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29/10/2006

Paris, encore

Je suis à Paris depuis hier. Comme toujours cette ville m’envoûte d’être si proche et si lointaine, si familière et si étrange, tout et son contraire. Paris est un monde…

A chaque séjour des souvenirs affleurent, des souvenirs de la vie que j’y ai vécue fugacement, des souvenirs des gens que j’y ai rencontrés, ceux que je vois et que je verrai, et ceux que je ne verrai plus. Je n’arrive pas à en concevoir de regrets, juste une douleur lancinante qui finit par me tenir compagnie. Je vis avec elle, autour d’elle, je la connais, et elle me rassure. Elle me fait sentir vivante, et curieusement j’en éprouve beaucoup de reconnaissance.

Mais ce n’est pas sur ça que j’ai envie de m’attarder… cette ville a tant à m’offrir. Je prends tout, goulûment, je ne veux pas choisir ; j’ai la chance de venir ici en touriste, je n’ai donc pas à me préoccuper des mauvais côtés. Et puis chaque venue est l’occasion de rencontres rares, que je serre contre mon cœur quand parfois le cafard me ronge.

C'est un sentiment d’exil aussi, c’est être loin de chez soi, loin de ses gens. C’est comprendre que revenir vivre ici serait les laisser. Perspective enchanteresse et insupportable. Une autre vie, dont le choix ne me sera pas offert. C’est ainsi…

A Paris, la nostalgie qui ne me quitte que rarement est toutefois vite distraite par le tourbillon dans lequel j’entre avec bonheur quand j’y arrive. Des rendez-vous, des projets, et l’imprévu de chaque seconde. Comme le calme étourdissant de cette après-midi pluvieuse dans un appartement de fond de cour, qui semble venir apaiser le tumulte et l’agitation d’une soirée si inédite pour moi. Encore une fois, la chaleur et le bonheur éprouvés, quand j’appréhendais la froideur et la distance. A chaque fois je m’en veux de ne pas faire plus confiance aux gens. A chaque fois je me promets de m’améliorer.

Il m’est impossible d’évoquer tous les sentiments contradictoires qui m’habitent lorsque je reviens ici. Tout ce que je sais, c’est que cette contradiction est féconde. J’ai besoin de ces allers et retours pour avancer. Plus que jamais, je sais que je reviendrai à Paris, et plus que jamais je sais que ce sera pour mieux en repartir.

 

 

23/10/2006

Miroir, mon laid miroir

Enfin, ça dépend des jours, bien sûr, on en est toutes là, je pense. Oui, j'écris "toutes", parce que j'ai quand même l'impression que le rapport à sa propre image reste bien plus compliqué pour les femmes que pour les hommes. Mais bon, je peux me tromper (si si), n'hésitez pas à me le dire.

En tout cas pour moi ça reste assez inextricable. Voilà ma théorie (oui, encore une, j'en ai des caisses) : il est IMPOSSIBLE d'avoir un regard un tant soi peu neutre sur sa propre personne (physique, s'entend, parce pour le reste ça me semble plus facile, curieusement). Je vous entends d'ici : ben oui, on sait bien que c'est pas possible, tu nous prends pour des débiles ? Pas du tout.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'on n'a pas idée à quel point ce regard peut varier. D'un jour à l'autre. D'une humeur à l'autre. D'une personne à l'autre, surtout. Je trouve cette versalité fascinante. Et désespérante, évidemment.

L'image qu'on a de soi, tout d'abord ; je suis persuadée qu'elle reste fixée par un vécu, quelles que soient ensuite les modifications réelles qu'elle subit. Par exemple, moi, j'ai toujours été dodue (dans le meilleur des cas), mais depuis deux ans je suis revenue à un poids "normal" (notez les guillemets). Eh ben rien à faire, la plupart du temps, je me vis comme une personne grosse. L'image que je pense donner est une pure construction mentale et psychologique. Je m'en rends compte, mais ça n'y change rien ; ce qui change en revanche, c'est que j'ai appris à vivre avec. Je dépense donc une énergie considérable à me dire que si les gens me regardent étrangement, ce n'est pas parce que je leur bouche la vue. Et surtout, j'arrive à me dire que si certains me qualifient de "ronde" (pour les gentils) ou de "grosse" (pour les autres, il faut hélas reconnaître que ça reste péjoratif), ils ont toujours la possibilité de regarder quelqu'un d'autre.

Tout ça est d'ailleurs très instable... il suffit parfois d'une humeur au beau fixe, d'un vêtement particulièrement seyant ou d'un regard flatteur pour se sentir subitement à son avantage. Encore que... dans le regard de l'autre, l'apparence devient vite une prison, et personnellement je préfère me fier à mon propre jugement. Plaire, pourquoi pas, mais se plaire à soi en priorité, quitte à ne plaire à personne d'autre, ce qui du reste est bien improbable, surtout lorsqu'on a une bonne image de soi. Cette image est changeante, fluctuante, forcément subjective, mais c'est la nôtre, et c'est ce qui la rend précieuse.

Jusque là, tout va bien. Là ou ça se complique, c'est que l'image qu'on a de soi modifie sensiblement l'image qu'en ont les autres, et donc leur comportement. Le rapport à l'autre étant généralement calqué sur le rapport à soi (nous sommes les misérables jouets de notre inconscient, ne l'oublions pas), les gens ont tendance à nous traiter comme nous le faisons avec nous-mêmes, sauf que c'est plus blessant. S'estimer moche, grosse ou mal foutue est une chose, se l'entendre dire, ou pire, insinuer, en est une autre. Ca fait beaucoup plus mal...

Mais là encore, ce n'est pas aussi simple. Il faudrait faire une expérience : réunir des gens (connus et inconnus) et leur poser à tous les mêmes questions sur notre physique. Je pense que la variété et la diversité des réponses seraient stupéfiantes. On a naturellement tendance à penser que l'opinion que nous avons de nous-mêmes a quelque chose d'absolu ; moi je pense que c'est totalement faux. Pour s'en persuader, il suffit de penser aux ressemblances : tata Marcelle jure ses grands dieux que vous êtes le portrait de votre père (son neveu, comme par hasard), alors que papy Raymond est persuadé que vous avez tout pris de votre mère (sa fille, est-il besoin de le préciser).

C'est la même chose pour l'image de soi, en général. Vous êtes persudée que vous avez le nez de Cyrano, mais la plupart des gens ne voient que vos jolis yeux bleus. Vous vous plaignez d'être plate comme une limande, certains admirent votre silhouette longiligne et élancée. Vous comparez votre derrière à la porte d'Aix, on vous considère comme une fille pulpeuse. Et tout ça est d'autant plus vrai des gens qui vous aiment, évidemment. La question n'est pas de vouloir systématiquement entendre des avis lénifiants ou vilement flatteurs, mais plutôt d'être valorisée par leur bienveillance et leur envie que vous vous sentiez bien dans votre peau.

Mais bien sûr, si vous restez sur une image négative de vous-même, c'est celle-là que les gens vont retenir, et vous renvoyer : c'est un sacré cercle vicieux. D'autant que lorsqu'on a une image de soi dégradée, on a tendance à chercher éperdument du réconfort dans le regard des autres. Qui ne vous renverront que votre piètre estime de vous, CQFD.

Et que dire des impitoyables canons esthétiques en vigueur ? Je trouve que c'est incroyablement difficile de se situer en-dehors de ces références. Nous sommes toutes engluées dans notre époque (du moins faut-il l'espérer, vivre comme au XIX° ça doit pas être facile tous les jours), et les caractéristiques exigées pour appartenir au cercle des belles, des jolies, des regardables, des potables, mieux vaut que je m'arrête là, sont hyper dures à atteindre. Surtout si on en a envie d'éviter l'auto-surveillance permanente, la frustration éternelle et la contrainte quotidienne. Sans compter tout l'aspect mercantile qui se cache derrière ces diktats, et qui a tendance à nous faire perdre de vue l'essentiel : ressembler à je ne sais quel top model, c'est bien beau, mais se faire plaisir, vivre comme on veut, profiter de la vie, être soi-même, quitte à être différente, ça aussi ça rend jolie non ?

Etre indulgente avec soi-même, ça rend jolie. S'accepter, ça rend jolie. S'aimer, ça rend jolie. La voilà, la vérité vraie. Et surtout, ça aide à supporter le regard des autres, ou plutôt l'idée que vous vous en faites, car il ne sera jamais aussi impitoyable que celui que vous portez sur vous-même...

 

Spéciale dédicace : à Caroline, qui, à mon humble avis, mérite de porter sur elle-même un regard bienveillant et apaisé.

18/10/2006

Telle est la question

Alors d'habitude, c'est vraiment pas mon truc, les questionnaires : trop réducteurs, trop simplistes, trop puérils. Mais vu qu'on en rencontre deux à la minute sur la blogosphère, c'était fatal, il fallait bien qu'il y en ait un qui me tape dans l'oeil un jour ! De toute façon je crois que je suis dans une phase de profonde évolution, j'ai même créé des catégories, dis donc. J'ai toujours juré mes grands dieux que je ne le ferais pas, à cause de ma psychorigidité évidemment : dans quoi classer ça ? Oh mais ça irait dans deux catégories ! Ah ça fait longtemps que j'ai rien posté dans celle-là ! Et celle-ci, elle est toute vide par rapport aux autres, il va falloir appeler Amnesty International ! Etc etc (non je ne me risque plus à l'écrire en toutes lettres).

Bref, dans la vie, rien n'est gravé dans le marbre, ça tombe bien, j'en ai pas sous la main. Donc, un questionnaire, et advienne que pourra !

1)Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne:

" Du côté bougon, la différence de rapidité de l'éveil est donc tout aussi difficile à endurer que pour celui ou celle qui doit faire face à la mine renfrognée." Le livre c'est Premier matin, de Jean-Claude Kauffmann. Je l'avais acheté pendant ma formation en documentation, pour faire un résumé je crois. Je l'ai survolé, c'est amusant et révélateur ; l'auteur fait de la micro-sociologie, c'est-à-dire qu'il étudie les menus faits et gestes des gens, leurs habitudes. Mais on ne peut pas dire que ce genre de lecture me passionne, la sociologie c'est aussi (entre autres bien sûr !!!) une façon de légitimer certains préjugés. Bref, ce n'est pas du tout caractéristique de ma bibliothèque : par exemple, quelques volumes plus loin, je serais tombée sur ma collec' de Martine (à la plage, à la fête des fleurs, petite maman...), et là, vous auriez vu mon vrai visage.

2)Sans vérifier, quelle heure est-il?

19h.

3)Vérifiez:

19h03. J'ai une horloge dans le ventre, d'ailleurs parfois je m'en passerais bien.

4)Que portez-vous?

Un chemisier bleu clair brodé (ça a pas l'air comme ça mais c'est très joli), un pantalon thaï noir tout pourri (je l'ai mis en arrivant chez moi, je ne sors pas comme ça dans la rue !) et de magnifiques chaussons rose fuchsia, assortis à mon intérieur à dominante violette et rose bonbon. Et j'ai aussi mes lunettes, puisque j'enlève mes lentilles en arrivant chez moi.


5)Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?

Le blog de mariaba, c'est là que j'ai vilement piqué ce questionnaire ! Merci mariaba !

6)Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?

Mon ordinateur est bien silencieux en comparaison du bruit de la circulation, du portail du parking et du chien de ma voisine. Cela dit, je peux m'estimer heureuse, depuis 5 jours aucun élément de mon humble demeure n'a attenté à ma vie.

7)Quand êtes-vous sortie la dernière fois, qu'avez-vous fait ?

Ben je suis allée bosser, tiens ! Ce matin, à 8 heures, je me suis faufilée avec délice dans les embouteillages toulousains, j'ai insulté mon quota habituel d'automobilistes, et je suis arrivée au bureau en pestant contre le vent cataclysmique qui souffle depuis trois jours. J'étais bien contente de rentrer tout à l'heure, donc.

8)Avez-vous rêvé cette nuit ?

Bien sûr, tout le monde rêve toutes les nuits. En général je ne m'en rappelle jamais, sauf quand c'est des mauvais rêves. Et je n'ai pas envie de parler du dernier en date. A une époque, je me suis furieusement intéressée à l'interprétation des rêves. Bon, j'étais lycéenne, donc jeune et innocente, c'est la seule excuse que je me trouve.

9)Quand avez-vous ri la dernière fois ?

Il y a quelques minutes, devant mon écran, à la lecture d'un de mes blogs préférés. Et aussi plein de fois dans la journée, en me moquant de mes collègues de bureau. Oui, je sais, c'est mal.

10)Qu'y a t'il sur les murs de la pièce où vous êtes?

Des photos des gens que j'aime, un peu partout, datant de diverses époques, et si possible sans moi dessus, je suis la personne la moins photogénique du monde, donc je déteste me voir en photo, j'ai toujours l'impression que ça n'est pas moi. Un tableau représentant un ange qui joue de la guitare ; dit comme ça, ça doit paraître légèrement surréaliste, mais en fait pas du tout, il a l'air de trouver ça très naturel de jouer du banjo. Un miroir que j'ai fait avec mes mains : on pourrait croire qu'il date de mes années de maternelle, que nenni, je l'ai fait il y a deux ans, non vous n'avez pas le droit de rire. Et partout autour, une espèce de revêtement quadrillé qui a été blanc, mais qui maintenant l'est un peu moins, à cause des millions de cigarettes que je fume en écrivant toutes ces fariboles.

11)Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?

Des cheveux.

Non, je déconne. Je sais pas, un appartement probablement. Je saurais pas quoi faire de tout cet argent. Ca me fait peur le pognon, j'ai l'impression qu'on ne peut pas avoir des relations saines avec les gens quand on est vraiment très riche. Cela dit, c'est une éventualité qui ne me guette guère ! Mais si jamais, je crois que j'essaierais de réaliser un vieux rêve : acheter le petit manoir situé au-dessus de la vigne de Montmartre (spéciale dédicace à Julie).

12)Quel est le dernier film que vous ayez vu ?

Le diable s'habille en Prada. Avec des rencontres de blog, on a passé un bon moment ! Le propos du film ne m'a pas passionnée, mais évidemment Meryl Streep était incroyable, et le film était très distrayant. Ah ben tiens, si j'étais millionnaire, je m'habillerais chez Chanel, comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ?

13)Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?

Ben déjà, j'ai vu des gens, parmi lesquels un certain nombre de fous furieux, forcément. Ah si ! En rentrant du bureau j'ai vu un mec qui roulait avec une voiture accidentée, il n'avait plus de pneus du côté droit, donc il roulait carrément sur ses jantes, à toute blinde en plus. J'ai halluciné.

14)Que pensez-vous de ce questionnaire ?

Qu'il est drôle, et que même si c'est pas mon truc de répondre à des questionnaires, là j'avais envie, au péril de ma crédibilité bloguesque. Là par contre, vous avez le droit de rire.

15)Dites-nous quelque chose de vous que ne savons pas encore :

Sur moi ? Oh ben des tas de trucs, je tiens à garder une vie privée si ça vous fait rien ! Allez, un super scoop : j'ai un souffle au coeur (spéciale dédicace à ma soeur).

16)Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?

Etant donné qu'il est de plus en plus improbable que je devienne mère un jour, vu que ça ne me démange pas férocement, je suis un peu coincée. D'autant que si enfant il y a avait, y'aurait aussi un homme dans le coup, donc il aurait (éventuellement) son mot à dire. Donc je vais juste donner mon prénom féminin préféré : Orane. Je crois que c'est à cause de l'actrice Orane Demazis (qui jouait notamment dans la trilogie marseillaise de Pagnol), je la trouve sublimement belle.

17)Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ?

Même préambule... Sacha. Mais là, si je vous dis pourquoi, je vais être obligée de vous dire mon prénom (non ce n'est pas Guitry), et j'ai pas envie, je préfère jouer les fausses mystérieuses.

18)Avez-vous déjà pensé à vivre à l'étranger ?

Vaguement oui, mais très vite j'ai pensé au pain frais au petit déj, aux entrecôtes grillées, et au vrai café. Et aussi aux gens que j'aime bien sûr, je ne pense pas qu'à manger, malgré les apparences. Le seul vrai voyage lointain que j'aie fait, c'était en Thaïlande : un pays merveilleux, des gens adorables, de la nourriture (!) délicieuse, 15 jours magiques. Mais bon, c'était pas la France. Je suis indécrottable. Même les choses que je déteste le plus dans ce pays finiraient par me manquer. Et la barrière de la langue ! La difficulté de se comprendre sans malentendus ! A y penser je frissonne d'horreur, Hollywood m'attendra encore un peu.

19)Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?

Je ne crois ni en Dieu ni au paradis. Et du reste, je suis pas sûre que j'aurais envie qu'on me parle alors que je viens d'y passer, et surtout pas un vieux barbu qui la ramène avec sa science. De toute façon, je ne crois pas non plus à la survie de l'âme, donc même si on me parlait, j'entendrais pas, hein ! Ne vous formalisez pas, tout le monde voit midi, Dieu, Bouddha ou Elvis à sa porte ; quant à moi, la spiritualité est une sphère qui m'est totalement étrangère, je dois être désespérément matérialiste.

20)Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?

Si j'ai droit qu'à un truc c'est pas drôle ! Ah ben si finalement : tout. Je changerais à peu près tout. Ou plutôt, je ne garderais que l'essentiel : les relations humaines, ce sont elles qui font le sel de la vie, et tout le reste n'est là que pour le decorum. Enfin, j'aimerais.

21)Aimez-vous danser ?

Non. En fait je crois que ce sont les autres qui n'aiment pas que je danse, je suis une injure vivante au sens du rythme. Je ne danse que quand je suis passablement ivre. Et le lendemain, j'ai un peu honte (d'avoir dansé, pas d'avoir été ivre).

22)Georges Bush ?

Je serais vulgaire, joker. De toute façon j'en pense autant de mal que tout le monde, inutile d'en rajouter.

23)Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?

Je ne regarde pas la télévision, je l'écoute : ma télé est installée sur mon ordi, mais comme je fais TOUJOURS quelque chose sur mon ordi, je ne vois pas les images. Et du coup, j'entends encore plus les conneries proférées (un sacré paquet donc) par les pseudo-journalistes et les animateurs à deux balles. En général, je suis branchée sur Canal +, à l'heure de l'émission de Denisot (j'ai une excuse, j'ai un GROS faible pour Michel Denisot depuis 1984, époque mythique, tout ça). Après, j'éteinds définitivement cette poubelle de notre culture (copyright Hélène), et je vais bouquiner, ça me donne l'impression d'être intelligente. De toute façon je supporte plus d'être assise à regarder un truc sans rien faire, alors que j'ai été une couch potato de la pire espèce, quand j'étais jeune.

24)Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?

Qui voudra bien, je ne veux embêter personne.

15/10/2006

Piège à loup

Vous en avez déjà vu un ? Bon, moi non plus, mais j'imagine. J'imagine d'autant mieux que souvent, j'ai l'impression que mon appartement n'est qu'un immense piège à loup.

Déjà, je vis dans un immeuble hyper bruyant, à mon idée les murs sont en papier à cigarette. C'est souvent le cas dans les immeubles récents, me direz-vous, mais je crois franchement que chez moi, ça bat des records. En fait ce sont les gens qui sont de véritables specimen : j'ai une voisine hystérique (mais au sens médical du terme hein, elle relève clairement de la psychiatrie) qui fait régulièrement des crises hallucinantes avec grognements, cris de bête et pleurs à fendre l'âme ; à chaque fois je suis à deux doigts d'appeler le Samu Psychiatrique, mais comme je ne le fais pas je dois me rendre coupable de non-assistance à personne en danger.

Mon voisin du dessus, quant à lui, n'est pas mieux loti, puisque son passe-temps favori est manifestement la pétanque en appartement, et à 11 heures du soir de préférence ; là aussi, j'ai renoncé à faire appel aux services sociaux, ils sont déjà très occupés. Tout comme les services vétérinaires, qui ne sont probablement pas au courant de l'existence d'un pauvre chien dans un minuscule carré de jardin en bas de chez moi, qui n'en sort jamais et qui hurle à la mort toute la sainte journée (et la nuit aussi bien sûr) parce qu'il veut revoir sa Normandie. Ajoutez à ça le fait que la fenêtre de mon salon donne directement sur l'entrée du parking de Melrose Place, et vous aurez une assez bonne idée de la situation.

Bon, avec tout ça j'arrive quand même à dormir, je suppose que je dois m'estimer heureuse. Je suis très contente de vivre là, mon appart est malgré tout très agréable, et qui plus est je paie trois francs (ou guère plus) de loyer, que demande le peuple, surtout par les temps qui courent ma bonne dame, si ça continue faudra aller faire des passes pour pouvoir louer un cagibi. Ce qui ne n'empêche pas d'être poursuivie par des problèmes récurrents d'intendance, qui me donnent parfois l'impression d'être victime d'une étrange malédiction domestique.

Chez moi le sol est recouvert d'une espèce de faux parquet, le genre de truc aussi bon marché que du lino, mais qui est censé faire plus chic ; je vous rassure, ça me donne pas vraiment le sentiment d'habiter à Versailles, mais bon, apparemment ce revêtement doit être à la mode, ou alors c'est une fin de stock, enfin peu importe. Le problème, c'est qu'il a été hyper mal posé et qu'au fil du temps, les lattes se sont déplacées, au point de laisser apparaître des espaces vacants à certains endroits. Oui, telle que vous me voyez, j'ai des trous dans mon parquet. Je vous laisse imaginer la note de classe et d'élégance que ça confère à mon séjour. Mon propriétaire est bien venu réparer ça l'an dernier, mais le pauvre homme ne doit pas être le bricoleur du siècle, car quelques semaines plus tard, le plancher a recommencé à vivre sa vie... quand j'ai constaté que les trous réapparaissaient, j'ai cru un instant être victime de trolls du plancher, ou de mauvais esprits du parterre, bref j'ai eu un instant de fureur et d'abattement mêlés. Mais je ne me suis pas laissée décourager ! J'ai vaillamment rappelé mon propriétaire. Je l'attends toujours. Et en attendant, je fais gaffe de pas marcher sur les trous, non par superstition mais parce que ça me fait trébucher, manquerait plus que je m'assomme en tombant la tête la première sur un meuble contondant.

A part cette caractéristique exotique, j'ai eu droit comme tout le monde à mon lot d'avaries dues aux objets qui se rebellent : lavabo qui se fêle (oui oui, qui se FELE) subitement, et inondation consécutive du placard juste au-dessous ; radiateur qui tombe en panne début janvier, par moins 2°, alors que je revenais d'un voyage sous les Tropiques (j'en frissonne de froid et d'horreur rien qu'à y penser) ; divers problèmes d'installation ou de maintenance de la ligne téléphonique, me privant pendant tout un week-end de ma connection internet, au risque de perdre le peu de santé mentale qui me reste ; blague d'un petit malin qui a réussi à bloquer l'ouverture du parking, grâce à quoi j'ai cru devenir dingue en voyant que je ne pouvais plus en sortir ; bref, rien d'extraordinaire, que du quotidien pénible, dont il vaut mieux rire évidemment.

Mais depuis trois jours, je suis inquiète. Je crois que la malédiction de l'appartement est en passe de contaminer mes meubles. Vendredi matin, 7 h 30, le réveil sonne. Je commence à esquisser une reptation laborieuse pour empêcher Michel Delpech de beugler son ode aux oies sauvages (oui j'écoute Radio Nostalgie, oui j'assume !!!), et là ! Eh bien oui, c'est le drame. Un craquement sonore et déchirant se fait entendre, et je tombe brutalement d'un cran vers le sol. Encore dans les limbes du sommeil (la tête dans le cul donc), je pense tout de suite au pire : la catastrophe naturelle, le séisme, le Big One (je suis en train de lire les Chroniques de San Francisco). N'écoutant que mon courage, je me redresse pour m'enfuir à la cave, et là je retombe encore plus brutalement vers le sol, dans un bruit de tonnerre. Je finis par atteindre l'interrupteur, et là tout s'éclaire : l'explication était là, sous mes yeux. Mon sommier part en cerise. Un montant métallique s'est tout bonnement dessoudé, m'entraînant dans une chute vertigineuse, et qui sait, potentiellement mortelle. Pour mon amour propre, en tout cas.

J'étais ébaubie. Je reconnais peser un poids légèrement supérieur à la moyenne, pour une femme en tout cas (et puis je me pèse plus, rappelez-vous), mais tout de même ! Si c'était un sommier destiné à ne supporter que le poids d'un enfant, il aurait fallu le préciser à l'achat non ? J'ai fini par me dire qu'il devait dater de Mathusalem, mais évidemment pas moyen de me rappeler du moment où je l'ai acheté. Qu'ai-je donc fait pour mériter ça ? Le mystère ne sera jamais élucidé, je le crains.

Ce qui s'ensuit n'est bien entendu qu'une suite pénible de corvées... totalement rétive à l'idée de ne passer qu'une seule nuit dans mon canapé, ce qui reviendrait peu ou prou à dormir par terre, il a fallu que je mette en place un plan d'action imparable. Donc, j'ai appelé ma mère. Elle est rudement gentille, ma mère. Elle est allée à ma place (ben oui, je travaille, je pouvais pas y aller) acquérir un nouveau sommier, et m'a aidée à le transporter chez moi, à la place du tas de ferraille et de lattes en charpie qui jonchait ma chambre. Une vraie vision de cauchemar, un chantier de démolition, ça ressemblait quasiment à l'appartement d'un mec célibataire, c'est pour dire.

Me voilà donc avec un sommier tout neuf, mais pleine d'appréhension face à mon avenir domestique. Quel sera donc le prochain cataclysme d'intérieur qui me tombera sur le coin du nez ? Quand je rentre chez moi, j'ai toujours un peu peur (j'avais déjà peur avant bien sûr, que Jack l'Eventreur m'attende sous mon lit avec un couteau entre les dents). J'ai l'impression que mon appart me déteste. Du coup, je suis gentille avec lui, on sait jamais. Je n'ai jamais cru que les objets aient une âme, mais là quand même, je me demande bien ce que j'ai pu leur faire.


08/10/2006

Un kilo de plume

Ca pèse autant qu'un kilo de plomb, oui, je sais. Et tout le problème est là.

Comme j'estime savoir à peu près qui je suis, par élimination je sais aussi qui je ne suis pas. D'ailleurs c'est comme ça que j'ai compris qui j'étais, quand j'ai fini d'épuiser toutes les fausses propositions, c'était un peu un QCM humain. Je viens d'inventer un concept là non ?

Bref. La plupart du temps, ça ne me dérange pas plus que ça de ne pas être un ange de patience ou une travailleuse acharnée (ça m'arrange, en fait), mais certains traits de personnalité me font quand même cruellement défaut.

Et parmi eux, la légèreté. Je n'ai jamais su être légère (pas de ricanements au deuxième rang, je parle au sens figuré), sauf à des moments où il n'est pas possible de faire autrement évidemment, je ne suis pas non plus du genre à déclamer du Schopenhauer en boîte de nuit. Il m'arrive régulièrement de lâcher du lest, d'être frivole, voire primesautière (je ne sais pas tellement ce que ça veut dire, mais j'aime bien ce mot), ma vie n'est pas une longue succession de messes d'enterrement non plus. Mais... souvent, je sais que j'accorde beaucoup d'importance, de gravité, à des choses pourtant anodines.

Ca peut prendre des proportions démentielles, et c'est encore aggravé par ma psychorigidité et ma tendance obsessionnelle (préparez la camisole). Le moindre détail peut devenir un véritable drame, un peu comme dans un film scientifique (j'en ai vu plein, vous pensez) où la caméra zoome petit à petit sur un microbe, ou une bactérie, enfin un truc comme ça, jusqu'à ce qu'il devienne énorme et prenne toute la place dans le champ (de la caméra, aucun rapport avec l'agriculture). D'ailleurs rien qu'à vous en parler, je sens la détresse qui monte, il n'y a qu'à voir à quel point ma manie de la parenthèse est en train de prendre le contrôle de cette note, c'est affligeant.

La moindre remarque devient une remise en question de toute ma personne. Un regard oblique est une tentative de viol. Un chuchotement révèle un complot (international, bien entendu. Je m'aperçois que j'ai oublié de vous parler de ma paranoïa). Un pantalon qui ne ferme plus me signale que j'ai atteint le seuil critique de l'obésité. Ma vie entière est une tragédie grecque.

Ca atteint des sommets dans mes relations avec les autres, comme par hasard (penser à ajouter l'autisme). J'ai toujours peur de ne pas avoir le comportement adéquat avec eux. J'ai tendance à me questionner souvent sur la nature de ce qui nous lie. Les désaccords sont difficiles à accepter, et l'éventualité de rapports de force m'anéantit, je ne les supporte pas. Je prends garde au moindre faux pas, j'ai parfois l'impression qu'il pourrait me faire perdre à jamais l'affection et l'estime des gens. Rien n'est jamais acquis... Je pense que tout ça ne transparait pas au quotidien, mais ce sont des pensées qui ne me quittent presque jamais.

Je vis les choses de façon dramatique, je n'y peux rien. Tout est prétexte à la rumination, à la mélancolie, aux regrets éternels. Je ne sais pas comment ça s'explique, je n'ai jamais vécu dans une atmosphère particulièrement pesante, enfin pas plus que la moyenne, donc j'imagine que c'est une disposition d'esprit qui m'est propre. Ah ! Mais moi aussi j'aimerais en avoir rien à faire de rien ! Je voudrais bien que rien ne soit grave ! Je préfèrerais ne donner aux choses que l'importance qu'elles méritent ! Je me damnerais pour prendre enfin la vie avec légèreté ! Mais je ne suis manifestement pas programmée pour ça.

Je pense que c'est ça qui explique ma propension à tout exagérer (oui, c'est normal que vous ne l'ayez pas notée, elle est TRES discrète). Au fond, je dois avoir besoin de cette gravité, de cette tension. Je suis quelqu'un d'excessif, il faut donc que je me nourrisse de choses consistantes, la tiédeur et la platitude m'ennuient à mourir. La légèreté n'est pas forcément compatible avec ça. C'est la seule explication que je trouve.

Heureusement (c'est le moment où je la ramène avec mon expérience), tout ça a tendance à s'aplanir avec le temps. J'apprends à vivre de façon plus simple, et à me garder de certains sentiments trop violents. Je ne serai jamais quelqu'un d'insouciant, j'en ai fait mon deuil, mais je veux arriver à me protéger des conséquences émotionnelles compliquées qui surviennent quand on prend trop les choses à coeur. J'ai longtemps eu peur que ça fasse de moi quelqu'un d'insensible, de tari, avoir le coeur sec c'est pas tellement réjouissant comme perspective ; mais je pense avoir trouvé le juste milieu entre la perpétuelle vallée de larmes et le je-m'en-foutisme béat. Ca n'est pas toujours facile, les gens ne comprennent pas forcément que vous en ayez marre d'être une éponge à émotions. Cela dit, ce sont les mêmes qui n'en peuvent plus de vos états d'âme sans fond dès qu'ils oublient de vous dire bonjour, donc je me crois autorisée à penser qu'ils sont secrètement soulagés. La gravité m'accompagne toujours, mais j'arrive à en minimiser les manifestations ; c'est un bon compromis, parce que même si la légèreté reste un idéal, elle m'effraye un peu. C'est un état d'esprit tellement contradictoire avec mon moi profond, que j'aurais peur qu'il me dénature. Me perdre est la chose qui me terrifie le plus...

Et puis le bon côté des choses, c'est que ça m'oblige à la dérision ; pour pouvoir supporter le poids de mes affects, je me tourne vers la rigolade, qui du coup devient aussi une affaire sérieuse, on ne plaisante pas avec l'humour. Je ne recule jamais devant une blague, même foireuse, à mon sens ça n'est jamais déplacé. Parfois je me dis que c'est tout ce qui nous reste, la possibilité de rire de tout, tout le temps, et surtout de nous-mêmes. C'est ce qui fait de nous des êtres humains, pour plagier Rabelais qui disait beaucoup plus simplement que le rire est le propre de l'homme.

La physique est implacable, un kilo de plume sera donc toujours aussi lourd qu'un kilo de plomb ; mais comme l'âme humaine, elle, est fuyante et trompeuse, un kilo de plume aura décidément toujours l'air plus léger.


Spéciale dédicace : à ma mère, pour qui cet aspect de moi est probablement assez obscur, malgré le fait qu'elle me connaisse évidemment très bien. Je suis heureuse de penser que depuis quelques temps, mes mots et ses yeux nous rapprochent l'une de l'autre.


03/10/2006

Ici Kiev

Ca fait longtemps que je ne vous ai pas raconté ma vie, et comme parfois le hasard fait bien les choses, il m'arrive justement un truc hallucinant, et donc totalement digne d'être exposé ici.
Hier je me réveille avec un mal de dos affreux, complètement bloquée. En fait je ne suis jamais malade, donc quand ça m'arrive je suis immédiatement à l'article de la mort ; j'ai longtemps cru être résistante à la douleur, mais je réalise que c'est juste parce que je n'en éprouve presque jamais. Et donc, quand c'est le cas, je ne suis plus qu'une loque à deux doigts d'y passer, c'est lamentable.
Bref, j'ai attendu un peu de voir si ça se calmait ; l'autre conséquence de ma santé de fer, c'est je DETESTE prendre des médicaments, et bien sûr aller chez le médecin. J'entretiens des relations très tendues avec les médecins, normal, on ne se connaît pas beaucoup eux et moi. Vous savez ce que c'est, on n'a jamais vraiment eu l'occasion de parler, de se comprendre, alors on fonde nos opinions sur des on-dit, des a priori, l'incommunicabilité moderne, c'est vraiment terrible.
Notez, j'ai aussi des raisons valables de détester les médecins, comme je l'ai déjà exposé ici : traiter les patients comme des numéros, ne rien écouter à ce qu'ils racontent et les assommer des saloperies chimiques qui rendent les labos encore plus riches et puissants, comme ça ils peuvent toujours refuser de soigner à bon prix les enfants d'Afrique, faire attendre les gens pendant des heures (oui, heures au pluriel) dans des salles d'attente pleines de miasmes et de virus, comme ça les gens reviennent indéfiniment les voir, et cætera, et cætera (non je ne sais pas comment on fait l'e dans l'a, désolée. Et si, maintenant je sais, youpi !!!). J'en suis venue à estimer que ce sont les médecins qui rendent les gens malades, à force de nous gaver de médicaments on n'a plus aucune défense naturelle, total au premier coup de vent on attrape la grippe espagnole, bravo les progrès de la science.
En plus, d'une façon générale, ils s'estiment infiniment supérieurs à vous, misérables vermisseaux qui n'avez jamais disséqué un cadavre, et donc ils se permettent de penser qu'ils savent mieux que vous ce qui est bon pour votre petite personne. C'est intolérable. La semaine dernière, j'ai passé l'inénarrable visite médicale obligatoire au travail ; l'an dernier, on ne sait pourquoi, la médecin avait décidé de me faire passer un test sur ma consommation d'alcool (alors que j'ai pas le nez rouge ni rien, allez comprendre). Au vu de mes réponses, pourtant banales, elle m'a fait tout un sermon sur les dangers de l'alcoolisation excessive (merci, vraiment, j'étais pas au courant), en sous-entendant que j'en étais victime. J'étais stupéfaite, alors parce que je bois plus de trois verres le samedi soir, l'alcoolisme me guette ? On croit rêver. J'étais furax, et j'ai bien sûr superbement ignoré ses conseils mielleux, genre alterner alcool et eau, n'importe quoi : si on boit un verre de flotte entre deux de Tariquet, ce vin diabolique semble encore plus mauvais, pas question. Du coup quand j'y suis revenue, la semaine dernière (dites-moi si je vais trop vite), on m'a refilé mon dossier en attendant mon tour, et là je repère le fameux test ! Non mais elle me piste, c'est pas vrai ! Je me suis préparée mentalement à ses attaques sournoises, mais je n'ai pas eu besoin de faire d'efforts : quand elle a constaté que je refusais mordicus de me peser (oui je me pèse plus, c'est comme ça, la vie est plus belle sans balance), elle a pris peur et m'a laissée partir sans demander son reste. Non mais !
Bon, j'avais décidé de ne pas dire du mal des médecins, c'est raté. J'essaie quand même, vous disais-je, de ne pas trop céder à ma mauvaise foi abyssale : les médecins sont aussi des gens formidables, et parfois on est bien content de les trouver.
Justement. Encore faut-il en dégoter un. Hier après-midi donc, je finis par me sauver du bureau, le souffle presque coupé par la douleur (oui, je sais, c'est poignant, d'ailleurs je me faisais quasiment pitié à moi-même), pour aller voir un des dignes représentants de ce corps de métier. J'ai erré la moitié de l'après-midi à la recherche d'un d'entre eux, en éliminant bien sûr ceux qui ne consultent que sur rendez-vous (30%), ceux où il y a plus de 5 personnes avant moi (50%) et ceux qui m'ont clairement fait comprendre que je les emmerdais, malgré les efforts de ma chère mère pour me pistonner entre deux patients (15%). Oui, j'ai fait des stats et tout. Bref, les 5% restant ont réussi à échapper à ma vigilance. J'aurais dû appeler SOS Médecins, me direz-vous ; j'aurais attendu aussi longtemps, voire plus, à moins de faire un infarctus ils mettent trois plombes à arriver, trop débordés. J'étais tellement désemparée que pendant quelques secondes j'ai regretté de ne pas avoir de mari (pourquoi ? mystère) ; j'ai tout de suite pensé à ce que ça serait si LUI, il était malade, et ça m'a calmée de suite. Après un passage dans deux pharmacies (quand même), j'ai fini par rentrer chez moi en possession d'Ibuprofène, et d'un décrispant pour sportifs endoloris, ultime offense de la médecine moderne à l'encontre de ma personne. 
Ca n'a guère amélioré mon état ; j'ai donc refusé d'admettre ma défaite, et suis repartie à l'assaut d'un cabinet médical ce matin-même. Et là, gloire à la science, Hosannah au plus haut des cieux, youpee tra la la et merci la vie : je suis tombée sur un médecin, un vrai. A deux pas de chez moi, il était là, sous mon nez, et je ne l'avais jamais vu, incroyable. Il a été super gentil, m'a écoutée raconter mon grand malheur, m'a fait une ordonnance minimale et non une tartine interminable de molécules fourbes. Il a même essayé de savoir comment ça m'était arrivé, c'est extraordinaire : "Vous avez fait des efforts physiques ?", me demande-t-il ; "C'est pas mon genre", lui réponds-je. Il a eu l'air de trouver ça drôle, un MEDECIN !!! Le seul sur terre, à n'en pas douter.
On a même discuté, dis donc. Voyant qu'il me prescrivait des génériques, je l'ai chaleureusement félicité ; il m'a demandé pourquoi je trouvais ça bien, et je lui ai servi ma diatribe contre les labos, tout ça. Là il me dit qu'il a travaillé dans l'humanitaire en Afrique dans les années 70, et que maintenant il refuse de recevoir les visiteurs médicaux car il ne veut pas risquer de se faire corrompre à coup de séminaire aux Seychelles, voire par le biais de stylos publicitaires, tout fait ventre. Là j'avoue, j'en étais presque à enjamber le bureau pour lui rouler une pelle, mais j'avais trop mal au dos, et puis il avait une alliance, je ne suis pas une briseuse de ménage.
Tout ça pour en arriver à quoi, finalement ? Ah oui : je me suis rendue compte qu'en allant aux urgences, j'aurais vu un médecin plus rapidement. Voilà où on en est dans ce pays : il faut être malade sur rendez-vous, comme m'a justement fait remarquer une de mes collègues. J'en reviens toujours pas d'avoir passé des heures à hanter la ville de ma présence boitillante et larmoyante, en ayant l'outrecuidance de penser que j'allais trouver un docteur pour me soigner.  A un moment je me suis dit qu'en sortant de ma bagnole j'avais dû tomber dans une faille spatio-temporelle, et me retrouver en Ukraine au 19° siècle. Et encore, j'ai bien conscience de faire partie des privilégiés, mais je frémis à l'idée de ce que doivent être les souffrances des gens marginalisés ou défavorisés. Je trouve ça scandaleux.
Maintenant, je suis censée me reposer, vu que c'est à peu près la seule solution à mon problème, à part me cachetonner comme une dingue (ce que je fais aussi, je suis décidément trop douillette. Et comme je ne prends jamais de médicaments, ça marche à mort, je me sens même légèrement euphorique. Quelle horreur, je suis shootée). On verra pour le repos, je suis incapable de rester allongée bien longtemps, à part pour lire, dormir, ou faire des choses que la pudeur m'interdit d'évoquer ici ; en attendant, je brave héroïquement l'atroce main de fer qui me broie l'échine pour venir témoigner de la triste réalité sanitaire. Telle que vous me voyez, je suis tordue sur ma chaise, le visage déformé par un affreux rictus de souffrance (si j'exagère dites-le moi), mais je résiste vaillamment afin de vous alerter de cet état de fait déplorable, dont vous êtes sans doute déjà au courant, mais tant pis, j'avais envie de le dire.
Sur ce je vous laisse, il ne faut pas que je reste trop longtemps assise, ordre du médecin.
EDIT :  Ma soeur, qui elle, a fait des études de lettres, me signale que et coetera s'écrit en fait et cAetera. Je suis déshonorée pour toujours, je ne comprends pas comment j'ai pu ne pas m'en apercevoir ; je ne SUPPORTE pas de faire des fautes d'orthographe, ça me donne envie de mourir. Donc maintenant, en plus d'avoir mal au dos, je suis à deux doigts de me coller la tête dans le four ;-) Enfin, je vais plutôt corriger, hein, ça semble plus mesuré comme réaction.