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28/09/2006

PCM

Je viens d'inventer un acronyme, je ne suis pas peu fière.

Mais que peut-il bien vouloir dire ??? Vous êtes prêts ? Il signifie Politique de la Couille Molle. Eh oui. Vous comprenez donc que j'aie voulu l'abréger, dans la louable intention d'épargner vos chastes yeux, mais aussi parce que c'est long à écrire.

Je tiens à préciser d'emblée qu'il ne faut y voir aucune tentative d'apologie du machisme triomphant ou de la phallocratie bête et méchante, c'est juste que ça dit bien ce que ça veut dire.

Le sujet est épineux, vous vous en doutez, et il le sera de plus en plus à mesure que nous nous approcherons du printemps prochain, donc autant en parler tout de suite ; de toute façon ça fait longtemps que j'ai envie d'aborder ce sujet. Un vent de révolte et de mauvaise foi va donc souffler sur ce blog, ce sera très sain d'ailleurs, à force d'écrire des choses sentimentalo-pseudo-philosophiques, j'allais finir par me prendre au sérieux, manquerait plus que ça.

La PCM se définit par une propension de nos chers gouvernants à ne prendre que des décisions en demi-teinte, mi-figue mi-raisin, entre chien et loup, j't'en passe et des pas mûres. Alors bien sûr, nous sommes en démocratie (enfin, il paraît), il faut que tout le monde soit un peu content, et que surtout il y en ait un minimum qui ait les nerfs, sinon qui va nous réélire, hein ? Bon, je voulais éviter de tomber directement dans le cynisme, c'est un peu foutu, mais c'est pas grave, je vais me rattraper.

Or donc, gouverner c'est choisir, comme le disait Mistinguett (ah non pardon, ça c'est dans une chanson de Dalida). Normalement, quand on a des responsabilités politiques, tout ça, il faut faire des choix, et faire des choix ça implique faire des heureux, mais aussi faire des mécontents, puisqu'évidemment, le consensus général sur une décision politique nationale est une denrée rare. Alors bien sûr, faire des heureux, c'est super chouette, et ça fait autant d'électeurs potentiels, jusque-là, tout va bien. Le problème, ce sont les mécontents, qui sont vraiment très en colère, qui font la grève en empêchant les heureux d'aller travailler (ils devraient donc être encore plus heureux, mais par un mystère que je ne m'explique pas, ça ne se passe pas comme ça), et qui surtout ne voteront plus pour le méchant gouvernement.

Bon. Les hommes politiques ne sont pas tous d'immondes salopards, vraiment je m'applique à le penser, ne m'entraînez pas sur cette pente dangereuse. Disons qu'ils ont quand même tendance à vouloir garder le pouvoir une fois qu'ils l'ont acquis. Le pouvoir et les privilèges exorbitants qui y sont attachés rendent fou, ça, j'en suis convaincue. Et du coup, les gouvernants deviennent singulièrement prudents, pour rester polie, devant les décisions à prendre.

Ils prennent donc de pseudo-décisions, souvent nommées dans le jargon politique des "mesurettes". Un petit peu, mais pas trop, à moitié à gauche, à moitié à droite et beaucoup au milieu, on hésite, on sait pas, la Bourse fait la gueule, le cours de la patate rose a chuté, on annonce un cyclone en Picardie, la rentrée sera chaude, Noël au balcon, Pâques en avril, attendons, ce n'est pas le moment. Ca nous fait pas beaucoup avancer, tout ça.

Moi je pense que la réalité, c'est ce qu'on en fait, du moins, j'espère. Loin de moi l'idée de souhaiter l'application d'idées extrêmistes (ou d'idées qui font mine d'être modérées, mais qui sont plus extrêmistes que les pires extrêmes, je tiens pour acquis qu'il n'est point besoin d'expliciter), mais tout de même, à hésiter, à tergiverser, à ne pas prendre son courage à deux mains, on en arrive à faire que des semi-mécontents, et aucun heureux. Evidemment, en ne prenant que des décisions molles et informes pour ne choquer personne, on ne fait rien du tout, et le bon peuple, cet ingrat, est grognon.

Hélas ! Les électeurs ont la mémoire courte, et un choix restreint au deuxième tour, donc les gouvernants qui appliquent la PCM sont régulièrement réélus. Ou pas, et dans ce cas ils sont remplacés par leurs adversaires, qui après deux-trois annonces de réformes tonitruantes, se rabattent sur la solution de facilité à mesure que les élections se rapprochent : re-PCM.

Il y a une foule d'illustrations concrètes à la PCM ; curieusement, celles qui me viennent à l'esprit concernent la sécurité routière, c'est encore ma phobie des bagnoles qui m'égare. Depuis quelques années fleurissent sous mes roues de faux ronds-points qui ont la particularité d'être quasiment plats, genre trois galets collés sur la chaussée, manière de dire il faut faire le tour. A chaque fois que j'en croise un, je suis saisie d'une colère noire (j'avoue qu'il ne m'en faut pas beaucoup) : ou il y a un rond-point, ou il n'y en a pas, merde ! Mais pourquoi faire un semblant de moitié d'ébauche de rond-point ??? Résultat : certains téméraires roulent allègrement sur le rond-point, coupant dangereusement la route aux pauvres conducteurs respectueux du code de la route, qui eux contournent le faux rond-point, et on frôle le carambolage carabiné. C'est lamentable.

Et encore, si ça s'arrêtait là... mais non, la PCM touche à des domaines autrement plus importants, ce serait trop beau. Quand ça concerne la politique nationale ou économique, c'est un véritable cataclysme. Souvent, ça se traduit par la propension à privilégier les intérêts de ceux qui le sont déjà (privilégiés, donc) ; ben tiens, pas bêtes, ce sont eux qui votent le plus, c'est bien connu, on va quand même pas faire plaisir aux SDF, pas de domicile = pas de carte d'électeur, aucun intérêt tu penses ! Non, décidons plutôt de baisser l'impôt sur les sociétés, le MEDEF sera content, et on fera passer la pilule en déclarant chez PPDA que ça va créer des emplois. Très drôle, vraiment quelle bonne blague.

Et puis il existe des choses auxquelles personnes ne peut toucher, sous peine de tollé général. Notez, le tollé général, ça me plaît plutôt, comme idée, mais le fait de ne pas pouvoir s'attaquer à certaines survivances des temps féodaux (parfaitement) parce qu'il est trop dangereux de se mettre à dos des corporations, c'est pas ma vision de la politique, et je ne pense pas pêcher par excès d'utopie sur ce coup-là.

Il y a aussi la PCM sous couvert de la loi, qui a trouvé ces derniers temps un exemple étincelant avec l'affaire des pauvres sans-papiers, examinés sous toutes les coutures pour juger s'ils étaient dignes de rester dans notre noble patrie. C'est débile : soit on les régularise tous (oui ! oui ! oui ! ou plutôt, on n'a qu'à décréter que plus personne n'a besoin de papiers pour garder sa dignité, on est des êtres humains, pas des numéros que je sache), soit on n'en régularise aucun, et on se prépare à une guerre totale avec le tiers-monde, qui revendique justement sa part du gâteau...

Ben oui, mais c'est la loi, et puis il faut être réaliste, on ne peut pas héberger toute la misère du monde, bla bla bla... la loi est manifestement elle aussi une LCM, à mon sens, et la misère du monde, elle existe déjà chez nous, donc on ferait bien de s'en occuper de façon globale, non ? Quant au réalisme, c'est un argument qui ne tient pas, la politique, à la base, c'est justement fait pour changer la réalité... en tout cas pour la rendre plus vivable. Mais bien sûr, quand les politiques au pouvoir ne veulent fâcher ni les électeurs potentiels, ni les multinationales qui président à la destinée du monde civilisé, on est mal barré pour changer la vie !

Faut pas rêver, me dis-je souvent quand je pense à tout ça... et pourtant, il suffirait de vouloir, et d'assumer les conséquences de VRAIES décisions. Quitte à faire des mécontents, on aurait au moins fait quelque chose. Comme je suis pessimiste, je finis par en arriver à la conclusion que la situation n'est pas encore assez dramatique, et que les gens ont trop peur de perdre ce qu'ils ont, moi la première, pour accepter une politique radicale. Et puis je me dis aussi que je dois être de la graine de dictateur, car après tout, PCM ou pas, ce sont les électeurs qui décident... ça aussi, je m'efforce de le croire, parce que si ce dernier rempart lâche, je ne suis pas sûre de pouvoir continuer lontemps à affirmer que je suis démocrate.



24/09/2006

Temps de choses à faire

Oui je sais, je suis pas super forte en jeu de mots. Saint Calembour, venez-moi en aide !

L'été est fini. Ca faisait déjà un moment, répondront les sarcastiques ; quoiqu'il en soit, ça m'est égal, je déteste la chaleur, et je suis soulagée que la température moyenne retrouve un niveau raisonnable (inférieur à 22°, à partir de 23 je suffoque).

Ce que marque pour moi l'arrivée de l'automne, c'est une fois de plus le signe du temps qui passe, qui fuit, qui court (le premier qui ajoute "qui nous rend sérieux" me copiera 100 fois "je ne regarderai plus le concert des Enfoirés en boucle", compris ?). Le temps contre qui si longtemps je me suis battue, et qui est aujourd'hui mon meilleur allié. Je suppose que la plupart des gens de plus de 30 ans se disent la même chose... d'autant plus si comme moi, on se sent de mieux en mieux au fur et à mesure que les années passent.

A 20 ans je suis tombée sur une citation de Paul Nizan, dont j'ai su immédiatement je le trouverai de plus en plus juste : "J'avais 20 ans, je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie". Ca résume exactement mon sentiment par rapport au temps qui passe.

Plus jeune, le temps était pour moi une menace ; je pensais avoir tellement de choses à accomplir, dans un délai tellement court et rigide, que j'en oubliais de vivre. Les fameux objectifs que je me laissais imposer par d'autres m'obsédaient, je me sentais obligée de les atteindre le plus vite possible pour enfin... pour enfin quoi ? Je ne le saurai jamais, et je ne le regrette pas.

La façon dont je suis faite ne m'a permis d'accomplir aucun de ces défis, probablement parce que je ne le voulais pas ; je crois qu'au bout d'un moment, j'ai décidé de laisser courir le temps, de me laisser porter par lui. J'ai découvert avec stupeur que j'en retirais un intense sentiment de libération ; sans cette épée de Damoclès, beaucoup de choses devenaient possibles, subitement et sans explication. Vouloir retenir le temps n'avait pour résultat que de le faire fuir encore plus vite. D'une façon générale, lâcher prise est un soulagement incroyable.

Les années m'ont aussi apporté ce qu'on pourrait appeler un semblant de sérénité ; très longtemps j'ai été immature, incertaine, influençable, ballottée d'une incertitude à l'autre ; je me cherchais tellement que cette quête m'empêchait de me voir telle que j'étais. J'avais le regard levé vers d'improbables "modèles", je ne comprenais pas que c'était en moi que je découvrirais qui j'étais. Le temps passé à me retrouver au bout de ces impasses m'a beaucoup appris, et m'a aidée à me recentrer sur moi-même, à me trouver une cohérence, à me détacher de certains idéaux. J'ai eu 20 ans, et ce n'était définitivement pas le plus bel âge de ma vie. A 30 ans passés, je ne sais pas où se situe l'apogée, ni même s'il y en a une, mais je considère l'avenir avec calme, et sans angoisse. Le temps me porte au lieu de me freiner... j'aime toujours autant regarder en arrière, mais ce qui s'ouvre devant moi ne m'effraie plus.

Aujourd'hui je ressens toujours le temps qui passe avec une grande acuité ; les années qui défilent ne me laissent jamais indifférente, mais j'ai accepté cet état de fait, et surtout je n'essaie plus d'évaluer l'hypothétique "valeur" de ma vie à l'aune de ce que j'ai fait du temps. J'ai vécu, voilà ce que j'ai fait. Je crois que c'est la meilleure manière, en tout cas la plus humaine, d'occuper le temps. Car je n'ai pas non plus envie d'être passive face à lui ; le temps a sa vie propre, élastique, saccadée ou morne ; pour vivre avec, on n'est pas obligé de courir après en permanence, on peut s'en accomoder, ou être à contre-temps, mais au final une certaine harmonie entre la vie et le temps est possible.

Parfois la vie qui coule se rappelle à moi de façon plus formelle : certains délais professionnels restent stressants, même si on a envie de les tenir. Mais faire les choses au dernier moment n'est plus une perspective qui m'inquiète, au contraire, l'urgence est pour moi un état fécond (non, je ne suis pas enceinte, rassurez-vous). A certains moments aussi, l'inconsolable nostalgie de l'enfance me prend à la gorge ; c'est étrange d'ailleurs, l'enfance n'est pas nécessairement un temps heureux (surtout quand on ressemble à Chucky, poupée de sang), ce qui me fait dire que c'est la simple peur de la mort qui refait surface sous cette forme.

Car tout est là, n'est-ce pas ? Il faut croire que nous tenons follement à notre vie, pour avoir si peur qu'elle se termine. Parce qu'on peut bien raconter tout ce qu'on veut, on peut bien être courageux, lucide, résigné, ça reste quand même une perspective délicate à envisager.

"Vulnerant omnes, ultima necat" (oui j'ai fait du latin) : ça veut dire "Toutes blessent, la dernière tue", et ça parle des heures. J'aime beaucoup cette définition un tantinet (!) pessimiste, mais je regrette qu'elle ne précise pas que certaines rendent heureux ; la fuite du temps est inéluctable, et c'est à mes yeux une raison suffisante pour ne plus vouloir considérer le temps comme un ennemi.


Spéciale dédicace : à Hélène, à qui ces derniers jours le temps a dû sembler bien long, et qui dans les semaines à venir, le trouvera probablement aussi court que moi.

20/09/2006

Post inhabituel

Oui mais j'ai une excellente raison : vous tenir informé(e)s de la situation du blog d'Hélène.

Depuis quelques jours l'accès y est impossible : manifestement, c'est son hébergeur, Mabulle, qui a planté de A à Z, et qui doit pédaler dans la semoule pour que tout rentre dans l'ordre.

Je sais pas vous, mais moi plus de 3 jours sans un billet d'Hélène, ça s'apparente à de la torture psychologique, genre une assiette de choucroute derrière une vitre blindée. Je crois pouvoir dire qu'Hélène a terriblement hâte de retrouver son blog également, et que quand ça sera le cas elle se déchaînera de plus belle pour nous faire rire et réfléchir, dans ce style qui n'appartient qu'à elle.

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, comme disait Buster Keaton. Ah non, c'était pas lui.

Sinon, une petite digression (quand même, restons fidèle à nos principes) : moi j'ai un peu la flemme là, mais je finirai bien par trouver un sujet sur lequel m'étaler. Ca va venir, je sais pas quand mais un de ces quatre. Je déteste me forcer, donc je préfère rester muette, mais ça ne saurait durer, vous pensez bien !

Edit du samedi 23 septembre : a y est, ça remarche !!!! Toutes chez Hélène, viiiiiite ! Une semaine, on manquait vraiment d'oxygène... 

12/09/2006

Merci

Je croyais pas que ce serait comme ça, d’avoir un blog. A vrai dire, je n’imaginais pas grand-chose ; l’envie d’écrire me taraudait depuis si longtemps que j’ai décidé de m’y mettre grâce à ce support, tout simplement. A ce moment la blogosphère était pour moi un continent inconnu, et je n’avais aucune idée de ce qui pouvait bien s’y passer.

Il me semble que depuis un siècle s’est écoulé... je me suis plongée avec bonheur dans cet univers, et chaque jour il me surprend et me comble un peu plus. Je suis d’une nature pessimiste et méfiante (en fait je suis une vraie sorcière), mais ce que j’ai vécu grâce à mon blog, et à ceux des autres, et à vous tous, me ferait presque changer d’avis sur la nature humaine !

Evidemment le tableau n’est pas systématiquement idyllique ; je ne vous apprends rien en vous disant qu’il y a des cons partout, et ceux que je croise de temps en temps ici et là me laissent quand même pantoise ; cela dit, je reste convaincue que la blogosphère est un moyen formidable pour rassembler les gens, pour leur montrer que d’autres personnes pensent comme eux, pour les faire rire, rêver ou réfléchir, pour les faire sortir de leur coquille, pour leur donner une occasion de s’exprimer. C’est ça, au fond, le plus important, s’exprimer, et en ça les blogs sont un outil formidable, et à mon sens un des derniers espaces de libre expression. C’est pas rien non ?

Selon une étude récente (dont je n’ai pas les références car j’ai la flemme de les chercher), les liens créés sur le net ne se font jamais au détriment de ceux déjà existants ; ils sont complémentaires, et n’empêchent absolument pas de continuer à mener une vie sociale "normale". Les affinités qui naissent sur la blogosphère sont simplement un nouveau moyen de communiquer et d’échanger ; l’expérience que j’en ai me fait dire que ce sont des affinités profondes et sincères, car au lieu de se baser sur une première impression physique (à laquelle personne ne peut se soustraire, tout le monde s’est un jour dit "sa tête me revient pas", c’est humain), elles se fondent au contraire sur des idées communes, des convictions partagées, et tout un tas de petits détails qui font tilt. C’est là une des magies de l’expression écrite...

Peu importe le fond, tous les sujets ont un intérêt pourvu qu’on veuille bien prendre la peine de s’y pencher. La discussion qui s’engage ensuite est surprenante de richesse, de diversité et de surprise. Les désaccords existent bien sûr, mais ils sont la pupart du temps exprimés de manière constructive et civilisée. Et quand ce n’est pas le cas... chacun sait ce qu’il lui reste à faire ! Moi en tout cas je le sais, car j’estime que la liberté d’expression s’arrête au seuil de l’insulte, de l’aigreur et du sarcasme.

Mais de toute façon ça reste marginal, et ça ne fait que souligner encore plus tous les bons côtés... en fait c’est de ça que je veux vous parler. Je veux juste vous dire merci. Merci de me lire, merci de m’apprécier, merci de me donner votre avis, merci d’abonder dans mon sens, merci de ne pas être d’accord, merci d’apporter de la nuance, merci de partager votre expérience, merci de faire rire, merci de me faire réfléchir grâce à vos commentaires. Au début de ce blog, quand j’avais trois lecteurs et demi par jour, ça me rendait déjà heureuse, mais depuis qu’Hélène a généreusement parlé de moi, je ne saurais exprimer à quel point le retour que j’en ai est gratifiant. Je suis du reste persuadée que bon nombre de mes lecteurs viennent ici au moins autant pour lire vos commentaires, que pour me lire moi, et je trouve ça formidable.

Et tant qu’on est dans l’ambiance remise de prix, merci à vous, auteures et auteurs de blogs que je lis religieusement chaque jour. Je trouve plus de matière dans vos écrits que dans n’importe quel journal ou revue que je ne lis pas. Vous êtes les journalistes de la vraie vie, toujours à l’assaut des idées reçues et des carcans qui nous emprisonnent, toujours prêts à exprimer une juste et saine indignation, toujours prompts à partager vos bons plans, toujours à l’écoute.

Ca parait bien ronflant tout ça, la vie n’est pas si rose, mais j’avais envie de le dire. J’ai le sentiment d’avoir progressé en tant qu’être humain depuis que je raconte ma vie sur cet espace ; tout d’abord ça m’a permis de me recentrer sur moi-même, de trouver pas mal de cohérence dans mon fouillis intérieur, et surtout j’apprends sans cesse à travers vos témoignages et vos réactions. Jamais je ne me suis sentie aussi ouverte aux autres, et j’en éprouve beaucoup de reconnaissance.

 

EDIT : Et vous qui me lisez sans rien dire, ça vaut aussi pour vous, je sais que vous en pensez pas moins !!! Merci... 

06/09/2006

Un plus un égale deux

Oui, je me doute bien que vous le saviez déjà ; évidemment mon propos n’est pas mathématique (quelle horreur ! Pourquoi pas parler d’informatique tant qu’on y est), mais il consiste à me demander dans quelle mesure le couple a une existence réelle.

Inutile de pousser les hauts cris, je sais qu’il existe des gens heureux et épanouis en couple, j’en ai même vu de mes yeux, c’est dire ; ce que je pense, c’est que pour réussir ce tour de force, il faut être doté de qualités inestimables, qu’au final j’ai bien peur de ne pas posséder. Je crois que je ne suis pas faite pour le couple. Je crois que je suis incapable d’accomplir les prouesses nécessaires à sa réussite (si tant est qu’une entité aussi floue puisse -ou doive- en être une), prouesses que d’autres arrivent manifestement à réaliser sans une plainte.

Déjà, depuis quelques temps, je suis révoltée par le fait que se caser semble être un but suprême aux yeux des gens. Au premier abord, les gens normaux (mariés, pacsés, concubinés, enfantisés, maison-créditisés, entre autres) hochent doctement la tête devant vos arguments : oui, tu as raison d’en profiter, tu vis comme tu veux, tu as des amis, tu n’as pas de comptes à rendre, quelle chance ! Pour un peu vous verriez poindre une lueur d’envie dans leurs yeux (alors que vous contenez difficilement votre compassion pour la vie qu’ils ont choisie) ; mais à un moment ou à un autre, ils ne peuvent pas s’en empêcher, c’est plus fort qu’eux ! Ils finissent par vous glisser : et puis tu as tout le temps de te caser (comme une vieille valise dans un coffre bondé ?), tu finiras par trouver quelqu’un de bien !

Ou pas !!! Mourrez-vous d’envie de leur hurler. Non parce qu’en fait c’est pas sûr, il faut se rendre à l’évidence. Une espèce de sagesse populaire veut qu’on finisse toujours par entendre les voix de la raison, du mariage et des enfants, mais soyons lucide, pourquoi tout le monde serait-il fait pour cette vie ? Qui l’a dit ? Qu’il se dénonce !

D’abord il faut en avoir envie, c’est tout bête mais c’est quand même primordial, que je sache. Certaines personnes semblent l’avoir totalement perdu de vue dans leur parcours, éperdues qu’elles sont de trouver chaussure à leur pied. A écouter certaines filles (oui, j’ai nettement l’impression que ça touche plutôt les filles, ce genre de comportement), on a l’impression d’une course au meilleur rapport qualité-prix ; ça me fait systématiquement penser au premier jour des soldes, quand des hordes hystériques se précipitent en rampant sous les rideaux de fer des magasins, avant de s’étriper pour le pull de leurs rêves. Avec les mecs, c’est un peu pareil : c’est à qui aura le plus gentil, le plus riche, le plus beau et le moins emmerdant.

J’exagère un peu, c’est vrai, je ne veux stigmatiser personne, mais cette attitude consumériste vis-à-vis du couple me hérisse. En plus ça me semble suicidaire, à mon avis c’est la meilleure façon de se planter ; ça peut être tellement autre chose... c’est déjà assez dur comme ça, pour en plus considérer le couple comme un must have de plus dans une vie où on a déjà tant d’impératifs. L’amour, c’est quand même autre chose que du decorum social non ? En tout cas, moi, je ne peux pas me résoudre à le voir comme ça. Je ne cours pas après, car ça n’est pas un but.

Alors bien sûr, parfois, c’est l’amour vrai. Ca existe, si si. Mais quand on l’éprouve, il faut le vivre. Ailleurs que dans ses rêves... pour moi, c’est là que ça se corse. Mon expérience me fait dire que ma conception de l’amour ne s’accorde pas avec la réalité de la vie. La moindre concession m’apparaît déjà comme une tâche, j’ai très vite le sentiment d’être dans le calcul, et je déteste le calcul. J’abhorre l’idée de manipuler les gens. Quand on vit une relation qui dure, arrive fatalement un moment où on a envie d’infléchir la manière de penser ou d’agir de l’autre, et sans même s’en apercevoir on a tendance à le manipuler. Souvent ça génère de la souffrance, chez soi et chez l’autre, et la perte de pas mal d’illusions. On s’installe dans une autre vision du couple... c’est inévitable, et totalement humain. Moi non plus je n’y échappe pas, et c’est pour ça que je m’en protège. Je ne suis pas sûre de vouloir me soumettre à cette évolution pourtant naturelle. J’admire les gens qui y arrivent, et qui gardent leurs sentiments intacts...

Je dois être trop entière, je ne vois que ça. Au fond je dois rêver de fusion totale, de compréhension muette et instinctive, de mourir la main dans la main, tout ça. Dieu du ciel, je suis fleur bleue, c’est affreux ! Enfin, certains jours, mais la plupart du temps, je pense surtout que dans un couple, on est toujours deux, et que parfois, c’est insupportable, ce rapport si humain, si intime et si permanent. Je pense que le rapport avec soi est infiniment plus simple, plus gratifiant et moins douloureux. Je pense que je suis autiste ?

Du coup, j’en suis venue à me dire tout bêtement que ce n’était pas mon truc, le couple. C’est incroyable comme ça ressemble à une énormité, dit comme ça, mais après tout pourquoi serait-on plus doué pour ça, que pour le crochet ou la lutte gréco-romaine ? Est-ce que la vie est irrémédiablement vaine parce qu’on est célibataire dans l’âme ? Pourquoi ne serait-ce nécessairement qu’un état transitoire vers le sésame de la vie de couple ?

Que de belles et vaines paroles, n’est-ce pas ? La seule certitude, et si rassurante, c’est qu’on ne choisit pas son destin amoureux, et que quand ça vous tombe dessus, il y a certains principes qu’on s’empresse d’oublier... en ce qui me concerne, je crois pouvoir dire sereinement que c’est pas demain la veille, mais je ne me sens pas totalement à l’abri. D’ailleurs je me demande si c’est réellement souhaitable... je veux bien avoir un coeur de pierre, mais il y a quand même des limites.