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03/03/2006

De l'étymologie du mot travail

Vous la connaissez certainement : du latin trepalium, instrument de torture... ça fait réfléchir non ?

Sans aller jusqu'à considérer cette activité comme une douleur insupportable, on peut légitimement se demander à quoi bon s'infliger autant de stress, d'efforts, de ravalages de fierté pour essayer de maintenir sa position dans une entreprise, ou pour accéder à une place plus enviée. Depuis quelques mois je doute beaucoup... je me dis que le travail, pour moi, n'est pas une valeur ; en tous cas pas une valeur collective. Il me semble de plus en plus vain de vouloir sacrifier des choses pour réussir matériellement ; j'ai toujours l'impression que le jeu n'en vaut pas la chandelle. La société ultra-économique dans laquelle nous vivons nous pousse, pour se perpétuer et prospérer, à travailler toujours plus, pour consommer toujours plus : en fait il faudrait produire de plus en plus de choses, de plus en plus inutiles et superflues, pour en acheter de plus en plus... le système nous fait croire qu'il est primordial de posséder, et nous effraie avec la perspective, agitée comme un épouvantail, que si on ne se soumet pas à ses exigences on risque de perdre le peu que l'on a ; moi je pense que la seule chose que l'on puisse vraiment perdre c'est soi-même, et ça justement personne ne peut nous l'enlever.... il ne faut pas se tromper de peur...

Donc le travail en tant que valeur économique m'horripile ; comme objet de réussite, il devient à mes yeux carrément pathétique, lorsque je vois comme certains gesticulent pour gagner une miette de considération, ou intriguent de façon si sophistiquée que les Borgia en seraient verts de jalousie, tout ça pour une misérable parcelle de pouvoir supplémentaire, ou juste pour emmerder leur voisin de bureau ; il y a aussi ceux qui délaissent ou renient tout ce qui fait leur personnalité, leur spécificité, pourvu de plaire ou d'être estimé.... et tout ça pour quoi ? Gagner 200 € de plus que son beau-frère ? Pouvoir se payer la dernier cri en matière de technologie télévisuelle plate ? Acheter à ses gamins des pompes à virgule que d'autres gamins se sont échinés à coudre pour 3 francs par mois ? Mourir avec plein de zéros sur son compte en banque ? Un peu vain non ? Le pire, au fond, c'est que tous ces jeux et ces manoeuvres grotesques ne débouchent pas du tout sur la reconnaissance des plus compétents ; non, ce sont les plus retors qui sont récompensés.... voilà qui semble bien antinomique avec la soi-disant méritocratie ! Finalement comment arriver à penser que la réussite matérielle est aussi une réussite pour soi-même, une victoire personnelle, quand on voit le nombre de gens méritants qui finissent au fond d'un placard parce qu'ils ont simplement voulu rester honnêtes....

Bien sûr toutes ces considérations s'appliquent principalement au secteur marchand, et aussi parce que j'ai découvert récemment les rouages d'une entreprise hyper hiérarchisée, dont la structure est fondée sur le copinage et le cirage de pompes ; il y a évidemment des métiers où ce genre de choses n'ont pas lieu, où elles ne sont pas monnaie courante en tout cas. Et surtout, il y a certains métiers qu'on ne peut s'empêcher de qualifier simplement d'"utiles", vu qu'entre infirmière et courtier en bourse y'a pas photo... c'est peut-être un peu simpliste, mais considérer les choses de façon schématique ça remet parfois les idées en place.

Personnellement, la seule valeur que j'arrive encore à accorder au travail, c'est sa fonction socialisatrice ; pour peu qu'on tombe sur des collègues plutôt sympa, avec un supérieur moyennement tyrannique, on peut encore éviter de partir bosser à reculons le matin. On sait qu'on va voir des gens, échanger avec eux des propos certes totalement insignifiants, mais qui nous rappelleront qu'après tout on est des êtres humains ; on va rire, parler de tout et de rien, boire du café dans des gobelets en plastique et aller fumer des clopes à l'extérieur du bâtiment, comme des parias, en attendant qu'on oblige les fumeurs à porter une clochette autour du cou pour se signaler de loin ; bref, c'est quand même la vie, et puis peut-être qu'on se sentirait désoeuvré à ne rien faire de la journée ; malgré tout, on apprend des choses, bien souvent totalement vaines, mais enfin c'est toujours ça de pris... avec un peu de bonne volonté, on parvient à se trouver plein de petites compensations ! Mais il ne faut pas trop penser, parce que sinon on en arrive à conclure que toutes ces compensations, c'est encore le système qui nous les souffle pour nous faire quitter notre lit le matin....

Commentaires

Fichtre ! bien des ressentiments, de déceptions peut être, d'illusions maltraitantes ...
Il nous faut faire quelque chose ! Il nous faut lui faire raison gagner que son terrain n'est pas la production mais l'oeuvre ! La convaincre que son loisir est donc bien à portée de sa main, puisqu'aucun fruit ne sait parler comme elle du désir et de l'amour pour peu que l'on veuille l'entendre ...
"E malo nascitur omne malum" ... sauf exception ... elle en est une ...!

Écrit par : zulunation | 03/03/2006

quelle poésie.... oserai-je dire quel amour....
pomme rougit, de plaisir et de reconnaissance.... merci....

Écrit par : pomme | 03/03/2006

Les commentaires sont fermés.