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28/11/2006

Cordon gris

Depuis que je fréquente assidument la blogosphère, je suis toujours aussi stupéfaite devant le nombre de blogs culinaires qui jalonnent mes pérégrinations. La seule explication plausible à laquelle je suis arrivée, c'est que les gens adorent cuisiner, et aussi manger bien sûr, sinon ce serait pas drôle.

Je passe donc pas mal de temps devant ces photos appétissantes, retenant à grand peine le filet de bave qui me vient au coin des lèvres (la classe) avec quelque part un pointe de culpabilité (comme toujours au sujet de la nourriture), car si j'adore manger, j'ai horreur de cuisiner. En soi, ça n'a rien de particulièrement sidérant, mais dans mon cas, ça pose quand même quelques questions.

Il se trouve que j'ai grandi derrière un piano (pas l'instrument de musique ; c'est le nom qu'on donne à un fourneau dans une cuisine). Mes parents ont acheté leur premier restaurant lorque j'avais huit ans, et la majeure partie de mon enfance s'est donc déroulée entre un bar et une cuisine. C'était mon père le cuisinier, et bien entendu mes goûts culinaires sont marqués à jamais par sa maestria. Il m'a transmis son amour des bonnes choses, sa connaissance des produits et de leur histoire, et j'ai le sentiment d'avoir hérité de lui un véritable art de vivre à ce sujet. Evidemment, il m'a aussi légué sa propension à prendre trois kilos à la seule vue d'une tranche de jambon, mais c'est un autre problème. Pour ça et pour le reste, je ne lui en veux plus depuis qu'il est au paradis des bons vivants (je crois au paradis quand ça m'arrange, vous l'aurez remarqué).

Quant à ma mère, en revanche, sa nullité culinaire confine au sublime. Elle est la seule personne de ma connaissance à avoir réussi à faire cuire de la pâte feuilletée industrielle sans qu'elle ne lève d'un millimètre, entre autres exploits ; le clou de son oeuvre reste malgré tout d'avoir confectionné un klug. Oui oui, le même gâteau que celui de M. Preskovic dans Le Père Noël est une ordure. A la base, ce devait être un apfelstrudel (quelle idée aussi de vouloir faire un truc pareil), mais à la sortie du four ça ressemblait purement et simplement à une bûche de bois mort, tellement dure qu'on a eu du mal à la couper. Heureusement l'intérieur ne dégageait pas la même odeur que le gâteau du film, sans quoi nous aurions dû immédiatement nous mettre, ma soeur et moi, sous la protection des services sociaux. Bref, ma génitrice est à elle seule un danger pour la gastronomie française (mais c'est pas grave Maman, tu as plein d'autres qualités !).

Comme la vie est une chienne, mes aptitudes culinaires me viennent essentiellement de mon côté maternel. Jusqu'à une époque, je me suis bercée de douces illusions quant au fait d'arriver un jour à faire de mes mains un plat comestible. Puis j'ai brusquement compris que cet espoir était totalement vain, et j'ai donc arrêté de gâcher de la nourriture à qui mieux mieux. Dans l'intervalle, j'ai quand même commis quelques mémorables tentatives cuisinières, dont certains de mes proches se rappellent avec délice (parce que ça les fait hurler de rire, entendons-nous bien).

J'ai d'abord fait les fautes classiques des inaptes culinaires : démarrer la cuisson des pâtes à l'eau froide, et obtenir ainsi un magnifique pâté géant de spaghetti trop cuits et impossibles à désolidariser ; vouloir faire monter un soufflé de 2 kg dans un mini-four, pour finir par me régaler d'un appareil (oui je connais des termes techniques quand même) au fromage à moitié cru et tiède ; penser qu'on peut faire cuire directement une tarte lourdement chargée de fruits sans préalablement cuire la pâte à blanc ; bref, que du classique, et si encore aujourd'hui je reste désespérément sous-douée en cuisine, j'ai tout de même dépassé le stade d'ignare totale.

Mon chef d'oeuvre fut grandiose. Je ne sais pas ce qui m'a pris ce jour-là, mais je me suis mis en tête de faire une galette des rois. Pour l'Epiphanie, donc. Ca devait me sembler révolutionnaire, parce qu'il faut savoir que dans le Sud-Ouest, on mange traditionnellement à cette occasion non pas une galette à la frangipane, mais ce qu'on appelle une coque, une sorte de brioche moelleuse et fondante délicieusement parfumée à la fleur d'oranger, et parsemée de tendres fruits confits (ah ben oui, je sais pas cuisiner, mais je sais parler de bouffe, hein !). Quoiqu'il en soit, j'avais décidé de faire une galette, mais une simple frangipane a dû me sembler indigne de mes ambitions gastronomiques, puisque j'ai choisi de confectionner une galette des rois au chocolat.

Il fallait donc faire une frangipane au chocolat (jusque-là rien d'insurmontable), mais surtout une pâte feuilletée au chocolat. Et qui dit pâte feuilletée au chocolat, dit pâte feuilletée. Tout court. Enfin, façon de parler, ça prend quasiment trois jours de tourer une pâte feuilletée, je ne vous apprends rien (si ? bienvenue au club). Mais n'écoutant que mon courage, ma vanité et ma gourmandise, j'ai repoussé vaillamment tous ces prétendus obstacles et me suis lancée à l'assaut de la pâte feuilletée. Au chocolat.

Là, il n'existe plus de métaphores pour décrire le désastre. D'abord ma pâte feuilletée n'était évidemment pas tourée correctement, le chocolat ne s'était pas amalgamé entièrement au beurre, c'était hyper mal barré. J'ai tout de même fini par enfourner cette maudite galette, dans un mini-four bien sûr (je ne crois pas avoir jamais possédé un four de taille normale. Ca doit être freudien). Le problème, c'est que j'ai posé la merveille pâtissière directement sur la grille du four, et au fur et à mesure de la cuisson (ou plutôt de la tentative de cuisson), la galette a lentement fondu, se répandant généreusement et visqueusement sur la résistance du four, jusqu'à n'être plus qu'une informe et immonde masse gélatineuse et puante.

Résultat des courses : des ingrédients gâchés alors que les enfants d'Afrique meurent de faim, un orgueil en charpie, un four qui a cocotté le chocolat brûlé pendant des semaines (vous avez déjà essayé de nettoyer un mini-four ?), et la naissance d'une sorte de légende autour de mon indigence culinaire. Entretenue vigoureusement par ma mère, qui voyait là une confirmation de la prédominance de ses gênes dans mon inaptitude (ça va chercher loin, la nourriture, croyez-moi).

Pendant un temps, j'ai arrêté les frais. J'ai connu des épisodes de zèle culinaire, notamment quand j'étais en couple (et au chômage, ça occupe de faire à manger), et j'ai même réussi à faire deux trois trucs pas totalement dégueu. Depuis que je vis seule en revanche, mes activités se limitent à la cuisson des pâtes (à l'eau bouillante, donc) et au mélange de la sauce en bocal. Inutile de me huer, il existe d'excellentes sauces toutes prêtes, en tout cas mille fois meilleures que celles que je serais capable de mitonner. J'ai un peu abdiqué, j'avoue. Je crois que j'ai renoncé à l'espoir d'égaler un jour mon papa, qui reste à mes yeux le meilleur cuisinier du monde, et qui m'a pourtant appris la façon de faire les choses, de choisir les aliments, de les accorder. C'est ça le pire, je possède toutes les bases théoriques ! Mais faire la cuisine m'emmerde prodigieusement. C'est long, c'est salissant, on se coupe, on se brûle (oui j'ai deux mains gauches), après il faut faire plein de vaisselle, et avec tout ça on n'est même pas sûr que ça soit mangeable. Je laisse ça à ceux qui savent et qui sont légion, si j'en crois la quantité de blogs culinaires. Je vous admire profondément, sachez-le !

Comment fais-je quand je reçois des amis, me direz-vous ? Eh bien c'est simple, je n'en reçois pas. Ou alors ma soeur, qui me fait mourir de rire même quand elle se moque de moi, ce qui ne la glorifie pas d'ailleurs, puisqu'elle, elle cuisine très bien. Ah ! Comme c'est mesquin de mépriser les pauvres inadaptés culinaires ! Je ne te félicite pas. Non, le mieux, c'est encore d'aller au resto, si c'est pas bon on peut allègrement démolir le cuisinier, c'est pas Dieu possible de cuisiner aussi mal, tout de même !

 

22/11/2006

Croix de bois croix de fer

C'est un des premiers préceptes moraux qu'on doit essayer de nous inculquer, non ? D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu dire qu'il ne fallait pas mentir. Personnellement, j'étais une enfant très (trop ?) obéissante, et donc je ne mentais jamais. J'avais trop peur de me faire attraper, et j'avais raison, car comme de juste, la seule fois où j'ai proféré un affreux mensonge, ça s'est vu comme le nez au milieu de la figure. S'en est suivi un terrifiant psychodrame (je l'ai vécu comme tel en tout cas) qui m'en a fait passer l'envie pour plusieurs années.

Là évidemment, je parle de gros vilains mensonges, de travestissements vicieux de la réalité destinés à tromper son petit monde et à en tirer de substantiels avantages. Parce que bon, les petites libertés que nous nous accordons TOUS avec la vérité, pour être poli ou tranquille, ça ne me traumatise pas plus que ça. Dans le fond, je préfère toujours dire la vérité, mais s'il s'agit de blesser quelqu'un juste parce qu'on n'a pas envie de sortir de chez soi, j'estime qu'il vaut mieux éviter. Je prends sur moi, puisque j'ai tendance à considérer qu'un mensonge, gros ou petit, reste moralement répréhensible, mais je me suis quand même rendue à l'évidence : la vie en société exige quelques compromis (eh oui, c'est affreux) avec sa conscience.

En revanche, je refuse catégoriquement le mensonge en ce qui concerne l'humain. Je ne veux pas mentir sur ce que je suis, je ne veux pas transiger avec ma personnalité ; une certaine honnêteté intellectuelle me semble être indispensable. A moi en tout cas, notamment si je veux dormir sur mes deux oreilles. Je ne supporte pas l'idée de donner aux gens une fausse idée de ce que je suis, et du même coup, je suis très intolérante avec les gens qui essaient de se présenter sous un jour trompeur et mensonger.

Il n'y a pas de hasard, remarquez bien : j'ai vécu pendant quatre ans avec ce qu'on pourrait appeler un mythomane (ça a l'air excitant comme ça, mais en fait ça ne ressemble pas du tout à un film américain). C'est une maladie, loin de moi l'idée de jeter la première pierre ; mais je peux vous dire que cette relation a failli me détruire. Quand quelqu'un de proche commence à mentir (tout le temps et à tout propos, de préférence), un phénomène effrayant se produit : la vérité n'existe plus. C'est comme si le mensonge emportait tout sur son passage et diluait à l'infini les bribes de vérité auxquelles se raccrocher. Qu'on croie ou non aux mensonges proférés n'a pas d'importance ; du reste, quand on s'aperçoit qu'une personne ment (très vite en général, quand c'est un réflexe irrépressible), on ne croit plus rien de ce qu'elle dit. Au début, on cherche à lui faire dire la vérité ; évidemment c'est peine perdue, car pour elle la vérité n'existe pas. Et par une sorte d'effet de contagion, la vérité disparaît pour vous aussi. On se retrouve entraîné dans une spirale de faux semblants de laquelle personne ne peut vous sortir. A part vous-même, évidemment. Avec le recul, je me dis que j'ai failli devenir folle. Et puis je me suis réveillée, et ça s'est arrêté.

Je n'étais déjà pas une grande fan du mensonge, mais depuis cet épisode je suis à la limite de l'intégrisme, je l'avoue. La moindre petite entorse à la vérité me fait tiquer, parce que j'ai toujours peur que ça cache une volonté de faire du mal. C'est très rarement le cas bien entendu, mais j'ai tout de même du mal à le supporter. J'ai besoin d'avoir des relations franches avec les autres, je déteste les gens qui enjolivent, qui transforment, qui se voilent la face. La lucidité est pour moi un but, et je crois que je demande la même chose aux gens qui m'entourent. Je crois que je préfère les relations frontales, directes ; c'est parfois douloureux, vu qu'en même temps les rapports de force me terrifient (bah oui, sinon ça serait trop simple), mais il est apparemment possible de trouver un juste milieu.

Le prix à payer est simple : il n'y a que la vérité qui blesse. Je préfère définitivement connaître la vérité et en souffrir, plutôt que de refuser de savoir le fond des choses pour me protéger. J'ai toujours le sentiment d'être prise pour une idiote lorsqu'on me ment pour m'éviter de souffrir, sans compter qu'à mon avis, la vérité finit toujours par se savoir. C'est probablement une conception très personnelle, et elle trouve vite ses limites : les autres ne la partagent que rarement... je comprends d'ailleurs, personne n'aime souffrir, c'est humain. Alors je me dis qu'il vaut mieux taire certaines choses, même si l'idée d'épargner les gens me révulse. Je n'ai de leçons à donner à personne, et chacun a le droit de préférer un silence lénifiant aux affres de la vérité. Du reste, savoir les choses ne les empêchent pas d'exister... c'est juste que je préfère savoir à quoi m'en tenir. Et inutile aussi de me faire le coup de la vérité qui n'existe pas : d'accord, tout est relatif, chacun son avis, il existe des tas d'angles sous lesquels considérer une situation, blablabla, m'enfin quand même, si on croise au restaurant une copine qui avait décliné notre invitation le jour même pour cause de grippe carabinée, on a du mal à relativiser non ?

Finalement, à bien y réfléchir... ça serait intenable, si on mentait pas de temps en temps, hein, c'est une lapalissade. Il y a déjà tellement de raisons de se battre, de se haïr, de se faire la gueule. Je ne peux pas m'empêcher de me demander si ça ne vient pas du fait que nous vivons depuis des lustres sur le mensonge, et que du coup il est impossible de reculer ; si on acceptait au contraire de faire face à la vérité et de fonctionner sur ce postulat, est-ce que ça ne serait pas plus sain ? Pas sûr, en effet, mais je trouve tout de même l'idée terriblement réjouissante.

 

 

 

12/11/2006

La fée Romone

Je le trouve très drôle, ce jeu de mots ; normal, il est pas de moi. Je ne me souviens absolument pas de la personne qui a un jour sorti cette expression. Je me rappelle en revanche que ça faisait partie d'une longue liste de blagues avec le mot " fée ", je vous épargne les exemples, certains étaient trrrrès vulgaires. Bref, qui que tu sois, hommage à ton sens du calembour.

Les phéromones, vous voyez ce que c'est ? Moi je n'en ai qu'une vague idée, mais évidemment c'est pas ça qui m'empêche d'en penser quelque chose. En gros, il s'agit de substances secrétées par notre corps, qui ne sont détectables qu'inconsciemment par les autres. Donc les gens autour de vous captent vos phéromones, mais ils ne s'en rendent pas compte.

C'est bien malheureux, d'ailleurs, puisqu'il apparaît que les phéromones régissent un grand nombre de nos comportements, les comportements inter personnels en tout cas. Manifestement, elles indiquent aux autres la façon dont nous les percevons, et donc les renseignent sur la conduite à tenir envers nous. Les détails techniques m'échappent bien sûr complètement, neuro-transmetteurs bidule chouette, on n'est pas en cours de sciences nat, aucun intérêt.

Ben moi, tout ça, je trouve que c'est du flan. Je ne peux pas prétendre me soustraire totalement à mon animalité, mais faudrait voir à pas nous prendre non plus pour des babouins en rut.

Parce qu'évidemment, les phéromones sont particulièrement actives en matière d'attirance physique, et, disons-le tout net, d'amour. Le seul fait qu'on veuille mettre ce sentiment en équation me hérisse ; je m'en voudrais de contester des théories scientifiques établies (puisque je n'ai pas l'ombre du début des capacités intellectuelles pour le faire), mais franchement, vouloir nous persuader qu'on s'est maqué avec Untel à cause de son odeur subliminale, ça me donne envie de hurler.

Alors d'accord, ça joue. Mais c'est tellement autre chose... je n'ai pas l'impression d'être particulièrement cérébrale, mais tout de même, être réduite à des flux corporels lors de cette alchimie qu'est la rencontre amoureuse, je ne peux pas l'accepter. Et pour cause : je suis la preuve vivante que les phéromones ne sont pas forcément nécessaires pour tomber amoureux. Je n'ai pas envie d'entrer dans les détails, croyez-moi sur parole : pas besoin de renifler inconsciemment ce que dégage quelqu'un pour éprouver de l'amour. Du vrai.

Et quand bien même ce serait le cas : devrait-on pour autant accepter cet état de fait ? Est-ce qu'on ne devrait pas plutôt chercher à y échapper ? Pas possible, me direz-vous. En effet, vous répondrai-je. Ca me détruit encore plus de devoir me rendre à l'évidence... je n'ai aucune envie de m'y résoudre, ça me REVOLTE d'être à ce point soumise à la biologie.

Et encore, ça s'arrêterait là ! Mais non, les théories sur le déterminisme amoureux fleurissent en permanence. Le plus inquiétant, ce n'est pas qu'elle existent, mais bien que personne ne semble s'en offusquer. Personnellement, celles qui me désespèrent le plus, ce sont celles sur la fonction sociale du couple (notez le subtil glissement de l'amour au couple, les sociologues n'ont vraiment pas l'air de faire la différence, ce qui est déjà très révélateur à mon sens). Donc, la formation d'un couple est motivée par l'amour (mais on passe là-dessus très vite, pas intéressant, trop banal), mais aussi (et surtout ?) par les affinités sociales, culturelles et économiques des deux individus concernés. Tellement romantique que Roméo et Juliette, à côté, c'est un manuel de mécanique.

Pour schématiser (oui, j'aime toujours autant ça), on ne se marie qu'à l'intérieur d'une même classe sociale. Ca s'appelle l'endogamie, et c'est Marx qui doit bien rigoler. Ca, c'est ce que des études très sérieuses révèlent ; encore une fois, impossible de contester. Mais possible de hurler, par contre. Je suis atterrée. Et en même temps évidemment, je ne peux que comprendre... quand je pense à tout ça, une citation de Jean Anouilh me revient immanquablement à l'esprit : " Il y a l'amour, et puis il y a la vie, son ennemie ". L'amour, c'est bien beau, mais s'il est trop difficile de le vivre, il ne veut plus rien dire. Les gens ne considèrent que ce qui est réalisé. La nature humaine est ainsi faite.

Donc pour réaliser leur amour, les jeunes tourtereaux se choisissent d'une part grâce à leurs phéromones, ces petites particules fourbes, et d'autre part selon leur appartenance à un même groupe social. Il faut reconnaître que c'est plus simple, et plus rassurant. Et moins risqué. Le prince et la bergère, aux chiottes. Ou alors le prince est vraiment très riche, et la bergère a de très gros seins, comme les couples pipole qui s'étalent à la une des magazines. Mais là, je l'affirme catégoriquement, il n'est plus question d'amour, ni même de couple.

Heureusement, tout ça n'empêche pas les victimes de ces mécanismes sournois d'être heureuses ensemble. Ou en tout cas, d'y trouver leur compte. Je ne peux que m'en réjouir, mais décidément je ne peux pas accepter l'idée d'être un jour à leur place. Moi, ce ne sont pas mes phéromones ou ma place dans la société qui me jouent des tours, mais c'est encore une fois mon orgueil. Finalement, je ne suis pas persuadée que ce soit mieux.

 

Spéciale dédicace : à CherryOnTheCake, qui à me lire doit être horrifiée par ma vision de la biologie. Rassure-toi, j'admets que je suis AUSSI un animal, mais c'est pas de gaieté de coeur...

05/11/2006

J'ai toujours raison

Vous en doutiez ?

Non mais je ne plaisante pas du tout, là. Je suis totalement persuadée d'avoir toujours raison. Enfin, pour moi. Parce que pour les autres évidemment, c'est une autre histoire, et c'est bien sûr là que ça devient intéressant.

Comme je suis quelqu'un de particulièrement péremptoire, j'ai une tendance naturelle à penser que mon opinion est valable pour tout le monde. Je crois d'ailleurs que c'est pour contrecarrer ce fâcheux penchant que j'ai sous-titré mon blog de la sorte, c'est un exemple typique de la méthode Coué. J'essaie férocement de me persuader que ce que je pense n'est pas une vérité fondatrice. Je suis atrocement présomptueuse, à présent je ne peux plus vous le cacher.

Quand cet orgueil démesuré ne concerne que moi-même, ça ne pose pas de véritable problème ; au contraire, c'est plutôt un atout : je fais ce que je veux comme je l'ai décidé, foutez-moi donc la paix, et passez votre chemin si ça ne vous plaît pas. Ca ne m'empêche pas non plus d'aimer discuter de certains de mes avis, mais j'avoue, c'est vraiment pour le fun, car à chaque fois une petite voix me dit qu'à la fin de la discussion chacun se retranchera dans son camp, en se disant qu'il n'en pense pas moins. Enfin, moi en tout cas, je me dis ça, sans pour autant bouder mon plaisir, puisque j'adore refaire le monde.

Mais il y a des situations où cette inflexibilité devient pénible. Lorsque parfois j'écoute un proche m'exposer un problème ou une situation délicate, je me mords les joues jusqu'au sang pour ne pas lui hurler : " Mais c'est ça qu'il faut faire, ça saute aux yeux voyons !!! ". Ca me semble parfois tellement évident, j'ai du mal à comprendre que les autres ne le voient pas aussi. Du coup je ne sais jamais quoi dire, j'ai trop peur d'être catégorique. Sans compter que de toute façon, l'idée d'influencer les gens me révulse, probablement parce que j'ai horreur qu'on essaie de m'influencer. Je refuse d'avoir du " pouvoir " sur les gens, c'est vraiment une perspective qui m'est insupportable. Même si bien sûr c'est inévitable. Puisque j'ai toujours raison.

Là je plaisantais, bien entendu ; cela dit ça donne une assez bonne idée des noeuds que je me fais au cerveau. Bref. La plupart du temps, les gens qui viennent vous confier leurs soucis n'attendent pas particulièrement un conseil ou une réponse, mais plutôt de l'écoute, donc ce que vous dites n'a pas une réelle importance à mon avis, l'essentiel étant de savoir faire preuve d'écoute et d'intérêt.

Quand il s'agit de discussions d'ordre plus général, la situation devient vite intenable. J'ai tellement de mal à supporter les conflits et les rapports de force que j'abandonne souvent la partie. Mais j'en arrive toujours à la même interrogation : pourquoi suis-je si persuadée d'avoir raison, de connaître de bons arguments, d'avoir l'impression de me trouver face à de telles évidences, alors que l'autre en est à des années lumière ? Et pourquoi deux points de vue, parmi d'autres, semblent-ils toujours si irréconciliables ? Je parle pourtant avec quelqu'un qui est culturellement, socialement et temporellement proche de moi (oui je suis très sectaire, je ne parle qu'à des gens qui me ressemblent), mais les idées qui fondent mes opinions lui semblent totalement étrangères. Ou négligeables. Ou utopiques, ce qui a le don de déclencher ma fureur. Utopiste ! est devenu une insulte, je n'arrive pas à m'y faire.

Rien que de très banal, finalement. La vie est pleine de tous ces désaccords, ces disputes, ces malentendus. Il paraît que c'est bénéfique ; c'est sûr que le consensus mou ça fait rêver personne... encore faudrait-il que ce consensus soit fondé sur ce que je pense être vrai pour me convenir, ce qui me renvoit à mon problème précédent : le refus de peser sur l'opinion des gens. Misère, on va pas s'en sortir...

Mais il faut bien faire avec. Je garde farouchement mon avis et mes idées, je ne peux pas faire autrement de toute façon. J'essaie aussi de les faire valoir quand ça me semble possible et raisonnable. Et si ça s'avère inutile et conflictuel, je les garde pour moi, en me disant que ça ne passionne pas les gens de toute façon. Ce à quoi je voudrais parvenir, malgré tout, c'est à me départir de la certitude, dans certains cas, que mon avis est manifestement le seul à être valable. Parce que ça me ramène évitablement à l'idée que chaque personne sur cette terre pense la même chose, depuis que le monde est monde. Et aussi parce que les conséquences de ces modes de pensée antagonistes sont parfois terrifiants. Si c'est pour devenir méchante, fielleuse ou cruelle, je préfère encore avoir tort.