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18/06/2006

Fierté(s)

Fini de râler. Ca fait plusieurs posts que je vocifère, que je la ramène, que je proteste, où va le monde ma pauv' dame, c'était mieux avant et tout le tintouin ; ça suffit. Mon quota de scandalisation a largement dépassé la zone rouge, donc là il faut que je me calme, parce que je me connais, si je continue comme ça d'étouffer d'indignation toutes les trente secondes, je risque l'embolie cérébrale. Avouez que ce serait trop bête.

Non, maintenant, j'ai envie de penser positivement, et de penser à l'avenir, car si on peut mourir demain, on peut aussi tenir le coup jusqu'à la semaine prochaine, allez savoir, moi, plus rien ne m'étonne. Alors ça tombe bien, mon week-end a été truffé de choses positives et avenirisantes. Pour me faire passer ma colère sur tous ces mots vides de sens qu'on entend partout, je suis allée écouter des vrais gens, qui disent de vrais mots, écrits par de vrais auteurs. Ca s'appelle le Marathon des Mots, ça se passait dans notre bonne ville de Toulouse (pour une fois qu'il s'y passe quelque chose), et c'était formidable.

En fait c'est un festival sur trois jours et demi, où plein de comédiens, chanteurs et écrivains viennent lire de merveilleux textes dans des endroits privilégiés. Le programme de mon week-end étant déjà chargé, je n'ai pu assister qu'à quatre de ces lectures, mais elles m'ont remplie de joie, de plaisir et de ce sentiment enivrant d'être intelligente. L'intérêt de la chose réside bien sûr dans le talent des lecteurs, qui portent véritablement ces mots, qui leur donnent leur vrai sens et leur vraie place, qui savent en souligner toutes les connotations, qui les replacent dans leur contexte pour aider l'auditoire à mieux comprendre leur portée. La cerise sur la forêt noire a été une interprétation de certains slams de Grand Corps Malade par lui-même, dans un splendide cloître de la vieille ville à l'acoustique parfaite, un moment d'une humanité et d'une intensité rares... tellement bien que j'en ai même ressenti une impression de communion avec le reste du public, moi à qui pourtant ce genre de sensation reste la plupart du temps étranger.... magique, je vous dis ! J'en suis ressortie émerveillée, une fois de plus, parce tout que l'on peut éprouver au contact des mots, et fière d'être capable de l'éprouver, et confiante dans le fait que le futur me réservait certainement d'autres moments de cette qualité...

C'est donc transportée par ces expériences que je me suis rendue samedi après-midi au défilé de la Gay Pride, accompagnée de soeurette, retrouver nos plus chers amis. Sous un soleil de plomb évidemment, le cortège a suivi son chemin, au rythme des sons synthétiques, dans une ambiance follement gaie (oui d'accord, un peu facile) ; être plus royaliste que le roi, c'est pas tellement ma tasse de thé, et de toute façon la notion de communauté me hérisse, mais être là, au milieu de couples de femmes à poussette (avec un enfant dedans), de demi-dieux torse nu et de travestis improbables, c'était si galvanisant, si énergisant, si tonique, qu'appartenir ou non à cette communauté n'était plus du tout la question qui se posait ; j'étais simplement fière de marcher avec eux, pleine d'espoir dans un avenir meilleur pour leurs conditions d'existence, pour leur reconnaissance par une société plus prude et hypocrite que jamais ; je regardais d'un oeil neuf les garçons qui m'accompagnaient ; tout ce que j'étais capable de penser se résumait à peu de mots... je vous aime, je vous aime parce que vous êtes beaux, parce que vous êtes tristes et drôles, parce que vous avez choisi de rire de vos souffrances, parce que vous arrivez à survivre même après avoir entendu les pires horreurs, je vous aime dans votre démesure, votre extravagance, votre follitude ; je vous aime parce que je peux difficilement concevoir d'hommes plus virils, malgré tout... je vous aime dans vos contradictions, dans votre sens de la théâtralité, dans la mise en scène de vous-même à laquelle vous excellez... je vous aime parce que vous n'êtes pas normaux, je vous aime parce que vous êtes comme moi... la preuve, je pousse même la ressemblance jusqu'à préférer moi aussi les garçons... je vous aime aussi parce que parfois je ne vous aime pas, quand vous parlez de cul pendant des heures avec un vocabulaire à faire rougir tous les soldats du monde depuis la nuit des temps, quand vous êtes à l'occasion plus phallocrate que le dernier des hétéros (sauf toi JC, bien sûr), et aussi parce que sans même vous en apercevoir vous m'enfermez quelquefois dans un rôle étroit et aliénant... je vous aime enfin parce que vous êtes tous différents, que vous échappez à toute tentative de généralisation, que votre population est aussi bigarrée que celle du monde entier...

Voilà, pour ça et pour tout le reste, fière j'étais de marcher à leurs côtés, moi qui déteste les manifestations ; fière de faire partie des leurs, de compter dans leur vie. Un peu moins fière quand même quelques heures plus tard, au sortir d'une soirée mémorable où l'eau n'a servi que pour faire du café (Frankiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie) ; j'ai dansé pendant des heures au milieu de tous mes garçons, c'est dire si j'étais saoûle, je ne danse jamais à moins de deux grammes d'alcool par litre de sang ; on a parlé, bu et beaucoup ri, comme à chacune de nos rencontres, mais celle d'hier soir se teintait d'une signification particulière, celle de la fierté d'être ce que l'on est...

Inutile donc de décrire l'état dans lequel j'étais lorsque j'ai dû émerger d'un sommeil comateux aux aurores (9h30) après 4 heures de sommeil et des poussières, car bien sûr il a fallu que tombe aujourd'hui le dimanche choisi par ma famille (ou ce qu'il en reste) pour fêter les 80 ans de mon auguste grand-père. Après les agapes sus-citées, on pouvait s'attendre au pire, d'autant que la réunion de famille du dimanche midi est une tradition révolue chez nous, suite à divers événements ; en plus du délabrement physique il fallait donc ajouter la difficulté d'avoir à faire des efforts pour être urbaine et convenable avec des gens qu'on a vus pour la dernière fois deux ans auparavant ; reprendre les choses où on les a laissées, oublier un temps les conflits, les rancoeurs, les regrets ; accepter de raconter un peu sa vie, d'entendre celle des autres, d'écouter patiemment leurs opinions, même et surtout si on ne les partage pas. D'une façon générale je déteste me forcer, une partie non négligeable de mes comportements est dictée par la volonté d'éviter les contraintes, mais là, c'était pas pareil, c'était l'anniversaire de mon pépé. Et j'y suis arrivée ! J'ai fait bonne figure, je ne suis pas partie sitôt le café avalé, j'ai été bien gentille. Et j'ai même trouvé que ça en valait la peine, il y a des occasions où il faut accepter de s'effacer derrière des circonstances particulières. A présent chacun est reparti vers sa vie, mais il me reste la fierté du devoir accompli, et le sourire de mon grand-père.


En conclusion, c'est bien joli de râler, mais on peut pas faire que ça non plus, c'est trop délétère. Le temps vient alors de se tourner vers des considérations plus rassurantes, pour aborder ce qui nous reste de vie avec le sourire aux lèvres et l'espoir au coeur. Décidément mon week-end est tombé à point nommé, pour gommer les ondes négatives et me redonner l'envie d'être fière de moi, fière de mes idées, fière du monde auquel j'appartiens, même s'il est souvent sordide et cruel. C'est important, la fierté. Il faut, par dessus tout, et contre le reste du monde donc, être fier de ce que l'on est.


Commentaires

ouah.
mais yà de tout là dedans: de l'arsouillotte, de l'amour mots, du respect de l'autre.
quel joli monde que le monde de pomme, et quelle jolie personne que celle qui l'habite!

Écrit par : julie bibliobus | 18/06/2006

Magnifique une fois de plus Pomme. J'aime beaucoup cette idée de la fierté. Et ton grand-père.
Et ce billet arrive à point nommé. Très fort.

Écrit par : sophie L.L | 18/06/2006

DES mots. de l'amour des mots bien sûr.

Écrit par : julie | 18/06/2006

Mais ouiiiii (avec l'accent frankyesque)!!! C'est exactement ca, tu m'enleves les mots de la bouche, j'en perds mon latin, j'ai les larmes aux yeux... et je t'aime aussi!
Esperons qu'on aura pas trop de mal a relever le niveau les prochains week-ends... Je n'en doute pas, finalement.

Écrit par : Jen | 18/06/2006

Ouf, elle s'apaise ! Moi qui croyais que ça ne durait que deux jours par mois !

Écrit par : Dolgo | 18/06/2006

Merci. Merci pour cette bouffée d'optimisme qui me remonte le moral à point nommé (oups, un peu plus je racontais ma vie !) J'aime beaucoup ce que tu dis, et ta façon de l'écrire ; j'aime beaucoup te lire donc. Mais j'aime bien quand tu râles quand même ! Tes mots pour ne pas le dire m'ont bien fait rire. La "cavité virtuelle" surtout, et le reste aussi.
Mais le texte d'aujourd'hui est porteur de tellement de respect des autres (tous les autres) et d'espoir. Le mot de la fin pourrait être celui-ci (je ne te fais pas l'affront de te rappeller l'auteur) "Vivons heureux en attendant la mort"
A bientôt pour d'autres tranches de bonheur !

Écrit par : Sammy | 18/06/2006

Tu écris parfaitement tout ce que je pense des homo. En beaucoup mieux dit et surtout beaucoup plus clair!

Écrit par : Casual | 19/06/2006

"Pomme aime les hommes, pomme est la fille au....nanananana na, Pomme, n'attend personne, elle se croque du bout des lèvres..."
Pas pu résister, et désolée pour cet affreux trou de mémoire (la fille aux "fleurs sui rêve"??? pas sûre alors pas mis)
Dis donc, tu devrais te présenter pour les présidentielles??
Moi je veux de l'optimisme, et de la bonne humeur, du rhum, des femmes, de la bière.. non là je m'emporte...
Merci pour ces lignes qu'on voudrait lire plus souvent (moi j'aime bien tes pots un peu "schtroumpf grognon" aussi..)

Écrit par : mariaba | 19/06/2006

Merci pour ces mots justes. Comme le dit Jen, je n'aurais pas mieux fait pour évoquer ce week end... Un seul regret: n'avoir pas pu aller au marathon des mots cette année, vivement l'année prochaine... Et vive l'eau (arf!!!)! Sans qui on ne pourrait pas boire de café!!

Écrit par : Frank | 19/06/2006

@julie : c'est vraiment très gentil... je confirme que samedi soir, j'ai bu un verre à votre santé, à Hélène et à toi !

@Sophie L.L : j'avoue que j'ai une idée très arrêtée de la fierté... et pas que de ça d'ailleurs ;-) Merci de tes compliments.

@Jen : .... je ne sais que dire... tu sais que moi aussi...
T'inquiète, on va s'appliquer à maintenir le niveau le we prochain, et tous les autres aussi.

@Dolgo : deux jours ? Ils sont loin les cours de biologie de 4° ;-))))))

@Sammy : hommage !!!!! Et respect au plus grand penseur du 20° siècle. Contente que ça t'ait plu !

@Casual : je pense encore plein d'autres trucs sur les rainbow people... j'en garde pour d'autres posts !

@mariaba : ah, la fameuse chanson !!! Pour les élections, c'est gentil de penser à moi, mais je préfère encore rôtir en enfer... ce qui finalement doit revenir au même.

@Frank : ça me fait super plaisir que tu sois venu voir, et que tu laisses un mot... l'année prochaine, on s'y prendra plus tôt et on marathonera tous ensemble !

Écrit par : pomme | 19/06/2006

Bonjour,
Je ne critiquerai pas le contenu du Marathon, je n'y suis pas allé. Je conteste plutôt la manière dont le festival a été décidé l'an dernier en privilégiant la paillette au travail de fond fait par les associations du cru.
http://www.amusoire.net/?2005/05/27/89-rencontre-capitolistique-autour-des-mots
Et puis le marathon (terminologiquement parlant) évoque plus pour moi le Guiness des record et la performance que le jaillissement du verbe.

Mais bon ...

Philippe
Golden delicious

Écrit par : filou | 21/06/2006

@filou : tu penses bien que je suis au courant de la polémique, l'an dernier tout Toulouse en a bruissé ; je comprends les arguments des "contre", mais ça ne m'empêche pas de trouver l'initiative formidable, notamment le fait que ce soit gratuit, ou tout comme (5€ maxi la place).... quant à la terminologie, elle est un peu malheureuse, c'est vrai, d'autant qu'il est frustrant de ne pouvoir assister à toutes ces lectures qui se télescopent en si peu de temps....

Écrit par : pomme | 21/06/2006

Bon, je ne sais pas si nous sommes allés dans le même IEP, à bien y réfléchir je ne pense pas, on s'y serait forcément rencontrées et je me souviendrais de toi, ton humour et ton humanité transpirent par tous les pores de mon clavier...

Heureuse d'avoir croisé ton URL...

Écrit par : caroline | 25/06/2006

C'est vraiment très gentil Caroline... mais tu sais à l'époque j'étais à des années lumière de ce que je suis aujourd'hui !
Ravie également d'avoir croisé le tien, chez Hélène bien sûr, à la croisée des chemins en quelque sorte !

Écrit par : pomme | 25/06/2006

J'ai trouvé ton blog par hasard -- quels beaux sentiments sur la Pride de Toulouse -- je suis content de l'avoir partagé avec toi même si nous nous connaissons pas

Écrit par : Lost in France | 05/07/2006

@Lost in France : merci ! Je suis prête à parier que nous nous sommes déjà croisés sans le savoir, Toulouse is such a village ;-)
Je suis allée voir ton blog qui m'a beaucoup séduite, dès le premier coup d'oeil ; pour l'instant le temps me fait défaut, mais j'y reviendrai très vite... see you soon !

Écrit par : pomme | 05/07/2006

@pomme: reviens quand tu veux -- tu es la bienvenue! Toulouse un village -- un global village (fond de musique: Deee-Lite)?
A très bientôt!

Écrit par : Lost in France | 20/07/2006

@Lost in France : ah, Deee-Lite... toute ma jeunesse ;-)

Écrit par : pomme | 20/07/2006

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