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31/08/2006

Une brève histoire de cheveux

Je fais ce que je veux avec mes cheveux, ça vous dit quelque chose non ? Ben moi, ce sont mes cheveux qui font tout ce qu'ils veulent avec moi. Y compris me pousser au suicide, entendons-nous bien.

Comme à peu près tout le monde, j'entretiens des rapports fluctuants avec mon corps ; mais avec mes cheveux en revanche, c'est la guerre totale depuis 32 ans et demi. J'en suis arrivée à une conclusion terrifiante : mes tifs me haïssent. Oui, je sais, c'est incroyable, mais il n'y a pas d'autre explication.

Pourtant, ça n'avait pas trop mal commencé. Quand je suis née, j'étais raisonnablement chauve, ou tout comme, ce qui, si j'ai bien compris, est le cas de la majorité des nouveaux-nés. Cela dit, je connais une exception notable en la personne de ma soeur (oui, encore elle, mais elle est ma référence capillaire, c'est pour ça), qui elle, est venue au monde avec autant de cheveux que j'en ai à présent. Une invraisemblable tignasse tellement noire qu'elle en avait des reflets bleus, ma mère était limite à l'abandonner sur les marches d'une église (faut dire qu'elle est blonde aux yeux bleus, elle a dû penser que ça ne pouvait pas être son enfant). Bref, moi j'étais normale, trois poils sur le caillou.

Pendant ma petite enfance, j'avais des tresses. J'ignore pourquoi d'ailleurs, quelle idée étrange quand on y réfléchit bien ; je rêvais déjà du brushing triomphant de Victoria Principal, donc j'étais frustrée avec mes nattes. Faut dire que dans l'ensemble j'avais une drôle de tête, sur certaines photos je fais même un peu peur. Ma soeur (je vous avais prévenus) en a dégotté une où elle me trouve une ressemblance troublante avec Chucky, poupée de sang ; à mon avis elle est jalouse de mes taches de rousseur et de mon regard pénétrant.

Enfin, période tresses, ça allait encore. Vint un moment où j'ai dû décider qu'une telle coiffure était indigne de ma personne, et là je suis passée à la queue de cheval. Le grand bond en avant, quoi. Hélas, il fallut très vite me rendre à l'évidence : mes cheveux attachés avaient à peu près le volume d'un fagotin de haricots verts (vous savez l'accompagnement ridicule du restaurant, avec un petit morceau de lard autour ? La classe). Le désenchantement fut brutal. J'étais mal barrée pour le championnat de boule afro.

Au collège je me prenais pour une femme, donc je me suis fait couper les cheveux. Ca aurait pu s'arrêter là, hélas j'ai poussé le vice jusqu'à quémander une permanente, espérant des boucles cascadantes, mais me retrouvant en fait avec un casque de mamie, qui me donnait un faux air de Gloria Lasso (mais en moins brune, et en plus jeune). Loin de me laisser décourager par cette peu glorieuse (hi hi) ressemblance, j'ai persisté la majeure partie de mon adolescence, toujours à la recherche du volume mousseux des héroïnes de Dallas, dans la frisette en tous genres, je vous épargne les détails, ce serait trop cruel pour mon ego. Sans compter bien sûr les errements divers en matière de look, je n’insiste pas, on est toutes passées par là, surtout quand on a été ado pendant les années 80.

La longue quête de la sérénité capillaire n'en était qu'à ses balbutiements. J'ai bataillé pendant des années, totalement désemparée, à la recherche d'une façon radicale de donner à mes queues de rat un aspect présentable. A un moment, je me suis arrêtée sur un simple carré, qui avait l'avantage de m'aller pas trop mal. Mais l'impérieuse nécessité du brushing a vaincu ma fragile patience. De plus, la brûlure quotidienne du séchoir semblait déplaire souverainement à mes cheveux, qui s'atrophiaient à vue d'oeil.

Je suis repassée par une période de court, puis mes cheveux ont semblé reprendre un peu de vigueur, et ils ont naturellement évolué vers un mi-long souple et plutôt joli. Le problème c'est qu'à l'époque je m'étais mise en tête d'être rousse (ça devait être à la mode non ? sais plus), mais comme je n'osais pas le orange flashy, j'avais transigé avec une espèce de brun rouge qui me donnait vingt ans de plus, comme si j'avais besoin de ça. Les couleurs, ça aussi c'est toute une histoire ! Si j'avais su j'aurais jamais commencé, je n'ai jamais retrouvé les jolis reflets miel que j'avais étant plus jeune ; une fois que j'ai commencé à me teindre les cheveux, ils n'ont plus jamais eu leur couleur originelle. Je préfère ne pas savoir ce qu'ils mettent dans leurs produits pour qu'un tel phénomène soit possible.

Bref, vous l'avez compris, je suis passée par toutes les turpitudes pour être enfin satisfaite de mes cheveux. Rien à faire, ils se refusaient à toute concession, ils étaient toujours rachitiques, mous et plats. J'étais désespérée. Je détestais les coiffeurs (et les coiffeuses, encore plus même) : soit ils me regardaient avec une commisération intense, genre "va plutôt t'acheter une perruque", soit ils se mettaient en tête de me faire une super-coupe-destructurée-qui-se-coiffe-toute-seule, mais qui nécessite bien sûr de revenir les voir deux fois par semaine, hors de question. Je passe sur celles et ceux qui ont une coupe mi-afro mi-rase, dans un superbe camaïeu de fuchsia, et qui les fait ressembler à un cacatoès qui vient de prendre le jus. En général, ce sont eux qui semblent très désireux de vous faire la même coiffure. Merci bien, jusque là j'ai échappé à Sainte Anne, j'espère continuer.

J'en étais là de mes pérégrinations (un mi-long pas trop pourri, donc), quand soudain, suite à des soucis scabreux qui n'ont qu'un faible intérêt, mes cheveux ont commencé à tomber à la vitesse de la lumière. Une fois les premières frayeurs passées, et les illusions envolées (faut pas se leurrer, la plupart du temps, les cheveux qui sont tombés ne repoussent pas, même avec toutes les poudres de Perlinpimpin dont on vous vante les incroyables mérites), il a fallu prendre une décision drastique. Voilà qui explique ma coupe de GI actuelle.

Ben oui, plus mes cheveux sont courts, moins on voit que j'en ai pas beaucoup. Ca paraît contradictoire, mais c'est comme ça. Rassurez-vous, j'en ai encore un nombre respectable, j'en suis pas non plus réduite à rabattre ceux de l'arrière vers l'avant ; non, c'est juste que j'ai les cheveux très fins et pas très fournis. Ca m'empêche pas de vivre, notez, c'est juste un constat. C'est même devenu une sorte de running gag dans mon cercle d'amis qui, voyant que j'étais la première à me moquer de mes tifs, s'y sont mis gaiement, faisant mine de se cotiser pour m'acheter une perruque, donc, ou de s’inquiéter de savoir si je n’étais pas atteinte d’une longue et cruelle maladie.

Je m'y suis faite, honnêtement les cheveux très courts me vont bien. Et puis je suis tranquille comme Baptiste : pas de brushing, pas de laque, pas de coiffure compliquée (pas de coiffure du tout en fait !), pas de cheveux dans les yeux (j'ai une sainte horreur d'avoir les cheveux dans les yeux), pas de cheveux dans le cou (idem), bref l'impression de pas avoir de cheveux du tout. C'est ça en fait la solution : pas de cheveux. C'est tout comme, et j'ai enfin trouvé la paix capillaire. Il était temps, j'ai failli devenir dingue. Et puis avec le temps, je me rends compte que je développe un penchant naturel pour le dépouillement, avec lequel ma coiffure est en cohérence finalement. J'ai aussi dépassé le souci d'un éventuel manque de féminité des cheveux courts, c'est un débat d'arrière garde non ?

Je ne vais pas vous mentir, j'ai quand même des phases de refus de la réalité : quand je vois dans la rue une fille avec une crinière opulente flottant négligemment au vent, j'ai parfois une envie irraisonnée de lui sauter dessus pour la scalper, pour ensuite de me faire greffer son cuir chevelu sur la tête. Avec un chirurgien esthétique suffisamment véreux, ça pourrait se faire non ? Encore faudrait-il trouver 50 000 balles pour ses émoluments, cela dit. Je passe aussi par des cycles de radicalité, et là je me dis que je vais me faire raser la boule une bonne fois pour toutes. Tant qu'à avoir peu de cheveux, autant ne pas en avoir du tout, je déteste la demi-mesure. Mais bon, je ne franchis jamais le pas : d'abord il faut un crâne parfait pour ça, et à tâtons le mien a plutôt l'air de ressembler à un terrain de cross ; et puis de toute façon je n'assumerais pas, socialement c'est hyper dur d'être une femme chauve. Surtout chauve volontaire. Encore un coup à passer pour une cinglée. Pour ça aussi, plus facile d'être un mec : depuis que c'est furieusement tendance, tous les semi-chauves honteux trouvent enfin leur compte.

Alors je me suis résignée, une fois de plus... J’ai fait le deuil d’une crinière de lionne, tout le monde ne peut pas être Tina Turner ; peu de cheveux j'ai, d'autres atouts je possède (petit scarabée). Je crains un peu l'avenir, quand même, j'aimerais bien garder le peu de cheveux qui me restent, alors je suis gentille avec eux, je ne les brusque pas, tout ça. Je bichonne mon petit court châtain clair des familles. Plus de couleur, plus de permanente, plus de brushing. Je ne vous ferai plus de mal, restez avec moi !!!!

Inutile de vous dire à quel point je suis scandalisée quand je vois des filles qui maltraitent leurs beaux cheveaux frisés, qui veulent les avoir lisses à tout prix, et qui leur font donc souffrir mille morts pour venir à bout de leur volume. Ok, on n'est jamais contente de ce qu'on a, mais ça me fait mal au coeur de voir ça. De temps en temps je suis tentée de leur proposer mon duvet de bébé à la place, feraient moins les malines tiens ! Je vous en supplie, gardez vos beaux cheveux pleins de ressort et de souplesse !

Il faut croire quand même que ma lutte à mort contre mes propres cheveux n'a pas été un épouvantable fiasco, puisqu'au final je me retrouve avec une coupe plutôt jolie, et l'âme en paix quant à l'apparence de ma tignasse. Au moins mon odyssée capillaire m'aura convaincue d'une chose : il est totalement vain de vouloir lutter contre sa nature...


26/08/2006

Un samedi soir comme les autres

Ca doit faire plus d’un an que je ne me suis pas retrouvée chez moi, seule, un samedi soir. C’est une sensation extrêmement étrange.

Ca ne me dérange pas plus que ça, de faire une pause ; je suis tranquille, la ville est calme, ça sent un peu la fin de l’été... c’est un moment particulier, fin août...

Malgré tout je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ce qui se passerait en ce moment si ce samedi était comme les autres...

En début de soirée je mets la dernière touche à mon apparence ; les soirs de sortie, j’ai souvent l’impression que c’est un masque (rassurez-vous j’y vais mollo, je ressemble pas non plus à Mado la niçoise). Ca fait partie du rituel, maquillage et parfumage vaguement outranciers et décolleté de fille de joie, et puis ça m’amuse. C’est aussi une sorte de "dû" pour les gens que je rejoins, ils s’attendent à me voir comme ça. Un jour il faudrait que j’essaie de me pointer avec ma tête de saut du lit, pour voir s’ils me jetteraient des pierres. Non, ils n’iraient pas jusque-là, mais ils seraient un peu scandalisés quand même. Je suis heureuse de me farder pour eux, et puis ce n’est qu’une façade. En général je suis pimpante comme un sapin de Noël ; je parfais le tout avec mon arme fatale, mon sac doré à 800 dollars (enfin si on considère que le dollar a la même valeur que la roupie), je saute dans ma voiture, du moins tant qu’elle ne m’a pas explosé au visage, et me voilà partie pour l’aventure.

La soirée commence généralement par un apéro en terrasse, qui a invariablement lieu dans le même bar, on fait tellement partie du décor qu’on appelle le patron Maman. On s’attable bruyamment, on se bise, on se sourit, et on commence déjà à égréner des perfidies, sur nous, sur les autres clients, sur les gens qui passent. Oui, dire du mal, c’est pas bien, mais qu’est-ce que c’est drôle ! Et puis il y a forcément quelqu’un pour se moquer de nous dans son coin, alors autant prendre de l’avance non ?

Les bouteilles se succèdent et se vident, des bouteilles d’un vin blanc du coin qui est furieusement à la mode depuis quelques temps ; il a l’inconvénient majeur de donner des migraines spectaculaires au réveil, je crois que même la cuite à la sangria est plus douce, c’est pour dire ; d’ailleurs comme je vous aime bien, je vous donne le nom de ce breuvage démoniaque pour que vous puissiez fuir en courant si jamais vous croisez sa route : le Tariquet. N’en buvez pas ! Jamais.

Mais moi j’en bois, entraînée que je suis par ma troupe qui s’en délecte ; j’ai à peine le temps de gémir sur la casquette en plomb qui m’attend le lendemain matin, que déjà l’atmosphère se réchauffe... le niveau sonore augmente, les gestes se délient, les yeux sourient, les éclats de rire explosent. Oubliée la promesse de migraine, la joie d’être là s’impose toute entière ; comme souvent je pense que j’ai de la chance d’être entourée par ces garçons si beaux et si drôles, qui savent m’aimer comme je suis ; je jette un oeil à ma droite, ou ma gauche, et j’aperçois Petite Soeur qui rit avec eux. Je suis délicieusement bien, j’éprouve intensément le sentiment d’être exactement à ma place, bref, un truc qui ressemble à s’y méprendre à du bonheur s’immisce peu à peu en moi.

Entre temps toutes les nouvelles (et les ragots !) de la semaine ont été échangés ; boire, c’est bien beau, mais il faut penser à se sustenter. En général on se dirige vers un restau quelconque, non sans avoir bataillé rageusement jusqu’à ce que tout le monde tombe d’accord sur l’endroit : moi j’aime pas le fromage on va pas dans une pizzéria, moi il faut que je mange de la viande le végétarien c’est hors de question, moi j’ai envie de frites allons à Flunch (naaan je déconne), moi je suis au régime je rentre chez moi puisque c’est comme ça, moi j’ai pas faim je veux continuer à manger du vin, j’en passe et des pas mûres. Généralement je me mords les joues pour ne pas hurler "Pendant ce temps les enfants d’Afrique continuent à mourir de faim", de toute façon je m’en tape d’où on va, j’aime tout, c’est ça mon problème.

On finit par atterrir à table ; la variante régulière c’est qu’on soit accueillis généreusement chez de chers amis à jardin-piscine, et qu’on dîne voluptueusement sous les arbres au bord de l’eau silencieuse et rutilante. Un peu le rêve, quoi. L’alcool continue à abonder, autant le dire tout net, on commence à avoir un sacré coup dans le nez. Les esprits s’enflamment, quand on est ivre on devient sentimental... parfois je leur dis que je les aime, parce que je suis saoûle mais surtout parce que c’est vrai ; souvent on refait le monde, on n’est pas très originaux finalement ; ou alors on peaufine notre projet de maison de retraite collective, on s’imagine vieux, dans des fauteuils roulants, mais toujours au bord d’une piscine, et toujours ensemble. La vie est belle.

Pour moi c’est le moment critique ; plus ça va, moins je tiens le choc ! La fatigue me gagne souvent, et puis j’ai envie d’être seule soudain, envie de silence, de paix... Alors je les laisse à leur joie, sans regret puisque je l’ai partagée. Parfois j’arrive quand même à résister, et je suis le mouvement dans ses pérégrinations nocturnes. Nous arrivons dans une boîte, pathétique comme toutes les boîtes, mais quand on a envie de s’amuser, on s’amuse n’importe où ; encore de l’alcool, ce n’est vraiment pas raisonnable mais c’est bon... on se disperse un peu, on rencontre des gens, encore des bises et des sourires, mais plus flous cette fois... quand j’ai vraiment abusé du gin tonic, je pousse même le vice jusqu’à aller danser sur un remix lamentable de Madonna ou Mylène Farmer (aucun cliché ne nous sera donc épargné !) au milieu de splendides éphèbes torse nu qui se roulent des pelles langoureuses sur une estrade. Au bout de quelques minutes, le chaleur hallucinante finit par me pousser à nouveau vers le bar...

Mais là il faut vraiment partir, trop de gens, trop de bruit, trop sommeil... je m’éclipse, souvent la première ; eux dureront sûrement jusqu’au petit matin. Moi je refuse, me coucher au son des oiseaux qui recommencent à chanter, c’est une des choses les plus affreuses que je connaisse, je ne sais pas pourquoi mais ça me donne envie de mourir...

Enfin j’arrive chez moi, comme on rentrerait au pays après un interminable voyage ; j’ai le coeur rempli d’amour et d’un peu de mélancolie... je me débarrasse des stigmates de la soirée sous une douche fraîche, et je vais enfin me coucher, pour mieux rêver d’autres moments si intenses et si plein d’humanité... parfois je me relève en trombe pour prendre un Doliprane : c’est pas tout ça, mais qui c’est qui va se taper un mal de crâne d’enfer demain matin ?


Spéciale dédicace : à vous qui êtes à mes côtés lors de ces fabuleux moments... et pendant les autres aussi ; je chéris tous ces instants passés ensemble, ceux que j’ai décrits, et ceux qui se passent autrement, ou ailleurs. Merci...

22/08/2006

Sister sister

Attention, ce post est d’un sentimentalisme dégoulinant, Barbara Cartland, à côté, c’est Schopenhauer. Le sujet est le suivant : ma petite merveille, ma petite soeur...

La première chose qui me vienne à l'esprit, c'est la chanson de Michel Le Forestier (si, il s'appelle Michel, écoutez Bénabar, vous verrez bien) : on choisit pas sa famille... ben moi, si j'avais pu choisir, ça aurait été elle quand même.

Penser à ma soeur m'évoque irrésistiblement la première fois où j'ai éprouvé de l'amour, consciemment en tout cas. J'avais six ans, et elle était là, minuscule, mais déjà pleine de ce caractère qui est incontestablement son plus grand charme. Je me sentais soudain importante, responsable... c'est toujours le cas, il faut bien l'avouer. A mon corps défendant... on ne perd pas si facilement ses vieilles habitudes. Toutes ces heures passées à m'occuper d'elle, à la surveiller, à la protéger... mon plus vieux rôle, probablement celui que j'accepte le plus volontiers.

Et puis l'enfance a été rude... six ans, c'est beaucoup, on ne s'est pas toujours comprises. Elle a toujours fait ce qu'elle voulait, comme elle voulait, quand je me mettais des tas de barrières, d'obligations, que sa liberté faisait voler en éclats. Elle était insolente, vive, fuyante, farouchement indépendante. Elle l'est toujours, je ne l'ai pas toujours été.

Un jour la vie nous a accordé une trêve, et laissé nos routes se rejoindre. Je crois pouvoir dire que jamais elles ne se sont plus séparées. Des vents et des marées sont venus, mais nous étions debout sur la digue, ensemble, main dans la main. Et quand la mer est calme nous jouons sur le sable en riant, comme à l'époque bénie où nous avions à peine conscience de nous-mêmes.

Elle était une enfant magnifique, elle est devenue une femme d'une beauté piquante. Son intelligence acérée et sa curiosité spirituelle en font une personne d'une conversation passionnante. Elle aime les livres et le bon vin, la fête et la réflexion. Elle est tout et son contraire. Ses convictions profondes vivent à l’épreuve de la réalité, elle est utopiste au sens le plus noble du terme.

Elle tient par-dessus tout à être elle-même. Elle n'a jamais laissé personne la contraindre. La moindre tentative a été déjouée, au prix parfois de certaines désillusions. Elle l'a accepté de bonne grâce, quand on est si douée on ne peut être que bonne perdante. Elle a cette souplesse, cette faculté d'adaptation aux situations qui me font cruellement défaut... on se ressemble jusque dans nos différences. Sans elle je ne serais jamais arrivée à être ce que je suis.

Elle dirait probablement la même chose de moi... et au fond ça me gêne ; j’ai parfois peur de l’influence que j’ai sur elle, je ne veux pas qu’elle soit comme moi, je ne suis pas un exemple. J’aimerais tant qu’elle se garde de la dureté, du désenchantement... je prie pour qu’elle ait toujours ce grain de folie qui n’appartient qu’à elle, qu’elle continue à chérir ses rêves, qu’elle sache se dérober jusqu’au bout aux gens qui l’attendent farouchement au tournant, dans une de ces fabuleuses réparties pleines de gouaille dont elle a le secret... le mot "humour" a été inventé pour elle. Comme elle ne lui trouve pas de limites, certains s’en offusquent... elle se moque d’eux une dernière fois avant de les laisser à leurs préventions ridicules. Elle est sans pitié, car elle sait qu’épargner les gens, ce n’est pas les aimer.

C’est étrange et doux de parler d’elle ; nous nous connaissons si bien, et si instinctivement... que parfois nous négligeons de dire certaines choses. Rien ne nous y oblige ; c’est donc un pur plaisir que d’écrire ces quelques mots. Ce n’est pas un portrait, car pour la cerner il faudrait l’équivalent de plusieurs tomes d’encyclopédie ; c’est juste un luxe que je m’offre, le luxe de pouvoir esquisser d’un trait léger les contours d’une personne pour qui mon amour est sans bornes.



17/08/2006

P'tit voleur

Vi, c’est le titre d’une chanson de Renaud, mais je suis sûre qu’il ne m’en voudra pas de le lui emprunter de façon si cavalière ; à mon avis, il ne s’en rendra même pas compte, occupé qu’il est à pouponner. Oui, j’ai acheté Voici (j’ai le droit, c’est les vacances, à défaut de plage et de farniente au soleil, je lis des magazines débiles), mais ça compte pas, je le savais déjà : Renaud est à nouveau papa, d’un petit garçon né le... 14 juillet. L’ironie du sort est parfois implacable.

Evidemment ce n’est pas de lui dont je veux vous parler ; non, c’est de moi, bien entendu (quelle question !). Or donc, ce matin, descendant vaillamment les escaliers menant au coupe-gorge qui me sert de parking, j’arrive à l’endroit où j’entrepose l’objet dont je me sers le moins après ma balance : mon beau vélo rutilant tout neuf que j’ai acheté ce printemps. Dans un premier temps, je ne le vois pas. Le hic, c’est que dans un deuxième temps, je ne le vois toujours pas. Ma première pensée est de me dire "Tiens, quelqu’un a déplacé mon vélo, il devait gêner" (je suis parfois d’une naïveté sidérante). Et soudain, dans une bouffée de fureur et d’indignation, je me rends à l’aveuglante évidence : ON M’A ENCORE VOLE MON VELO !!!! Pour la deuxième fois, oui Madame !!! C’est pas Dieu possible !

Bon, il faut reconnaître qu’il est relativement magnifique, et qu’à ce titre il doit susciter les convoitises ; mais là, quand même, pile un an après le premier vol, rebelote ! D’ailleurs qu’est-ce que c’est que ces gens qui chourent des vélos autour du 15 août ??? Désoeuvrement total, bien compréhensible du reste, il n’y a vraiment pas grand-chose à faire en ce moment à Toulouse ; désespoir soudain lié à l’arrivée inattendue de l’hiver, et poussant à commettre des forfaits abominables ? Nécessité impérieuse de trouver un moyen de locomotion pour aller jusqu’à un calvaire de haute montagne rendre grâce à la Sainte Vierge ? L’histoire ne le dit pas. Sans compter que cette fois, échaudée par le premier larcin, j’avais aussi acheté un antivol de deux cents kilos de la mort qui tue ; bravo Monsieur Antivol, vous seriez pas arrivé avant-dernier à votre école d’ingénieurs par hasard?

Le résultat, c’est que j’ai de nouveau plus de vélo. Faut être honnête, il ne va pas non plus me manquer atrocement ; depuis mes mésaventures côtières, je rechignais à m’en servir. Pour une fille, je pense avoir un taux de testostérone légèrement supérieur à la moyenne, mais de là à pouvoir un jour participer au Tour de France, j’avais un peu abandonné l’idée, notez. M’enfin quand même, de temps en temps, quand j’étais CERTAINE de ne rencontrer que du plat sous mes roues, il m’arrivait de m’en servir...

Réprimant la fumée qui me montait aux naseaux, je suis partie bosser ; sur la route, évidemment, je suis montée en pression toute seule, échafaudant des plans démoniaques pour punir l’infâme voleur (la bonne blague) ; je rédigeais mentalement un mot assassin à placarder dans les couloirs de mon immeuble pour menacer de mon courroux et de ma vindicte éternelle le coupable ; je calculais déjà où caser mon prochain engin dans mon appart’ (ben oui, j’ai pas de balcon, c’est con). Et puis subitement, la peur de passer pour une folle m’a étreinte ; je me suis dit "à quoi bon ?"... mon vélo est parti, et jamais je ne le reverrai...

Après ce moment d’émotion d’une intensité poignante, un peu comme dans Sur la route de Madison, ma colère s’était évanouie. J’avais envie de m’en foutre. Je déteste l’idée d’être attachée à des objets. Je vais pas vous faire le coup de "La propriété, c’est du vol" (quoiqu’il faudrait pas beaucoup me pousser), mais franchement, je n’arrive pas à tenir vraiment à des choses, même (surtout ?) quand je les ai achetées avec mes sous. On peut bien me voler tout ce qu’on veut, on n’arrivera jamais à m’enlever ce qui est vraiment important pour moi : ce que je suis, profondément, et l’amour des gens autour de moi. A côté de ça, un instrument de torture déguisé en moyen de locomotion, ça fait pâle figure, non ?

Ca fait du bien de se détacher de ce genre de possessivité, ça permet de se concentrer un peu sur le reste. Bien entendu, je possède aussi des choses auxquelles je tiens follement, souvent moins en raison de leur prix que de la valeur sentimentale que je leur accorde ; d’ailleurs ce sont généralement des cadeaux. Mais pour le reste... l’objet le plus coûteux que je possède doit être mon ordinateur, pour vous donner une idée. Ah si, il y a ma voiture, mais vous savez déjà ce que j'en pense. Et puis c'est pas pareil, c'est ma môman qui me l'a donnée, tu m'etonnes, elle en voulait plus ! (mais ça m'a fait plaisir quand même, Maman !) Je vous l'ai dit, je suis une enfant gâtée... Je reste quelqu’un de très matérialiste dans le sens où je chéris mon petit confort, on est petit-bourgeois ou on ne l’est pas ! Mais sortie de là, la possession ne me motive pas du tout. De toute façon, je suis révulsée par la consommation effrénée à laquelle on est sans cesse poussés, et qui est un véritable miroir aux alouettes ; mais c'est sûr, pendant ce temps, on n'a pas le temps de penser aux vrais problèmes... toujours la même histoire.

Et puis le vol... c’est devenu pour moi une notion très relative, avec le temps. J’ai pourtant été élevée dans des principes moraux hyper stricts ; ma seule expérience de vol s’est conclue par une engueulade si monumentale que je n’ai plus jamais recommencé. C’est bien simple, ça ne me vient jamais à l’esprit, je suis désespérément honnête, si c’est pas malheureux. Cela dit ça ne m’empêche pas de penser que voler, c’est pas forcément mal. Par exemple voler dans les grandes surfaces, je trouve ça plutôt bien, même, ils ont moins besoin d’argent que nous, vous croyez pas ? Et depuis que je travaille dans une banque... alors là c’est le pompon, j’ai découvert que parfois, le vol était LEGAL. Oui, je l’affirme, la loi autorise ceux qui en ont le moins besoin, encore une fois, à voler en toute impunité des gens qui eux, courent après 50 balles du début à la fin du mois. Et qui, ensuite, me piquent mon vélo. CQFD.

Voilà, comme d’habitude, pour faire passer mon énervement je suis partie dans des pseudo-théories fumeuses, et encore une fois ça a super bien marché. J'en ai conclu que je préférais me faire voler ma bicyclette par quelqu'un qui en avait probablement plus besoin que moi, toute condescendance mise à part, que de me faire carotter des agios imaginaires par un banquier à costard en alpaga (par contre, si c'est un banquier à costard en alpaga qui m'a volé mon vélo, il vaut mieux pas qu'il me tombe entre les pattes). J’ai donc accordé magnanimement mon pardon sans conditions à tous les voleurs de vélos de la Terre, et fini ma journée pleine d’amour pour l’humanité entière (sauf les banquiers et les groupes de distribution, donc) ; dans ma voiture, je suis tombée sur une station de radio diffusant une chanson de Céline Dion, et j’ai même pas zappé, c’est dire !

Finalement je suis bien contente de ne pas lui en vouloir, à mon p’tit voleur ; quant à vous qui me lisez, je vous entends déjà fourbement marmonner dans votre barbe "Mais ça l’arrange bien, en fait...". Je ne vous permets pas ! Et pour vous contredire, je suis prête à racheter un vélo. Et un antivol, bien sûr...


12/08/2006

Couper les ponts

Pourquoi est-ce si difficile ? Pourquoi le ressentir comme une trahison quand on sait très bien que ça n'en est pas une ? Pourquoi s'acharner à vouloir sauver ce qui, de toute façon, n'a pas besoin de l'être... puisque si profondément ancré dans tout mon être.

Il n'y a que le temps qui guérisse, je suis la première à le claironner (surtout quand je n'ai rien de mieux à offrir comme consolation...) ; le temps qui a passé, depuis quelques mois, a été mon allié, je le sais ; cependant le fil est toujours là, qui me tire vers un lendemain qui n'existe pas... au moment de le couper, je m'en sens tellement incapable que je reste terrassée...

Je déteste écrire quand je ne vais pas bien, mais cette fois c'est irrépressible... ce samedi soir gris et morne, ma vie me semble être un désert de pierre...


Mais ça va passer, je me connais ! Tout me passe... même ça, il faudra bien. Et pour que ça passe, j'ai déjà un programme en béton pour la soirée : je vais rejoindre de chers amis pour visionner des épisodes de DH, en me gavant de pizza et de glace. L'effet risque d'être foudroyant... enfin, au moins sur mon tour de taille.

Et puis, depuis quelques jours, je sens mon indignation remonter en flèche ; je devrais donc arriver à vous livrer bientôt une magnifique note de râlage en bonne et due forme : ça faisait longtemps, non ?

05/08/2006

Ne rien vouloir

La vie est mal faite, c'est bien connu. Mais des fois, non.

C'est fou comme on se croit obligé d'avoir des objectifs dans la vie. Depuis la petite enfance, on se fait bourrer le crâne par toutes sortes de gens qui nous expliquent qu'il faut se fixer des buts, s'y tenir, et mettre tout en oeuvre pour les atteindre. Pour moi, ce genre de conseils, c'est carrément du flan.

D'abord j'ai souvent eu l'impression que les efforts consentis sont largement supérieurs au bénéfice qu'on peut en retirer. Ca vient probablement du fait que je suis la reine des feignasses ; quand j'entends le mot effort, j'ai immédiatement envie d'aller me coucher. Je crois que je préfère la forme au fond : en gros, je suis attachée à la façon dont je fais les choses, plutôt qu'aux choses elles-mêmes ; je me dis qu'au final, je n'aurai peut-être rien construit (bien que je m'en contrefoute), mais qu'au moins j'aurai vécu à ma manière. Et ma manière, c'est d'éviter de crouler sous les contraintes diverses et variées, de profiter de tous les plaisirs que veut bien m'offrir la vie, de faire mon train-train tranquillement, sans emmerder personne si possible, et en faisant en sorte que personne ne m'emmerde. Mine de rien, c'est pas tous les jours facile.

Ensuite, j'ai toujours eu du mal à savoir ce que je voulais dans la vie ; en revanche ce dont je ne voulais à aucun prix a rapidement été très clair. Le problème, c'est que je me suis aperçue que pour obtenir des choses susceptibles de me faire envie, il fallait en passer par des chemins sur lesquels je ne voulais surtout pas m'aventurer. Trop cher payé. Je trouve que c'est le cas pour une grande partie des objectifs que l'on peut se fixer dans la vie.

Evidemment j'admets que ce n'est pas une posture très courageuse. Si j'étais totalement honnête, je dirais même que la peur de l'échec a tendance à me paralyser. Comme le reste, j'essaie de l'assumer, en premier lieu pour moi-même, mais aussi à la face du monde. Car cette attitude a pour conséquence de vous refuser l'entrée dans les quelques petites cases que la société nous propose. Soyons clair, je ne me prends pas pour Che Guevara ; même si les moules sociaux en vigueur sont inconfortables, on reste quand même très loin des castes indiennes ou de la pyramide sociale du Moyen-Age. Je pense être quelqu'un de conformiste, mais le regard intrigué et inquisiteur des gens qui ne parviennent pas à me "cerner" ne me dérange plus depuis belle lurette. Je dirais même qu'il m'amuse, la plupart du temps, et qu'il m'arrive d'en jouer. Mais pas trop, faire ma mystérieuse je trouve que ça devient assez vite pathétique.

Donc, dans le désordre : je ne veux pas d'enfants, ni de la vie de famille qui va avec, si c'est pour ne plus dormir pendant 20 ans (voire plus en cas de dépendance affective pathologique), culpabiliser en permanence, angoisser jusqu'à la folie, courir après le temps et fondre en larmes parce que le petit dernier ne fait pas son rot ; je ne veux pas de vie commune pour partager les comptes en banque, les factures, les placements et l'haleine du matin (désolée, pas glam) ; je ne veux pas me battre pour décrocher le job de ma life (qui n'existe pas) en écrasant tous ceux qui se dressent sur mon passage, en oubliant de vivre, en ne jurant que par l'argent et la promotion sociale, ça me fait horreur ; je ne veux pas baver des litres de salive devant une choucroute en pensant à mon tour de taille (que je ne connais pas et que je ne veux pas connaître), je veux juste la manger, j'adore la choucroute ; je ne veux pas mettre en oeuvre des plans diaboliques pour plaire aux hommes, dans l'espoir insensé de me caser, je suis comme je suis et ceux qui m'aiment prendront le train ; ce que je veux, c'est juste me plaire un peu quand je jette un dernier coup d'oeil au miroir le matin avant de partir, et éventuellement me farder à outrance le samedi soir pour faire délirer mes copains homos ; je ne veux pas systématiquement adopter le comportement qu'on attend de moi, sous peine de perdre ma propre estime. Au final, j'aurai peut-être le sentiment que ma vie a été vaine (quoique je pense que toutes les vies le sont, à part éventuellement celle de Gandhi, de Jean Jaurès ou de Pierre Desproges), mais de toute façon, j'emporterai rien au paradis, où je n'irai pas, en plus, j'ai trop péché ma bonne dame.

Ca a l'air affreux comme ça, mais en fait c'est plutôt bien, je me sens très à l'aise dans ce qui ressemble pourtant à du renoncement. D'autre part, j'arrive à comprendre que les gens aient des objectifs, que les moyens à mettre en oeuvre ne les rebutent pas, et qu'ils acceptent les mauvais côtés de la vie qu'ils ont choisie. Chacun sa vie, encore une fois... la mienne consiste à me lever le matin, à me coucher le soir, et à prendre tout ce qui peut arriver de bon entre les deux. Parfois il arrive des choses horribles (bon, rarement quand même, je ne suis pas Cosette), parfois il arrive pas grand-chose, parfois il se passe des trucs merveilleux. Et ça me va bien comme ça.

J'en suis d'autant plus satisfaite quand il arrive des événements totalement imprévus, follement réjouissants et hyper bons pour mon ego (déjà hypertrophié, je sais, j'en ai jamais assez) ; dans ces moments, je rigole en douce à la pensée du nombre de fois où j'ai entendu : "Si tu attends sans rien faire, ça va pas te tomber tout cuit dans le bec !". Eh ben des fois, si. Pas assez souvent, d'accord, mais une fois de temps en temps, c'est incroyablement gratifiant, de voir se réaliser un vieux rêve sans qu'on ait rien demandé, juste parce qu'on s'est montrée plus ouverte, qu'on a laissé venir les choses, et qu'on a eu la chance de rencontrer des gens avec qui l'empathie et la réciprocité sont sans limite. Je n'ai pas assez de vocabulaire pour exprimer l'immensité de ma gratitude.

Ca ne m'empêche pas d'éprouver une admiration sans bornes pour les gens qui persévèrent, s'échinent et s'acharnent des années durant à la poursuite de leur rêve ou de leur but ; je les admire d'autant plus que je suis totalement incapable d'accomplir un dixième des efforts qu'ils déploient. Ne rien vouloir, c'est une attitude bien terne en comparaison, mais elle a des conséquences surprenantes et enchanteresses...