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28/07/2006

Le temps béni des charrettes à bras

Moui d'accord c'est un peu exagéré, je n'irai pas jusqu'à dire que j'aurais préféré vivre au temps des cavernes (quoique... il doit faire bien frais là-dedans), mais ma relation avec les voitures est une saga si rocambolesque que je me surprends parfois à souhaiter qu'elles n'aient jamais été inventées. A l'époque, les gens marchaient à pied, point barre, et j'ai pas tellement l'impression qu'ils attendaient comme le messie l'apparition d'un véhicule à moteur qui leur permettrait enfin de se taper 15 heures d'embouteillages sur l'A7 avant d'arriver en terre promise méditerranéenne. Il faut dire que les congés payés étaient encore un doux rêve, ceci expliquant sûrement cela, mais voilà que je repars dans des considérations délirantes qui n'ont qu'un lointain rapport avec le sujet.

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été maffrée avec ces engins du diable. Déjà, j'ai raté mon permis alors que j'avais fait mon apprentissage du volant en conduite accompagnée ; à voir la tête de l'inspecteur, je devais être la première du département. Bon, je l'ai eu au deuxième coup quand même, mais c'était déjà foutu. Tout ce qui a suivi n'a été qu'une longue succession d'accidents, de pannes, de PV et de vandalisations en tous genres. Je n'ai pas connu un seul mois de répit dans cette triste aventure ; pour être totalement honnête, c'était la plupart du temps de ma faute. Eh oui. J'avoue. Aujourd'hui, ça va un peu mieux, et de toute façon je préfère en rire, je ne vais pas battre éternellement ma coulpe pour trois morceaux de tôle froissée, ni pour un nombre si impressionnant de contraventions qu'en les recyclant, on pourrait produire une palette entière de papier machine. Et puis surtout, ça me donne l'occasion de raconter certains épisodes croquignolets.

Le truc le plus hallucinant qui me soit arrivé, c'est la transformation de ma bagnole en sous-marin des fossés. Il y a quelques années, roulant vaillamment sous une pluie battante au beau milieu d'une cambrousse perdue (j'étais obligée hein, c'était pour le travail, vous pensez bien que sinon je ne me serais pas trouvée là, la campagne sous la pluie c'est affreusement déprimant), j'ai atterri sur un petit chemin au milieu des vignes. Il avait tellement flotté que le dit chemin était totalement recouvert d'eau, sur toute sa largeur ; je roulais donc prudemment, en tout cas beaucoup plus prudemment qu'à l'accoutumée. Soudain arrive dans le sens inverse une camionnette de la DDE roulant à vive allure (on dirait un rapport de la Gendarmerie), et qui ne manifeste aucune intention de ralentir, ni même de se déporter légèrement sur la droite pour que nous puissions nous croiser sans problème. Je commence à paniquer légèrement, du coup je décide de me mettre un peu plus sur ma droite, puisqu'ils ne le font pas et qu'ils continuent à rouler joyeusement, sans paraître me voir. Et là... ma voiture sombre peu à peu dans le fossé, car fossé il y avait, mais fourbement caché par l'étendue d'eau. A vous, je peux bien vous le dire : une voiture, c'est pas du tout étanche. Mais alors pas du tout. L'eau vaseuse et marron s'est immiscée à une vitesse incroyable dans l'habitacle, tandis que la voiture continuait inexorablement de tomber dans ce puits sans fond. Je venais de voir le film Titanic, et franchement je m'y suis crue. Sans blague, j'ai pensé un instant que j'allais me noyer dans ma bagnole, si c'est pas malheureux ! J'ai donc rampé lamentablement vers la vitre pour tenter de m'extraire de ce piège infernal, sous le regard des messieurs de la DDE morts de rire. Oui, ils s'étaient arrêtés quand même, ils devaient être inquiets d'avoir ma mort sur la conscience ; cela dit ils avaient l'air de trouver le spectacle très divertissant. J'étais scandalisée, étant donné que c'étaient eux qui m'avaient poussée vers le fossé de la mort ; mais je suis restée indulgente, les occasions de se distraire doivent être rares dans ces contrées reculées.

Bref, ils m'ont gentiment aidée à me sortir de ce mauvais pas ; ils ont tracté la voiture jusqu'à la terre ferme, remis de l'huile ou je ne sais quoi, refait tourner le moteur qui refusait de repartir, on était à la limite du bouche à bouche. J'ai fini par repartir vers la civilisation ; mais les conséquences de ce drame furent terribles, car ma voiture était entièrement imbibée d'eau. Il a donc fallu la faire sécher dans une sorte de grand four à bagnoles, pour éviter que des champignons de Paris ne fleurissent dans la mousse des sièges. Charmant. Le pauvre tas de boue ne s'en est jamais remis, il a quitté ce monde quelques temps plus tard, de sa belle mort, c'est à dire écrabouillé dans un autre fossé, si je me souviens bien.

Malgré tous ces pépins, je n'ai jamais été gravement blessée, à mon sens c'est tout ce qui compte ; en revanche ma fierté en a pris de sales coups, mais c'est vrai qu'il m'en faut pas beaucoup. Il y a de cela deux semaines, par un après-midi estival suivant une soirée conviviale (= je suais comme une bête derrière mon volant en attendant désespérément la fin de ma gueule de bois), je m'apprêtais à rentrer chez moi quand soudain, la camionnette (encore !) blanche devant moi s'arrête le long de l'avenue. Je jure comme un charretier, et m'apprête à la dépasser ; mais là, je vois en surgir ce qui semble bel et bien être deux policiers. Totalement interloquée (les fourgonnettes banalisées, une enième invention satanique du petit Nicolas ?), je les regarde s'avancer vers moi et me saluer (sont polis, faut être honnête). L'un deux (leur chef, probablement) me pose alors ce qui est manifestement LA question favorite de la maréchaussée : "Vous savez pourquoi on vous arrête ?". Résistant difficilement à la tentation de répondre "Pour me dire que je suis la plus belle fille du monde ?", je me dis qu'il vaut mieux faire profil bas et bafouille lamentablement "Parce que je n'ai pas ma ceinture ?".

Je ne mets pratiquement jamais ma ceinture. Je sais, c'est mal, mais que voulez-vous, ça me serre, ça m'étouffe, déjà que j'ai un souffle au coeur j'ai pas besoin de ça. Sans compter qu'avec 35° au thermomètre, le plastique brûlant sur l'épaule c'est un coup à vous faire fondre la clavicule. Enfin, trêve d'excuses foireuses, la ceinture, c'est o-bli-ga-toi-re et je sais bien que je mérite d'être punie. Donc le policier fait son train-train, je lui montre mes papiers, bien en règle et tout, puis il me demande de le suivre dans la camionnette. Echaudée par la sournoiserie de ces engins, je le suis en traînant des pieds. Il y fait bien entendu 60 degrés, je commence à me dire que je vais tourner de l'oeil, d'autant que le policier écrit à une lenteur hallucinante, on dirait qu'il veut expérimenter le ralenti extrême, genre Matrix de la rédaction de PV. Il finit enfin son truc, me tend ma prune, m'annonce solennellement que j'aurai jusqu'à 4 points retirés sur mon permis et là, porte l'estocade finale en me demandant si je reconnais les faits. C'est à ce moment que surgit des tréfonds de mon cerveau une réaction immémoriale et incontrôlable de refus de l'autorité, qui me fait répondre tout de go "non", puis cocher la case correspondante et signer mon forfait, le tout dans une sorte de spasme défoulatoire que je ne m'explique pas moi-même.

Evidemment le flic me regarde comme si j'étais Guy Georges, et me somme de donner une explication de mon refus de reconnaître mon abominable crime. C'est là que je me prends à regretter mon geste, pas sur le fond, mais parce qu'il a l'air vraiment très désireux que je m'explique. J'essaie vaguement de sortir quelques arguments, auxquels il reste bien sûr totalement hermétique ; en fait il est vexé comme un pou, puisqu'il me rappelle plusieurs fois que je conteste l'affirmation d'un officier de police assermenté, bref il a presque l'air blessé que je l'accuse de mentir, ce qui n'est pas du tout le cas bien sûr, ma mauvaise foi a des limites. J'abrège en disant que de toute façon, la contravention est dressée, qu'il faudra bien que je la paye et que j'assume mes points en moins, c'est vrai quoi, c'est bien beau de faire la maline, mais c'est pas ça qui va changer quoi que ce soit à l'affaire. Surtout j'évite d'aller sur le terrain où il veut m'entraîner, celui de la provocation, à mon avis il s'attend à ce que je gueule "Mort aux vaches" avant de m'enfuir en courant ; tu parles, il fait bien trop chaud pour courir, et je n'ai aucune envie de me retrouver en cellule de dégrisement, on sait jamais que l'alcootest soit encore positif. Il finit par me laisser partir ; je sais bien que me conduire de la sorte n'amène à rien, mais je me dis que c'est mon droit de faire de la rébellion à deux balles ; d'accord, j'étais en tort, je n'avais pas ma ceinture, et de temps en temps il faut bien accepter de se faire prendre en faute (même si c'est quelque chose dont j'ai horreur) ; ok, j'ai joué, j'ai perdu, mais il faudrait en plus être content et remercier les gentils policiers de vous verbaliser ! (90 euros quand même ! 600 balles, comme qui dirait). Mon respect de la loi aussi a des limites.

Rien de tout ça m'arriverait sans ces satanées bagnoles. Depuis quelques années, nos tas de boue, l'avez-vous remarqué, se muent en engins de l'espace dignes de la pire littérature SF. La voiture du futur, c'est celle qui conduit à votre place, qui vous rappelle les limitations de vitesse avec une voix de téléphone rose, qui émet un bip-bip affreusement strident pendant que vous faites tranquillement votre créneau, et qui bien sûr refuse mordicus de démarrer si vous n'avez pas votre ceinture (mais sans vous proposer de case oui ou non, cette fois, la machine n'a pas les faux scrupules de l'espèce humaine). Non seulement c'est dangereux, puisqu'à terme les gens ne sauront plus conduire tous seuls, à force d'y être assistés, mais en plus c'est générateur de pannes et d'avaries en tout genre ; apparemment les constructeurs n'ont pas les moyens de leurs ambitions, puisque plus les voitures sont sophistiquées, plus elles tombent en panne. Et c'est bien entendu ce qui m'est arrivé cette semaine.

En revenant du travail, ma voiture faisait un drôle de bruit. Rien d'alarmant, me suis-je dit, insouciante ; au bout de quelques centaines de mètres, une odeur tenace de plastique brûlé s'est faite sentir, et une menaçante fumée blanche a émané du capot. Après avoir failli mourir noyée, c'est à présent par les flammes que je vais périr, mais toujours dans une saloperie de bagnole, ai-je pensé mi-folle de rage mi-folle de trouille. Le moteur s'est finalement arrêté pendant que je me garais comme je pouvais sur un trottoir, pour m'éjecter en courant du véhicule sur le point d'exploser. Bilan : une heure d'attente de dépanneuse, un démarreur fondu qui a failli foutre le feu au systéme électronique d'une voiture pourtant récente et correctement entretenue (pourquoi ? warum ? why ? porqué ? y a-t-il quelqu'un, quelque part, qui puisse me le dire ?), une réparation fantaisiste à 50 000 dollars, une re-réparation sérieuse et moins chère, une exaspération grandissante pour cette engeance détestable.

Coup sur coup, le PV à discussion philosophique et le feu au moteur, ça fait beaucoup. C'est dommage, ça allait mieux de ce côté-là ; je crois que le fait d'avoir vécu sans voiture quelques temps (lorsque j'habitais Paris bien sûr, je rêve d'y revivre rien que pour ça) m'avait un peu réconciliée avec ces machines ; mais là c'est fini, la guerre sans merci et jusqu'à ce que mort s'ensuive est déclarée. Je n'ai pas particulièrement de but dans la vie, mais si je devais en avoir un, ce serait de me débarrasser de ce tas de tôle moche, dangereux et polluant, au volant duquel je me transforme, comme tous mes semblables, en monstre écumant et haineux envers les autres automobilistes. Moins qu'avant, c'est vrai, mais la voiture fait clairement ressortir toutes mes pires tares. Bien sûr, le progrès c'est formidable, la vitesse c'est bien utile, la sécurité croissante c'est un bienfait, mais bon, quels emmerdements ils ont évité, nos ancêtres qui allaient à pied !

En province hélas (à Toulouse en tout cas), l'indigence et la lenteur des transports en commun oblige quasiment à posséder une voiture ; mais je vais me mettre à réfléchir sérieusement à une alternative. Et de toute façon, solution ou pas, un jour ou l'autre, le pétrole finira heureusement par manquer...


24/07/2006

Mea maxima culpa

J'ai passé tant d'années à me flageller, à me fustiger et à m'accuser de tous les maux de la terre que je pourrais quasiment pondre une thèse sur le sujet. Mais bon, comme j'ai ma vie à vivre, je préfère en parler ici, c'est plus rapide, et il faut moins travailler, c'est toujours ça de pris. J'en profite pour exprimer ma profonde admiration aux gens qui se consacrent à la recherche et à l'étude, il doit falloir tant d'abnégation et de persévérance que moi, j'abandonnerais avant même d'avoir commencé.

Maintenant que j'ai satisfait mon vice de la digression, je peux entrer dans le vif du sujet. Je ne sais pas quoi à ça tient, le fait d'avoir éprouvé cette culpabilité, intense, permanente et destructrice, pendant tant d'années. Ca a trait à pas mal de choses enfouies, que je ne suis pas certaine de vouloir déterrer. J'en arrive à me dire que vouloir en chercher les racines ne sert à rien, car ce n'est pas ça qui m'a aidée à m'en débarrasser. J'ai cru longtemps que le simple fait de comprendre certains rouages psychologiques suffisait pour parvenir à les déjouer ; aujourd'hui je n'en suis plus du tout sûre, et à vrai dire je pense même le contraire : ce qui est bienfaisant, c'est d'arriver à vivre avec, tout simplement. Ca paraît bête, mais ça reste un long chemin.

Pour moi, il en a été ainsi de la culpabilité. La première fois que je me rappelle avoir éprouvé ce sentiment... eh ben je m'en rappelle pas, tellement c'est immémorial, ancré au plus profond de mon être. A la maternité, je devais déjà me sentir coupable d'être née. Il faut dire que dès ma plus petite enfance, j'ai eu le sentiment d'avoir été investie de tant d'espoirs, d'attentes, d'exigences... c'est facile d'accuser ses parents ; j'ai fait ma crise d'adolescence très tard, mais elle est bel et bien terminée, donc je préfère ne pas m'aventurer dans cette direction. Je préfère me dire que c'est ma façon de cristalliser ces ressentis qui a renforcé ma culpabilité.

Toujours est-il que je me rendais responsable de tout et n'importe quoi. Ca allait des engueulades de mes parents aux rébellions de ma soeur, de ma propension à la rondouillardise à ma timidité maladive, de ma paresse à mon "anormalité" par rapport aux filles de mon âge. J'en arrivais toujours à me dire que c'était de ma faute, sans bien sûr jamais rien y pouvoir ; c'est d'ailleurs en ça que la culpabilité est un affreux cercle vicieux, comme elle est infondée, on ne peut pas lutter contre. Alors on tourne et on retourne les choses dans son esprit. Et pire que tout, on prête le flanc. On tend la joue droite (ou gauche, je sais pas, jamais lu la Bible). Pour continuer à se torturer, on a presque besoin que les autres, à leur tour, vous accusent. Ce qui, hélas, ne manque pas d'arriver, c'est tellement pratique d'avoir sous la main quelqu'un qui veut bien être responsable de la mauvaise humeur de votre patron, du mauvais temps ou de la réélection de George Bush. La boucle est bouclée.

Et puis un jour, va savoir pourquoi, on réalise que ce n'est plus possible, qu'il faut que ça s'arrête, qu'on se détruit. D'abord on ne peut pas avoir de relations durables avec les autres dans ce type de fonctionnement, parce qu'on finit par détester tout le monde, parce qu'on a l'impression que les autres sont toujours nocifs. De fait, souvent ils le sont, puisqu'on finit par attirer les pires nuisibles que la Terre ait porté. Et puis on se rend compte qu'on s'est enfermé dans ce schéma au point de le faire valoir comme excuse : oui, c'est vrai, j'ai fait ça, je ne me suis pas rendue compte que ce n'était pas bien, de toute façon je me sens toujours coupable. On perd la notion du bien et du mal (oui, je suis manichéenne, ne me poussez pas, je pourrais bien arriver à en être fière !). On pense à tous les moments de joie gâchés par l'aiguillon de la culpabilité. On pense au sentiment de liberté qu'on éprouverait si ça s'arrêtait. Et surtout, on finit par se dire : "La faim dans le monde, c'est pas moi, les pogroms russes du 19° siècle, c'est pas moi, la mère Michel qui a perdu son chat, tiens c'est pas moi non plus !"

Et voilà. Progressivement, ça s'estompe. On reprend possession de soi-même. On apprend à reconnaître ses VRAIS torts (enfin, pas toujours, mais je m'applique, je fais des progrès visibles à l'oeil nu !). On garde sa mauvaise foi légendaire, mais on refuse de tendre la perche, ou de chercher le bâton pour se faire battre. Plutôt que coupable, on apprend à être responsable. C'est beaucoup plus gratifiant, et ça n'exonère pas de certaines fautes, puisque tout le monde en fait : vraiment, la responsabilité, c'est de la culpabilité positive, débarrassée du non-amour de soi. Ca fait un bien fou. Ca aide à prendre du recul sur les choses, et à profiter de la vie. C'est une libération incroyable...

Il y a des arrière-goûts de revenez-y, notez, mais ça ne dure jamais bien longtemps. Dès que l'alerte se déclenche, on sait comment faire : en parler directement à la personne concernée (qui en général tombe quasiment de sa chaise sous l'effet de la stupéfaction), penser plutôt aux bonnes choses que l'on fait, se rappeler le petit enfer qu'on s'était créé à force de culpabiliser. Ca calme à tous les coups !

Récemment divers événements m'ont fait repenser à ce sentiment qui appartient pour moi au passé... à l'époque où je l'éprouvais, je pensais bien sûr être la seule, et de ça aussi je me rendais coupable, vous en reprendrez bien une petite couche ; aujourd'hui que je m'en suis extirpée, je réalise que beaucoup y sont encore englués... je me sens impuissante, quand je vois les mécanismes qui broient les personnalités. Ce qui me terrifie le plus, c'est que la société, et les quelques modèles cadenassés qu'elle propose, sont le plus souvent à l'origine de ce sentiment délétère. Plus que jamais, j'ai envie d'être dans la vie, de vivre avec mes semblables ; mais plus que jamais, je me demande comment faire pour parvenir à être simplement soi-même, à s'accepter tel que l'on est, pour un peu que l'on soit un tantinet différent de son voisin... c'est certainement plus facile qu'il y a cinquante ans, mais au vu des dernières évolutions, il faudrait prendre garde à ne pas régresser ; sous couvert d'unité ou d'égalité, le monde actuel me semble bien enclin à montrer d'un doigt accusateur quiconque fait montre d'un minimum d'originalité, de décalage, ou même simplement de franchise... il y aurait presque de quoi se sentir coupable d'exister, et ça, personne ne devrait le tolérer.

21/07/2006

Décalage horaire

Rassurez-vous, la chaleur ne m'a pas encore totalement fait perdre la boule, même si le processus est indéniablement enclenché ; je suis donc bien consciente qu'entre Paris et Toulouse, il n'y a pas de jet lag (si vous voyagez en first, en classe éco j'ai l'impression qu'on dit toujours décalage horaire. De toute façon, moi je suis contre les classes dans les transports, ça devrait plus exister, c'est carrément moyenâgeux. Allez zou, tout le monde en première, pas vrai Anne ?) Toujours est-il qu'à rentrer chez moi, le décalage, je le prends en pleine tête, bien qu'il soit la même heure que dans la capitale.

D'abord la chaleur : aussi incroyable que ça puisse paraître, il fait encore plus chaud à Toulouse qu'à Paris. Les quelques secondes nécessaires à la traversée du parking de l'aéroport m'en ont convaincue. A couper le souffle, cette impression d'être au coeur d'un volcan. Chaque été je me répète la même chose : d'année en année, on oublie à quel point il peut faire chaud (et froid aussi, l'hiver, mais je trouve que c'est moins marquant). On a beau se dire : "L'été arrive, on va mourir de chaud, ça va être affreux, tiens si je m'exilais au Nunavut", on réalise ensuite qu'on n'est pas arrivé à se figurer à quel point la chaleur est intense. Ce genre de phénomènes me fascine ; il faut dire que je suis facilement subjuguée par de simples processus naturels ; par exemple, le simple fait de pouvoir se déplacer, je trouve ça fascinant. A un moment donné, je suis là, et cinq minutes après, hop, je suis 500 mètres plus loin. Oui, je suis un peu cinglée, sur les bords. Je m'applique, mais c'est pas évident d'avoir un raisonnement rationnel.

Ce qui m'amène à l'avion. Les plus grands génies de l'humanité pourront m'expliquer pendant des heures, avec moult pédagogie et tentative de vulgarisation, par quels mécanismes fonctionne un avion, pour moi, ça restera toujours un miracle que ce machin décolle, vole et atterrisse sans que personne ne semble s'en étonner. Cela dit, j'ai une théorie (tu penses) sur l'avion : je pense qu'en fait, la plupart des passagers sont morts de trouille, genre 75 %. Mais pas bêtes, ils mouftent pas, il ont trop peur de passer pour des crétins bornés et rétrogrades. Mais comme moi, je m'en fous pas mal qu'on me prenne pour une dingue, je le proclame à la face du monde : j'ai peur de l'avion !!! Pendant une heure, je tremble, j'ai les mains et les pieds moites, je sursaute au moindre bruit, j'ose à peine regarder par le hublot, et je torture ma pauvre soeur, qui a aussi peur que moi mais qui prend sur elle, avec des questions et des regards angoissés. Ne prenez jamais l'avion avec moi, si par hasard vous n'avez pas peur, je suis capable de vous rendre phobique.

Enfin, une fois de plus, j'ai surmonté cette épreuve, comme j'ai survécu aux chauffeurs de taxi revêches, aux conducteurs de bus qui vous jettent dehors parce que vous n'avez pas de monnaie pour votre ticket, et aux tourniquets de métro dont la seule raison d'exister semble être le cassage de col de fémur ; je crois que c'est clair, les transports, c'est pas mon truc ! Même la voiture, ça me réussit plus : ça me prend tellement la tête, tous ces embouteillages et ces fous du volant, que j'ai l'impression de désapprendre progressivement la conduite. Inquiétant non ? Je conduis de plus en plus mal, et pour couronner le tout, mon légendaire sens de l'orientation, qui en d'autres temps m'a valu les louanges et la reconnaissance éternelle de tout mon entourage, est en train de m'abandonner aussi. C'est affreux, je vais finir par errer des heures au volant de mon tas de boue, essayant désespérément de retrouver ma maison en roulant en première. Charmante perspective.

Je verrai bien si ça se passe comme ça, lundi matin, sur le chemin du bureau. Car oui, le retour signifie aussi ça, la fin des vacances (jusqu'en septembre, faut pas déconner non plus). J'ai la chance d'avoir un travail où je ne vais pas à reculons, mais de là à dire que je vais y retourner en gambadant espièglement, il y a un monde... Je me console en pensant que je retrouve aussi tout mon petit monde, et que je vais pouvoir à nouveau combler ma casanièrerie congénitale. Déjà j'ai repris possession de mon ordinateur, et j'en suis presque à éprouver de la tendresse pour cet objet diabolique... et puis tout le reste va suivre : mon train-train, ma routine, mes habitudes, dormir dans mon lit et que personne ne me parle au réveil... rien que d'y penser j'en frissonne d'aise.

Enfin tout ça pour dire, maintenant que j'ai râlé un peu, que j'ai vécu une semaine formidable. J'ai marché dans Paris, visité consciencieusement tous les quartiers à touristes, écumé des bars, des brasseries et des restaurants (j'avais oublié à quel point cet endroit est le royaume de la bouffe ! A vue de nez j'ai pris quatre kilos). J'ai humé l'air de la ville, j'ai fait partie de cette vie foisonnante, souvent insouciante, parfois angoissante. J'ai vaguement fait les boutiques, pour pouvoir dire que je les avais faites. J'ai visité des musées, vu des expos, découvert des graffiti au détour d'un mur. J'ai fait des rencontres enrichissantes, rocambolesques, pleines d'humanité. J'ai parlé, échangé, ri. Je me suis enivrée, d'alcool, de gens et de ressentis. Je me suis crue Parisienne pendant quelques jours, et c'est une sensation merveilleuse. Je rentre gonflée à bloc, convaincue que je reviendrai, toujours, dans cette ville multiple et changeante...

Alors bien sûr, à côté, Toulouse me semble bien fade... mais c'est ici que je vis, et avec moi une bonne partie des gens que j'aime. C'est ainsi, et je crois qu'au fond, c'est ce qui me permet d'aimer autant Paris, le fait de ne pas y vivre. Cela dit, si je gagne au loto, mon projet number one est toujours d'acheter le petit manoir au-dessus de la vigne de Montmartre, mais curieusement quelque chose me dit qu'il n'est pas à vendre !

Et puis le meilleur pour la fin : la grève de blog est terminée ! Ca m'a pas mal démangée pendant cette semaine, mais quand même j'avais la flemme, et comme j'ai besoin de strictes conditions pour pondre un truc à peu près correct, je me suis abstenue. Mais là, arrivée depuis à peine deux heures, je n'ai pas pu m'empêcher de sauter sur mon clavier... je me sens trop confuse pour écrire autre chose que ce vague résumé de vacances, mais aussitôt remise, je m'attaque de nouveau à la philosophie de bazar, n'ayez crainte !

13/07/2006

Souris des villes

Alors bien sûr, la souris est l'animal à qui je ressemble le moins (du reste j'ai la prétention de ne ressembler à AUCUN animal), mais je voulais détourner la métaphore du rat des champs, j'ai rien trouvé de mieux, il fait trop chaud pour se creuser la cervelle.

Je suis une citadine dans l'âme. Je ne peux pas imaginer de vivre ailleurs que dans une ville, une grande ville bien sûr ; il me semble que les petites villes concentrent les inconvénients de la ville ET de la campagne, sans avoir les avantages d'aucune. Cela dit, j'en sais rien, j'ai pas trop d'expérience en petites villes. Comme je sors le dimanche, j'ai quand même des notions sur ce que peuvent être les autres cadres de vie, d'une richesse et d'une diversité exceptionnelles dans notre beau pays (vous entendez les violons ?). Eh ben ça va pas du tout. Dès que je reste hors d'une ville pendant 24 heures, je dépéris.


A la campagne, au début, c'est bien. C'est calme (étrangement calme), plutôt joli (quand on aime le vert, bien sûr) et reposant (=pas de voisins). En été, il fait beaucoup plus frais qu'en ville, les oiseaux chantent et les vaches meuglent, on entend le chant des cigales (ou des grillons, toujours confondu les deux) et le crissement des arrosages automatiques dans les champs de maïs. On se dit qu'on va prendre le bon air, recharger ses accus et déguster de la bonne cuisine du terroir.

Et là, soudain, c'est le drame. On se pose la question à dix mille : qu'est-ce qu'on va faire ??? A part rien, bien sûr. La réponse est simple : ben rien. Il n'y a rien à faire. A part aider aux travaux des champs, ce qui est totalement exclu à moins de vouloir empoisonner tout le département parce que vous avez trait une vache avec du vernis pas sec sur les ongles, ou de ne pas craindre de foutre en l'air toute la récolte en piétinant les blés avec vos compensées.

En résumé, la campagne, c'est bien beau, mais moi je m'y emmerde à cent sous de l'heure. De toute façon il y a trop de bêtes, des abeilles, des guêpes, des hannetons, des tarentules et je ne sais quoi encore, j'ai hyper peur des bêtes. Et puis tout ce calme, ça m'empêcherait presque de dormir.


Sinon, il y a la mer. La plage, quoi. Le sable qui s'immisce un peu partout, les enfants qui hurlent, les marchands de pralines qui vous marchent presque dessus, les familles nombreuses qui écoutent le match de foot sur leur radio à 500 décibels, les obsédés qui vous reluquent lubriquement. Le bonheur, en somme. Le problème à la plage, c'est qu'il y a d'autres gens. Un peu comme dans les villes, en fait. Et comme la plage, on y va généralement pour les vacances, moi je m'abstiens, je ne veux pas être aussi envahie, dérangée et persécutée par mes frères et soeurs humains que le reste de l'année. Je veux être tranquille. Ajoutez à ça que je DETESTE lézarder ; le soleil m'assomme, en cinq minutes je deviens pourpre, à côté un homard est pâlot, tout ça pour redevenir aussi livide dès que j'ai pelé. Merci bien, je préfère rester au lit. Sans compter que la mer, c'est dégueulasse, les poissons baisent dedans, comme dit Renaud.

Si c'est pour y vivre toute l'année, alors là c'est carrément Hitchcock : vous êtes déjà allés dans une station balnéaire hors saison ? Je pense que le plateau du Larzac à 4 h du mat', c'est plus animé. Déjà que l'hiver, c'est dur pour le moral, là c'est un coup à pas passer Noël.


Le meilleur pour la fin : la montagne. Alors là, c'est énorme. Déjà, si j'ai pas vomi avant d'arriver, c'est un miracle, tous ces virages, ça me rend malade. Bien entendu, j'ai le vertige ; ça doit faire des années (des décennies ?) que j'ai pas passé une nuit en altitude, mais je pense sérieusement que je ne fermerai pas l'oeil de la nuit, à force de m'imaginer au bord d'un précipice de 4500 mètres de haut. Avouez que c'est mal barré. Comme ailleurs, deux possibilités (en gros) : l'hiver ou l'été.

Dans sports d'hiver, il y a sport, je suis donc face à une incompatibilité majeure. La seule fois que j'ai fait du ski, c'était quand j'étais en sixième, en janvier 1985 pour être exacte. Voyez comme ce traumatisme est resté gravé dans ma mémoire... c'était une classe de neige donc, et j'ai peu de souvenirs d'enfance aussi affreux que ces huit jours. Un fiasco épouvantable, la Berezina, la finale de la Coupe du Monde (détendez-vous, c'est fini, c'est la vie !). Il faisait atrocement froid, j'avais mal aux chevilles (à cause des chaussures) à en crever, j'étais la risée de mes gentils petits camarades, car je tombais beaucoup, et quand je tombais, je vous le donne en mille, je roulais. Mon orgueil en a pris un sale coup, j'ai évité de peu vingt ans de psychanalyse. Et puis je voulais rentrer chez moi, j'étais déjà très casanière. Donc le ski, c'est sûrement hyper fun quand on maîtrise, mais je vais quand même m'abstenir. A vie.

La montagne l'été, c'est un concept que je n'ai toujours pas compris. Enfin si, j'ai compris que le but c'était de crapahuter dans les caillasses le long de pentes vertigineuses, sous un soleil de plomb, souvent en compagnie de moutons espiègles fortement désireux de vous faire tomber, en espérant désespérément atteindre avant le coucher du soleil le refuge où on pourra enfin manger des ravioli froids à même la boîte, et ensuite goûter à un sommeil réparateur au milieu d'inconnus qui ronflent et qui puent des pieds (tu m'étonnes, des Rangers par ces températures, ça ferait fuir un troupeau de putois). Et on appelle ça des vacances ! Pour le coup, c'est retourner au travail qui doit sembler bienfaisant. De toute façon, le problème solaire reste entier, voire pire : quitte à avoir des brûlures au troisième degré, je préfère encore la mer, au moins je n'ai pas peur de tomber du parapet qui entoure la plage.

En fait je crois que je n'aime pas les vacances... ça doit me rappeler que le reste du temps, il faut aller bosser. Mais bon, j'en prends quand même, je ne vais pas sacrifier les acquis du Front populaire et de mai 68 à la World Company. Comme je n'ai pas envie d'affronter les situations que je viens de décrire, j'ai tendance à rester en ville. En été, les villes se vident, tout est plus calme, plus serein, plus lent... j'adore ces moments, je découvre le paysage urbain sous un autre angle, un peu comme quand je fais du vélo. Et puis même quand il y a du monde, j'aime les villes. J'aime le bruit, les embouteillages et la pollution. Non, ça je déteste bien sûr, mais j'aime tellement la vie en ville que tous ces inconvénients me semblent presque poétiques. J'aime l'agitation, le foisonnement, le mélange, les contrastes. J'aime la rumeur de la ville au milieu de la nuit.

Et surtout, j'adore Paris, comme vous le constaterez si vous lisez ceci. Et pas plus tard que demain, je m'en vais y passer une semaine, dans cette ville mirifique où j'ai eu le bonheur de vivre quelques temps. Parisiennes et Parisiens qui me lisez, ravalez vos sarcasmes, je ne suis qu'une pauvre petite provinciale éblouie par la magie de la capitale. Les calamités dont vous vous plaignez si souvent (avec un tantinet de snobisme, reconnaissez-le), je ne les voyais pas quand le soir, en me penchant à ma fenêtre, je contemplais la silhouette du Sacré Coeur qui se découpait dans la nuit bleue...

Et voilà, j'ai encore frôlé la grandiloquence de mauvais aloi ! Faut croire que j'ai vraiment besoin de vacances en fait ! Je vous en souhaite de bonnes, si vous en avez, et aussi de bonnes si vous n'en avez pas. Ne soyez pas chagriné, vous allez avoir le choix entre douze places de parking pendant que de pauvres juilletistes brûleront au soleil au milieu d'enfants déchaînés, ou sueront sang et eau pour gravir une pauvre colline qui n'en demandait pas tant...



10/07/2006

Attention soutenue

« Toutes les fois qu'on fait vraiment attention, on détruit du mal en soi ». C'est Simone Weil qui a dit ça (la philosophe, pas la femme politique ; il n'y a aucun ostracisme dans cette précision, c'est juste pour rendre à César).

J'ai passé une journée affreuse. Heureusement qu'en plus je ne suis pas fan de foot, sinon je n'avais plus qu 'à choisir entre la ciguë et le gaz. Pour être totalement honnête, l'idée m'a traversé l'esprit de pondre un billet de râlage puissance mille, pour me plaindre de ces gens qui se garent n'importe comment ou qui oublient de fermer les robinets (c'est un truc qui me rend folle, je ne COMPRENDS PAS comment on peut ne pas faire cet effort, si tant est que ça en soit un, quand on sait à quel point l'approvisionnement en eau est menacé sous nos latitudes, et bien sûr quasiment inexistant pour 80 % de la population mondiale. Bon, ben j'ai râlé un peu finalement). La chaleur complètement démente ne doit pas être étrangère à ce ras-le-bol ; quant au travail, je n'épiloguerai pas non plus, en ce moment c'est n'importe quoi, je crois que je vais enfin me décider à devenir escort-girl. Mais bon, ça non plus c'est pas gagné, puisque normalement il faut être un peu belle pour faire ça.

Bref, quand je m'énerve, je tente désespérément de pseudo-philosopher pour me calmer, et si je suis vraiment remontée, je me mets carrément à divaguer. Comment j'en suis arrivée à repenser à cette belle phrase, ça restera un mystère, mais le fait est qu'elle m'est venue à l'esprit. Je suis tombée dessus il y a des années, pendant ma période citations. Elle a tout de suite résonné en moi, parce qu'elle explique une chose simple en laquelle je crois profondément, à savoir qu'au prix d'un peu de volonté et de quelques efforts, on peut devenir meilleur, et qu'il y a toujours une alternative préférable à laisser sa part d'ombre prendre le dessus. Nous avons tous des réactions primaires (aucun rapport avec Zidane, encore une fois, je précise car apparemment la blogosphère ne bruit que de ça, je ne voudrais pas crouler sous les injures, ou alors attendez demain s'il vous plaît), des bassesses, de la mesquinerie. Nous avons tous du mal en nous. La question n'est pas de se conformer à une morale, ou d'obéir à une quelconque religion (puisque je suis une parfaite mécréante), mais plutôt d'essayer d'être le plus humain possible. Et franchement, il y a pas mal d'occasions où c'est pas très compliqué ; pour y arriver, pas besoin d'être Gandhi ou mère Teresa.

Alors bien sûr, on n'y arrive pas tout le temps, moi en tout cas je suis sûre que je pourrais mieux faire. Je m'applique, hein ! C'est hyper important pour moi, et en plus ça me fait remonter dans ma propre estime, y compris, et peut-être d'autant plus, quand personne ne s'en rend compte. En fait, c'est surtout vers les autres qu'est dirigée cette exigence. Quand je suis seule, je m'autorise parfois à la noirceur, mais en société j'évite au maximum. Je n'ai pas envie de faire peser certaines choses sur des gens que j'aime et qui m'aiment. Avec eux, j'ai envie de donner le meilleur de moi-même. Je réserve le pire à des moments de solitude, quitte à les provoquer quand la mélancolie est trop forte. Je crois que ça m'aide à tenir éveillée mon attention, et à museler le mal que je porte en moi. C'est une des innombrables choses que m'a appris l'amour vrai, le grand le beau le seul l'unique. Le copyright (quelqu'un sait-il comment produire ce petit signe à partir d'un clavier standard ? Ou faut-il encore télécharger je ne sais quel plug-in diabolique ?). C'est une belle leçon. Mais ça s'applique aussi dans des tas d'autres circonstances de la vie quotidienne. Sauf aujourd'hui, j'avoue, j'ai eu du mal. Demain, promis, je mets les bouchées doubles !

Comme conclusion à une journée calamiteuse, j'aurais pu craindre pire finalement ; je suis contente, je vais pouvoir partir le coeur léger ; du reste, je vous laisse, j'ai rendez-vous pour une partie de pétanque, où je ferai bien sûr attention à ne blesser personne.

06/07/2006

Quadrature du cercle

Comme prévu, j'ai craqué. J'ai lamentablement cédé à la pression de la majorité, qui telle un rouleau compresseur a foncé sur moi pour aplatir et enfouir six pieds sous terre mes convictions. Oui, j'ose le dire : hier soir, j'ai rejoint mes réguliers dans un bar pour voir ce putain de match.

C'était lamentable. Pas la soirée en elle-même ; moi, du moment que je suis avec des gens que j'aime, ils peuvent bien m'emmener scier du bois dans la forêt, je suis contente quand même (oui, après un temps d'hésitation, d'accord). De toute façon, j'ai très vite décroché de ce spectacle emmerdant à pleurer, et avec ma soeur et mon Frank, on s'est installés sur un banc, à l'extérieur, pour papoter et dire du mal des passants, c'était vraiment beaucoup plus marrant.

Reste que je ne suis toujours pas convaincue de devenir fan de foot, loin s'en faut. Passons sur les fausses chutes d'une maestria incomparable (il faudra penser à créer un Oscar du meilleur tombé tout seul) et les longues minutes à espérer qu'il se passe enfin quelque chose ; ce qui m'a le plus scandalisée c'est le chauvinisme éhonté et d'un opportunisme criant des spectateurs, les mêmes qui bien sûr, il y a quelques semaines, souhaitaient mille morts atroces à Raymond Poulidor (ah non pardon, Domenech). Ah ben oui, c'est plus simple d'être patriote quand on gagne ! Ce sont sûrement les mêmes qui décrivent le Portugal de leurs vacances comme un pays si accueillant, si pittoresque et si authentique, qui ont hier applaudi quand un joueur portugais s'est vu infliger un carton mauve (quoi, ce serait plus joli que cet affreux jaune fluo non ?).

Bref, il vaut mieux que j'arrête d'en parler, je vais tellement m'énerver que ça va m'empêcher de dormir, et vu le peu d'heures de sommeil que m'ont gracieusement octroyé les klaxonneurs fous d'hier soir, je préfère passer une bonne nuit ! Et puis évidemment c'est pas le sujet, comme d'hab. Tout ça m'a ramenée à une interrogation récurrente chez moi : comment se sentir en adéquation avec ses propres convictions ? Comment ne pas sombrer sous le poids de ses contradictions, comment assumer un mode de vie parfois éloigné de ses idéaux ? Finalement je crois que c'est mal parti pour une bonne nuit.

C'est une question qui m'a toujours hantée. Je crois que c'est à cause de ça que pendant longtemps, j'ai eu l'impression de ne pas avoir d'opinion sur grand-chose. Je réalise maintenant qu'en fait j'hésitais entre deux extrêmes : adopter l'opinion que les gens s'attendent à vous voir adopter, en fonction de vos caractéristiques socio-culturelles notamment, ou trancher carrément dans le vif avec des convictions pouvant paraître totalement contradictoires avec ces mêmes caractéristiques. La première solution, au fond, n'a jamais dû me faire très envie ; j'ai donc préféré rester dans un flou artistique, influencée que j'étais par une formation intellectuelle (bien grand mot quand même) toute inféodée à la sainte trinité thèse-antithèse-synthèse. J'étais systématiquement encline à ne distinguer que le juste milieu. C'était très raisonnable. Et pathétiquement chiant (j'écris trop de vilains mots là, il faut que je me surveille).

Et puis divers événements m'ont convaincue que ce n'était pas nécessairement la seule solution. On m'a appris que les convictions d'un être se forment sur des tas de variables, presque toujours sans qu'on puisse le contrôler. Aujourd'hui je pense que c'est faux, et qu'on peut décider d'infléchir le cours de ses idées, sur la simple et bonne raison qu'il est plus juste de penser autrement. Et c'est là que le bât blesse parfois, quand on se retrouve face à certaines inadéquations entre ces sentiments et sa façon de vivre, surtout dans un monde où tout est tellement enchevêtré, où la moindre petite action semble pouvoir avoir des répercussions catastrophiques, où le fameux effet Papillon est manifestement en train de devenir la règle. Ca complique singulièrement les choses, par exemple lorsqu'on est farouchement opposée au pouvoir outrancier des grands groupes de distribution, mais qu'on n'a pas nécessairement les moyens de faire ses courses chez le petit épicier du coin. Et aussi quand on travaille pour un de ces groupes, parce que c'est là où le vent vous a portée (il soufflait très fort ce jour-là). C'est la même chose quand on a été élevée dans une relative aisance, dont on a, il faut bien le dire, gardé un certain goût pour le luxe, mais qu'on se sent plutôt "du côté" des démunis et des oppressés. Parfois je me fais l'impression d'être un imposteur...

Et puis à d'autres moments je me dis que c'est bien comme ça, que ce sont les idées qu'il me plaît d'avoir, et qu'une petite dose d'utopie ne peut faire de mal à personne, même si on n'est pas toujours prêt à en assumer les conséquences pratiques. Je ne vais tout de même pas cumuler l'auto-flagellation morbide et le boboïsme béat, ça serait trop pour une seule femme !

Alors c'est comme pour le reste : j'essaie de faire avec. De la même façon que j'essaie de concilier les innombrables contradictions qui m'habitent. Adorer le champagne et détester l'argent. Etre misanthrope et aimer les gens, malgré tout, profondément. Me sentir pudique et vous raconter ma vie. Pester contre les généralités et en user plus souvent qu'à mon tour. Fuir la climatisation qui m'enrhume en huit secondes et fumer un paquet par jour. Haïr les voitures et la circulation, et avoir la flemme d'y aller à pied. Trouver certains enfants beaux au point de vouloir les prendre et partir en courant, et rester de marbre à l'idée de la maternité. Rêver d'un amour immortel et être incapable, ne serait-ce qu'une seconde, d'imaginer qu'un homme puisse seulement me plaire. Me complaire dans la solitude et avoir désespérément besoin de la chaleur des gens que j'aime. Me poser toutes ces questions, et jamais n'y trouver de réponses...

Bon... j'ai failli m'attendrir sur moi-même, c'est affreux. Quoiqu'il en soit, je suis la somme de toutes ces contradictions, et il faut bien que je m'en arrange. Je ne suis pas encore prête à les assumer, à être parfaitement conséquente avec toutes les pensées qui me traversent l'esprit, et à aller vivre dans ma cabane en haut d'un baobab de la forêt amazonienne. J'ai ma vie à vivre, et ça reste bien plus passionnant qu'essayer de résoudre un équation vieille comme le monde...


03/07/2006

Du pain et des jeux

Je demande instamment à Alinéa de m'excuser d'employer le titre d'une de ses catégories (enfin, traduit quand même !), parce que je ne lui ai pas tellement demandé la permission ; mais ça résume si parfaitement ce que je veux exprimer que je n'ai pas résisté.

Si mes informations sont bonnes (et elles le sont), la Flûte du Monde a commencé depuis trois longues semaines. Ca fait donc plus de 21 jours que ça enfle, que ça monte, que ça menace d'exploser : vous n'y couperez pas plus longtemps, il faut que ça sorte avant que je ne ne chope un redoutable ulcère. Ou la cascapiane (c'est un mot toulousain pour décrire une maladie mystérieuse et néammoins mortelle), bref n'importe quelle pathologie pouvant avoir des origines psychosomatiques (donc à peu près toutes les maladies si l'on en croit nos bons docteurs, totalement désemparés à l'idée de ne pouvoir s'offrir la dernière Jaguar s'ils prennent le temps de chercher les véritables causes. Enfin, c'est une autre histoire). Et puis il y a aussi une autre raison à ma colère : je m'en veux. Affreusement. On n'est jamais autant en colère que contre soi-même, disait Jayne Mansfield. Ah non, c'était pas elle. Bref, voilà l'histoire : j'ai sacrifié à des rites barbares sous l'emprise de diverses substances alcoolisées. Oui j'ai honte, oui je me repens.

Samedi soir, je me suis rendue à une soirée en plein air organisée pour la féria d'un village de la banlieue toulousaine. Evidemment, j'ai hésité, vu que je n'ai pas de passion débordante pour les assassins de taureaux, mais minée par la peur de me faire une fois de plus traiter par mes amis de dangereuse intégriste, de dogmatique inflexible et d'emmerdeuse patentée, et attirée aussi, il faut bien le dire, par la perspective d'une fête qui s'annonçait mémorable, j'ai cédé et j'y suis allée, en me répétant intérieurement : « non je ne cautionne pas, non je ne cautionne pas, non je ne cautionne pas ». Notez la louable intention. J'ajoute au passage que cette opinion n'engage que moi, bien entendu, et qu'elle ne m'empêche absolument pas d'aimer tendrement certains aficionados (fa moi piacere, un commento in italiano per favore !)

Globalement, ça s'est bien passé. J'irai même jusqu'à dire que je me suis amusée comme une folle. Je nuancerai quand même en précisant que j'ai échappé de peu à l'amputation des deux pieds : il fallait crapahuter pendant une demi-heure avant d'arriver à l'endroit en question ; à l'aller, c'était déjà pénible, mais supportable ; au retour, suite à des déplacements d'une bodega à l'autre et à des trémoussements endiablés, j'avais l'impression hallucinante qu'on m'enfonçait des aiguilles chauffées à blanc sous la plante des pieds ; chaque pas m'arrachait un gémissement de souffrance, c'était poignant, Zola à côté c'est Mary Poppins. Et voilà que je recommence à vous raconter ma vie, c'est pas ça le sujet !

Le truc, c'est que non contente de célébrer la corrida, j'ai dû en plus subir la retransmission du match de pied-ballon. Pas moyen d'y échapper, il y avait un écran géant tous les deux mètres. Dès le début, j'ai donc résolu, la mort dans l'âme, de boire pour oublier toutes ces compromissions insupportables ; mais bizarrement, l'alcool ingéré a eu un effet pervers d'une fourberie sidérante, puisqu'à la fin de la partie de baballe je me suis surprise à chanter avec la foule : "la, la la, la, la, lalalalala, la la, la la..." (ad lib). Oui j'ai honte, oui je me repens. Le lendemain, lorsque ce cuisant souvenir a refait surface, j'ai bien essayé de me trouver des excuses, mais à part le fait que cette chanson était un monument du disco AVANT d'être sournoisement détournée par des hooligans (une excuse particulièrement lamentable donc), je n'ai rien trouvé pour m'absoudre de mon péché mortel.

Comme je l'ai déjà dit dans un précédent post sur mes exploits cyclistes, je hais le sport, notamment le foot. D'abord je trouve que c'est un sport de tricheurs, ils sont toujours à faire semblant de tomber et d'avoir mal pour grapiller un penalty, non mais quel manque d'amour propre. En plus je trouve ça d'un ennnui mortel, il ne se passe jamais rien, et moi, me taper 90 minutes de rasage intégral (sponsorisé par Gillette, en plus) dans l'espoir infime et souvent vain de voir un but, merci bien, je préfère lire le dictionnaire. Je le hais d'autant plus quand il se transforme en quelque chose qui n'a plus grand-chose à voir avec la pratique sportive, si on exclut le fait de porter des shorts en nylon. Le foot en particulier me semble totalement perverti, par l'argent bien sûr, par la starification des joueurs, par le fait qu'il ne soit plus qu'un rouage dans l'industrie de la publicité et du sponsoring. J'ai le sentiment qu'il ne sert plus qu'à brasser des milliards, en vendant et revendant des footballeurs censés être géniaux d'un club à l'autre (bien qu'on soit assez loin de l'esclavagisme au vu de leurs émoluments), et en enrichissant des hommes d'affaires qui ensuite, se mettent en tête de devenir hommes politiques. Ou le contraire, les exemples pullulent dans les deux sens.

Je le hais d'autant plus quand il devient un argument politique. Samedi soir, en plaisantant, un ami m'a dit : "Tu vas voir que si la France gagne cette Coupe du Monde, Notre Président va trouver le moyen de se faire réélire". Sur le coup, ça nous a bien fait rire, mais on se demande quand même jusqu'à quel point ça peut rester une blague. En guise d'écho, j'ai lu aujourd'hui qu'un candidat à la mairie de Madrid promettait à ses électeurs la venue dans leur club de foot d'un joueur dont j'ai oublié le nom, arguant qu'il l'avait déjà convaincu, et qu'il ne leur restait plus qu'à voter pour lui. Ca c'est de la promesse électorale ! Sarkozy n'a qu'à bien se tenir, apparemment il a trouvé son maître ! C'est ça que je déteste le plus dans la mise en scène sportive (car c'est une mise en scène), c'est cette façon qu'ont les politiques et les médias (eh oui, toujours les mêmes !) de la récupérer pour détourner les gens des vraies préoccupations. C'est tellement pratique de faire remonter une côte de popularité devenue quasi inexistante en allant féliciter les footeux dans les vestiaires, ou de doubler l'audience du JT en consacrant 20 minutes à l'entraînement stakhanoviste des athlètes. Ce divertissement-là me semble bien dangereux, parce que tellement agréable et euphorisant pour les millions de gens qui aiment réellement le sport, et qui en oublient avec bonheur, comme on les comprend, les problèmes innombrables auxquels nous sommes tous confrontés... regardez donc, après un bon dîner entre amis, les Dieux du stade accomplir leurs pseudo-exploits, et vous oublierez les stocks options de Noël Forgeard, l'expulsion inhumaine des enfants sans papiers et le mariage-uniquement-dicté-par-l'amour de Ségolène Royal... enfin, ne parlons plus de politique, on va finir par s'engueuler, c'est classique.

Evidemment, ça n'est qu'une façon de voir les choses, je vais peut-être bien me faire tomber dessus à bras raccourcis ; mais ça me fait du bien de l'avoir dit... panem et circenses, ils avaient déjà tout compris nos ancêtres les Romains. Parfois je me dis qu'on n'a plus rien inventé depuis... à part bien sûr le suffrage universel.