethique, en allant à la rencontre des habitants. Il y a des agences de voyages qui font ça mais bien sur ça coute plus cher que les voyages dégrifés. En plus on n'a pas toujours le choix, par exemple pour aller en Egypte je viens d'apprendre qu'on doit faire ça en voyage organisé obligatoirement ( à cause des attentats) et donc subir un emploi du temps, un groupe qu'on n'a pas choisi.

Écrit par : maryline | 15/12/2006

Je ne sais pas quoi dire après un post pareil (enfn, je commence toujours comme ça et puis après je finis toujours par en écrire des tartines, faut vraiment que je change de commencement de com moi...), parce que je n'ai jamais vraiment voyagé.
A part un voyage en grèce organisé par mon lycée, alors ça compte pas.

C'est pas que je n'en ai pas envie hein, je rêve d'aller à plein d'endroits (new york, la chine profonde, l'islande, l'île de pâques, j'ai une liste à ralonge), et les clubs, c'est sûr je suis bien trop snob pour ça aussi.
Mais bon, dès que j'ai eu du temps (aka vacances), et de l'argent, je suis retournée chez moi. C'est comme ça, c'est normal. Donc au final, je ne suis jamais allée ailleurs. J'aimerai changer ça un jour, mais c'est pas le propos (pasque j'en ai un, si, si, je t'assure).

Je n'ai donc jamais voyagé que chez moi. C'est à dire, la France et le Japon.
Sauf que ce sentiment de vouloir passer inaperçue, je le ressents même chez moi.
Pas tout à fait française, mais pas tout à fait japonaise non plus, où que j'aille, finalement, au premier regard je suis étrangère. Donc jamais inaperçue.
Bon forcément, au Japon, quand je me mets à parler où qu'ils entendent mon nom, tout le monde comprend, et c'est là que ça se gâte un peu plus: on s'attend à ce que je me comporte comme une "pure" indigène (;-)), ce qui n'est au fond, pas le cas. Pareil en France, on s'attend à ce que je sois française à 100% dans mon comportement, ce qui est aussi loin d'être le cas. (d'un autre côté, les pires intégristes japonais que j'ai rencontré sont justement des français expatriés, qui finissent par devenir encore plus japonais que les japonais, c'en est flippant).

Je pense que c'est une idée à laquelle j'ai finis par me faire, je serais toute ma vie une étrangère. Où que j'aille, même où je me considère "chez moi". Pire que ça, une demi étrangère. Une demi identité nationale (m'enfin, je m'en plaints et en même temps je fais tout pour conserver ma double nationalité même si normalement j'ai pas le droit, paradoxale moi? naaan!!).
C'est ce qui me donne envie de voyager ailleurs aujourd'hui et pourquoi pas même de m'expatrier, d'aller quelque part où je pourrais assumer mon statut d'étrangère à part entière, où je pourrais enfin être "entièrement" quelqu'un, en l'occurence pas du coin, parce que de toute façon, je ne pourrais jamais être entièrement de chez moi.
Donc bizarrement, je me vois vivre cette "entièreté" d'étrangère comme un repos. Ne plus être "du coin mais pas vraiment", mais d'avoir une identité entière, en étant étrangère.

Écrit par : Lilo | 15/12/2006

Et voilà, j'en ai encore fait une tonne, et incompréhensible en plus.
désolée...

Écrit par : Lilo | 15/12/2006

@Nat : c'est vrai que quand on commence, on a très envie de continuer... ce n'est pas la première fois que j'entends des louanges au sujet de la Birmanie, je suis certaine que c'est magnifique. Ce n'est pas la destination la plus facile cela dit, mais ça vaut la peine, sans aucun doute !

@Delphinoid : ça me fait vraiment très plaisir de te voir ici... bienvenue !!! Tu as raison, c'est un peu vain de vouloir se fondre... en tout cas ça ne doit pas interférer avec ton envie de voyager, je te souhaite de découvrir l'Asie, et tous les continents que tu voudras !

@maryline : eh oui, les voyages éthiques c'est un truc de bobos (sans nuance péjorative cela dit), du coup il semble que certains en profitent pour faire payer le prix fort.... personnellement je n'imagine plus voyager autrement que par moi-même, mais je suis sûre que certains circuits restent très humains.
Ah ! Prague ! En voilà une ville qui fait rêver...

@Lilo : bah non sois pas désolée, c'est tout à fait compréhensible justement ! Je comprends bien que pour toi le problème se corse singulièrement... j'ai beaucoup de mal à imaginer ce que peut signifier au quotidien une double appartenance ethnique et culturelle, mais je peux sans peine croire que ça doit pas être simple tous les jours... en même temps c'est une telle richesse ! Ah, bien compliqué tout ça...

Écrit par : pomme | 15/12/2006

Encore une fois, je suis soufflée par ton écriture, et par tes périples incroyables: tu vas une fois en Asie, pffuit, un tsunami!!
Une chose est sûre, si je suis entièrement d'accord avec ta description très juste des clubs de vacances (vade retro satanas), ton LONG billet donne super envie de voyager, de se dépayser, et finalement, de prendre du recul sur nos petites vies parfois étriquées.
J'essaie de partir quand je peux, sans club, mais avec le minimum de confort: le trip, sac à dos, je peux pas, pas mon truc du tout. En même temps, comme je ne vais jamais très loin, ou alors à New York, le sac à dos serait bien ridicule.
Le comble c'est qu'il m'arrive de me lamenter sur mon manque de "barouderie", tout en réservant, en bonne fille contradictoire, une chmabre double avec baignoire... Parce que c'est avant tout ce que je recherche quand je quitte mon home sweet home: une baignoire. Une quête comme une autre finalement! (mais non, c'est pour rire, quoique...) ;-)

Écrit par : mariaba | 16/12/2006

Si je peux me permettre, par rapport à ce que dis lilo, c'est vrai que certains étrangers Français deviennent parfois plus integristes que certains nationalistes japonais... J'en ai vu de mes yeux vus: impressionnants! Mais ce sont quand même les japonais qui chantent dans leurs camionnettes noires...

Écrit par : Esther | 18/12/2006

Je suis bien d'accord, mais il n'y a que les français pour vraiment les écouter... ;-)
Non, moi je parlais pas vraiment de l'intégrisme racial ou politique, mais plus des traditions et coutumes. Sur les comportements à adopter en société ou chez soi, les normes quoi.
Bizarrement, avec la jeune génération, tout ça a tendance à se dérider, mais les étrangers, eux, qui veulent s'intégrer, finissent par être plus japonais que des japonais. Ce qui est un paradoxe, puisque les japonais sont eux, plus coulants quand il s'agit d'occidentaux.
C'est je pense, très lié à ce besoin de passer inaperçu, de se fondre, dont parle pomme.

Écrit par : Lilo | 18/12/2006

@mariaba : je ne me permettrai pas de constester le caractère noble de la quête d'une baignoire ;-) C'est sûr que pour voyager à la roots ce n'est pas une exigence facile à satisfaire ! Mais tu as raison, même si c'est compliqué, voyager c'est une telle ouverture au monde...

@Esther et Lilo : je vois que vous vous êtes trouvé un centre d'intérêt commun, génial !

Écrit par : pomme | 18/12/2006

Je lis ton post depuis quelques jours, et les commentaires... sans savoir vraiment comment te répondre sans étaler ma vie...

En bref, j'ai eu la chance, plusieurs fois, de partir en voyages, longs voyages, pour des raisons professionnelles (ou amoureuses...). Et c'est devenu une drogue. Je suis arrivée dans "ma" ville il y a 4 ans, et je commence à trouver le temps long...
Je crois que pour s'approcher d'une autre culture, le seul moyen est d'en vivre le quotidien, d'y vivre, d'y travailler, d'y faire ses courses (c'est dingue tout ce que l'on apprend sur une culture dans ses supermarchés-marchés-souks-... quelle que soit leur forme), de s'y faire des connaissances, d'en apprendre la langue, ... Et encore, dans certains pays... certains autres restent et resteront un mystère pour nos cerveaux occidentalisés. Et tant mieux, non?

Depuis que j'ai eu la chance de faire ces voyages, je ne suis plus jamais partie en voyage en vacances (à part en Europe, dans des villes)... mais j'ai la chance de pouvoir "m'inventer" des projets assez facilement à l'étranger. Et je compte bien continuer: J'ADORE VOYAGER... la question est finalment ce qu'on met comme signification derrière ce terme!

Écrit par : funambuline | 18/12/2006

Pomme, en relisant ta note (oui, des fois je relis !) , c'est quoi au fait les geckos, et le snorkeling?
J'ai besoin que tu éclaires ma lanterne ! (expression que j'adore !)

Écrit par : sophie L.L | 18/12/2006

@ sophie L.L: je ne suis pas pomme, mais les geckos c'est des petits lézards qui ont un cri tout à fait particulier et des pattes en ventouses, le snorkeling c'est se baigner avec palmes, masque et tuba et éventuellement faire un peu d'apnée... ouala.

Écrit par : funambuline | 19/12/2006

Comme d'hab j'arrive après la guerre et pourtant j'en aurais des choses à dire là-dessus car moi je suis accroc aux voyages!!! Tout d'abord, je tiens à faire la différence entre voyageur et touriste: je suis parfois tourise mais la plupart du temps je suis voyageur. Le touriste n'a comme unique but que de consommer de l'espace tandis que le voyageur a comme fin de s'insérer dans cet espace. Le touriste reste à la surface tandis que le voyageur s'immisce dans les profondeurs. J'ai également en horreur les touristes qui vont à l'autre bout du monde pour rester dans un hôtel luxueux où ils retrouvent tout à l'identique de chez eux.
Mais on peut voyager autrement. J'ai par exemple vécu une expérience formidable au Costa Rica: en prenant d'abord des cours d'espagnol pendant 2 mois dans un village avec des profs locaux qui nous ont appris beaucoup de la culture costaricienne. Pendant ces 2 mois, je logeais dans une famille du coin, qui est aujourd'hui comme ma deuxième famille. A la fin j'étais presque comme chez moi, je connaissais toute la rue du village et tous me connaissaient comme "le français du village". Invité à droite à gauche à boire un verre, manger un bout... et pourtant tous ces gens étaient pour la plupart pauvres. J'ai eu un grand complexe d'européen privilégié quand j'ai vu que les deux garçons de la famille de 14 et 16 ans n'allaient plus à l'école et bossaient 50 heures par semaines dans un atelier de mécanique. Le soir ils rentraient éreintés les habits maculés de graisse noire et poisseuse... et comme j'étais là et que j'avais une chambre pour moi, du coup l'un des deux était contraint de dormir sur un matelas dans la chambre de son frère, matelas qu'il glissait sous le lit pendant la journée. Ca me faisait un peu mal de penser à ça.
Ensuite je suis parti un mois comme bénévole dans les parcs nationaux, là j'ai vécu avec le personnel du parc, coupé du monde, et avec des volontaires comme moi venus du monde entier. J'ai donc "consommé" le patrimoine naturel du Costa Rica mais j'ai en même temps contribué à le préserver. J'ai parfois même enduré la souffrance, portant des sacs de jute emplis de sable et de caillasses pour entretenir les sentiers, en plein milieu de la jungle et par une chaleur moite... mais j'en garde tout de même une grande satisfaction, satisfait de ne pas avoir apporté que mes euros dans ce pays. J'y ai apporté un peu de ma force, de mon écoute et de mon amour... et j'en ai rapporté tout autant. Et il y a tous ces gens que je n'ai croisé que le temps d'un voyage en bus et avec qui j'ai discuté comme si on se connaissait depuis des années... et que je ne reverrai peut être jamais! Pour moi c'est ça voyager, c'est faire des rencontres inoubliables, découvrir des horizons différents, remettre notre vie en perspective.
Le voyage apport la sagesse et le respect. C'est le meilleur des remèdes contre la bêtise et l'ignorance. A condition bien sûr de s'ouvrir à ceux et à ce qui nous entoure et ne pas rester dans sa coquille culturelle.

Voyager c'est connaître!
Voyager c'est rêver!
Voyager c'est rencontrer!
Voyager c'est découvrir!
Voyager c'est réfléchir!
Voyager c'est mettre en éveil tous ses sens!

Pour toutes ces raisons, voyager et pour moi le but premier de tout homme sur cette Terre. Si tout le monde pouvait et/ou voulait voyager, bien des atrocités n'auraient pas lieu en ce bas monde.

Bon je m'arrête là parce que je m'envole dans la prose lyrique là....

Heureuse comme une petite pomme qui a roulé sa bosse...

Voyage Pomme! Croque dans la vie à pleines dents!

Bon voyage!

Écrit par : pedro | 19/12/2006

@funambuline : oui, le fait que certaines choses restent mystérieuses, c'est vrai que c'est peut-être bien comme ça... je vois que tu as une expérience enrichissante ; vivre à l'étranger, pourquoi pas, mais il me semble que les expats ont tendance à se rassembler et à se refermer sur eux-mêmes non ? C'est humain du reste ; mais ça doit être possible de se "mélanger" à la vie locale...

@sophie L.L et funambuline : je vois que vous vous débrouillez parfaitement ;-) J'ajoute juste (pour faire la maline évidemment) que pendant mon snorkeling à moi, on a pêché des poissons qu'on a ensuite dégustés, juste grillés sur un brasero, grâce à l'aide généreuse (et goguenarde ;-)) de deux locaux. Un moment magique, en fait...

@pedro : ah ! comme souvent, je suis ébaubie par ton enthousiasme ! Ton récit est magnifique, et ta conclusion sur l'ouverture d'esprit qu'apporte le voyage (et non le tourisme, donc) fait chaud au coeur. Merci de tes souhaits, je te les retourne avec plaisir !

Écrit par : pomme | 19/12/2006

Oh, pomme tu as tellement raison: le monde des "expats" est une horreur, c'est les pires cercles que je connaisse, du coup, je n'ai JAMAIS côtoyé ce genre de société hyper fermée et souvent hyper raciste.

Pour le snorkeling-pêche-barbecue, rien que de l'imaginer, je salive de bonheur!!! Ce genre de souvenir sont les plus beaux de la vie, je crois.

Bon, maintenant je me réjouis de m'attaquer à ton nouveau post :-)

Écrit par : funambuline | 19/12/2006

@funambuline : oui c'est bien ce qu'il me semblait... pour le peu que j'en sais, en tout cas, ça n'est pas le genre de vie qui m'attire...
Je confirme pour le snorkeling, un souvenir inaltérable...

Écrit par : pomme | 19/12/2006

Oh là là... J'aurais du revenir ici plus tôt... Bon d'abord, joyeux anniversaire (héhé, j'suis une rapide moi).

J'ai lu le billet que tu as écrit après celui-ci, et il m'a fait pas mal sourire, toujours si bien dit et exprimant tellement justement certaines idées que tu dois partager avec pas mal de monde (sauf que toi, tu sais bien les écrire). Mais bon, je n'ai pas grand'chose à ajouter, et puis j'ai sauté les commentaires (j'ai tort, il y a plei de gens qui écrivent très bien aussi et qui ont de belles idées dans les commentateurs). Et en plus je n'ai pas trop envie de parler de Noël, ça me gonfle un peu. Je suis quand même à Toulouse en famille, mais bon, grrrskdvndjv, voilà ce que j'en dis...

Par contre, pour ton doryphore, je voulais te remercier, tout simplement (oui, je n'ai pas lu les commentaires non plus, alors je vais peut-être faire dans le redondant, mais tant pis). Bref je voulais te dire merci.

J'ai beaucoup (enfin, pas mal) voyagé en Europe, pour des vacances ou pour mon travail, quasiment toujours dans l'Europe occidentale, bref globalement dans des pays riches. Et j'aime ça, surtout dans le cadre du boulot. Mais jamais, malgré certaines propositions et occasions, je ne suis allée plus loin. Pendant longtemps, je ne savais pas vraiment pourquoi...
Et puis tout récemment, rentrée d'une soirée chez une amie qui a passé pour la deuxième fois un mois de vacances en Inde, j'ai essayé de discuter avec un autre ami d'un sentiment que je n'arrivais pas à analyser, ni à mettre en mots, sur ce qu'avait provoqué en moi ces quelques heures de récits de voyage lointain... Il me semblait toucher un truc, une partie des choses que tu écris ; j'étais tentée de me trouver "fermée" par rapport à certaines personnes avides de découvertes, alors que dans le fond j'avais la conviction intime que certains voyageurs avertis (je ne parle évidemment pas des touristes du club med) sont plus fermés que moi. Bref au contraire, j'ai eu le sentiment que mes non-voyages lointains étaient une forme d'ouverture sur le monde, mais comment expliquer ça ? C'est bien paradoxal comme truc...
Bon de toutes façons je suis incapable de mettre en mot cette chose que j'ai ressentie, les mots ci-dessus ne sont pas du tout le reflet de ce que je voudrais dire, mais tes lignes m'ont fait finalement beaucoup de bien, même si elles ne parlaient pas tout à fait de mon truc, enfin bref elles m'ont touchée et fait plaisir. Voilà...

Écrit par : Petitelouise | 24/12/2006

@Petitelouise : alors c'est l'essentiel ! Je crois que c'est une question pleine d'ambivalence, ce n'est pas facile de de situer entre le plaisir qu'on peut prendre à voyager, et les conséquences négatives que ça entraîne nécessairement...
Merci de tes souhaits, et joyeux Noël malgré tout !

Écrit par : pomme | 24/12/2006

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