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21/05/2006

Ne s'use que si l'on s'en sert

C'est une théorie personnelle, qui a mûri dans mon esprit tortueux voilà quelques mois. Attention, ça parle d'amour.

Mais l'amour vrai, vous voyez ? Le grand le beau le seul l'unique. Que j'ai eu la chance insigne de connaître. Seulement voilà, pour des raisons qu'il serait fallacieux d'exposer ici, cet amour ne s'est réalisé que brièvement, et incomplètement (inutile de sauter sur votre dico, ce mot EXISTE). Brisé en plein vol telle une perdrix cendrée mortellement touchée par le tir d'un chasseur fourbe – je crois que je n'ai pas totalement évacué les hectolitres de gin tonic ingurgités la nuit dernière -, cet amour me reste comme une expérience enchanteresse, revêtant même un aspect mythique à mesure que le temps passe. Je sais pourquoi. C'est parce qu'il ne s'est pas consumé.

C'est tout simple, en fait. Quand on aime quelqu'un, et qu'on vit cet amour jusqu'au bout, il s'épuise de lui-même. Tout est dit, tout est fait, je n'ai plus rien à te donner et on n'ira jamais à Venise (outre Dalida, Marc Lavoine est aussi une de mes idoles). Point barre, retour à la case départ. On pleurniche un mois, et ensuite on est rendue à la vie : perte de poids consécutive à l'abus de nourriture chocolatée, épilation du maillot et achat de chaussures de prostituée, et hop, la chasse du samedi soir est ouverte. The show must go on.

Mais quand on n'a pas fini d'aimer, quand on est en plein boum, quand on vit un pur émerveillement, la rupture ne résoud rien. Etrangement, les sentiments s'exacerbent de n'être pas concrétisés. C'est un cercle vicieux, la souffrance se nourrit d'elle même. Et ça ne passe pas. Et ce n'est même pas gênant. C'est même rassurant, à vrai dire, car tourner la page, ce serait d'une certaine façon renier ces sentiments, considérer qu'ils n'ont jamais existé, et surtout accepter qu'ils doivent s'éteindre. L'espoir fait vivre, c'est bien connu. Du coup, on magnifie, on entretient la flamme, on se repaît de ces moments délicieux...

Alors bien sûr, si on s'était entretués à cause d'une chaussette sale au milieu du salon, d'un regard biaiseux vers le cul d'une autre ou du potentiel érotique de Ségolène Royal, ça serait tellement plus simple. L'amour du début aurait fait place à la vie quotidienne. Ca dédramatise totalement non ? C'était bien, on était jeunes on était beaux on sentait bon le goudron chaud, mais on a épuisé les joies de l'amour naissant, la routine a eu raison de nous, restons amis, lâche immédiatement cette cuillère en bois, elle me vient de ma grand tante Josette, je peux te tuer si je veux ! La colère remplace avantageusement le tristesse.

Ce qui est paradoxal quand rien de tout ça n'est arrivé, c'est qu'on s'en félicite en plus ! Quel bonheur d'avoir échappé à tous ces instants sordides ! On a vécu un amour éthéré, aérien, presque iréel. On y pense tout le temps. On n'a qu'un souhait, que ça recommence. Et que ça ne s'arrête jamais....

Mais bon, soyons lucide, ça ne recommencera pas, puisque la vie est une chienne. Alors on garde son amour au chaud, on le berce, on le cajole. On sait que ça finira par passer, un jour, un de ces quatre. On verra bien. Pour l'instant on est bien comme ça. Pas de rancune, pas de colère, pas d'aigritude (là vous pouvez chercher dans le dico, ça n'existe pas). Juste des souvenirs, qui eux, ne s'usent jamais, même si on s'en sert beaucoup.

 

Spéciale dédicace : à ma soeur, qui m'a inspiré cette note, au cours d'un de ces moments d'aveuglante vérité si caractéristiques d'une alccolisation excessive (bref, on s'est saoulées et on s'est raconté nos vies, quoi !)

Commentaires

Quelle peut bien être la soeur d'une Pomme grâce à laquelle ce billet arrive aujourd'hui ?
Un frère je vois assez bien : un fruit qui a du muscle, solide, dur et le cheveux ras, la noix de coco par exemple.
Mais une soeur ? elle est un peu comme elle sans doute, frêlement jouflue, une enveloppe délicate et fine et une chair vive ... non ?
Est-ce cette soeur qui illustre ce blog en haut à gauche ?? ou la soeur serait-elle une cerise ? non ... non, la cerise est toujours soeur d'au moins une autre cerise et bien souvent de plus d'une, ... d'une grappe ...
Je sais !! c'est une Prune de Damas : une Quetche ! douce, la chair un peu têtue car assez peu aqueuse, la Damas Royale est comme la Pomme : rouge, ... foncée, parfois pâle... C'est une quetche ... j'en suis certain maintenant : Pomme à Quetche pour frangine !! Alleluia !

Mais au fait où veux-je donc en venir avec cette disgression dès l'entête ?
Probablement ce que je veux dire à Pomme c'est que je ne saurai jamais rien dire d'aussi beau, d'intelligent et de tendre qu'elle ... probablement que je ne saurai jamais dire avec autant de certitude et de force, comme elle, que l'Amour est vainqueur et qu'il est vainqueur parce que c'est un tueur, un exterminateur d'incertitude !
Merci Pomme pour tout ... et pour ça aussi, encore ....

Écrit par : zulunation | 21/05/2006

un vrai roman d'une page, une vérité de quelques lignes, une inspiration de quelques souffles. Je suis...soufflé.

Écrit par : phan | 22/05/2006

C'est vraiment très gentil ça... je suis enchantée que quelqu'un qui écrit si bien pense du bien de ma prose.... merci Gloubi....

Écrit par : pomme | 22/05/2006

euh je mérite pas tout ça...tu me fais rougir, ma pomme. :-p

Écrit par : phan | 25/05/2006

je viens ici alléchée par Hélène http;//monblogdefille.mabulle.com
je ne suis pas déçue. C'est terriblement vrai ce que tu racontes, terriblement réel par opposition à cet amour impalpable mais si intense pourtant.
On m'a dit alors "le temps vient à bout de tout", et c'est vrai (il faut dire que la colère a eu la bonne idée de venir me voir, quelle alliée précieuse !). Seul doute : est il possible de revivre cela ?
merci Pomme

Écrit par : marion | 27/05/2006

Très jolie note, qui raisonnera certainement à l'intérieur de beaucoup...

Écrit par : Beside | 27/05/2006

Ah, c'est malin! Je vais être obligée de lire tout ton blog maintenant, archives comprises! Pfff, comme si je n'avais que ça à faire, franchement! ;-)) Blague à part, bravo m'zelle pour tant de talent, et merci de partager ces émotions croquantes et douces, comme la pomme.

Écrit par : V. | 27/05/2006

@marion : pour ma part j'estime qu'il n'est pas possible de le revivre, non... mais l'unicité de l'expérience me remplit de joie... quant au temps, j'attends qu'il passe.

@beside : je l'espère aussi !

@V. : parfaitement, OBLIGEE ! je relève les copies à 15 h.

à toutes et tous : merci de vos compliments, ils sont si gratifiants...

Écrit par : pomme | 27/05/2006

Ma chère Pomme! Merci pour ce texte...c'est étrange de lire quelqu'un qui réussit à mettre des mots sur ce que l'on ressent sans pouvoir jamais le décrire!
Mais...tout passe...même ça...Je ne sais pas si c'est réconfortant, ou désolant, mais en fin de compte tout finit par s'estomper, disparaître derrière une petite buée, puis un grand brouillard et on finit par tout confondre ou...ne plus se souvenir.
On devient peut-être un peu terre-à-terre...à recommencer à rêver de quotidien...Et c'est comme après avoir appris que le Père Noël n'existait pas : tout n'est peut-être plus aussi clinquant, doré, rouge, vert, étoilé...mais la réalité, ces demi-teintes, ces nuances tout en subtilités, le bonheur de rendre heureux, les petites choses de la réalité, sont peut-être encore plus magnifiques...et peut-être plus magiques encore?

Écrit par : Anna | 27/05/2006

@Anna : peut-être est-ce comme ça, oui... va savoir !

Écrit par : pomme | 28/05/2006

J'adore, et finalement ouais, c'est parfaitement ça, l'amour qu'on a pas fini de consummer, ouais, j'avais pas vu les choses sous cet angle là, enfin, si, mais pas tout à fait, bref, .c'est genial.

Écrit par : Eliesa | 03/06/2006

Les commentaires sont fermés.