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10/07/2006

Attention soutenue

« Toutes les fois qu'on fait vraiment attention, on détruit du mal en soi ». C'est Simone Weil qui a dit ça (la philosophe, pas la femme politique ; il n'y a aucun ostracisme dans cette précision, c'est juste pour rendre à César).

J'ai passé une journée affreuse. Heureusement qu'en plus je ne suis pas fan de foot, sinon je n'avais plus qu 'à choisir entre la ciguë et le gaz. Pour être totalement honnête, l'idée m'a traversé l'esprit de pondre un billet de râlage puissance mille, pour me plaindre de ces gens qui se garent n'importe comment ou qui oublient de fermer les robinets (c'est un truc qui me rend folle, je ne COMPRENDS PAS comment on peut ne pas faire cet effort, si tant est que ça en soit un, quand on sait à quel point l'approvisionnement en eau est menacé sous nos latitudes, et bien sûr quasiment inexistant pour 80 % de la population mondiale. Bon, ben j'ai râlé un peu finalement). La chaleur complètement démente ne doit pas être étrangère à ce ras-le-bol ; quant au travail, je n'épiloguerai pas non plus, en ce moment c'est n'importe quoi, je crois que je vais enfin me décider à devenir escort-girl. Mais bon, ça non plus c'est pas gagné, puisque normalement il faut être un peu belle pour faire ça.

Bref, quand je m'énerve, je tente désespérément de pseudo-philosopher pour me calmer, et si je suis vraiment remontée, je me mets carrément à divaguer. Comment j'en suis arrivée à repenser à cette belle phrase, ça restera un mystère, mais le fait est qu'elle m'est venue à l'esprit. Je suis tombée dessus il y a des années, pendant ma période citations. Elle a tout de suite résonné en moi, parce qu'elle explique une chose simple en laquelle je crois profondément, à savoir qu'au prix d'un peu de volonté et de quelques efforts, on peut devenir meilleur, et qu'il y a toujours une alternative préférable à laisser sa part d'ombre prendre le dessus. Nous avons tous des réactions primaires (aucun rapport avec Zidane, encore une fois, je précise car apparemment la blogosphère ne bruit que de ça, je ne voudrais pas crouler sous les injures, ou alors attendez demain s'il vous plaît), des bassesses, de la mesquinerie. Nous avons tous du mal en nous. La question n'est pas de se conformer à une morale, ou d'obéir à une quelconque religion (puisque je suis une parfaite mécréante), mais plutôt d'essayer d'être le plus humain possible. Et franchement, il y a pas mal d'occasions où c'est pas très compliqué ; pour y arriver, pas besoin d'être Gandhi ou mère Teresa.

Alors bien sûr, on n'y arrive pas tout le temps, moi en tout cas je suis sûre que je pourrais mieux faire. Je m'applique, hein ! C'est hyper important pour moi, et en plus ça me fait remonter dans ma propre estime, y compris, et peut-être d'autant plus, quand personne ne s'en rend compte. En fait, c'est surtout vers les autres qu'est dirigée cette exigence. Quand je suis seule, je m'autorise parfois à la noirceur, mais en société j'évite au maximum. Je n'ai pas envie de faire peser certaines choses sur des gens que j'aime et qui m'aiment. Avec eux, j'ai envie de donner le meilleur de moi-même. Je réserve le pire à des moments de solitude, quitte à les provoquer quand la mélancolie est trop forte. Je crois que ça m'aide à tenir éveillée mon attention, et à museler le mal que je porte en moi. C'est une des innombrables choses que m'a appris l'amour vrai, le grand le beau le seul l'unique. Le copyright (quelqu'un sait-il comment produire ce petit signe à partir d'un clavier standard ? Ou faut-il encore télécharger je ne sais quel plug-in diabolique ?). C'est une belle leçon. Mais ça s'applique aussi dans des tas d'autres circonstances de la vie quotidienne. Sauf aujourd'hui, j'avoue, j'ai eu du mal. Demain, promis, je mets les bouchées doubles !

Comme conclusion à une journée calamiteuse, j'aurais pu craindre pire finalement ; je suis contente, je vais pouvoir partir le coeur léger ; du reste, je vous laisse, j'ai rendez-vous pour une partie de pétanque, où je ferai bien sûr attention à ne blesser personne.

Commentaires

C'est très judéo-chrétien, non, de tendre vers la bonnification de l'âme ? Je dis ça sans cynisme, c'est bien le seul volet de cet héritage judéo-chrétien que je revendique. Mais il me semble que tu abordes deux choses en réalité: le fait de tenter d'être meilleur et le fait de ne pas infliger tes états d'âme à autrui. Les deux intentions sont louables. Cela dit, petit à petit, je me suis rendue compte, en professionnelle du "tout va bien je vais bien, je ne vais pas vous emmerder avec mes soucis" que les vrais amis peuvent parfois avoir les épaules pour supporter mon côté sombre. Après tout, je supporte plus souvent qu'à mon tour les leurs... Ce que je veux dire, c'est que tout garder pour soi pour n'offrir que le meilleur à son entourage, c'est parfois usant. Et contre productif. Comme si cela incitait les autres à redoubler de plaintes en tous genre.

Sinon, j'adhère totalement, tendre vers le "bon", est en plus très valorisant en terme d'estime de soi.

Écrit par : caroline | 11/07/2006

©
C'est ce caractère que tu cherches ? Il faut taper Alt 0169, en gardant la touche Alt enfoncée.

Elle est très juste la phrase que tu cites, et je me rends compte que je ne l'applique pas très souvent. Heureusement je n'ai pas de tendance à la mesquinerie, mais je pourrais largement être plus gentille. Je sais bien par exemple qu'il suffit parfois d'une petite phrase pour faire plaisir à quelqu'un, mais je ne sais pas trop le faire (je ne parle pas d'hypocrisie, juste de sollicitude).

J'espère que cette journée se passera mieux pour toi que celle d'hier...

Écrit par : Catherine | 11/07/2006

"Avec eux, j'ai envie de donner le meilleur de moi-même. ..............., et à museler le mal que je porte en moi."
Pourquoi ne donner qu'une facette et la meilleure ?ce qui fait la richesse de l'être humain (tu l'as dit hier) c'est son ombre et sa lumière. On est tout est son contraire.
C'est à travers la confrontation (pas la bagarre hein !) que l'on sait qui nous sommes.
A quoi servirait tes AMIS, si tu ne leur donnais qu'une partie de toi même ? Leur présence, leur témoignage, leur écoute, allègent les fardeaux les plus tenaces.
Je te souhaite une belle et bonne journée

Écrit par : Lucette | 11/07/2006

J'ai vraiment beaucoup de chance que vous laissiez de si jolis commentaires...

@caroline : en effet l'héritage judéo-chrétien ne me semble valoir que par ça ! Je comprends les nuances que tu apportes, et j'admire ta façon de les exprimer, tout en douceur. J'ai pensé les mêmes choses pendant longtemps, aujourd'hui j'ai changé d'avis, je n'ai plus envie de confier mes états d'âme, en tout cas pas tous, parce que j'ai l'impression que ça me fait plus de mal que de bien, et que pour couronner le tout ça renvoie les gens à leur impuissance devant certains désarrois. Mais ça n'exclut bien sûr pas les échanges passionnés, et certains désaccords tenaces : je n'essaie pas non plus d'être lisse. Du reste j'aurais bien du mal ;-)

@Catherine : merci du tuyau ;-) et de tes souhaits pour la journée, elle a mieux commencé que la précédente ! Je ne voulais surtout pas être culpabilisante, ou quoi que ce soit de ce genre ! Le simple fait de se poser la question montre, à mon avis, qu'on y est attentif...

@Lucette : merci, toi aussi ! Tu soulignes là une enième contradiction ;-). Je suis d'accord avec toi sur l'aspect enrichissant des relations amicales où l'on dévoile beaucoup de soi, bien sûr ; je pense me comporter comme ça d'ailleurs, mais il y a réellement des choses que je préfère garder pour moi...

Écrit par : pomme | 11/07/2006

Pomme curieusement je n'ai aucun sentiment de culpabilité ;-)
Je crois simplement que je suis comme ça, je n'ai pas de facilité pour "faire le bien", mais ce n'est pas une attitude volontaire. Et comme je ne pense pas non plus faire de mal aux autres en général, je m'en accommode.

Écrit par : Catherine | 11/07/2006

Chère Pomme,
Je ne suis pas très assidu mais c'est toujours un plaisir de lire tes notes. Plein de bisous.

Écrit par : jean-christophe | 11/07/2006

merde alors, le temps que je me décide à mettre un commentaire plus long sur le billet précédent, en vlà déjà un nouveau... mais je vais arriver à me récuprer impec, puisque je voulais rebondir sur la notion du paradoxe, à propos des sentiments humains: il me semble que la vie est plus facile quand on a compris et accepté que nos sentiments peuvent être ambivalents (c'est à dire pas toujours amour pur...) même vis à vis de nos proches, de ceux qu'on est censé QUE aimer... et bien parfois, brièvement, on les hait. et on a le droit. et hop du coup voilà la "noirceur " et le mauvais en nous qui apparait... oui il existe, et chez tout un chacun, nous même compris... au fond, tout au fond il y a : du sexe, de l'agressivité, de la haine... seulement certains s'en débrouillent mieux que d'autres. et on a tout à apprendre, à mon avis, de ceux qui, le sachant, s'efforcent d'être meilleurs. Simone Weill en fait partie, à mon avis, d'après cette citation que je ne connaissais pas... mais d'autres aussi et souvent, ce sont des écrivains qui m'ont donné cette envie, de rester droite, pas par rapport à une morale religieuse ou autre j'entends.
ça ne veut pas dire qu'on y (que j'y) arrive forcément. mais j'aime l'idée d'essayer, au moins!
merci pomme pour cette nouvelle occasion que tu nous donne de réfléchir 2 scondes!

Écrit par : julie bibliobus | 11/07/2006

@Catherine : ah ben tant mieux ! la culpabilité, c'est mal ;-) Et c'est vrai que ne pas faire de mal c'est déjà énorme.

@jean-christophe : pas très assidu, c'est vrai ça ! mais qu'est-ce qu'on t'a appris à l'école ? ;-))))
Peu importe la fréquence de tes visites, elles sont toujours précieuses. Bises pareil.

@julie bibliobus : cette ambivalence des sentiments est bien réelle, c'est vrai qu'il vaut mieux apprendre à vivre avec, et à y trouver un enrichissement. Quant aux écraivains... ce n'est pas toi qui me contrediras : on pourrait passer des nuits entières à expliquer tout ce qu'on a retiré de la lecture de certains ouvrages....

Écrit par : pomme | 11/07/2006

oui Pomme, donner le meilleur de nous-même c'est une bonne idée, avoir cette exigence envers soi avant d'avoir de l'exigence envers les autres...il m'a fallu des années et des années pour comprendre ça, ça m'aide beaucoup..- oh pas toujours ! c'est pas une mince affaire !- ça aide à être bienveillant à l'égard des autres
( et moi je suis sûre que tu es aussi belle qu'une escort girl ! une Pomme-girl, c'est ravissant, non?!)

Écrit par : sophie L.L | 11/07/2006

Dieu s'est retiré du monde, il est absent ; en créant le monde il s'est dans le même temps vidé de sa divinité car, si il était présent, il ne pourrait y avoir d'autre que lui-même ... En reprenant le thème de la "kénose" à la cabale juive - le mal est nécessaire dans ce monde d'incomplétude car le mal exige Dieu à l'intelligence comme à la sensibilitée pour être cerné, pour être dit -, Simone Weil dans son livre "L'attente de Dieu" d'où est prise ta citation, affirme que Dieu est faible par essence car fondé par un acte d'amour (qui est faiblesse donc abdication), que le bon est par là même illusion ou incompréhension, sorte de béance signifiant/signifié dont l'ultime conséquence doit nous faire tendre tout entier et à tout moment à n'être que rien ...
... et c'est ce que sans lassitude et en pleine vie tu ne cesses également toi de nous compter ici !
Ces histoires impossibles qui sont toi, ta vie, ta langue et ses arrangements, tu prends toujours précaution à nous dire qu'ils sont peux, insignifiants, pour ainsi dire rien ... Pour te connaitre un tout petit peu "en vrai", je suis requis à prendre ces précautions comme des facilités que tu nous invites à saisir pour te frôler ... puis te soustraire aussitôt...
J'aime toujours ton écriture superficiellement profonde, ordinairement exceptionnelle, facilement compliquée, posément impulsive, secrètement accessible, obscurément limpide ... comme si ton plaisir était de nous faire choisir en premier pour jouir du plaisir de poursuivre le dialogue ...
Pomme tu es un pur péché ...

Écrit par : zulunation | 11/07/2006

pomme, épouse le.

Écrit par : julie | 12/07/2006

julie bibliobus, merde. je veux pas que tu me confondes. (mais qu'est ce qui m'arrive? je deviens jalous de... moi) donc je disais: pomme, épouse le.

Écrit par : julie bibliobus | 12/07/2006

Julie bibliobus, vos trois mots c'est la perfection pour dire ce que je voulais dire ce matin à Pomme !

Écrit par : sophie L.L | 12/07/2006

Mais c'est une évidence ! Epouse-le, enferme-le, cadenasse-le. Non parce que des comme ça, y'en a pas des tonnes !

Écrit par : caroline | 12/07/2006

Les filles, vos commentaires m'ont fait sourire, et ils m'ont mis du baume au coeur... vous avez mille fois raison ; cependant je ne souhaite pas épiloguer... vous ne m'en voulez pas, j'en suis sûre...

Julie pas de panique, je te reconnais toujours et je te dispense volontiers du suffixe ; pour l'heure tu es la seule Julie, et s'il en vient une autre ce sera à elle de s'adapter ;-)

Écrit par : pomme | 12/07/2006

zulunation : ... que dire hormis un enième merci, qui ne saurait encore être le dernier... je ne vivrai pas assez longtemps pour exprimer l'immensité de ma gratitude... et combien tes mots me sont précieux...
Tu crois que je devrais lire ce livre ? Oui, il faudrait sûrement ; je vais aller m'acheter des neurones et je file à la bibliothèque.

Écrit par : pomme | 12/07/2006

Bonjour,
tes propos m'ont vraiment interpelée Pomme, parce qu'ils font appel à ce que nous avons de puissance d'agir, tous les jours au quotidien, mais que nous nions par notre mauvaise foi.
Tu as aussi dit qu'on pouvait avoir de l'attention sans être mère thérésa. J'en profite pour dire mes propres pensées, qui m'ont été éveillées par cette lecture.
Souvent les gens exceptionnels, comme Coluche, mère thérésa, ou ZInédine Zidane, sont donnés à l'adoration, mais paradoxalement, ce n'est pas leur être qui se communique à nous, mais bien une forme secondaire, véhiculée sans doute par les médias, ou toute personne ayant intérêt à nous faire oublier le sens de notre existence et de notre liberté.
Cette forme est si parfaite ou si monstrueuse, (clin d'oeil étymologique) qu'il finissent par assumer dans l'imaginaire collectif toutes les tâches que nous délaissons par notre égoïsme, notre vanité, notre but de faire carrière et de s'insérer en société.
C'est pourquoi, il faut considérer les idoles comme des êtres humains, afin d'avoir une admiration qui ne nourisse pas cette affreuse mauvaise foi, et se considérer soi même, en toute humilité, comme quelqu'un qui a son niveau peut beaucoup, et représente, comme l'a dit magnifiquement Montaigne, "la forme entière de l'humaine condition." A ce titre nous n'avons pas le drooit de négliger les choses, et de laisser gouter les robinets.

Écrit par : Nano | 12/07/2006

Les commentaires sont aussi intéressants à lire que tes posts, c'est super mais c'est long !

Mon commentaire ne sera pas aussi intéressant, juste ma petite astuce pour faire ça : ©. Sur word tu tapes (c), ce qui est automatiquement transformé en ©. Plus qu'à faire copier-coller.
C'est plus facile à retenir que Alt 0169, non ?

Écrit par : leymia | 13/07/2006

@Nano : enchantée ! ton commentaire m'a scotchée, par sa puissance et sa vérité... de plus il introduit une nouvelle nuance : se sentir le pouvoir de faire attention, d'agir en temps qu'individu, au même titre que ceux qui détiennent un pouvoir plus institutionnalisé, permet aussi de remettre les pendules à l'heure et d'instaurer une certaine "égalité" (les guillements sont primordiaux), d'être un humain à part entière même si on ne fait pas partie d'une élite pensante, dirigeante ou idolâtrée... merci de ton commentaire, vraiment.

@leymia : je ne fais pas de hiérarchie dans l'intérêt des commentaires, rassure-toi ! Je suis toujours contente qu'on me laisse un mot, à de rares exceptions près...
Merci du tuyau, mais il se trouve que j'utilise Open Office et pas Word et compagnie... donc sur Writer le truc du (c) ne marche pas... mais c'est toujours bon à savoir !

Écrit par : pomme | 13/07/2006

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