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09/04/2006

Où y'a des gênes, y'a pas de plaisir

Pour moi, devenir adulte c'est comprendre qu'on n'est pas ses parents.

Ca m'a pris du temps, j'ai fait ma crise d'adolescence très tard. Peut-être parce que mes parents étaient aussi différents qu'on puisse imaginer, peut-être parce que j'ai toujours eu le sentiment d'être composée à parts strictement égales de leurs deux personnalités si diamétralement opposées. Je n'arrivais pas à me trouver au milieu de cette pagaille, de ce foisonnement. Je pense que je cherchais une « troisième voie ». Ca n'était pas une bonne idée.

Comme de juste, j'ai trouvé quand j'ai renoncé à chercher. J'ai su et accepté qui j'étais, sans chercher à renier ce qu'ils m'ont transmis. J'ai compris à quel point je leur ressemblais, et à quel point j'étais différente d'eux. J'ai compris que j'étais moi, et personne d'autre. Et que c'était bien, et que ceux qui m'aimaient prendraient le train.

J'ai ressenti une certaine fierté à me distancer de mon éducation, parce que c'est difficile quand même, et aussi parce que j'en avais eu désespérément besoin. Mais j'ai toujours beaucoup de respect et de reconnaissance pour ce que mes parents m'ont légué. J'essaie de faire avec. J'essaie de ne pas trop leur en vouloir. Certains jours c'est irrépressible... mais ce sont des êtres humains, eux aussi, et ils ont parfois été aussi stupides, maladroits et blessants qu'il m'arrive de l'être. Je ne veux plus les juger. Je ne veux plus que la manière dont ils m'ont élevée soit un sujet de réflexion. C'est une expérience.

C'est vrai que je lutte encore contre ces séquelles... depuis la mort de mon père, c'est un combat moins prégnant. De lui me restent surtout les bons souvenirs, il faut croire que j'ai une mémoire bienveillante. J'ai toujours eu honte de le penser, mais au-delà de la peine, du choc et du désarroi, sa mort m'a libérée. Ca peut paraître affreux mais c'est ainsi.

C'est sans doute à cause de ça que j'ai de moins en moins envie de réfléchir à l'acquis et à l'inné, à la nature et à la culture, au bon grain et à l'ivraie. J'ai fini par me dire que ça ne servait à rien de vouloir démêler tout ça, c'est sans doute pour cette raison que ma dernière tentative de psychothérapie est restée totalement stérile. Je suis arrivée à une certaine maturité (vous aussi vous aimez les mots qui ne veulent rien dire ?) en jouant l'apaisement par rapport à mon passé familial tumultueux. J'ai fait les choses à mon idée, sans trop chercher à savoir qui ou quoi me les soufflait, et c'est très bien comme ça. Un brin présomptueux, peut-être ? Je le concède ; mais j'ajoute à ma décharge que je suis parfaitement consciente des mécanismes un tantinet diaboliques qui ont fait de moi ce que je suis. Simplement, je veux les vivre de la façon la plus neutre possible. Il n'y a que comme ça que j'arrive à me dégager du carcan qu'ils pourraient être. Je les regarde, je les contemple, je les analyse même, comme s'ils m'étaient extérieurs. Je ne veux plus les laisser m'atteindre. Je veux garder mon calme. Je ne veux plus qu'ils me fassent du mal. Je ne veux plus être une petite fille apeurée. Je suis grande, maintenant.

Commentaires

Quelle analyse sévère pour rapprocher de la sorte "acquis / inné" de "bon grain / ivraie" ... (je fais la supposition qu'il faille inverser une des paires (!) pour placer chacun des termes en bon regard : inné -> bon grain / acquis -> ivraie).
Ainsi, tout ce qui porte la trace d'un choix, d'une préférence, d'une expérience lucide et choisie, serait mécaniquement maculé, nuisible ? la dépendance au registre du décisionnel donnerait une salissure de naissance, sorte d'ivresse troublant de facto le sain, le simple, le beau ? Ainsi pour devenir adulte, mature et équilibré faudrait-il oublier comment on le devient, ne plus se rappeler que c'est précisément en "prenant partie" et non pas en restant "neutre" ? Serait-on donc "grand" quand on a plus peur, quand on sait ne plus être submergé, quand on a plus mal, bref décérébré ?
J'ai du mal à suivre ... mais cela m'est habituel ici ... c'est aussi ce qui fait que j'y suis attaché ...

Écrit par : zulunation | 10/04/2006

Tu te rends compte à quel point j'ai dû me presser le citron pour pondre un truc pareil ? Et toi, tu arrives, mine de rien, et tu m'entraînes vers des réflexions bien plus profondes... décidément tu me donneras toujours envie d'aller plus loin ! C'est incroyable comme je me sens moins conne depuis que... encore une fois merci, du fond du coeur....
Mais ce n'est pas ce que je voulais dire ! Je ne tire pas de trait, je sais d'où je viens et je ne le renie pas ! Simplement je ne veux plus que ça prenne trop de place dans ma vie, que ce soit trop pesant... bien sûr je continuerai à souffrir, à avoir peur, à cause de ça ou d'autre chose... ça c'est une certitude ! Mais j'ai envie de sortir un peu du rôle dans lequel on a essayé, certainement de façon inconsciente, de me cantonner... je ne veux plus assumer les choix des autres, fussent-ils mes parents... je suis sûre que ce n'est pas toi qui me diras le contraire !
En tout cas, positivement ravie que mes incohérences te séduisent toujours....

Écrit par : pomme | 10/04/2006

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