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22/06/2006

Profil atypique

En voilà une belle expression qu'elle veut rien dire, vous trouvez pas ?


Au premier degré, c'est limite insultant, ça sous-entend quasiment que vous n'avez pas forme humaine ; au second degré... eh ben c'est pas beaucoup plus brillant : au mieux, c'est parce qu'on sait pas quoi dire d'autre à votre sujet, au pire, c'est qu'on hésite entre dangereux asocial totalement instable et doux rêveur frappadingue inadapté à la réalité. Choisissez votre camp !


Je ne me souviens pas avoir jamais entendu ce qualificatif appliqué à mon propre cas, en général ça ne se dit que quand vous avez le dos tourné ; en revanche je pourrais jurer sur la Bible (enfin, si j'en avais une) qu'il a été prononcé à l'issue de 90% des entretiens d'embauche que j'ai subis. Oui, subir, et encore le mot n'est pas assez fort.


Aujourd'hui j'ai arrêté de me poser des questions sur mon parcours professionnel, passé ou futur ; le travail, c'est pas ma vie, donc je ne veux pas me prendre le chou pour si peu ; mais quand même, quand j'y pense, il m'évoque irrésistiblement la schizophrénie. Le problème, c'est que je ne sais pas ce que recouvre exactement ce terme barbare, mais parler sans savoir, ça ne me fait pas peur, une chance sur deux de tomber juste après tout.


Tout ça pour dire que c'est du grand n'importe quoi. Je ne suis pas sûre d'avoir saisi toutes les raisons qui ont fait que ça s'est passé comme ça, mais j'ai quand même quelques idées générales. A l'école, j'avais ce qu'on appelle des facilités. Bien. La scolarité classique se déroule, seul hic (sauf que moi je trouve que c'est plutôt un atout), je ne suis pas une « scientifique ». Pas grave, je décide (plus ou moins) de me diriger vers une voie réputée "prestigieuse", du moins pour les pauvres tâches qui ne savent pas résoudre une équation au treizième degré en cinq sec. Eh oui, il faut que je vous l'avoue, j'ai fait Sciences Po. Oui j'ai honte, oui je me repens, mais bon, c'était il y a longtemps, et même pas à Paris alors ! Pardonnée ?


Donc j'arrive dans cette vénérable institution, où les premiers mots du vieux croulant censé accueillir les bleus sont : "Vous êtes l'élite de la nation". Sans blague, texto. Quinze ans après, j'en suis toujours pas revenue. Le pire, c'est qu'à l'époque, on y a cru. Enfin, certains ont dû y croire dur comme fer, ceux qui à présent sont directeur de cabinet (de ministre), sous-préfet des Hauts-de-Seine ou consultant pour la World Company ; c'est pas pour faire la maline, mais moi j'étais déjà sceptique. Le vrai problème en fait, c'est que je m'étais engagée là-dedans sans aucune idée de ce qui suivrait. Je n'ai JAMAIS eu de vocation (à part hôtesse de l'air, mais c'était avant de prendre l'avion, or j'ai atrocement peur de l'avion. Dommage), tout ce qui m'intéressait, c'était lire, détester mes parents et fumer des clopes en cachette. J'étais une adolescente délicieuse. Bref je m'en foutais de ce que je ferais quand je serais grande, je me disais que ça viendrait tout seul, même l'argent ça ne me posait pas question : mes parents avaient un niveau de vie confortable, je devais penser que ce serait pareil pour moi, par on ne sait quel atavisme mystérieux.


Evidemment, ça ne s'est pas du tout passé de cette façon. Les cours de l'IEP, pour la plupart, étaient passionnants, mais contrairement au lycée il fallait travailler. J'aimais déjà pas ça, travailler. J'ai donc ramé comme une malade pour décrocher mon diplôme. J'en pouvais déjà plus des syndicats étudiants affiliés au RPR, et au PS tant qu'on y est, pas de jaloux, des heures de bachôtage et des exams qui tombent pile à l'arrivée des beaux jours. Je n'étais pas plus avancée sur la carrière que je voulais embrasser (vu que c'était pas une carrière que je voulais embrasser) ; je commençais déjà à subodorer ce qu'Alexandre Jardin, rescapé de Sciences Po, a très bien résumé ainsi : "Je pensais qu'on s'y forgeait des destins, or on n'y prépare que des carrières" . C'est aussi à ce moment qu'est né mon profond dégoût de la politique, du moins de l'idée qu'on s'en fait aujourd'hui, et qui me semble infiniment éloignée de son sens originel. L'idée de travailler pour l'Etat me faisait horreur (c'est toujours le cas, mais un peu moins), donc pas question de passer des concours ; mes parents étaient au fond du trou, et mes camarades de promo me considéraient comme une extra-terrestre. J'en étais d'ailleurs assez fière, pensez ! Et pour se diriger vers le privé, il fallait continuer.


Contre toute logique, j'ai donc rempilé pour la maîtrise ; là je suis carrément partie en sucette, j'ai dû aller trois fois en cours, j'ai arrêté en cours d'année, et je me suis dit "Maintenant, il faut que tu bosses". Seulement voilà, mes qualifications (si on peut appeler ça comme ça) étaient soit trop élevées soit pas assez, et la galère a commencé.


Pendant dix ans j'ai misérablement végété dans le commerce. J'ai tout fait : en boutique, en bagnole, à Paris, en province, vendeuse, pseudo-responsable, les fringues, les parfumeries, les épiceries fines et tout le tralala. Maintenant que c'est fini, je peux le dire : c'était affreux. Abominable, abject, insupportable, inhumain, mortifère. J'ai souffert, moi qui vous parle. Bon, pas autant que si j'étais née en Somalie, mais j'en en ai ch... des ronds de chapeaux quand même. Il a fallu supporter les hordes d'emmerdeurs congénitaux qui se pressent aux portes des magasins dès l'ouverture, les directeurs régionaux qui vous menacent du bûcher en place de Grève parce qu'il vous manque dix balles pour faire votre objectif mensuel, et les horaires rocambolesques inhérents à ce métier maudit. Il y avait des aspects positifs bien sûr, mais au bout d'un moment on les occulte totalement. C'est d'autant plus curieux que je viens d'une famille de commerçants, donc je connaissais déjà les circonstances ; mais rien à faire, c'était devenu intenable.


Là j'ai dit stop. Ca tombait bien, je venais de perdre mon emploi. J'ai réfléchi un peu, j'en ai conclu que j'avais toujours pas de vocation, à part le Nobel de littérature, mais que ce n'était pas particulièrement bien engagé ; que je n'avais décidément aucune ambition, l'appât du gain ne me motivait même plus, c'est vrai quoi, le pognon, c'est surfait , le pouvoir, c'est immonde ; que je ne voulais pas tirer des plans sur la comète, trop peur que ça échoue, trop difficile, trop long, aucune persévérance. Donc j'ai décidé de faire un truc qui me plaisait vaguement : j'ai fait une formation de documentaliste, en un an, avec d'autres paumés du parcours professionnel comme moi. Ca a été très vivifiant, très stimulant, ça avait un rapport avec les livres, l'écriture, le rangement, et j'ai enfin appris à faire marcher un ordinateur (oui je savais déjà un peu, mais là ça a été le grand bond technologique en avant). Je savais plus ou moins pertinemment que ce n'était pas ça qui allait m'aider à trouver le job de ma life, mais c'est normal, il n'existe pas : j'ai appris à accepter l'idée que jamais personne ne voudrait me payer pour faire les choses que j'aime faire. Ainsi va la vie...


Ainsi que vous le devinez, aujourd'hui je ne suis pas du tout documentaliste ; à la fin de ma formation, un cher ami m'a honteusement pistonnée pour faire un remplacement dans sa boîte, la filiale bancaire d'un grand groupe de distribution. Oui j'ai honte, oui je me repens. Mais il faut bien que je me paie mes gin tonic du samedi soir, je n'ai pas de mari milliardaire, et pas de mari pauvre non plus d'ailleurs. J'essaie de ne pas trop penser aux tenants et aux aboutissants des agissements de l'entreprise qui me fait l'extrême honneur de m'employer, dans des tâches assez ingrates, certes, mais reposantes. Je n'y suis pas malheureuse, pas stressée, pas maltraitée, et rien que ça je trouve que c'est complètement dingue. Je suis éternellement reconnaissante à la personne qui m'a recommandée (puisque c'est comme ça qu'on dit), et je compte bien m'accrocher à mon CDD comme une moule à son rocher, pour qu'il se transforme en CDI.


Longtemps, en me retournant sur ce chemin cahotique, j'ai eu un cuisant sentiment d'échec, surtout lorsque je revoyais, à l'occasion, mes anciens camarades de promo ; mais depuis, nos rencontres ont cessé, je pense qu'ils ne me trouvent pas assez fréquentable... ils ont certainement raison ; aujourd'hui, je n'ai plus la même vision des choses. J'ai appris plein de choses, j'ai fait de mon mieux, mais ça n'a pas marché comme pour les autres parce que quelque chose clochait : je ne voulais pas jouer le jeu. Maintenant je pense juste que ça m'honore, même si je ne suis pas plus avancée. Je n'y peux rien, je n'ai pas choisi d'être comme ça, je ne veux pas non plus le revendiquer et jouer les rebelles de bonne famille, mais j'ai décidé de ne plus m'en mortifier. Ma vraie vie existe ailleurs qu'entre 9 h et 18 h. Elle est riche, intense, épanouissante. Je n'ai pas de regrets. J'aurais pu finir sous-préfet des Hauts-de-Seine. J'ai eu chaud.

Commentaires

Bonsoir Pomme,
ce dernier billet me laisse perplexe ; je suis heureux bien sûr parce que tes mots et leur assemblage sont toujours joufflus, comme les pommettes d'un gamin qui même devant une scène de guerre ne peut s'empêcher de sourire car il fixe au second plan la silhouette d'un soldat qui bras-d'honneurdise son infatué capitaine pris sous la pagaille du replis - et chacun sait que l'important, en effet, est dans la perspective ; mais je suis également tourmenté et troublé par cette rétrogression que je sens à embrasser à pleine bouche et les joues toujours aussi hautes, les scènes guerrières et vécues de ta propre vie, les réalités de ta biographie - et chacun sait que l'essentiel, en effet, c'est le littéral.
Du coup je me dis que je reconnais encore une fois là ton vif régal de l'ambivalence, ce plaisir qui moule mon attachement et mon rire sauvage et vrai à t'écouter et te lire ; du coup, je me mets à penser que je t'aime - et que bien d'autres avec moi t'aiment - parce que tu es incertaine ; du coup je te suis infiniment obligé d'avoir la force de garder et de fertiliser tes vacillances et autres troubles fatals ; du coup je suis perplexe et heureux que ce soit de ta faute ; du coup ... voilà bien deux mots sans fin ...

Écrit par : zulunation | 22/06/2006

et ben ça fait du bien de ne pas être seule:moi aussi je suis une atypique.Comme toi, j'ai eu cette impression d'échec avec un parcours chaotique à côté de petits camardes qui roulent tout droit. Mais je me dis aussi que j'ai appris pelin de choses, notamment sur moi et que ces choses-là je ne les connaitrais pas si je n'avais pas pris ces chemins de travers.

Écrit par : stefoo | 23/06/2006

@zulunation : puissé-je un jour écrire de si belles choses...
Ben oui j'avais envie de raconter ma vie... enfin cette vie-là en tout cas ; mais surtout pour dire que finalement, tout était bien comme ça. Je m'en voudrais de tomber dans l'auto-satisfaction, tu sais déjà que ce n'est pas un défaut qu'on peut me reprocher, mais quand même c'est important de se réconcilier avec ce parcours... d'ailleurs, c'est clairement ma thématique du moment, faire avec ce que je suis et, pourquoi pas, en tirer un brin de fierté !
Cela dit, je serais capable d'écrire à peu près n'importe quoi pour le plaisir de lire tes ressentis... merci...

Écrit par : pomme | 23/06/2006

Soufflée je suis, et très respectueuse aussi, du parcours atypique comme de la façon de le raconter, sans détours et encore avec humour, preuve qu'en plus tu as pris du recul.
Je ne vais pas te faire l'affront de dire que je me retrouve aussi, parce que chacun son truc et que c'est trop facile de chercher la ressemblance, pour se rassurer, mais quand même, je surfe moi aussi sur cette vague d'atypisme, coincée entre des études plutôt académiques (quoique) et une réalité qui détonne avec le reste.
Oui ça détonne, ça colle pas, y a un truc qui cloche, mais c'est ma vie et il semble que ça ne plaise pas à tout le monde. Parce qu'un parcours bien linéaire c'est mieux. Or la richesse, je crois, on la trouve justement chez les gens atypiques, qui osent, qui assument (avec le temps) et qui sont bien moins chiants que les autres parce qu'ils ont une vie "bien à eux". Mais comme c'est mon ressenti je vais assumer et dire que "j'ai une vie bien à moi", et Jean-Pierre, c'est mon dernier mot!

Écrit par : mariaba | 23/06/2006

Tu m'étonnes, que t'as eu chaud!!!!!Tu l'as échappée belle, même!

Remarque, ça aurait pu être pire......tu aurais pu finir VRP membre de l'UMP (dans quel monde on vit???!!!)

Écrit par : Charisma | 23/06/2006

Je suis, pour ma part, intimement convaincue, comme toi, comme les autres commentateurs (brr, quel vilain mot), que la richesse est dans les méandres, pas dans la rectitude !

Je suis très fière de mon parcours, même s'il a été à la fois très académique et très "atypique", et je sais que la route n'est pas finie.

Mais moi, je me vois bien préfet des Hauts de Seine (et tant pis pour l'uniforme ridicule) (bon, avant, il faudra que j'élimine mon blog, sinon ça va pas l'faire) ;-) ;-)

Écrit par : Alinéa | 23/06/2006

Oh oui ça t'honore pomme !

J'aime beaucoup les gens atypiques, l'étant moi-même ;-) Ceux qui suivent des rails toute leur vie m'angoissent, j'imagine qu'ils ne se posent jamais de questions : je me dis toujours "s'ils se retournent à 50 ans sur ce qu'ils ont fait, ils vont se foutre par la fenêtre, ma parole".

Je trouve ça très bien d'arriver à gagner pas vie sans être malheureuse, ni stressée, ni maltraitée. En effet c'est déjà pas si mal. J'ai fait les deux (avec et sans tress), juste pour le pognon, ben tant qu'à s'ennuyer un peu autant que ça empêche pas de dormir.

Sans compter que l'espoir n'est jamais perdu, et que les vies multiples professionnelles sont de plus en plus fréquentes.

Et pis moi j'dis, tant que tu coninues à tenir ton blog, ça me va ;-))

Écrit par : Hélène | 23/06/2006

Ah la la qu'est-ce que vous êtes gentils les gens quand même !!!!

@stefoo : c'est vrai que c'est quelque part plus enrichissant, les chemins de traverse, même s'il y a plus de ronces que sur les routes nationales ,-)

@mariaba : ce n'est pas un affront de dire que tu te retrouves ! au contraire tant mieux, plus on est de fous... tu as raison, la vraie richesse réside en grande partie dans le fait de savoir assumer (assomption ? non, rien à voir) tous ces détours.

@Charisma : TU M'ETONNES !!! j'en ai des frémissements d'horreur rien que d'y penser.

@Alinéa : je crains en effet que les propos tenus sur ton blog soient incompatibles avec le prestige de l'uniforme préfétien... et en plus je doute que GC trouve ça follement sexy ;-). Quant à être fière, je confirme que tu peux l'être, perso j'admire profondément les profs, c'est un métier très difficile à mon sens, donc admirable.

@Hélène : je pense bien, que je continue !
Ma philosophie par rapport au travail se résume maintenant à aller où le vent me porte, pourvu que je ne m'y sente pas trop mal ; j'ai en effet espoir que ça prenne bonne tournure, au hasard des rencontres et des événements, la vie n'étant pas une longue rivière paresseuse (variation).
Je partage entièrement ton sentiment sur les gens au parcours plus lisse, j'ai le sentiment qu'ils ne se posent jamais de questions, ça m'angoisse carrément. Moi je m'en pose trop, mais au moins je ne pourrai jamais me reprocher de ne pas y avoir pensé avant ;-)

Écrit par : pomme | 23/06/2006

Mais qui est cet être "zulunation" déjà...ce nom !)qui t'écrit des choses si belles, Pomme?
Maintenant je l'avoue je lis tes billets avec le plaisir redoublé du commentaire à venir de ce mystérieux commentateur...
Bref vous faites un couple infernal, j'adore !

Écrit par : sophie L.L | 23/06/2006

@sophie L.L : permets-moi de ne pas répondre à ta question... en tout cas je suis ravie que ça te plaise!

Écrit par : pomme | 24/06/2006

Ta réponse ajoute au charme...et promis je ne demanderai plus rien. Mais écris vite !

Écrit par : sophie L.L | 24/06/2006

pomme j'ai l'impression de lire ma vie, à ceci près que mon absence de vocation ne comprenait pas de dégout de travailler pour l'Etat, aussi après sciences po je suis devenue fonctionnaire. J'ai aussi été très attirée par le métier de documentaliste mais l'école que je voulais faire etait à paris et mes parents ne pouvaient pas me financer, et puis j'avais honte d'être encore à leur charge à mon age avancé. Bref j'en suis au même point que toi, à faire un boulot pas très interessant mais pas trop pénible et bien payé entre 9 h et 19 H.

Écrit par : maryline | 25/06/2006

@sophie : dans pas trop longtemps, promis !

@maryline : je suis contente de te lire, je suis certaine (sans trop savoir pourquoi !) que c'est toi que que j'ai déjà croisée chez Hélène, dans une discussion sur la lecture ; après mes commentaires sur Sciences Po, j'ai eu peur de t'avoir vexée, mais tu comprends maintenant que c'était un clin d'oeil !

Je pense avoir déjà entendu parler de l'école hors de prix en question... pas possible pour moi non plus, en partie pour les mêmes raisons ; tu as très bien fait de choisir la fonction publique, je le comprends parfaitement ; ma répulsion m'est personnelle, elle a une dimension métaphysico-mauvaisefoïenne que je suis sûrement une des rares à éprouver !

Beaucoup de points communs décidément... à ceci près que je ne suis pas du tout bien payée, c'est bien connu, dans la grande distrib' ce sont de vrais esclavagistes !

Comme je viens de relire en partie divers conseils de lecture égrénés lors de notre première rencontre, ça m'a réveillé l'appétit littéraire : je file à la bibliothèque tiens !

Écrit par : pomme | 25/06/2006

oui on avait évoqué sciences po à l'époque, et il m'avait semblé comprendre que tu avait l'expérience de cette école. En fait as tu fait le "vrai" sciences po ou en province? moi j'etais à toulouse, et j'ai eu droit au magnifique discours de rentrée " vous êtes l'élite de la nation". J'ai du le croire pendant 6 mois, naive que j'etais...
pour le " bien payé", tout est relatif, disons que j'exerce dans un ministère qui rémunère plutot bien ses employés par rapport aux autres fonctionnaires. Disons que je vis sans angoisse de la fin de mois, mais sans dépense excessive ( j'achète peu de vetements par exemple).
Chez moi la bibliothèque est fermée le dimanche. De toute façon il fait trop chaud pour aller ou que ce soit. Je suis sortie sur le seuil et un courant d'air brulant m'a envahie. Opération remontée de ventilateur de la cave ( ou j'ai failli m'installer car il y faisait frais) et on ne bouge plus.

Écrit par : maryline | 25/06/2006

Laisse-moi réfléchir... ministère de la Justice ?

Oui moi aussi j'étais à Toulouse, de 91 à 94 ; ce serait le pompon si c'était en même temps que toi ! Je ne me souviens pas d'une Maryline, mais à l'époque j'étais tellement timide et renfermée que je ne parlais pas à grand-monde... J'y suis toujours d'ailleurs, après maintes épopées géographiques, mais ici il fait gris et un peu frisquet. Pour la bibliothèque, j'ai toujours un peu honte d'y aller le dimanche, parce que j'estime que ça devrait être fermé, personne ne devrait avoir à travailler le jour du seigneur ! Non je déconne, c'est juste qu'il ne faudrait pas brader certains acquis à mon avis...

Ouh la j'ai raconté ma vie là !

Écrit par : pomme | 25/06/2006

Bonjour, je viens d'arriver sur ton blog, par le biais d'Hélène. Je suis assez troublée, parce que moi aussi j'ai fait Sciences Po, moi non plus pas à Paris, moi aussi il y a à peu près 15 ans et cerise sur la pomme, le directeur de l'époque avait dans son discours introductif prononcé ces mots: "Vous êtes l'élite de la nation"... Se pourrait-il que... ?

Bon, je m'en vais errer sur tes pages, à la recherche d'autres coincidences. Quoi qu'il en soit, je trouve que les profils atypiques sont plutôt intéressants, plus que les passe-partout en tous cas...

Écrit par : caroline | 25/06/2006

bon j'en reviens pas Pomme mais efectivement il semble que nous ayons cotoyé les mêmes lieux en même temps. Je ne connais pas ton prénom et to nom et tu veux certainement garder l'anonymat sur ton blog mais si tu veux discuter en privé j'ai mis mon mail ( obligatoire de toute façon pour te laisser un com). Mon prénom est vraiment Maryline.
quant à caroline, serait'il possible que tu soies issue des mêmes rangs? je me souviens d'une caroline , une blonde très mince aux cheveux longs.

Écrit par : maryline | 25/06/2006

Bon, si j'avais mieux lu, j'aurais vu que vous étiez à Toulouse... En même temps exactement, j'étais à Grenoble... Quand à la Caroline très mince ce n'était définitivement pas moi, je suis plutôt... comment dire... pulpeuse ? Oui, c'est ça, pulpeuse !

Écrit par : caroline | 25/06/2006

oui ben pulpeuse c'est bien mieux, oui aussi je le suis.

Écrit par : maryline | 25/06/2006

Ah ben ça alors, je pensais pas qu'il y avait tant de gens qui avaient fait Sciences Po ;-))))
C'est vrai que pour les IEP de province on n'a pas droit à cette sacro-sainte appellation... Caroline, à Grenoble tu as peut-être croisé un cher ami à moi... le monde est bien petit en ce pluvieux dimanche... (tentative de poésie).

Écrit par : pomme | 25/06/2006

T'as même pas idée combien ton post me décomplexe. Parce que tout pareil, je n'ai JAMAIS eu de vocation non plus. Aucune idée de ce que je veux faire de ma vie. rrraaaa ce que c'est réconfortant !

Écrit par : fred37 | 26/06/2006

@fred37 : manquerait plus qu'on complexe en plus !!! il ne faut pas céder à toutes les sirènes qui nous soufflent qu'il faut "trouver sa place", "être utile"... ce serait dommage que ça se cantonne au travail non ?

Si vraiment tu manques d'idées, tu peux toujours penser à la déco d'intérieur, au vu de tes créations perso je suis sûre que tu aurais beaucoup de succès ;-)

Écrit par : pomme | 26/06/2006

Ah oui, je suis bien d'accord : voici des réflexions décomplexantes. Bon je le serais encore plus quand ma situation professionnelle sera euh, disons, un peu plus fixée?
J'ai étudié sans le soutien de mes parents : mon père pense que les enfants doivent rapporter de l'argent à la maison et ne pas en coûter. Ma mère a cessé de comprendre ce que je faisais après le bac. Bref, j'ai pas le bon pedigree.
J'ai fait une licence d'histoire de l'art, une maîtrise de sc po et là je finis un master pro. J'ai 30 ans, et j'ai mis plus de 10 ans à financer tout ça.

J'ai à mon actif plus de 20 employeurs différents (serveuse, assistante vétérinaire, loueuse de grues de levage, téléactrice,...) et aucun encore dans le domaine auquel je me destine (c'est le genre de secteur où il faut être patient et disponible 80h/semaine pour trouver un emploi, or quand on cherche un job en urgence pour payer le loyer et les frais de fac...).

Et bien le problème (ou l'avantage) avec ce parcours, c'est que je m'intéresse à tellement de domaines que je ne sais plus où donner du C.V. !

Et pourtant, je crois être plus tenace que volage :)

Écrit par : Thulip | 26/06/2006

@Thulip : ah oui, je crois qu'on peut le dire !!! je suis très impressionnée par les gens persévérants, c'est formidable d'avoir un but et de surmonter tous les obstacles que tu décris pour l'atteindre... chapeau bas !!! et bonne chance, ce srait quand même un monde que tant de volonté ne soit pas récompensée !

Écrit par : pomme | 26/06/2006

Je ne savais pas que tu étais une "grosse tête", Pomme ! Je me sens si petite, en comparaison de toi, avec mon bac + 2.
Tu ne voudrais pour rien au monde travailler pour l'Etat. Pourquoi ? Préfères-tu te faire exploiter jusqu'à la corde dans le Privé ? Enfin, toi, tu as eu de la chance, n'étant ni malheureuse, ni stressée, ni maltraitée.
Car autour de moi, tous ceux que je connais qui travaillent dans le privé rament comme des malades, pour un salaire parfois inférieur au mien, la fonctionnaire lie-de-la-terre.

Écrit par : poupou | 28/06/2006

@poupou : je ne suis pas du tout une grosse tête ! je n'ai aucune envie de l'être, et je ne pense pas que le fait d'avoir étudié ci ou çà doive te faire sentir "plus petite" ! en tout cas moi je ne fais pas ce genre de distinction, j'ai parlé de l'IEP parce que ça fait partie de ma vie, mais je n'en tire aucune gloire.

Mon problème avec la fonction publique m'est strictement personnel, c'est une question d'autorité je pense, l'idée d'être trimballée comme un pion par des hauts fonctionnaires au gré de leur bon vouloir, qui change souvent me semble-t-il... je n'ai RIEN contre les fonctionnaires, tous ceux que je connais travaillent bien plus que moi, et dans des conditions bien pires ; je ne voulais pas du tout critiquer leur mentalité, ni faire un enième laïus sur la chance qu'ils ont, patin couffin, ce genre de discours démago me révulse.

Voilà, je voulais juste exprimer que l'idée de stabilité induite par l'appartenance à la fonction publique ressemblait à mes yeux plus à un enfermement... quant à toi j'espère que tu ne te laisses pas faire quand on t'attaque sur ton statut, il n'y a pas de raison, non mais !

Écrit par : pomme | 28/06/2006

Moi j'ai toujours eu un "profil atypique", hors normes, et j'ai plutôt tendance à le porter comme un étendard... c'es peut-être pour ça que c'était plutôt in atout. Bien sûr il a fallu passer par la phase developpement personnelle/accepation de soi mais après j'ai toujours tracé ma route en suivant ma voix personnelle et, avec le recul, même ceux qui me critiquaient finissent par admettre que c'est peut-être la meilleure chose à faire. En tout cas, ça me permet à 40 ans de regarder en arrière et de me dire que j'ai quand même fait un sacré chemin. Faut dire que j'ai toujours rêvé d'être une artiste (écrire, faire du cinéma...), j'aurai bien fait "connu" comme métier mais comme c'est pas un job d'avenir et que j'avais pas envie de galérer, je me suis lancé dans le business en y trouvant un certain bonheur. Car pour moi faire de la vente, du conseil, du management, c'est faire son show, faire l'acteur. En plus, la vie offre plein d'opportunité de faire la star, ne fus-ce que les jours où on est inspiré et qu'on fait rigoler un parterre de copines... ou quand on a plus de 30 commentaires sur chaque billet de son blog (comme toi). Par contre, je n'ai jamais abandonné l'idée d'exprimer également le côté créatif de mon profil atypique et un jour, ce fut payant. J'ai fais de la télé (choniqueuse chez Christine Bravo) à 37 ans, sans piston, sans relation et sans être un top-modèle, si ça c'est pas avoir un profil atypique. Mais j'étais tellement Madame-tout-le-monde qu'une fois démaquillée, personne ne me reconnaissait... J'ai édité un roman chez Stock, avec une confortable avance sur droit d'auteur (j'ai failli en tomber de ma chaise) à la seule lumière de trois pages de synopsis, un vrai compte de fée... mais que de déception ensuite : grillée à la télé, divorce avec mon père qui n'a pas supporté de voir mon intimié livrée en public, ventes lamentables d'un bouquin que l'éditeur m'annoncait comme un "succès assuré", lequel éditeur ne m'a plus jamais plus prise au téléphone une fois l'échec entériné. Tu vois même quand on est payé pour ce qu'on aime faire, ce n'est pas toujours une synécure... Mais au moins j'ai vécu ma vie à fond en profitant de chaque opportunité, avec l'obsession de réussir ma vie plutôt que de réussir dans la vie selon la formule consacrée. Je serais ravie de t'accueillir sur mon blog nouveau né si le coeur t'en dis. A bientôt de tes nouvelles.

Écrit par : Juliette (du Monde de Juliette) | 28/06/2006

Je me lance malgré mon intimidation ! C'est fou comme ce billet résonne et me fait penser à "Ensemble c'est tout", d'Ana Gavalda (honte sur moi : j'adore les comédies romantiques).
En tout cas, j'ai généralement du mal à lire les longs billets sur les blogs, mais les tiens sont passionnants et tellement bien écrits que c'est du petit lait. Je crois que les rédacteurs en chef devraient chercher leurs journalistes sur la blogosphère, pas à l'ANPE ;-)

Écrit par : Le confit c'est pas gras | 29/06/2006

@Juliette : sacré parcours en effet... qui démontre que quelle que soit la voie choisie (ou non), les difficultés ne manquent jamais ! à bientôt, ici ou chez toi !

@Le confit c'est pas gras (en tout cas c'est du bon gras ,-)) : il n'y a pas d'intimidation qui vaille !!! Je suis ravie de te lire ici, et j'espère que ce n'est qu'un début ! Mais non, il ne faut pas avoir honte, moi aussi j'ai a-do-ré Gavalda ! Je suis très flattée de tes compliments....

Écrit par : pomme | 29/06/2006

Bonjour Pomme,
Comme je me reconnais...Pour te dire, après avoir été diplomée de l'une des plus prestigieuses écoles de commerce, et commencé ma vie professionnelle de façon déjà une peu atypique (association culturelle alors que j'aurais pu être trader comme tout le monde), j'ai forcé le trait et ai tout plaqué pour devenir prof de théâtre et monter des pièces...Et aujourd'hui, j'essaie de faire le lien entre mes vies, et de trouver un boulot rémunérateur mais satisfaisant à mes yeux...En attendant je fais de petits taf, style trouffion sur les défilés de mode. Mais là je crois que j'ai trouvé...je croise les doigts. Le regard des recruteurs je connais, je suis en plein dedans. C'est peut-être pour toutes ces raisons que j'ai adoré te lire. Je voulais te dire qu'après y avoir réfléchi depuis des mois, je ne regrette rien, on n'a qu'une vie et pas le temps de regretter de ne pas avoir été soi. Avoir le parcours que tu as eu et se poser les questions qui t'ont occupé, ça s'appelle la liberté.

Écrit par : Dietcoke | 07/07/2006

@Dietcoke : merci de tes gentils compliments...
Ah ah, Sup de Co and co ! J'en connais deux trois, qui eux ont eu un parcours plus classique, et bien plus ennuyeux, enfin à mon avis ; je suis heureuse pour toi si tu as pu y échapper, parce que c'est autre chose qui t'attirait... entièrement d'accord avec toi pour ne rien regretter, c'est vraiment du temps perdu !

Écrit par : pomme | 07/07/2006

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