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18/03/2006

Comme je veux

Connais-toi toi-même, nous a dit ce bon vieux Socrate ; pendant longtemps je n'ai pas compris ce que ça voulait dire.... et puis j'ai fini par piger, justement au moment où j'ai eu l'exacte impression d'enfin m'être cernée ; ça a pris du temps et quelques bonnes claques dans la gueule, mais c'est finalement arrivé. J'ai alors pensé que j'aurais bien aimé, durant toutes ces années, savoir, comprendre ce que signifiait ce mystérieux impératif ; je me suis dit que ça m'aurait aidée à progresser sur ce chemin, que ça m'aurait donné l'envie d'atteindre ce but... aujourd'hui j'ai compris que ce n'était qu'illusion, qu'on ne peut comprendre toute l'importance de se connaître soi-même quand justement c'est le cas ; étrange paradoxe...

Mais en la matière, comme dans la plupart des situations de la vie, il n'y a pas de phase plateau ; rien ne dure qui n'évolue, comme dirait l'autre. Bien sûr c'est gratifiant de se connaître, de savoir ce qu'on veut, et surtout ce qu'on ne veut pas, d'avoir des convictions, d'atteindre une certaine stabilité émotionnelle (équilibre à côté duquel un château de cartes ressemble à un bunker) ; mais au moment de savoir qui on est, subitement on réalise aussi tout ce qu'on n'est pas... pour certaines choses ce n'est pas grave : ne pas être Jean-Marie Messier, Jean-Paul II ou Condoleezza Rice, par exemple, ce n'est pas un regret ; mais quand même, se rendre compte qu'on ne sera probablement jamais une mère aimante et dévouée, une militante acharnée et entièrement acquise à une cause juste, ou tout simplement qu'on n'est intrinsèquement pas faite pour le bonheur, ça fout un coup....

Mais bon voilà, c'est bête à dire mais on est comme on est ; s'il y a des tas des choses qu'on ne pourra jamais faire, il reste quand même la précieuse liberté de faire les choses à sa façon... ça j'ai l'impression que c'est possible la plupart du temps. Mon pessimisme sans fond me souffle que tout ce qu'on peut entreprendre, projeter ou construire est vain puisqu'on va mourir ; mais au moins, même dans les plus petits gestes quotidiens, on peut s'exprimer, agir conformément à ses penchants. Ca peut paraître dérisoire mais c'est là que je puise la plupart des moments de bonheur qui me sont proposés.... je me lève le matin et je me couche le soir, mais dans l'intervalle, j'aurais bu mon café brûlant et sans sucre, je me serais tendrement moquée des gens que j'aime, j'aurais pas mis ma ceinture de sécurité parce que ça m'étouffe, j'aurais continué de m'envoyer un paquet par jour même si je tousse, j'aurais fait une blague foireuse au milieu d'une discussion de boulot avec mon chef, et je me serais même offert le luxe d'une pseudo-brouille avec ma soeur, dont la souplesse d'esprit me heurte parfois.... si les gens qui m'entourent n'acceptent pas tout ça, c'est qu'ils ne m'aiment pas ; là-dessus au moins je suis tranquille....

Bien étriquée cette liberté, me direz-vous.... peut-être, mais au milieu des contraintes professionnelles, des pressions sociales et des interdictions politiquement correctes, c'est déjà énorme... et puis pour ne faire que ce qu'on veut, il faudrait être ermite dans le Larzac, et ça c'est sûr que c'est pas ma vie ! Je sais qui je suis, et donc qui je ne suis pas, et je sais aussi comment j'aime faire les choses, le façon dont j'aime vivre au jour le jour, et je crois que je préfère ça à l'élaboration d'un projet de vie linéaire et laborieux... j'aime ressentir de l'humilité face aux surprises, bonnes ou mauvaises, que réserve la vie. Peut-être qu'un jour, une péripétie me donnera l'occasion de m'apercevoir que je suis capable d'être ce que je pensais justement ne pas être.... rien que pour ça, ça vaut le coup non ?

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